‹ Mélanges politiques et littérairesChapitre 50 sur 67 · SCENE PREMIERE JACQUES, THÉRÈSE, BERTHE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE JACQUES, THÉRÈSE, BERTHE

JACQUES, à Thérèse

Enfin, tu vas m'expliquer pourquoi tu as quitté ainsi notre petite ville de province, à Timproviste, sans crier gare, et pourquoi tu me tombes à Paris sur les épaules, sans même me prévenir quel({ues jours à l'avance de ton arrivée.

TUÉRÈSE

Je trouve la question plaisante, mon ami. Avant d'y répondre, permets-moi de t'en adresser une autre à mon tour.

228 MKT.ANr.F.S POTTTIOrF.S KT I.ITTKIJ MHF.S

.lACQl'FS

Parle, mais vilo! car jo dois to prévenir (juc nous n'avons ni l'un nil'aulrede temps à perdre en paroles oiseuses.

TUKIJKSE

Tu m'elTrayerais presque si je n'étais prépai'ée à loul... Appelé à Paris à un poste important, il y a environ dix mois, lu partis seul, me disant que lu allais devant préparer notre installation, et me promettant que dans deux, trois mois au plus tard, je pourrais venir te rejoindre.

JACQUES

Il n'a pas tenu à moi que les choses marchassent aussi vite.

TUÉRÈSE

Je dois direque dans les premiers jours tu m'écrivais régulièrement, trouvant toujours d'excellents prétextes pour me faire prendre patience. Mais peu à peu tes lettres sont devenues plus rares et moins longues. Quand je me suis décidée à partir pour Paris, avant-hier, il y avait un mois entier que j'étais sans nouvelles de toi.

.i\(;ori;s

.lallais t(''rrii-e (|u;in(l lu es ari'iv(''e.

TwÉnksE

Ma position n'était plus tenable... Une fouh' de |)ropos, plus malins les uns que les autres, circulaient sur ton com|)tc et le mien. On avait l'air de me

plaindre d'une solitude qui ressemblait à un abandon, mais au fond on était convaincu que tu avais mille raisons des moins honorables pour me tenir ainsi éloignée de toi.

JACQUES

On ne peut empêcher les vains propos fie In malignité publique.

C'est possible !.. mais mon cœur me disait, en même temps que ma raison, que la malignité publique n'avait peut-être pas tout à fait tort. C'est pour éclaircir ce doute qu'un beau jour, n'y pouvant plus tenir, j'ai fait mes malles, j'ai pris le chemin de fer, et je suis tombée chez toi... Tu conviendras que toute autre femme à ma place eût fait comme moi.

JACQUES

Et c'est justement ce que je bhàme... que tu sois venue à Paris, je n'y vois à la rigueur aucun inconvénient. Mais que tu sois ainsi descendue chez moi, dans mon appartement de garçon, sans savoir si cela me conviendrait, voilà ce que je ne puis admettre.

THÉRÈSE

Eh bien ! la contrariété que tu éprouves de me voir ici est justement une des raisons pour lesquelles je m'applaudis d'y être venue.

JACQUES

C'est ton mauvais génie qui te fait parler ainsi, Thérèse... Prends-y garde !

230 Mi:i.\N(;i:s poijtiouks et i.ittkhmre?;

TllÉnÈSK

()li ! je suis venue à Paris préparée à tout. Je devine qu'un gros mystère pèse sur ton existence. Je eomprends qu'un douloureux secret nous sépare en ce moment lun de l'antre, et je te préviens que je ne sorlirai pas d'ici a\antque la vérité, quelque triste (jnClle soit, m'ait été dévoilée.

JVC ;o TES

l^li bien 1 tu as tort. 11 faut que lu (|nilles (■clic maison, et cela de suite, sans perdre une minute.

TUÉRÈSE

Voyons! Jacques, tu n'y penses pas... J'ai passé la nuit en chemin de fer... [Montranl Berthe endormie sur le canapé.) Cette enfant tombe de sommeil... Mon ^isage et mes mains sont encore couverts delà poussière du voyage... Ce serait de la cruauté de nous mettre ainsi dehors sans nous pciincllrc de nous reposer.

JACQUES, insislanl Ce que tu me demandes est impossible.

THÉRÈSE

Oh! mon Dieu ! tu commences à m'ctfrayer.

JAC.OUES

Le danger est })lus grand que tune ci'ois... Il s'agit pcul-circ (\r ma ^ic.

THÉHÈSE

Tu parh's par énigmes, Jacques... Mais je sftns que

Ion Iroiiblo me gagne. Oh! nn mol! un mot pour éclaircir ce mystère!

JACQUES

Tu sauras tout plus tard... Je le jure que tu sauras tout... Pour le moment, tu vas réveiller ta fille, tu vas quitter ce cabinet et entrer dans cette chambre- (// lai montre la porte à droite.) Au fond, il y a une petite porte qui ouvre sur un escalier de service, lequel conduit à une petite cour... Cette cour a une porte sur le derrière de la maison ; c'est par là que tu vas sortir... Tu te feras porter au Grand-Hôtel, où j'irai te rejoindre dans la soirée avec les bagages.

Mais ce que tu me demandes là, mon ami, est très humiliant pour moi... Je suis ta femme légitime, je suis une honnête mère de famille... Pourquoi me faire fuir ainsi, à la dérobée, par un escalier de service, comme une malhonnête femme qui vient de commettre une mauvaise action ?

JACQUES, avec angoisse Je t'en supplie... Par pitié 1

THÉRÈSE

Avec le courage des femmes aimantes et fières, je me soumets à tes exigences... Mais souviens-toi que tu me donnes le droit d'être exigeante à mon tour, quand l'heure sera venue...

JACQUES

Soit !

?:j Mi:rA\(;i:s poï.itioues et i.iTTi:n\inKs

TiiKHÈsK, s\ill('n(lrissarit

Jo vois que lu soulTrcs, .la((|ues ! j'ol)éis... Mais lu oublies, mon auii, que, depuis une demi-heure que nous sommes ici, tu n'as pas encore songé à m'emhrasser, ni moi, ni la pauvre fdie, qui se faisail une si grande joie de revoir son père. {Réveillanl Berthe.) Allons! mon enfant, viens embrasser Ion père...

JACQUES, leur len<lanl les hras

A bienlôl, Thérèse ! à bientôt, mon enfant 1 {En ce moment, on entend au dehors la voix dWdrienne qui appelle Jacques.)

THÉRÈSE, se retournant

{A part.) Cette voix de femme !... Ali ! maintenani, je commence à comprendre...

JACQUES, très ar/ité

Pas un mot !;.. (Il les pousse brusquement rers la porte à droite quil referme avec précipitation.)

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