‹ Mélanges poétiques & littérairesChapitre 76 sur 120 · EPONINE, CIVILIS, PAULIN, ILDA · texte numérisé non relu

EPONINE, CIVILIS, PAULIN, ILDA

EPONiNE, par un dernier effort.

Je laisse aux Immortels le soin de ma vengeance!

(A Ma.) Je te lègue mes fils... Prends soin de leur enfance.. Et comble... de Paulin... par l'hymen... les ardeurs. Cher Sabinus, à toi... pour toujours! Je me meurs..

(Elle expire.) ILDA, désespérée.

Le Ciel, par ses rigueurs, brise sa destinée... Eponine n'est plus !

CIVlLlS.

Ma tâche est terminée.

Fuyons ces lieux, Paulin ; volons vers nos Gaulois Préparer la vengeance et de nouveaux exploits! Et que de Sabinus les hordes Allemânes ', A ma voix immolant les Romains à ses mânes, Leur fassent voir bientôt de l'éternel séjour Que Civilis resta digne de leur amour.

1 Allemânes ou Allemani, nom donné par les anciens aux peuplades qui habitaient les bords du Rhin.

Notice finale \

En donnant cet ouvrage, je ne me flatte pas d'avoir produit une œuvre de beaucoup de mérite. Non, j'ai voulu, encore une fois 2, donner libre cours à mon penchant pour ce genre de poème et apprécier l'immense difficulté de trouver un sujet neuf propre à la tragédie et de le développer en mille ou quinze cents vers qui soient, sinon excellents, du moins supportables.

Qu'on juge de la difficulté prodigieuse de composer une bonne tragédie par ce fait que, de Rotrou à Voltaire, environ deux mille ouvrages du genre ont vu le jour. De toutes ces pièces, à peine une trentaine sont vraiment dignes de la lecture ou de la scène!

Comment refuser notre admiration au grand Corneille, le père de la tragédie, lui qui, sans les exemples de devanciers, enfanta le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, Pompée et le cinquième acte de Rodogune, supérieur à tout ce que l'antiquité a produit de plus sublime ? Averti par l'âge du déclin de son génie, que ne borna-t-il là les efforts de sa muse, pour laisser dans le néant Théodore, Pertharite, Agésilas, Attila et le reste! Sa gloire serait égale à celle du parfait Racine, dont le vol, commencé par VAlexandre, où déjà se révèle le génie racinien, s'éleva de degré en degré jusqu'au point culminant, au delà duquel l'ascension n'était plus possible.

Andromaque, Britannicus, Bérénice, Bajazet, Mithridate, Iphigénie, Phèdre, Esther, Athalie, le chef-d'œuvre de la scène française, assurent pour toujours à Racine le sceptre de la tragédie.

1 On n'envisage ici que le théâtre français.

2 L'auteur s'était déjà essayé au théâtre dans Un mariage compromis, comédie en deux actes, en vers {ItiSS), et dans AJit-Sing, tragédie en cinq actes, tirée de l'histoire de Lahore (liM).

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