‹ Mélanges politiques et littérairesChapitre 55 sur 67 · ADRIENNE, THÉRÈSE · texte numérisé non relu

ADRIENNE, THÉRÈSE

Et maintenant que nous sommes seules, je vous écoute.

ADRIENNE

Je dois vous avouer qu'il n'y a qu'un instant je ressentais pour vous une haine profonde, Madame...

THÉRÈSE

Et je mentirais si je vous disais que je n'avais pas les mêmes sentiments pour vous, Mademoiselle.

ADRIENNE

Tandis que maintenant, comprenant coml)ien, devant rinfidélité de votre mari, vous avez dû soullrir

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dans votre fierté de reiinne léti^itime, je sens mes senlinienls se changer en sympathie et en respect...

TIIKIJKSE

Ce ne sont pas h'i les sentiments dune nature vulgaire.

ADIUKNNH

Je ne vois plus en vous une rivale abhorrée, mais l)ien j)lutot une sœur en soulVrance, vers laquelle je me sens attirée comme vers la contidcnle naturelle de mes douleurs.

TFIKRÈSE

Oui, Mademoiselle, ne voyez en moi qu'une sœur en souiTrance, et ouvrez-nioi votre Ame... Nous souffrons Tune el l'autre, nous nous consolerons mutuellement.

C'est que, Madame, le malheur ([ui me frappe est au-dessus des forces humaines... Je vais, je viens, je marche sans but, ne sachant plus oîi ])orter ma tète... Je fléchis sous le poids de ma honte immense, brûlante, irréparal)le...

IIIKHÈSE

Votre plainte est bien amère. Mademoiselle.

\i)1Ui:nm;

Je suis la fille unique dun brave homme, négociant estimé, propriétaire de cette maison... Jusqu'au jour où j'ai connu M. Jacques, j'ai vécu heureuse, débor-

LA MAIX INVISIBI.E 219

(lante de santé et de jeunesse, sans souci du lendemain... Mais le jour où cet homme s'est jeté dans mon chemin, jai loul oublie, et les leçons de mon père, et mes pudeurs déjeune fille, et la crainte du respect humain, pour me jeter dans ses bras, parce <[u'il m'avait dit qu'il m'aimait, et j)arc<' ([u"il m'avait promis que je serais sa femme.

TUÉRÎlSE

Oui, c'est là une conduite indigne...

ADRIENNE

Bien plus indigne que vous ne croyez, Madame..- Une passion, quelque profonde qu'elle soit, peut s'éteindre par l'oubli... Mais quand l'honneur a été souillé, comment s'y prendre pour échapper à la honte qui s'ensuit ?

THÉRÈSE

Oh ! mon Dieu I que voulez-vous dire ?

Ne le devinez-vous pas à mes larmes, vous qui êtes mère... ?

THÉRÈSE, avec émotion

Oh! ce serait trop horrible... })auvre enfant?...

ADRIENNE

Oh I oui, horrible I... D'autant plus horrible que dans six mois ma honte deviendra publique, sans aucune possibilité de réparation...

250 mi;f.an(;i:s politiques et i.itti-r.mhes

tiiéhkse

('oiniiKMil ! Jacqiu's... Oli ! il nv n p.is de mol pour iUHrir une pareille infamie !

adkiknm:

Mou pèi'e, (pii couuaissail luou elal, lu'avaiL pardonné. Le prèlre devait nous nnir <lans quelques semaines... Mais mainlenanl, eommeul dire à mon ]H're que Jaecpies élail marié? Ouaiid il a|)j)i'eudi'a la houle ([ui frappe sa maison, n'eu mourra-l-il j)as de cliaiiriu ? \'ous voyez Itieii que je u"ai (pià mourii"...

THÉRÈSE

Oh I mon Dieu ! mon JJieu I

ADRIENNE

De quelque côté que je me retourne, je ne vois pas d'issue... Et puis il y a une chose qne je redoute'pardessus tout, c'est une entrevue entre mon père et Jacques... Je connais mon père... Si ces deux hommes se reneontreni, un malheur est inévitable.

TUKHÈSK

Cest juslel je n y avais pas songé... Une faire?

\i)iui:nm:

Partez I... Emmenez voire mari loin, bien loin!...

Tui':ni:si:

^'ous a\('Z raisou. Mais vous, ma dièi-e enfani, qu'allez-\()us deNcuir? Je n"ose vous laisser seule dau< 1 (''lai où je vous vois.

ADIUKNNE

Ne VOUS ocfupoz pas de moi... .le vous le répète, ce qu'il faut éviter à tout prix, c'est que mon père et

votre mari ne se rencontrent ici dans ce cabinet

Mon père, ne me voyant pas en bas, peut monter d'un moment à l'autre ; tout alors serait perdu !

TIlÉliÈSE

Partir I mais comment pai'tir ?... .Iar'(|nes ne voudra pas avoir l'air de fuir, il n"('coulera ni mes prières ni mes larmes.

ADRIENNE

Dites-lui que c'est moi qui leu supplie. Dites -lui que c'est le cri de mon cœur en détresse...

THÉRÈSE

Vous le voulez?... soit 1... [Elle se dirige vers la porte de la chambre, à droite. En même temps on entend le pas de M. Delval dans le vestibule^ et la porte du fond s^oiwre.)

ADRIENNE, salsie de frayeur Mon père!...

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