‹ Mélanges poétiques & littérairesChapitre 75 sur 120 · ACTE m, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE IV

Claude et même Néron l'exaltèrent jadis, L'un dans Caractacus et l'autre en Civilis...

VESPASIEN

Qui de fidélité leur ont donné le gage.

EPONINE

Non, ils leur firent grâce à tous deux sans partage.

C'est toi seul que l'enfer jugea digne du don

D'être plus vil que Claude et cruel que Néron,

Et, puisqu'en cet instant mon Sabinus expire,

De rendre vains mes pleurs, mes efforts, mon martyre!

Pouvait-il me comprendre, un monstre qui lia

Son destin par l'hymen avec Domitia ' ?

VESPASIEN

Malheureuse!

EPONINE

Ai-je enfin mérité ta colère ?

Frappe-moi si tu veux me forcer à me taire! Garde pour toi, tyran, ton admiration. Ta haine est désormais ma seule ambition ! Ne crois pas dans le sang cimenter ton empire : La mort de mon époux, qu'à retrouver j'aspire. Produira des héros, supérieurs aux revers, Qui ne te laisseront que leurs pays déserts!

VESPASIEN

Tant mieux. Qu'ils meurent tous s'ils deviennent rebelles!

Pour les remplacer, Rome a des sujets fidèles.

Assez et trop longtemps vos peuples indomptés,

De leurs séditions nous ont inquiétés!

Mais, ces justes fureurs qui remplissent mon âme

N'iront pas s'exercer jusque sur une femme,

Qui, lorsque ses malheurs seront guéris du temps,

Reviendra, je l'espère, à d'autres sentiments.

1 Vespasien épousa une ancienne courtisane, Domitia, qui lui donna deux fils, Titus et Domitien.

EPONINE

EPONINE

Tu l'espères en vain. Pour mériter sa rage, Grands dieux, inspirez-moi quelque nouvel outrage! Hélas! dans mon malheur, il ne me restait plus Que d'avoir ta pitié, bourreau de Sabinus! Je n'en subirai point longtemps l'ignominie : Le Ciel enfin clément, par une mort bénie. Va, comme mon époux, m'affranchir de tes lois... Quelle faiblesse vient voiler soudain ma voix Et quelle étrange nuit tout à coup m'environne? Quelle est cette torpeur? La force m'abandonne... Chère Ilda... soutiens-moi, car je n'ai pas tout dit.

ILDA.

Eponine!... Grands dieux, gardez-lui son esprit!

EPONINE, défaillante, à Vespasien.

Mon âme, qui déjà touche au séjour des ombres. Contemple en l'avenir, cruel, tes destins sombres : Les Parques ont borné ton pouvoir odieux ', Bientôt tu paraîtras au tribunal des dieux ; Et, puisque sans pitié tu ravis à l'enfance. En nous assassinant, son unique défense, Ton sceptre, pour deux ans, à Titus limité '^, Verra, par lui, la fin de ta postérité^... Grâces au Ciel, enfin, j'ai soulagé mon âme ; J'expire avec bonheur et te maudis, infâme !

(Elle tombe épuisée^ dans les bras d'Ilda.)

VESPASIEN, sortant.

Je veux tout pardonner à son égarement ; Civilis, je te laisse à son soulagement.

1 Vespasien ne survécut que peut de temps à Sabinus.

2 Par un léger anachronisme, on fait ici mourir Titus après son frère Domitien.

•"5 Plutarque s'indigne de l'extrême rigueur de Vespasien envers un homme déchu et qui, eu égard au dévouement sublime de son épouse, méritait l'entière clémence impériale. 11 regarde comme un châtiment du Ciel la mort des deux fils de Vespasien et l'extinction de sa postérité.

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