‹ Mélanges politiques et littérairesChapitre 46 sur 67 · I.LClliN · texte numérisé non relu

I.LClliN

Depuis ])lns (le Irois mois... Tu uic Tns dil.

JACIOLKS

Oui 1 m ni s lu sais aussi <|n(' je suis marie...

i.rcniN

Kl ([uc la {"(Miime habile la j)rovinee avec la [x'iile fille (le huit ans, pendant ([ne loi lu niè'nes à Paris la vie (le gar(X)n...

jA(:(^)Uiis

Oni. Pour des i-aisons d^M-onomie... Ma femme m'a apport'' de l'orl belles relations polili(pies, ([ni m'aideront beaneon[:) dans l'avenir. .Mais,en attendanl, je me serre le ventre, car le chilTre de la dot était mince, el mon traitement de sous-cliel' de bnrean est insul'lisaid [)()Ui' me [)ermelti"e de \i\re ici en famille...

LUCIEN

Et alors?

JACQUES

Alors, je n'attendais ([ue mon avancement pour a[)[)elei' pivs de moi ma femme et mon enfant.

1^1 lu l'es faliL^uc; de ton lou^ \ euNaj^c ?... l'^l In as cIici'cIk'' des consolations ([ui te [)ermissent de

[)irndre J»al ieiice.

.)AC(jUES

N'auiais-lu [»as fait comme moi;

LV MAIN INVISIIH.E 221

LUCIEN

Peut-être!... Mais lu connais mes })rin('i{)es : ils dilïèreut (|uol(|iu' pou dos liens.

.iA(:ori:s

Tu as pris pour règle le papillon: se poser un peu partout, et ne s'attacher nulle part.

LUCIEN

En d'autres ternies, en dehors du mariage, ne contracter que des amours faciles... Exclure impitoyablement de son vocabulaire les femmes mariées et les jeunes filles honnêtes, qui sont sous la garde d'un père, d'une mère ou d'un tuteur... Tu ne t>s pas conformé à ces principes ?

JACQUES

Hélas ! non.

LUCIEN

Et aujourd'hui tu as des embêtements?

JACQUES

Ah ! mon ami, tu ne t'en fais pas une idée...

LUCIEN

Voyons ! Tout cela cependant ne doit pas être insurmontable... Adrienne est ta maîtresse, et tu voudrais rompre ?

JACQUES

Oui ! mais comment faire ?

LUCIEN

Avec les jeunes filles en général, les ruptures ne

222 Mi:i \\(iKS POLiTionEs i:t liti-khaiuks

soiil |t;is dilliciles. car elles oui loul inléi*"'! à iic pas l'aire de luiiil auloiii' de leui-< liaisons illicites...

JACQUES

Il est certains cas où ces ruptures sont plus difficiles que tune penses... Avec Adrienne, par exemple, la situation est très compliquée...

LUCIEN

C'est ce ({u'il l'aiidrail voir.

JACQUES

Tîier encore j'aurais pu envisap^erla situation comme toi, mais depuis vingt-({uatre heures elle a complètement changé d'aspect...

LUCIEN

Eh bien 1 ne perdons pas notre temps en bavardages inutiles. Raconte-moi tout.

JACQUES

Je disais donc que je vivais depuis trois mois avec Adrienne dans la plus charmante intimité qui se puisse imaginer. Je me laissais emporter comme dans un rêve, ne songeant ni à l'heure présente, ni à l'heure passée, ni au lendemain...

T.rciKN C'était tiu|) JH'au puui- durer.

.i\cori:s

Aussi le l'éveil esl \einK el il a été tei'riljle... Adrienne, qui vivait connue moi en plein rêve, est ve-

nue me déclarer aujourd'hui en pleurant qu'elle allait être mère...

LUCIEN

Diable !

JACQUES

Tu comprends quelle épouvante cette découverte a dû jeter dans Tesprit de cette pauvre enfant...

LUCIEN

Et le père se doute-t-il de quelque chose?

JACQUES

Jusqu'ici le père voyait bien que sa fille avait de Taflection pour moi, mais, me croyant célibataire, il ne faisait rien pour arracher sa fille à un sentiment qui, dans son esprit, devait aboutir à un mariage.

LUCIEN

Diable 1 et tu n'as rien fait pour les éclairer? Tu n'as rien dit pour dissiper dans leur esprit cette grave illusion ?

JACQUES

Hélas ! c'eût été la fin de mon rêve...

LUCIEN

Sans doute ! mais tu n'aurais pas dû laisser créer une équivoque, qui peut avoir les plus graves conséquences.

JACQUES

Je n'ai rien fait pour l'encourager.

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