Publié dans la Revue (ranvuise de aiivier I82K
ospôré qu'il en serait ainsi, et pris savamment ses mesures pour exploiter, au profit de ses vices, les fautes de la France. Quehiues hommes se l’iiunirent, presiiue tous jeunes, encore étrangers pour leur compte ù la vie politique, mais animés d’un sentiment qui surpasse tout sentiment personnel , l’amour des droits du pays, le besoin de les défendix* en attendant le jour do les exercer. Ils se réunirent dans le seul dessein d’appeler, sur la rédaction des listes, la sollicitude publique, d’avertir, d’éclairer, d’exciter, de soutenir au besoin les électeurs. Aidetoi, le ciel t'aidera, telle fut leur devise. Sous cette bannière d’activité et de foi, simplement, hautement, soigneux de respecter les formes elles limites légales, ils ouvrirent dans les départements, avec des amis et des compagnons d’étude, jeunes comme eux, une infatigable correspondance ; ils publiaient des écrits, élevaient des réclamations, faisaient des voyages, s’appliquaient surtout à former, dans les moindres villes, des comités de consultation, de distribution, d’action, chargés de répandre partout les avis, les secoui’s, de faire, valoir auprès des électeurs les droits de la patrie, auprès de l’autorité les droits des électeurs. Leur travail s’étendait de jour en jour, et avec succès, lorsqu’un bruit com-
ineiira à circuler (jui semblait leur promettre une utilité plus prochaine qu’ils n’avaient cru d’abord : les mots de dissolution, d’ilections nouvelles, furent prononcés; le ministère, disait-on, ne savait plus que faire de la Chambre qu’il avait faite trop servile ; on l’accusait de décrier ses maîtres, et pourlant, lasse elle-même de sa sénilité, elle menaçait de les embarrasser. Plusieurs membres, même entre les ministériels, montraient une e.\trême répugnance à siéger au deb\ de cinq ans. Enfin, et par-dessus tout, le zèle imprévu des citoyens à se faire inscrire sur les nouvelles listes, le progrès du mécontentement général, la timidité croissante de leurs amis, tout faisait craindre aux ministres que, dans deux ans, dans un an même, il ne leur restêt, dans les élections, aucune chance de succès. .M. de Villèle, assurait-on, était décidé à dissoudre ; plusieure de ses collègues auraient mieux aimé attendre; le roi hésitait ; mais M. de Villèle, plus inquiet de l’avenir, plus hardi dans le présent, parlait ouvertement de la dissolution, et promettait au roi, à ses collègues, à son parti, une éclatante victoire : « Il viendra soixante libé- « raux, lui faisait-on dire, j’en ai besoin pour rallier « les royalistes. » A ces bruits, et malgré l’incrédulité publique, l’association Aide-loi, le ciel l'aidera, redou-
1)1.1 trardeur; elle se hûta de faire arriver au.v oreilles (le tous les électeurs ce mol de dissolution (lu’aucun journal ne pouvait seulement prononcer; elle provo(iua, sans arri(“rc-pensée, sans dgard aux vieilles (jiierelles, l’alliance de tous les hommes indépendants, les derniers efforts de la résistance légale. Le public doutait encore : la Sociélé Aide-toi, le ciel l'aidera, annonça tout.'i coup, par une circulaire adressée à scs correspondants, (juc la dissolution était arrêtée, que l’ordonnance paraîtrait sous trois joure. Elle parut le 0 novembre. Ou sait ce qu’a fait la France.
Elle a fait ce qu’aucune association , aucune innueuce préméditée, aucune combinaison savante ne peut faire faire ù un peuple, ce qu’osent à peine, eu pareille occasion, conseiller ceux qui le désirent, ce qu’espèrent bien peu ceux qui le conseillent ; la France a fait, avec une ardeur passionnée, des éleclions exemptes de passion ; elle a nommé d’un élan unanime, et presque d’un commun accord, une assemblée où toutes les opinions, tous les partis, toutes les nuances d’opinion cl de parti ont librement et pacifiquement pris place. D’ordinaire , quand on demande des élections ù un pays agité, tanWt les partis divers, chacun selon sa force, sortent en armes des urnes électorales et n’arrivent au
centre de l’État que pour se combattre -, tantôt uii parti triomplie seul, et, représenUint e.tclusif de la sociétd, usurpe le monopole du pouvoir; en sorte que rassemblée nationale se forme sans unité ou sans liberté, pour la guerre ou pour la tyrannie. Ni l’unité ni la liberté n’ont manqué à la formation de la Chambre nouvelle. Elle est née d'un mouvement vraiment public, d’une intention simple et générale ; et pourtant aucun vent violent n’a soufflé sur son berceau ; aucune classe , aucune force spéciale n’y prévaut tellement qu’on doive redouter son trop facile empire ; ét les intérêts, les désii-s, jusque-là si divers, qui y siègent tous, ce n’e.si point dans une pensée d’hostilité, c’est dans une pensée de pai.v qu’ils y ont été envoyés ; ils ont reçu pour mission, non de se combattre, mais de tendre en commun vers un même but, but qui dominait, au moment du choix, dans l'esprit de l’immense majorité des électeurs. Ceci est donc, dans toute la valeur du terme, une assemblée vraiment nationale ; nationale en ce sens qu’elle est l’image sin-* cêre et véridique du pays dans tous ses éléments; nationale aussi en ce qu’elle est l’expression d’un vœu public et d’un besoin commun aux éléments les plus divers. L’unité morale dans la variété politique.
la liboiTé lies situations, des opinions, des intérêts différents, mais prêts à s’animer d’un même sentiment, à se rallier dans une même pensée, en cela consiste la nationalité véritable : elle a éclaté en France; elle a passé dans la Chambre que la France vient de nommer.
