‹ Mélanges politiques et littérairesChapitre 53 sur 67 · SCENE TROISIEME JACQUES, ADRIExNNE, THÉRÈSE · texte numérisé non relu

SCENE TROISIEME JACQUES, ADRIExNNE, THÉRÈSE

THÉRÈSE, sur le seuil

Oui, Mademoiselle, il y a une i'emme chez M. Jac- (jues, et cette femme, la voici! [Elle s'avance sur la scène.)

JACQUES, à part

Oh ! tout tourne contre moi !... (// toml/e anéanti sur un fauteuil près de son laireau, le front dans ses mains.)

ADHiENNE. rcvcnanl

[Apart.).]c n'avais que trop deviné... [Haut) Soyez sûre, Madame, que, si j'avais pu supposer votre présence elle/, M. .Iae<[ues, je me serais l)ien gardée de venir Irouhlei" NoIre lrlc-;i-lrle.

THLRKSE

Je le crois sans peine... D'autant plus que ma place à moi est ici, tandis que celle d'une jeune fille comme il faut est ailleurs.

ADRIENNE

Que voulez-vous dire, Madame?

THÉRÈSE

Oh 1 mon Dieu, la chose est bien simple...

ADRIENNE

Je ne comprends pas.

THÉRÈSE

Vous allez comprendre... Voulez-vous d'abord, Mademoiselle, me faire l'honneur de répondre à ma question ?

ADRIENNE

Mais, Madame, à quel titre vous arrogez-vous le droit de m'interroger ?

THÉRÈSE

Vous le saurez bientôt... Depuis combien de temps connaissez-vous M. Jacques ?

ADRIENNE

Depuis bientôt dix mois... Mais encore une fois...

Dix mois !.. peste !.. Je savais que Paris était la capitale des amours faciles... Dix mois !... Je vous fais

210 Mi:i.\N(;i:s POLITKJLES et l.lTTEHAlHliS

coinpliiîKMiL M;i(leiiioisoll(% de la puissance de vos (diarnics.

ADHlIiN-NE

Failcs-mui i^ràco, Madame, de nos suppositions iiijnricMises...

TUÉKÈSi:

Poiii' (|u"uiie renune s'égare ainsi à Fenlrée de la nu il dans la clKnnbre d'un jeune homme, il faut tiuelle soit sa femme ou sa maîtresse... Or, vous n'êtes pas la femme de Jacques, qu'êtes-vous donc?

ADRIENNE

Je ne suis encore (jue sa fiancée, mais dans quel- (pies jours je serai sa femme...

TUÉnÈSE, se radoucissant Hélas ! i)auvre enfant !

ADRIENNE

Mais, vous?., cjui ètes-vous donc ? Jai répondu à vos (juestions, permeltez-moi à mon tour de vous interroger...

TUÉliÈSE

{A part.) Hélas ! je tremble comme si j'étais coupable... (liant.) Interrogez! je suis prête à vous réj)ondre,..

ADIUENNE

Hepuis condjieii de lein[)S connaissez-vous M. .lactpics ?

TUÉHÈSE

hepuis bieulùl dix ans... \ ous vovez ({ue je suis Voire ainée. ..

ADUILNNE

Et qui (Hes-vous pour venir ainsi, à Timproviste, vous installer chez lui ?

THÉRÈSE

Oui je suis et pourquoi je suis ici ?

ADIilENNE

Oui.

THÉHKSE

Ne le comprenez-vous pas, Mademoiselle, à mon trouble et à mon émotion ?

ADRiENNE, cwec ciiigoisse Oh I (le grâce, INladame, répondez !

THÉRÈSE

Oh I c'est vraiment une conduite crimin^dle d'avoir ainsi abusé de votre jeunesse et de s'être joué de votre crédulité!... Si vous aimez cet homme, ma pauvre enfant I si vous avez eu foi dans ses paroles, je vous plains. ..

ADRIENNE, SllppUautt

Oh! de grâce, achevez !... Quelque lamentable que soit mon sort, quelque triste que soit la vérité, tout vaut mieux que cet état d'incertitude qui me tue.

THÉRÈSE

Je suis sa femme.

ADRIENNE

Sa femme!... La femme de Jacques, vous!...

242 Mi:i \n(;es poi.iTiorF.s et litti:rmres

(Aj)rcs lin mnincn! de j)(iiise.) ( )li 1 je ne vous crois pas, Madame I le piège est Irop grossier.

Tiii':iu':si:

Je pardonne à voire douleur. Mademoiselle.

ADRn:NNE, avec explosion

Sa femme !... Oh ! ce serait trop horrible. {A Thél'èse.) Madame, vous êtes une créature impie ! Ne sachant comment me chasser de ces lieux, comment me séparer de Jacques, vous appelez à votre aide un mensonge infâme... Vous comptez sur ma jeunesse, sur mon inexpérience, pour détruire en moi ma foi et mon amour. Oh I vous mentez. Madame !... Oui, vous mentez !

TUÉRÈSE

Je ne mens point, Mademoiselle, et voiis allez bientôt en avoir la preuve.

ADRiENNE, coiivanl (i Jcicques

Est-ce vrai, Jacques, ce que dit celle ieiiHue ?... [Elle lui secoue le bras.) Elle ment, n'est-ce pas ?... elle ment î {Jacques resle immobile el ne répond pas.) Oh 1 mon Dieu ! ma tète s'égare, le parquet se dérobe sous moi... Et Jacques qui n(^ répond pas!... Pas une voix pour me défendre !... pas une main pour me guider!... Oue vais-je devenir ?

TUÉRÈSE

Je vous ai dil la vt'iilt', MadiMiioisellc. N'ons m'en demandez la preuve...

ADRIENNE

O ciel ! pilié 1 pilio pour moi !

THÉRÈSE

Vous avez d'abord le silence de Jacques... El ensuite!... [Elle va ouvrir la parle à drolle, el appelle Berlhe.)

JACQUES, se levant

[A pari.) Les forces humaines ont des limites. C'est trop de secousses à la fois. (// se dirige d'un pas chancelant vers la porte de la chambre.) Assister à rinterrogatoire de mon enfant ! Oh ! non ! non !... Mon

courage ne va pas jusque-là

(// sort.)

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