‹ Mélanges poétiques & littérairesChapitre 12 sur 120 · FIRMIN, ROSE · texte numérisé non relu

FIRMIN, ROSE

FiRMiN, époussetant avec rage.

Ah! je commence à en avoir assez de cette maison, et si ce n'était pour toi, ma petite Rose... Enfin !... Avant le mariage de Monsieur de Limange, cet hôtel était un paradis ; car, il est bon Monsieur le comte, bon comme le bon pain, c'est le papa gâteau pour les petits comme pour les grands. Ainsi, quelle n'est pas sa sollicitude pour Mademoiselle Renée de Linon, cette charmante nièce orpheline qu'il a recueillie sous son toit? Il semble qu'il veuille reporter sur elle la tendresse qu'il ne peut prodiguer aux enfants dont il est privé. Mais, Madame de Limange, quelle chipie ! quel furet ! quel touche-àtout! Oui, son entrée dans cette maison a tout gâté. Elle n'épargne pas même cette douce Mademoiselle Renée, un ange ! Heureusement que Monsieur le comte est là pour l'entourer de ses soins paternels! Heureusement que bientôt Monsieur Lucien de Borand, ce jeune et excellent ami de Monsieur le comte...

ROSE

Que me chantes-tu là, Firmin?

FIRMIN

J'ai des yeux pour voir et des oreilles pour entendre; et je m'étonne que toi, si fine, ma petite Rose... Enfin, suffit!

Bientôt, je l'espère, Mademoiselle Renée n'aura plus à subir les coups d'épingle de Madame Touche-à-Tout, la bien nommée. Que n'en est-il ainsi pour nous !

ROSE

Bah ! Madame la comtesse est difficile, je le sais, moi qui la sers. C'est son droit, du reste...

FIRMIN

Elle te paie.

ROSE

Mais, le cœur n'est pas mauvais.

FIRMIN

Bonté du diable ! je le sais aussi : je suis plus son valet que celui de Monsieur de Limange. Toute la journée elle est à mes trousses, comme si je ne connaissais pas mon service, moi, depuis vingt ans dans cet hôtel. Ce ne sont que des Firmin par ci, Firmin par là. Firmin, as-tu fait ci ? Firmin, as-tu fait ça? Pourquoi ci, pourquoi ça? Firmin, n'oublie pas ceci, n'oublie pas cela. Au diable. Madame Touche-à-Tout ! Je le répète, si ce n'était pour Monsieur le comte et Mademoiselle Renée, si ce n'était surtout pour toi, ma chère petite Rose, j'aurais tôt fait de quitter cette galère. (La prenant par la taille, tandis qu'elle écoute un bruit venant du dehors.) Rose, Rose chérie, si tu voulais m'écouter, nous retournerions nous unir au pays, notre beau pays de Touraine, qui vaut bien cette fournaise de Paris, où l'on étouffe. Mon petit Trianon attend sa bergère. Allons cultiver notre potager, notre vigne et nos roses, dont tu seras la plus belle !

ROSE, se sauvant.

Ah!... Monsieur le comte!....

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