Comment en sommes-nous venus là? Quel progrès caché ou subit nous a ainsi portés bien au delà des plus conflantes espérances? On nous a dit longtemps, et naguère encore on nous répétait, non sans apparence de raison, que le gouvernement était parmi nous le seul principe â’unité, que la force du pouvoir central savait seule imposer, aux éléments désunis ou hostiles de notre société, l’ensemble et la pai.x. Confiée à sa liberté, à sa propre sagesse, la France, assurait-on, est encore incapable de reconnaître et de suivre la roule où peuvent marcher en commun tous les citoyens; on verrait renaître toutes les inimitiés, tous les préjugés, toutes les prétentions, tous les aveuglements, toutes les fautes qui, depuis trente ans, dès que le pays a été chargé de faire’lui-même son sort, l’ont précipité dans une anarchie terrible ou dans une confusion impuissante. Il manque aux partis, à tous les partis, le bon sens et l’empire sur leurs passions; aux
hommes siiges, aux citoyens paisibles, le savoir-faire et le courage de la liberté ; les uns, dès qu’ils croient toucher au triomphe, compromettent la destinée publique et leur propre destinée; les autres ne savent se rallier que dans l’obéissance et agir que par les mains du pouvoir. Ce n’est point par hasard que le despotisme avec sa gloire, le ministérialismc , avec sa corruption, ont seuls réussi à gouverner la France; seuls, ils ont su la soustraire aux pires des maux, aux seuls maux (pie ne puisse supporter un peuple, à la désorganisation sociale et à la tyrannie des factions.
Nous protestions contre ce langage, mais sans succès et presque sans confiance ; nous réclamions l’influence réelle, franche, décisive, du pays sur son gouveraement, mais avec crainte autant qu’avec désir. Quelles caus es l’ont enfin amené à s’en montrer capable? Quia développé en France les deux ressorts nécessaires de la vie politique, l’indépendance et le bon sens ?
Le temps et le ministère.
Quand M. de Villèle entra, il y a six ans, en pleine possession.du pouvoir, il y arriva au nom d'un parti, comme l’homme le plus sage et le plus habile du parti. Par sa sagesse, il ralliait les hommes modérés
cjui redoutaient le triomphe du parti sans oser le combattre ; par son habileté, il semblait au parti le plus sûr moyen de triomphe. Ministre de la contrerévolution, il promettait aux uns de la faire, aux autres de l’empêcher. 11 monta poussé par l’une et l’autre espérance, chargé de cette double mission.
Qu’on ne la lui impute point à duplicité : c’est le propre des hommes habiles de répondre A des besoins divei’S, d’attirer des confiances conti'aircs, de persuader qu’ils comprennent toutes les difûcultés, toutes les nécessités, et sauront y suffire. Homme de pdrti par 'sa situation, qu’il acceptait pleinement, .M. de Villèle l’était peu d’ailleurs ; surtout il excellait à ne le point paraître. Point d’opinions, point de passions, un ferme dessein de réussir, mais aucune des grandes ambitions du caractère ou de la pensée; un esprit droit, prompt, habile A démêler, dans chaque occasion, ce qui sert et A s’en emparer, ce qui se peut et A s’y tenir, sans cesser de prétendre plus loin; de la persévérance et de la souplesse, le goût de l’ordre et de l’intrigue, une imperturbable assurance dans l'air et le langage de la modération, une insouciance prodigieuse dans l’emploi de la parole, enfin le don de rester toujours, même dans la plus haute fortune, au
niveau d'un public médiocre; que fallail-il de jilus, en bien et en mal, pour convenir également au\ deux partis contraints de s’unir? Le côté droit doutait de sa force malgré sa victoire, et s’arrangeait fort bien du succès sans éclat; le centre découragé ne prétendait plus guère qu’à atténuer les suites et à éviter l’explosion de sa défaite. M. de \ illèle était riiomme de cette situation, l’entremetteur natui’el de ce marché. ^
Quelque temps tout parut bien : .M. de \illèle avait crédit sur la contre-révolution; il s’employait à la modérer, à la contenir, à faire en sorte (in’ellc demandât moins qu’elle ne voulait, et se contentât de moins qu’elle ne demandait, .àcceptant d’assez bonne grâce dans les Cliambres la liberté de la tribune, hors des Chambres la liljcrté de la pi’esse, il profitait des nécessités de finance, des formes du gouvernement représentatif, de l’alliance du centre, pour éluder un peu le joug du parti. Le parti luimème avait acquis, en six ans de vie parlementaire, une certaine dose de sens et de prudence ; il savait observer quelque lactique, supporter quelque discipline; il SC résignait, tout en se débattant, à vivre dans le régime constitutionnel. Le centre, de son côté, quoique perdant chaque jour du terrain, se
4U MÉLAAGES POLITIQUES.
ftilidlail de ses résolulioiis ministérielles ; il s'élail attendu à pis.
