SCÈNE VU
Oui, c'en est fait, Edith, cher objet de ma flamme. Mon amour, malgré moi, s'échappe de mon âme ; Et mon cœur, subjugué par son joli lutin, Ne dissimule plus : il se déclare enfin. Comment te résister, ô charmante perfide ! Tu rends audacieux l'amant le plus timide. Il est à tout, pour toi, désormais résolu ; Ne le repousse pas : c'est toi qui l'as voulu. Dans ta main que je baise en la mienne pressée, A cette heure, tu tiens toute ma destinée. Ah ! consens ou je meurs si ta bouche ne dit : J'aime mon Alidor, comme lui son Edith !
EDITH, éclatant de rire.
Ah! Monsieur le cachottier, c'est ainsi que...
LUC DRiAN, tout décotitenancé .
Oh! Mademoiselle, croyez bien... J'ai récité ces vers, pour m'exercer à mon rôle, et ce damné phonographe aura...
EDITH, réprimant son rire.
Est-ce aussi pour t'exercer à ton rôle, que tu as remplacé le nom de Judith par celui de...? (Plus sérieuse.) Voyons, mon cher Luc, à quoi sert-il de dissimuler davantage ? Tu joues, cette fois, bien mal ton rôle. Ma mère sait tout {signe d'acquiescement de Madame Lizard) et nous approuve. Laisse, enfin, parler ton cœur {avec émotion) ; laisse-le voler vers le mien : ils tendent l'un à l'autre, depuis longtemps, avec ardeur.
LUC DRIAN, transporté.
Serait-il vrai ? Ah ! Madame, nulles paroles ne pourraient vous exprimer ma reconnaissance et mon bonheur ! Je ne puis que vous dire merci, merci ! {Pressant sur son cœur Edith, qui s'abandonne.) Chère... chère Edith !
MADAME LIZARD, très émue.
Oui, soyez heureux, mes enfants. Je vous bénis !
216 PHILOPHONE
(Le phonographe répète de nouveau la tirade, moins fortement que la première fois, afin que le public puisse entendre les saillies dont Edith entrecoupe les vers.)
Oui, c'en est fait, Edith, cher objet de ma flamme...
LUC DRiAN, impatienté.
Encore !
{Madame Lizard rit cette fois de bon cœur.)
EDITH, souriante, et le phonographe, simultanément.
Edîth : Laisse donc, Luc ! Sa musique m'est douce à entendre. Le phonographe : Mon amour, malgré moi, s'échappe de mon
[âme...
Edith : Il dit pour nous ce que nous ressentions tous les deux... Le phonographe : Et mon cœur, subjugué par son joli lutin... Edith : ...et n'avions pas le courage de nous avouer. Écoute !
LE phonographe.
Ne dissimule plus, il se déclare enfin.
EDITH, moqueuse.
Enfin !
LE phonographe.
Comment te résister, ô charmante perfide ! Tu rends audacieux l'amant le plus timide. Il est à tout, pour toi, désormais résolu.
EDITH
Ah ! garnement !
LE phonographe.
Ne le repousse pas : c'est toi qui l'as voulu.
EDITH
Moi ? Pas du tout !
LE phonographe.
Dans ta main, que je baise en la mienne pressée...
EDITH
Don Juan, va !