ACTE 11, SCÈNE Vil
Galba, Vitellius, honorèrent ta gloire '
Du pardon, quand jadis te trahit la victoire ;
Et moi-même, le jour où par Cérialis
J'eus enfin arrêté tes succès, Civilis,
Je voulus ignorer l'auteur de ma défaite.
Pour voir seuls les lauriers qui couronnaient ta tête.
Héros de Vetera, vainqueur d'Aquilius,
Tu fus mon partisan centre Vitellius ^^
Et le sauveur sans qui mes légions dans l'onde ^
Auraient de leur trépas épouvanté le monde.
Si tes vertus ont pu fléchir même Néron,
J'ai cru leur devoir plus qu'un dédaigneux pardon.
Et jugeai, quand je fus assuré de l'empire,
Qu'un acte généreux, que Rome encore admire.
Ne pouvait être mieux reconnu de ma main
Qu'en t'accordant le nom de citoyen romain.
Tu le reçus. Bien plus, auprès de ma personne.
Honneur qu'un empereur au plus illuste donne,
Tu devins un ami, tu devins confident.
Quand de fidélité j'eus reçu ton serment.
Tant de bienfaits par moi décernés à ta gloire
Seraient-ils, Civilis, sortis de ta mémoire ?
Parle !
ClVlLIS.
Il n'est point, Seigneur, hors de mon souvenir Que je vous dois le jour qu'on pouvait me ravir, Votre amitié, le nom de citoyen de Rome, Honneur qui plus qu'un sceptre ennoblit le moindre homme.
l Civilis, si souvent victorieux, fut enfin vaincu et conduit à Rome devant Néron, qui lui pardonna, séduit par ses grandes qualités. 11 fut également absous, plus tard, par Galba et Vitellius.
■^ Civilis se prononça pour Vespasien contre Vitellius.
3 Vaincu par Cérialis, Civilis fut forcé de passer le Rhin. 11 attire Cérialis dans l'île des Bataves, inonde le pays par la rupture de la digue que Drusus avait autrefois fait construire à l'endroit oij le Rhin se divise en deux bras. Il est ainsi le maître de faire périr l'armée romaine, mais il ne le veut pas par grandeur d'âme, humanité et prudence. Cet acte magnanime valut à Civilis l'admiration et la reconnaissance de Rome, ainsi que le crédit de Vespasien.
Civilis conclut avec les Romains une paix honorable.
184 EPONINE
Je m'en souviens toujours. Cependant, si jadis Ma valeur dut céder devant Cérialis, Je n'eus point à subir l'affront d'une défaite : C'est par ma volonté qu'enfin la paix fut faite. Sans moi vos légions, général et soldats. N'auraient jam-ais, Seigneur, regagné vos Etats.
VESPASIEN
Je reconnais sans toi qu'elles cessaient de vivre.
CIVILIS
Que Votre Majesté m'autorise à poursuivre.
La paix fut donc conclue à la condition
D'être surtout moins dur envers ma nation.
A cette clause Rome a-t-elle été fidèle ?
Non ! Jamais mon pays n'a plus souffert par elle
Le sang de ses héros coule aux cirques romains ..
VESPASIEN
C'est trop t'intéresser au sort de ces mutins !
CIVILtS.
Rome en me recevant n'absorba point ma vie Au point d'en arracher l'amour de ma patrie ! Elle souffre ; et, déjà, votre sévérité En Gaule a rallumé la soif de liberté. Etouffez la révolte en elle qui commence, En lui montrant enfin un peu plus de clémence; Et, si je puis. Seigneur, vous en dire encor plus, Qu'Albin soit pardonné ! Délivrez Sabinus !
VESPASIEN
Lui qui ne craignit pas de convoiter l'empire ! Ce jour est son dernier et bientôt il expire.
ClVILIS
Il fut assez puni de son égarement.
Que peut un roseau faible à Vespasien régnant ?