Cependant, pour gouverner ainsi les vainqueur.s, ce qu'ils avaient eu.v-inémes de raison, ce que .M. de Villèlc avait d'influence, était fort loin de •suffire. .\ cliaque instant éclataient dans le parti des passions, des intérêts, quelques doctrines même qui exigeaient davantage, qui voulaient aller plus loin et plus vite. i\c pouvant toujours étouffer ou convertir, ,M. de Mllèle s’appliqua à corrompre ; il invoqua l intérêt pei'sonnel au secours de la sagesse, les vices des Individus contre les folies de la faction. Dans rémigration, dans le clergé, ù la cour, partout où il pouvait atteindre, il lit pénétrer ses immenses moyens de détacher, de gagner, de séduire. Le succès fut grand. Bien que le bruit des paroles demeurât le même, les doctrines s'évanouirent, les passions s’amortirent : les mécontents du parti ou quelques apôtres encore ardents se désolaient de sa décadence; les intérêts individuels trouvaient .M. de Villèle un ministre bien utile ; le centre vantait tout bas son habileté.
Mais on ue peut tout acheter; d’abord, parce que, quoi qu’on en dise, tout n’est pas à vendre ; ensuite, parce que personne n'est assez riche pour tout
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payer. Napoléon, avec son génie et la conquête de l’Europe, n’avait pu suffire à s’approprier la révolution tout entière; M. de Villèle, avec son savoirfaire et la bourse, ne put solder toute la contrerévolution. 11 avait beau donner; on avait beau prendre : le fond du parti subsistait toujoui-s, avide, il est vrai, mais insatiable. Les bonimes prudents, on déjà satisfaits pour leur propre compte, blâmaient et s'inquiétaient, mais sans résistance; on leur eût dit qu'ils avalent eu leur lot. Évidemment la provision de sagesse du parti et rinfluence modératrice de M. Villèle étaient à bout. 11 ne renonça point. Il avait corrompu dans les rangs de la contre révolution et pour la contenir; il mit à son service, dans toute la sphère du pouvoir ministériel, la corruption qu’il avait faite. Tout lui avait été bon pour retarder un peu, pour masquer du moins le flot qui apportait les lois du sacrilège, du droit d’aînesse, la domination du clergé dans l’État, du jésuitisme dans le clergé; tout lui fut bon pour faire réussir ce qu’il n’avait pu empêcher. 11 avait, <lans le cours de son administration, exploité d’abord le bon sens, puis la serv ilité et la corruption au profit du bon sens : la déraison prév<ilait ; il subit la déraison , faisant chaque jour, pour la
iH> , Ml'LANGKS POLI Tl (.1 L ES.
soutenir, un appel nouveau à la corruption et à la servilité.
Bientôt elles ne suffirent plus. Ce qui avait fait jusque-lô l’orgueil de .11. de Villèle, le mérite qu’il jetait toujours à la tête de .ses détracteurs, les formes même du gouvernement représentatif, la libre discussion dans les Chambres et dans le public, devinrent impossibles. C’était assez pour arrêter la contre-révolution dans sa victoire ; la contre-révolution ne les jiouvait soulTrir, M. de Villèle consentit à les attaquer. Ce qu’il eût fait contre la Charte et la France, .s’il eût réussi dans les élections qu’il a tentées, lui-même l'iguore, et pourtant il l’eût fait. 11 nous a donné le droit de l’affirmer.
Mais, dans celte grande tentative, il est arrivé à M. de \ illèle un malheur qu’ont suhi avant lui de plus grands et de plus habiles. Après avoir commis le mal avec succès, méprisé les hommes avec raison, il a eu dans le mal trop de contiance, pour les hommes trop de mépris. 11 a oublié que, pendant qn’il gouvernait, le temps avait marché, le monde changé; que, malgré la toute science de sa police, la toute-puissance de son administration, il s’était passé et fait parmi nous auti-e chose que ce qu’il avait su, autre chose que ce qu’il avait fait; qu’en-
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fui, s'il demandait une Cliainbre nouvelle, c’était une France nouvelle qui s’apprêtait à la lui donner.
Depuis que M. de Villèle a commencé ii nous gouverner, un fait' immense s’est accompli; la France a accepté la Cliarte. Il y a deu.v choses dans la Charte, la Révolution et la Restauration. La Révolution l’a conquise; la Restauration l’a apportée. Voilà déjà plus de douze ans que, sous son égide, la Révolution et la Restauration vivent ensemhle, plus ou moins bienveillantes, plus ou moins confiantes, mais après tout, et à travei-s les vicissitudes de leurs dispositions réciproques, en société et en pai.v. C’est bien quelque chose que douze années pour calmer les passions, dissiper les préjugés, dissoudre les partis. Les plus emportés, les plus obstinés n’échappent pas à l’action du temps. i\e fit-il que les vieillir, il les changerait. Il fait plus, il les dénature; il amène des événements, des nécessités, il répand des clartés qui leur inspirent d’autres idées; il finit par les jeter dans un nouveau moule, d’où sortent de nouvelles combinaisons.
