ACTE III, SCÈNE IIl
Ce bonheur pour toujours peut nous être rendu ! Pour moi, pour nos enfants, cher époux, le veux-tu? Tu ne me réponds pas? Ton cœur est insensible? Même aux pleurs de tes fils tu restes inflexible ? 0 devoirs de l'hymen ! qu'êtes-vous devenus ?
SABINUS
Grands dieux ! vous connaissez le cœur de Sabinus !
ÉPONINE
Qu'importe cette gloire où ta raison s'obstine? Tu fis assez pour elle; aie pitié d'Éponine!
SABINUS
Hé quoi ! foulant aux pieds mes glorieux lauriers, Parjure à mes serments et traître à mes guerriers, Je laisserais en Gaule, ô ma chère adorée. Aux fruits.de notre hymen ma mémoire exécrée! Non, non, plutôt la mort!
VESPASIEN
Eh bien, va la subir!
Cruel, qui te complais à la laisser souffrir! Traître, qui ne craignis, dans ton audace extrême, De couronner ton front jadis du diadème! Les Gaulois ont frémi de ces fols attentats, Qui te firent suspect à tes propres soldats.
SABINUS
Ceux qui m'ont refusé l'appui de leur courage N'ont pas compris quel sort eût été leur partage, Si j'eus pu, par le sceptre entre mes mains remis. Accomplir ma vengeance envers leurs ennemis : Les Romains dans la Gaule et jusqu'en Germanie Eussent de flots de sang payé leur tyrannie. Et l'on eût vu peut-être à Rome les Gaulois A leurs anciens tyrans venir dicter leurs lois!
194 EPONINE
VESPASIEN
Malheureux !
CIVILIS
Eh! Seigneur, excusez ses audaces,
VESPASIEN
Laisse-le, Civilis. Je vois, par ses menaces, Combien en le sauvant d'un trop juste trépas J'aurais desservi Rome, ainsi que mes États! O comble d'impudence! ô comble de folie! Un esclave usurper le trône en Italie !
SABINUS
Ah! tyran, c'en est trop! Tu peux verser mon sang. N'insulte pas un chef abattu de ce rang Auquel lui donnait droit son illustre origine. Qui loin d'Auguste voit remonter sa racine. Issu du grand César, le brave Sabinus
(Avec ironie.) Peut bien se comparer au fils de Flavius ^ Qui sut, par sa valeur, dans les champs de Pharsale, Te mériter un jour la pourpre impériale!
VESPASIEN
Perfide, les lauriers qui- surchargent mon front N'ont-ils anéanti le paternel affront?
Mes soldats, si souvent conduits à la victoire. Suffisamment ont su reconnaître ma gloire : Par leur enthousiasme au trône ils m'ont porté!
SABINUS
Et par la trahison j'en fus précipité.
Je vois qu'elle reçut à Rome son salaire :
Civilis de César ignore la colère.
1 L'ancêtre de Vespasien, Flavius Petronius, centurion dans l'armée de Pompée, avait pris la fuite à la bataille de Pharsale.