Mélanges poétiques & littéraires
-rf^EPuis de longues années déjà, je consacrais les loisirs que "^ me laissaient des occupations plus prosaïques à cultiver les belles-lettres, autant par goût que par plaisir. Je m'étais essayé à peu près à tous les genres, sans que ma modeste muse, qui aime naturellement l'obscurité, voulût jamais livrer au grand jour l'une ou l'autre de ses œuvres, quand l'inévitable mort vint m'enlever une mère tendrement aimée.
Il ne fallut rien moins qu'un événement si déplorable, pour déterminer ma muse à sortir de sa retraite. Ce malheur, en effet, et
« Le souci de ravir à l'oubli de la poudre » Les bienfaits maternels purent seuls la résoudre » A chercher la publicité. »
Je composai donc, sous l'impression de ma douleur, des stances à la mémoire de ma tant regrettée mère, stances dont j'ai tiré les trois vers précités. L'accueil favorable qu'elles reçurent auprès de personnes éclairées, à qui elles arrachèrent quelques larmes, montre que mon petit poème n'est peut-être pas dépourvu de mérite et me fait, tout au moins, espérer qu'il perpétuera le souvenir de cette mère chérie.
Les personnes qui m'ont lu avec quelque intérêt m'ont sollicité, à différentes reprises, de publier également mes autres productions, et ce après en avoir lu des fragments.
En vérité, j'aurais mauvaise grâce de refuser cette satisfaction à ceux qui m'ont témoigné tant d'indulgence et de bonté. Je me rends donc à des désirs si souvent exprimés.
Daigne le lecteur indulgent accueillir ces Mélanges poétiques et littéraires avec l'intérêt qu'il a bien voulu témoigner à l'égard de mon Poème-Souvenir.
Je les mets sous la sauvegarde divine et le patronage d'une mémoire à jamais chère à mon cœur.
Eugène SCHMITS
Bruxelles-Etterbeek, Avenue de la Chasse, 70.
^ la mémoire de ma Mère bien-aimée, dècèdèe à Bruxelles,
le 3 Novembre 1904.
STANCES '
yTTvAiNTENANT quc iTion âmc à ce coup abattue ^-^ Enfin a retrouvé sa liberté perdue,
Assez de soupirs et de pleurs !
Pour sauver de l'oubli la meilleure des mères, Que peuvent ici-bas des regrets éphémères.
Des flots de larmes ou des fleurs ?
Ainsi que dans le ciel un nuage s'envole. Rapidement, hélas ! en notre esprit frivole
S'évanouit le souvenir.
Pour rendre une mémoire en ce monde immortelle, Les arts de Phidias, de Virgile ou d'Apelle
Doivent surtout y concourir.
A tailler dans le marbre ou fixer sur la toile
Des traits qu'à nos regards la tombe à jamais voile.
Mes efforts seraient impuissants ; Mais le Ciel a parfois allumé dans mon âme Du langage divin la poétique flamme.
O feu céleste en moi descends !
1 Ces Stances, l'Ode à la Patrie et d'autres morceaux de ce volume ont reçu l'approbatioD de hautes personnalités littéraires, et, notamment, celle de Monsieur François Coppée, Membre de l'Académie française.
STANCES
Inspire-moi! Je veux célébrer sur ma lyre Celle dont j'ai reçu le jour que je respire ;
Secours mes sens irrésolus.
O feu divin succède à ma douleur amère ! Qu'il est doux pour un fils de louanger sa mère,
D'en parler quand elle n'est plus !
Quelles marques jamais de ma reconnaissance Égaleront les soins qu'ont coûtés mon enfance,
Ma jeunesse après le berceau ; Et pour mon avenir la maternelle adresse, Quand la Parque cruelle amena la détresse
En jetant mon père au tombeau.
Je' voudrais le crier du couchant à l'aurore. Ma muse, en ses travaux pusillanime encore,
Se complaît dans l'obscurité ; Le souci de ravir à l'oubli de la poudre Les bienfaits maternels pourra seul la résoudre
A chercher la publicité.
Humilité, douceur, charité, bienveillance, Dans de longues douleurs chrétienne patience,
Piété sincère et pudeur.
En ma mère formaient de vertus l'assemblage Et, comme d'une coupe un suave breuvage.
Coulaient du vase de son cœur.
Mon âme simple et bonne, en mérites féconde.
Du bruit de ses exploits n'a point rempli le monde :
Veuve, dans l'ombre elle a vécu ; Ses jours se sont passés, comme ceux de Monique \ A remplir les devoirs du foyer domestique.
Seul théâtre de sa vertu.
1 Sainte Monique, mère de saint Augustin.
STANCES
Elle y fit plus de bien qu'à conduire un empire, Et, lors de son trépas, de son cœur on put dire
(C'est là son éloge en un mot) :
Parmi tant de beautés qui remplissent la terre, Le chef-d'œuvre de Dieu c'est le cœur d'une mère,
Car le sacrifice est son lot.
0 mère! ainsi le Ciel t'aima plus qu'une reine. J'en ai comme garant ta mort sainte e: sereine,
Auprès de tes tristes enfants.
Tes constantes douleurs furent ton purgatoire, D'un vol tu pénétras en l'éternelle gloire.
Où tu nous vois et nous attends.
Oh ! que ce souvenir adoucit ma souffrance ! Qu'il ravive en mon cœur la céleste espérance !
Ma mère en Dieu croyait; je crois.
Qui possède la foi jamais ne désespère : On se retrouve au ciel. Dors, dors en paix, ma mère.
Repose à l'ombre de la croix.
Bruxelles, 1905.