Depuis douze ans, bien des complots ont assailli la Charte, plus ou moins secrets, plus ou moins avancés, mais tous très-ardents, et venus, les uns de l’ancien régime, les autres de la Révolution. Ni
les uns ni les aufVes n’ont réussi; bien plus, les uns et les autres ont eu pour résultat de fortifler ce (pi'ils nicnaeaient, d’enraciner ce qu’ils voulaient détruire. Point d’entreprise révolutionnaire, point de machination contre-révolutionnaire, qui, au inonient où leur succès semblait le plus prochain, n’aient tourné tout à coup au profit, celles-ci du régime constitutionnel, celles-là de l’ordre établi. Aujourd'hui le fait est évident.
Et ce n’est point par le bras du despotisme, sous le poids d’une oppression tarte et commune, comme il leur était arrivé sous Napoléon, que les partis contraires se sont vus tour à tour déjoués et vaincus ; c’est au milieu d’un régime libre, après avoir déployé, chacun de son mieu.v, ce qu’ils avaient de force et d’habileté. Il faut bien le dire ; malgré les fautes des diverses administrations qui se sont succédé depuis 1815, malgré ce qu’elles ont coûté à la France, à tout prendre, la liberté de fait a été grande, l’ordre légal a subsisté parmi nous. C’est un des mérites du gouvernement représentatif qu’à peine un mauvais principe s’y révèle, aussitôt mille voi.v s’élèvent- pour le signaler, le dénoncer, le poursuivre de leurs clameui-s. A Dieu ne plaise que rien refroidisse jamais cette exigence sévère, cette
surveillance ombrageuse, la meilleure garantie de la morale et de la liberté ! Sachons pourtant que leur tangage n’est pas toujours la juste mesure de l’état du pays, et que là où la liberté régne, le danger éclate souvent plus grand que le mal, le bruit plus grand que le danger. Dans leurs moments de clairvoyance et de bonne foi, les partis euxmêmes en conviendraient ; ils ont été libres, ils ont pu parler, agir, manœuvrer pour s’emparer tantôt du gouvernement, tantôt du pays; ils ont été admis à cette épreuve du grand jour et de la liberté, à laquelle nulle force, quel que soit son nom, ne saurait maintejiant échapper. S’ils ont échoué, c’est à eux-mêmes qu’ils ont dû s’en prendre; libres, ils ^étaient responsables. Le public a jugé, eux-mêmes n’ont pu entièrement méconnaître que leur fautes faisaient leurs revers.
Ces revers-là sont seuls profitables; seuls ils
dissipent un peu l’aveuglement des partis sur leur
force, leur entêtement dans leurs desseins. Aussi
a-t-on vû, à la suite de telles épreuves, l’esprit de doute et d’examen pénétrer enfin dans leurs rangs. « Le roi est à nous! — à nous le pays! n avaient dit l’un et l’autre parti. Au jour décisif, tanlôt le roi, tantôt le pays leur ont manqué. Surpris d’a-
bord, il a bien fallu finir par comprendre : les hommes de sens se sont expliqué celle impuissance; les impalients s’en sont lassés; les faibles s’y sont soumis. Les bons et les mauvais penchants, la mohililé et l’expérience, la raison et l'inlérôt, la vérité et M. de Villèle, tout a concouru à affranchir les esprits, à rompre les vieux engagements. Parmi les hommes même qui ont persisté dans la faction , les uns ont paru ridicules ; les autres, devenus sceptiques tout en s’obstinant, se sont empressés d’étaler leur scepticisme, redoutant surtout qu’on n’impuUit à quelque croyance fanatique les calculs de leur ambition. Les anciens partis ne sont point moils; il faudra des siècles pour les tuer; mais leur décrépitude a éclaté; le découragement, la désertion les ont assaillis. De toutes parts est venue, partout s’est répandue la conviction que la force des choses est contre eux, que les meilleures chances périraient entre leurs mains, que le soleil ne se lève point de leur côté, que l’avenir ne leur appartient point.
