I. KfiLISE ET I,ES HOMMES DE LETTRES :J
roïquos, des pensées généreuses : dans chaque ballement de son cœur, dans chaque palpitation de son Ame, il sent passer et IVémir le souffle de la liberté.
Telle l'ut la société Iran» aise au xv^" siècle.
Elle sortait, elle aussi, de l'enfance ; elle voulait se soustraire à la férule de la féodalité et de l'Église. Comme l'adolescent, elle était prête à répudier les vieilles croyances et à soulever un coin du voile mystérieux ({ui lui cachait l'avenir.
L'Eglise lui avait rendu de grands services au moyen âge, mais son rôle venait de finir. Tandis que tout marchait autour d'elle, l'Eglise seule restait stationnaire et immobile ; de l'avant-garde elle était passée à l'arrière-garde, et son action était devenue un obstacle à la marche du progrès humain.
Il s'agissait de s'affranchir de cette tutelle : ce fut un homme de lettres de l'Allemagne qui commença la lutte. Au fond d'un obscur village de Bohême était né un enfant nommé Jean Huss. Cet enfant, marqué du signe de l'apôtre et du martyr, avait grandi, et la grandeur de son caractère et de son intelligence l'avait élevé en peu d'années au titre de recteur de l'Université de Prague. Dans ses leçons, où lesjeunes gens se pressaient en foule, il porta les premiers coups à l'Eglise, en attaquant l'infaillibilité du pape, en proclamant les droits de la conscience humaine, et en plaçant les lumières de la raison au-dessus des affirmations du dogme catholique.
Le Concile de Constance avait fait paraître le novateur à son tribunal. Jean Huss, impassible, confessa de nouveau ses doctrines. Le novateur fut brûlé aux yeux de l'Europe épouvantée, mais la liberté sortit du bûcher plus éclatante et plus belle, cl, semblable
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à un ;ii-l)i(' viiiourciix, elle jchi (l;ins le sol i\c prol'ondcs racines.
Lorsiiu'un siècle après IjiHicr se ])réseiita, il Irouva les esprils adinii-alileineul disposés à écoLil(M' sa parole. A sa voix puissante, un choc terrible se fit eu lùirope, les peuples tirèrent le glaive, le vieux despdlisuie et la jeune lilx'rlé se lieui'lèi-enl par la jiluiuc et p;ir ré|)ée ; le sang de i)lusieurs millions dlioinuies coula dans ce duel gigantes(iue. La lutte fui longue cl aidiarnée : des villes, des royaumes, des einj)ii-es même, prirent |)arl à la croisade. L'Eglise, tantôt victorieuse et tant(M vaincue, vit ses prérogatives lui échapper une à une, et la liberté de conscience, cette magniiic[U(^ conciuéte de Tesprit moderne, sortit enlin triomphante.
De cette longue lutte entre le despotisme de ILglise et la liberté de conscience découle toute la physionomie du XVI*' siècle.
L'art nouveau découvert par (iutenberg contribua puissamment à ce triomphe de l'idée. Kn multipliant à l'inlini les écrits de Jean Huss et de Luther, il lit pénétrer partout lesjuit de la Révolution. De toutes les découvertes de Ihumaniti', rim})rinierie est sans contredit la plus importaide. (li'àce à elle, Tinslruction va désormais i)énéti-er au cceur des masses; la science ne sera i)lus l'apanage d'une caste, mais le champ uni\( l'sel où chacun j)ouri'a moissonner. La loi-ee biiilale a désoi'mais trouvé une })uissance plus loile <pr<'ll(' : partout où la presse sei'a libi'c, les lioninies >er<>til lihics. Les caraclèi-es de riuïpriinerie vont devenir le>- aimes j)acili<|nes de la liberh''
('est douf à la (h'couvei'le de liiuprimerie (|ue le x\ I" siècle (lui en pallie riinh-pcndance <le sesallui'es.