SCÈNE II CIVILIS, PAULIN, ILDA, ALBIN
CIVILIS
J'apporte, mes amis, de fâcheuses nouvelles. Et je bénis le Ciel qui nous est si clément D'éloigner de ces lieux Eponine un moment.
ILDA.
Qu'entends-je! Quoi, le Ciel qui semblait lui sourire Déjà tourne contre elle et contre nous conspire? Malheureuse Eponine!
PAULIN
Oui, si de Civilis Je vois l'âme et le cœur d'un tel trouble remplis Il faut que le motif n'en soit point ordinaire. Quel est-il? Parle!
CIVILIS
Albin te l'apprendra, mon frère.
ALBIN
{Pendant ce récit, Eponine apparaît et écoute dans le fond de la scène. Les autres acteurs, attentifs, ne l'aperçoivent pas.)
Choisi pour accomplir ce périlleux devoir De dire à Sabinus qu'il pourrait fuir ce soir. De le mettre au courant des apprêts de sa fuite, D'en ourdir avec lui toute la réussite. J'approchais, confiant, du seuil de la prison. Hélas! j'eus bientôt vent de quelque trahison :
176 ÉPONINE
Je trouve, en arrivant, que la garde est changée;
Des soldats inconnus me refusent l'entrée.
J'insiste et fais valoir mon titre et mon emploi.
« De César, répond-on, c'est la formelle loi
» Qu'il ne soit plus permis, désormais, à nul homme
» De pénétrer sans ordre en la prison de Rome. —
» Cet ordre existe-t-il pour moi, centurion? —
» Il n'est, ajoutent-ils, aucune exception. —
» Mais, quelle est la raison de cette loi si dure? —
» Interroge César, auteur de la mesure :
» Notre auguste empereur seul pourra te fixer. »
{A avilis.) Je n'appris davantage et vins vous retrouver. Seigneur, le cœur en proie à l'affreuse assurance Que nous sommes trahis et que mon existence. Celle de Sabinus....