Autour d’eux a grandi en effet une génération nullement étrangère, nullement indifférente à ce qui s’est passé en France depuis quarante ans, mais animée de dispositions et de sentiments tout autres que ceux qui nous ont si cruellement Ira-
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vaillés. Celle-là ne s’est point forunic, n’a point vécu dans la Révolution et la guerre civile; elle n’a rien eu à renvei-ser, rien à conquérir à main armée; elle est entrée en possession du nouvel ordre social comme de son héritage; il est pour elle le droit et le fait tout ensemble ; en se rangeant sous la Iwnnière de la Charte, elle défend ce qui lui appartient, ce qui lui est dû. Aucune passion, aucun besoin révolutionnaire ne s’attachent donc à sa situation ni à sa cause; elle peut être vive, ardente, ambitieuse, irritée même; elle ne porte en son cœur ni instincts ni habitudes de trouble et de renvereement. Menacée dans ce qu’elle possède et dans l’avenir qu’elle s’en promet, pour le sauver elle n’hésiterait pas à risquer beaucoup, à beaucoup tenter, car elle se sent forte et n’est point timide; mais d’ellc-même elle ne court point au-devant des hasards; elle ne désire ni ne provoque les dernières extrémités. Qu’on ne lui demande pas de désavouer, de juger même avec rigueur la Révolution dont elle recueille les bienfaits; elle se rendrait coupable, à ses propres yeux, de lâcheté comme d’ingratitude. Etd’ailleurs, malgré leurs erreurs, leurs maux et leurs crimes, ces temps des grandes ambitions et des grandes conquêtes de la nature humaine ont, pour l’imagination, un
invincible attrait. .Mais attachée à leur mémoire, avide de leurs récits, la jeune France n’en est pas plus disposée à les recommencer ; elle y admire un grand spectacle et n’y cherche point un exemple. Vivre libre et selon les lois du pays, prospérer avec honneur dans la jouissance des biens que lui ont conquis ses pères, c’est là son vœu. Et qu’on ne croie pas que, dans cette génération, les hommes se classent selon nos anciennes querelles, que les enfanLs de ceux qui ont profité de la Révolution soient seuls favorables au régime qu’elle a fondé. 11 y a dans ce régime des biens qui se répandent sur tous, des idées qui entrent à pleines voiles dans tous les esprits un peu actifs, des mots qui font battre tous les jeunes cœurs. Le plaisir de la liberté, le respect de l'égalité morale, le goût des institutions qui élèvent l’âme et animent la vie, toutes ces croyances simples et fortes, tous ces sentiments justes et naturels qui font l'essence et le mérite du nouvel état social, circulent maintenant dans toute la France, surmontent toutes le barrières, pénètrent au sein de toutes les familles, se jouent des anciennes classiircations, des anciens préjugés, des anciennes inimitiés. C’est l’atmosphère de notre patrie, c’est notre sol, notre air, notre soleil; il
suffit de vivre et de sentir pour recevoir leur influence. Essayez, tant qu’il vous plaira, de perpétuer les vieilles discordes; enfermez dans des écoles particulières, appelez à des associations privilégiées une portion de ce jeune peuple; appliquez-vous à le nourrir des idées et des sentiments d’un autre siècle, d’une autre société; vous pourrez échaulTer quelques imaginations, fausser quelques esprits, séduire quelques ambitions ; vous préparerez peutêtre à l’avenir un peu d’embarras et de retard.Vous ne ferez rien de plus. Au sortir de vos écoles, ces jeunes gens reviendront parmi nous; bientôt ils porteront nos mœurs dans les associations que vous aurez formées pour les combattre; nos doctrines parleront, prévaudront au sein même des conférences instituées sous le drapeau de doctrines ennemies : et quand viendra pour l’ordre nouveau , pour la France libre, le jour d’un vrai péril, au moment où vous auriez besoin, pour saisir enfin le succès, du concours fidèle de toutes vos fôrces, vous verrez celles-ci s’évanouir; vos élèves renieront les desseins de leurs maîtres; nous trouverons, dans les rangs dressés par vos propres soins, des concitoyens et des alliés.
Ainsi a changé la France; ainsi se sont accomplis.
par le seul cours des dvdnements, par la seule durée du spectacle, le progrès dos esprits et la niétainorpliose des acteurs. Cependant le progrès était encore caché, la métamorphose encore obscure et sans résultat. Un centre nouveau manquait à ces partis en dissolution, è cette jeune génération qui de tous côtés s’avanrait dans la lice, cherchant son vrai drapeau. Devenu général, le bon sens était encore inerte-, les barrières étaient renversées, mais les hommes demeuraient encore isolés; il fallait qu’au milieu de ces éléments enclins à se rapprocher, mais encore épars, s'élevât quelque nécessité commune à tous, une cause à laquelle ils se pussent tous rallier, qui les animôt d’un même désir, d’une môme pensée, et les poussât ensemble vers un môme but. Ceci a été l'œuvre du ministère. Pendant qu’autour de lui tous gagnaient de jour en jour, il allait toujours se détériorant ; pendant qu’un esprit nouveau pénétrait dans tous les partis, il reculait et retombait de plus en plus dans les routines et les combinaisons du passé. A mesure que le bon sens public s’est étendu, celui de M. dcA'illôle a fléchi. C’est au moment ofi la Charte faisait le plus de conquêtes, où la nécessité du régime constitutionnel devenait le plus évidente.
