‹ Mélanges poétiques & littérairesChapitre 35 sur 120 · XANTIPPE · texte numérisé non relu

XANTIPPE

Socrate, cher époux, prends pitié de nos larmes ! Peut-être cette vie à tes yeux est sans charmes, Au souvenir amer de ces mille tourments Que. t'ont fait endurer mes esprits inconstants ? Accepte mes regrets. Je te fais la promesse De. n'avoir plus pour toi que douceur et tendresse. Si pour moi tu ne veux fuir de cette prison. Fléchis du moins aux pleurs de ton fils Agathon. •*

AGATHON

Quoi! mon père, au malheur toujours si secourable. Pour ma mère et son fils serait inexorable ?

1 La loi athénienne défendait de mettre à mort les condamnés pendant tout le temps qu'était en mer la galère sacrée, chargée de porter les offrandes d'Athènes au temple d'Apollon, à Délos.

■i Criton vint proposer à Socrate de fuir et de se réfugier en Thessalie.

:i Agathon, nom créé. Socrate avait trois fils, dont deux en bas âge et le troisième déjà loin dans l'adolescence, quand survint la mort du philosophe. L'histoire ne rapporte pas leurs noms. C'est l'aîné que l'on fait paraître en scène.

Mon père, ayez pitié! (il se précipite aux genoux de son père.)

J'embrasse vos genoux.

Rendez-vous à nos vœux!

SOCRATE

Mon fils, relevez-vous ; Et par d'indignes vœux n'exposez point ma gloire A vous laisser un jour impure ma mémoire. Devant le tribunal, je pouvais librement Choisir entre la mort et le bannissement ; J'ai provoqué l'arrêt qui prescrit la première. Et j'irais, maintenant, devant votre prière, Me déclarer coupable et parjurer ma foi, Moi, qui toujours prêchai le respect à la loi! J'irais, pour conserver le reste de ma vie. Au mépris des leçons d'un passé qu'il renie. Montrer Socrate au loin proscrit, déshonoré! C'est en vain que de moi vous l'avez espéré. Je rends grâces, pourtant, à la vive tendresse Qui d'inutiles soins, mes bien-aimés, vous presse ; Et puisqu'elle vous mène à cette heure en ces lieux. Recevez mes conseils, ainsi que mes adieux.

AGATHON

Qu'ai-je entendu ? Mon père !

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