ACTE I, SCÈNE II
A quoi nous a servi notre constant courage,
Sinon à redoubler notre iionte et leur rage!
Au cirque notre mort charme un peuple blasé :
Au Colisée ouvert, on le voit empressé \
Pour — Rome à ses plaisirs sait employer ses haines —
Voir nos braves Gaulois inonder les arènes
De leur sang généreux !
PAULIN
Grands dieux! Qu'ai-je entendu?
Voilà donc tout le prix de leur mâle vertu!
CIVILIS
Dissimulons encor notre juste colère :
Le temps de la vengeance arrivera, mon frère.
PAULIN
Volons sur le tyran venger leur triste fin!
CIVILIS
Cours mettre au rang des morts Sabinus et Paulin. Patience, te dis-je!
PAULIN
O fatale Eponine ^i
CIVILIS
Ce qu'on fait lentement, sûrement se termine. Garde ta belle ardeur pour mes secrets complots.
PAULIN
Jouer l'ami de Rome avilit un héros.
CIVILIS
Hé quoi! toujours loyaux, battus et ridicules. Pour secouer le joug nous aurions des scrupules ?
1 C'est un léger anachronisme permis ; le Colisée n'a été ouvert que sous Titus, fils et successeur de Vespasien.
2 Fatale parce que, pour Eponine, il doit ménager le tyran.
164 EPONINE
Non, non, mon frère, non! Contre tels ennemis, Je te le dis encor, tout doit être permis. Bref, contre Rome usons de la fourbe romaine. Mais, dis-moi le motif en ce lieu qui t'amène.
PAULIN
J'accompagne Eponine en suppliante ici.
Sur l'esprit de César elle sait ton crédit ;
Pour sauver son époux, dans sa douleur profonde,
C'est sur toi, Civilis, que son espoir se fonde.
CIVILIS
Eponine est ici ! Cours l'avertir, Albin, Que Civilis l'attend pour un meilleur destin.
{Albin sort.)