que M. de Villèle a courbé la tôle plus bas devan la contre-révolution. Les terreurs qu’avaient inepirées quelques apparences de mouvement révolutionnaire étaient presque évanouies; lesplus emportés se modéraient, les plus timides se rassuraient; le ministère a fait plus de bruitque jamais du fantôme de l’anarchie et de la faction. 11 avait d’abord assez bien vécu en présence de la liberté de la presse; quand la France entière en a. eu contracté l’habitude et le goût, c'est alors qu’il l’a plus violemment attaquée. L’estime de l’indépendance, le besoin de quelque probité publique, le désir d’une politique un ped élevée, un peu nationale, bouillonnaient dans les cœurs ; il a fait force de rames dans le système de la servilité, de la corruption, de l’escobarderie, d’une administration sourde et subalterne : marchant ainsi à rehours de la France, s’abaissant quand elle s’élevait, vieillissant d’esprit et de conduite quand elle recommençait à rajeunir, il s’est trouvé enfin, non-seulement étranger, mais antipathique à tous les sentiments, à toutes les idées en progrès. Une clameur générale s’est élevée : dans toutes les classes, dans tous les partis, à la cour comme a^u sein du peuple, dans les campagnes comme dans les villes, quiconque s’est senti quelque goût de
liberté, ou quelque be.soin de moralité, ou quelque respect des lois, ou quelque mouvement d’honneur national, du quelque soin de sa’ propre dignité, ou seulement quelque prévoyance un peu longue, n’a plus osé défendre un tel régime ou s’est empressé de l’attaquer. Quelle a dû être la surprise de M. de Villôle! lui, si longtemps le plus modéré, le plus libéral de son parti, il a vu tous les modérés, tous les libéraux, des nuances eh des origines les plus diverses se tourner contre lui; autrefois le héros du savoir-faire , l’idéal des hommes prudents, il a pu entendre les Ifommes prudents prononcer son nom d’un air soucieux , et le taxer de témérité. Les courtisans l’ont traité avec dédain ; les gentilshommes ont rougi de son patronage-, les percepteurs se sont trouvés compromis à son service. 11 avait si bien manœuvré que les partis désorganisés, désorientés, dissous, semblaient hors d’état de lui opposer aucun obstacle; et tout à coup, venu de tous côtés, avoué de toute la France, un parti immense s’est rallié, s’est dre.ssé contre lui, contre sa façon de gouverner, la condition où elle nous met, l’avenir qu’elle nous prépare. Jamais tant d’impulsions différentes n'ont abouti à un mouvement si unanime ; jamais homme n’est resté
plus seul au milieu d'un pays naguère si divisé.
A qui s'en prend probablement M. de Villèle? Peut-être à des rivalités, à des coalitions factices, à d'aveugles passions, ou aux conséquences inévitables d’une situation qu’il a acceptée. Au demeurant , peu importe ; il reste homme d’esprit et homme capable : quand il sera tombé , il saura mieux pourquoi, bien qu’on puisse douter qu’il le sache jamais pleinement. D’autres que lui, tous les bons citoyens sont maintenant intéressés à bien comprendre ce qui vient de se passer, et l’état nouveau, si subitement révélé, de notre belle patrie. Qu’un tel mouvement n’est l’elTet d’aucune intrigue de parti, d’aucune combinaison artiticielle et momentanée, nul homme de sens n’a maintenant besoin qu’on le lui prouve; il n’appartient pas à l’habileté humaine, quelque consommée qu’on l'imagine, d’accomplir, de préparer même de telles choses; elles surpassent non-seulement son pouvoir, mais sa prévoyance. La disposition générale des esprits, le concoui-s spontané des volontés, ces forces naturelles et libres peuvent seules faire ainsi éclater tout à coup, au sein d'un grand pays, une même pensée, et lancer, vers un seul but, un peuple tout entier. Sans doute il y a eu concert.
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coalilioii, manœuvre; sans doute des lioimnes, des partis jusque-là séparés, liostilcs même, se sont rapprochés et entendus pour enlever les élections au ministère. Mais ce rapprochement n’a point été une pure tactique, une de ces transactions d'un moment après lesquelles on se sépare de nouveau, peut-être pour se combattre. 11 a été général, naturel, presque involontaire; il était accompli, bien qu’eucore obscur, avant les élections ; elles l'ont seulement fait éclater. Depuis quelques années, plus ou moins prompts, plus ou moins exigeants, plus ou moins confiants, les Français venaient de toutes parts se ranger sous la bannière de la Charte; le ministère en revanche paraissait de plus en plus contraint ou décidé à la trahir ou à la traîner dans la fange; de l’un à l’autre camp régnait un mouvement continuel, s’étendant et s'accélérant de jour en jour. L’heure est enfin venue où, dans la pensée commune d’une majorité immense, fordre légal et la liberté, la stabilité et te progrès ont paru également compromis, où le bon sens et la conscience, seules forces qui rallient les grandes masses d’hommes, se sont également souleVés contre une administration à la fois téméraire et misérable, effrayante pour qui veut voir son pays vivre en
.Jl
paix, humiliante pour qui tient à le voir vivre avec honneur. Le hesoin d'(fchapper à tant de honte et de péril, l’adhésion au développement de l’ordre constitutionnel par le maintien de l’ordre légal, la préférence accordée aux intérêts généraux sur les .intérêts de parti, à l'avenir sur le passé, c’est là le sentiment au sein duquel s’est réunie la France, le concert dont les élections ont été le fruit.
