‹ Mélanges poétiques & littérairesChapitre 55 sur 120 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

PAULIN, ILDA.

PAULIN

Civilis ne vient pas. Quelle cause imprévue Si longtemps loin d'ici le soustrait à ma vue ? Notre doux entretien et ta seule beauté Peuvent calmer mon trouble et mon anxiété. Ilda, ma chère Ilda, digne objet de ma flamme, La terreur me saisit, l'effroi remplit mon âme, Quand elle considère à quels nombreux dangers Je t'expose pour fuir ces pays étrangers. Pourquoi n'as-tu voulu, docile à ma prière, Me laisser des Romains seul braver la colère, Attendre en sûreté mon retour sous nos cieux. Pour couronner alors nos légitimes feux ? Goûterons-nous jamais les joies de l'hyménée ? Le trépas ne va-t-il trancher ta destinée, Quand à le conjurer je perdrai ma valeur?

ILDA.

Étouffe tes soucis indignes d'un grand cœur ; Et sache que l'objet du beau feu qui t'anime Méprise les dangers que ton cœur magnanime N'a pas craint d'affronter, au seul son de ma voix. Pour rendre à deux époux leur bonheur d'autrefois. Quoi ! le monde s'émut quand il vit Eponine, De l'amour conjugal à jamais l'héroïne.

S'acheminer vers Rome, en un sublime effort, Pour tenter d'arracher son époux à la mort ;

174 EPONINE

Et moi, qui dès l'enfance ai connu sa tendresse, Je l'aurais vu partir en proie à la détresse, Seule, pour succomber au début de ses pas! La Gaule aurait frémi de mes noirs attentats Contre les droits sacrés de la reconnaissance. Et toi-même, bientôt condamnant mon absence, N'aurais plus à tes jours plus tard associé Celle qui méconnut les lois de l'amitié. Tu reçus mes aveux : je partage ta flamme ; Mais tu sais à quel prix je deviendrai ta femme. Je l'ai juré, Paulin, et tiendrai mon serment : Je connus Eponine avant toi, mon amant. Et ne veux voir briller mon flambeau d'hyménée Qu'à la fin des tourments de cette infortunée.

PAULIN

J'ai souscrit sans murmure à cette dure loi. Hélas! quand viendra-t-il ce jour béni pour moi? O trop fidèle amie! ô cruelle maîtresse. Qui voit trop Eponine et trop peu ma tendresse!

ILDA.

J'en atteste les dieux, qui pénètrent les cœurs. Que le mien garde à toi ses plus vives ardeurs. Mais, d'un amour commun je goûte peu les charmes, Tandis que mon amie est en proie aux alarmes. Suis-moi ! Si Sabinus est sauvé par Ilda, Qu'on dise qu'il le fut, puisque Paulin l'aida Et, quand mon amitié fit tant pour Eponine, Pense à ce que l'hymen à mon Paulin destine.

PAULIN

J'y pense pour trembler de te perdre à jamais !

ILDA.

Jamais un vrai héros ne doute du succès ; Par un indigne effroi ne ternit point ta gloire. Qui lutte par amour est sûr de la victoire!

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