ACTE III, SCÈNE III
EPONINE
Rendons grâce à César qui consent, en ce jour, A réunir nos cœurs dans leur commun amour.
SABINUS
Serait-il vrai ? Revoir mes fils, la Batavie !
{A Vespasien.) Ah! Seigneur....
VESPASIEN
J'y consens. Je te laisse la vie.
Va reprendre le cours de ta félicité ; Mais, avant de partir, apprends ma volonté Et jure de la suivre au prix de ma clémence.
EPONINE, à part.
Dieux puissants, sauvez-nous !
VESPASIEN
Dans la Gaule en démence, Pour la rébellion s'agitent vos guerriers : J'en ai reçu l'avis par de récents courriers. Va-t-en de ton crédit apaiser ces alarmes ; Fais tomber des mutins les impuissantes armes. Montre-leur un devoir trop souvent oublié ; Bref, pars l'ami de Rome et deviens son allié. Accepter ce sera la fin de ta misère, Refuser, le signal de ton heure dernière ; Tu sais ce qu'en ce jour Rome exige de toi. En un mot, jures-tu d'obéir à sa loi ?
PAULIN, à part.
Honte à lui s'il accepte une telle entreprise !
SABINUS, ironique.
Ah ! je reviens enfin un peu de ma surprise !
Et j'admire. Seigneur, en Votre Majesté,
Cet assemblage heureux d'adresse et de bonté.
192 EPONINE
EPONiNE, à part Je respire !
VESPASIEN
Est-ce oui ?
PAULIN, à part.
Misérable !
SABiNus, avec feu.
je jure, (Jamais à son serment un Gaulois n'est parjure). S'il m'est un jour donné de revoir mon pays, D'aider de ma valeur nos guerriers réunis, D'employer mes efforts, toute mon éloquence, A redoubler leur haine, enflammer leur vaillance. De ne quitter le fer que reprendra ma main Qu'après avoir chassé jusqu'au dernier Romain ?
PAULIN, à part.
Gloire à toi !
C'en est fait!... O douleur!...
VESPASIEN
Téméraire, Retombe donc sur toi l'effet de ma colère !
{Aux gardes.)
Qu'on le mène à la mort!
EPONINE
Arrêtez ! Un moment !
Grâce, grâce. Seigneur, pour son aveuglement ! Laissez-moi lui parler. Peut-être que mes larmes Sur son cœur ulcéré ne seront point sans charmes !
{A Sabinus.) Souviens-toi, Sabinus, de ces temps fortunés Où, des cruels humains tous les deux ignorés, Nous savions, épanchant l'un sur l'autre notre âme, Goûter tout le bonheur d'une commune flamme ;