Fait admirable et de conséquences infinies. Je me hâte de le dire : qu’on ne lui demande pas de verser promptement sur nous tous ses bienfaits; qu’on ne s’attende pas à voir cesser les difficultés, les agitalions, les divisions, les dissensions même et les périls. Des hommes, naguère partisans de l’ancien r(-gimc et engagés dans sa cause, ont accepté la Charte et pris 4*n main la cause des libertés publiques; d’tnitrcs, longtemps enclins à chercher, dans une révolution nouvelle, la garantie des nouveaux droits, des nouveaux intérêts du pays, ont reconnu qu’il était absurde de courir après une révolution en vertu d’une prévoyance, d’une comparaison , d’une théorie; ils ont vu qu’un peuple, même mécontent, ne se laissait point emporter à de tels caprices, que l’ordre lui était loujours précieux et cher, que la nécessité, une nécessité actuelle, abso-
lue, évidente pour l'immense majorité des citoyens, pour les sages comme pour les audacieux, pouvait seule, et à la dernière extrémité, faire accepter ces terribles hasards. L’esprit de légalité et de liberté a fait ainsi, sur les passions et les préjugés les plus divers, tic grandes conquêtes. Des deux parts le. progrès est réel, l’intention sincère. Que les uns et les autres sachent pourtant, qu’ils se disent môme dès aujourd’hui, et que le public sache et se dise avec eux, que ni les uns ni les autres ne sont pleinement et invariahlement établis dans leur situation nouvelle, dans leur nouvelle foi. Bientôt s’éveilleront, au sein du vaste camp qui vient de s'ouvrir, les doutes, les' méfiances, les déplaisanccs, les regrets. De part et d’autre on s’étonncia de s’ôtre tant avancé; on s’alarmera des paroles qu’il faudra bien souffrir, dés rencontres qu’on pourra faire; on se plaindra de l’insuffisance des concessions ou des ménagements réciproques ; ou se soupçonnera, ou s’accusera peut-être tout haut d’arrière-pensées :
« Nous l’avions bien dit, s’écriera-t-on, ces gcns-là « sont incorrigibles ; il n’y a pas moyen de s'en- « tendre ni de marcher avec eux. » Et tout ne sera pas apparence dans ce mal, ni erreur dans ce langage : il y aura en effet, dans les idées, ]es intentions,
la conduite des hommes ainsi jeU's hors de leurs anciennes voies, un trouble réel et de frc<iuentes oscillations. Ceux-ci, à leur propre insu, et sans regretter, sans désavouer leur métamorphose, retomberont dans des habitudes qui paraîtront ta démentir; ceux-là, plus mobiles ou plus faibles, essayeront de rentrer dans des combinaisons plus voisines de ce qu’ils étaient jadis. Souvent éclateront des incohérences choquantes, des désertions rétrogrades. Qui s’en étonnerait? c’est là le fond même de la situation; le progrès consiste précisément dans ce travail de dissolution, de fusion, de rajeunissement des partis qui ne peut s’accomplir sans de telles vicissitudes. Un tel travail n’est point consommé, cela est sûr; il sera long, difficile, imparfait; qui en doute? Les choses humaines ont-elles changé de nature ? S’est-il fait pour nous quelque miracle qui nous dispense de la peine, de l’anxiété, qui nous promette le succès sans efforts, et nous livre le bien complet et pur? Quiconque y prétend n’a qu’à se retirer de la
lice ; il n’est propre ni au combat ni à la victoire. La Providence la vend cher, même en l’accordant, et ne l’accorde jamais tout entière. Que la carrière s’ouvre, que le mouvement commence, que le progrès se déclare; l’homme n’a droit à rien de plus;
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c’est à lui de poursuivre, à la sueur de son front, et pour ne réussir qu'à demi. Quelle sera pour nous, dans la roule où nous entrons, la mesure du succès? Quel prix en faudra-t-il payer? Nul ne le sait : ce sont là des choses dont Dieu se réserve toujours le secret. Ce qui est certain, c’est que l'impulsion est vive, la direction bien déterminée, lebul où tend la France évident. Les préjugés, les prétentions, les passions, contre-révolutionnaires bu révolutionnaires, reparaîtront plus d’une fois, et plus d’une fois s’épouvanteront réciproquement. Ne nous en laissons point épouvanter : n’oublions jamais que ce sont là des esprits réprouves, des pouvoirs déchus. Les hommes même qui, de temps en temps, retomberont quelque peu sous leur joug, ne le subiront plus tout entier, et bientôt ils chercheront avec empressement quelque occasion de le secouer. Défenseuro anciens ou nouveaux de l’ordre légal et delà Charte, coalisés de si diverse origine, quand vous vous inspirerez les uns aux autres quelques déplaisances, quelques craintes, sachez qu'elles ne seront ni aussi profondes ni aussi durables que vous-mêmes peut-être serez tentés de le croire; sachez qu’en dépit de vos dissidences, de vos humeurs, de vos velléités rétrogrades, vous ne retour-
lierez jamais au point d’où vous ùtes partis. Le diangenient qui s’est fait en vous est incomplet, mais irrévocable : le mouvement qui vous a rapprochés de si loin, et à travers tant d’obstacles, suivra son cours et saura bien vous rapprocher encore et de plus en plus. ,\u sein de la France électorale, une majorité aussi imprévue que puissante vient d’éclater ; elle n’a été l’oeuvre artificielle et précaire d’aucun parti, -d'aucun pouvoir; elle s’est formée naturellement, spontanément; elle est ülle de là raison et de la liberté publique; et malgré la diversité (le ses éléments, il est clair qu-’un même esprit la possède, qu’elle émane d’une même pensée, et porte l’e.vpression d’un même vœu. Il faut maintenant qu’au sein de nos assemblées publiques, une majorité correspondante, animée du même esprit, se forme, se lie, se manifeste et fasse prévaloir dans le gouvernement sa nationale influence. Ici, je le sais, l’œuvre sera bien plus difficile et plus lente ; elle, ne pourra, comme en un jour d’élections, s’accomplir d'un seul coup et, pour ainsi dire, sous la commotion électrique d’un éclair d’indépendance et de bon sens. Je sais combien de petites passions, d’intérêts, d’intrigues s’appliqueront à la combattre, à désunir, à dissoudre le bon parti naissant, à
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étouffer dans son berceau ce noble fils du pays, avant qu’il ait pu grandir, lever la télé et réclamer son héritage. Vaines lenlatives qui seront tôt ou lard déjouées, comme font été naguère des manœuvres bien plus redoutables, des influences bien mieu.v établies! Venue cette fois de toutes parts, il faudra bien que la lumière pénètre partout : déjà, dit-on, elle se répand autour du trône; déjà, parmi les plus dévoués serviteurs du prince, plusieurs ont compris et s’empressent de proclamer qu’il y a nécessité, que le nouvel esprit constitutionnel doit être accepté franchement, que c’est même pour la royauté un grand bonheur de pouvoir enfln s’appuyer sur une assemblée librement élue, honorée du pays, et que ne po.ssède aucune passion ennemie. De si sages conseils seront-ils assez promptement écoutés? Amèneront-ils, de la part de la couronne, ces résolftlions frgnehes et décisives qui savent démêler et satisfaire le vœu des peuples? Nous l’ignorons; mais quoi qu’il en soit, pour tous les hommes de bien et de sens, pour la jeune et active génération qui a pris tant de part à ce qui vient de se passer, pour la France entière, la conduite à tenir désormais est simple et toujours la même : il faut avancer dans la route où nous
sommes entrés ; il faut défendre, achever ce que nous avons fait. Dans les Chambres et hors des Chambres, par la tribune et par la presse, tout doit tendre à former, à consolider, à élargir, à faire prévaloir cette majorité vraiment nationale dont les premiers traits nous apparaissent. Pour réussir dans ce grand dessein, il n'y a point de mauvais engagement à contracter, point de fâcheux sacrifice à faire, pas un bon principe à méconnaître, pas un intérêt public à négliger, pas une des conquêtes morales ou matérielles de la civilisation à abandonner. Il s’agit au contraire d’épurer, de mettre au jour tout ce qui est vrai, légitime, nécessaire; il s’agit de fonder, par les bonnes lois et ta bonne administration, sur le terrain que la guerre a conquis, la paix et la liberté. C’est là l’œuvre commencée tout à l’heure par le bon sens et le patriotisme public, et que le patriotisme et le bon sens public peuvent seuls accomplir. Qu’elle s’accomplisse , qu’elle se poursuive seulement comme elle est commencée, et que l’avenir nous vienne ensuite tel qu’il plaira au ciel ; la France saura y suffire.
PosT-ScBiPTUM. — M. de Villèle est tombé : un ministère nouveau occupe sa place. S’il comprend
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et accepte la Fiance, il se hâtera de se mettre en harmonie avec la majorité dont la France vient d’envoyer ù la Chambre les éléments; il travaillera lui-méme ù la lier, à l’étendre, à l’affermir. S’il ne veut pas, ou n’ose pas, ou ne sait pas le faire, il n’y a rien à en dire : son avènement n’est alors qu’une raison de plus pour dresser, vers la formation et la prépondérance du parti national, toutes nos pensées et tous nos efforts. Le pays a levé sa bannière : il faut la tenir ferme et haute, pour que tous s’y rallient, puis la planter au pied du trône. Cela seul vaut la peine de s’en inquiéter.
Janyîor 1828.
La Chambre de 1828 s’est réunie aux acclamations publiques. Elle était le fruit d’un succès inattendu, elle renversait un régime importun, offensant, inquiétant; elle rendait l’avenir au régime constitutionnel. La France respirait. Dans le parti vaincu même, aucun intérêt général, durable, légitime, n’avait vraiment et sérieusement peur. Jamais victoire n’a tant promis en coûtant si peu; jamais on n’a vu renaître à la fois tant de calme et de mouvement, de sécurité et d’espérance.
La session est close; la Chambre est connue. Qu’a-t-elle fait de nous ? Où en est la France?