L EGLISE ET LES HOMMES DE LETTHES
La poésie, celte fleur inlellecluelle de la jeunesse des nations, y produisit quelques noms remarquables.
Le poète Ronsard eut de son vivant une réputation colossale. Quand il mourut, la nation lui fit de magnifiques funérailles. Le roi envoya sa musique à son enlerrement; la cour et le parlement y assistèrenl ; le cardinal Duperron prononça l'oraison funèbre. La foule était si considérable, que le cardinal de Bourbon et plusieurs autres princes du sang ne purent fendre la presse.
Tous ces hommages rendus sur une tombe s'adressaient encore plus aux lettres qu'à l'homme. Pierre Galland fit élever au poète une statue en marbre, et lui érigea un magnifique mausolée à Saint-Côme. Scévole de Sainle-Marlhe l'appela le Prodige de la science, le Miracle de l'art. Etienne Pasquier ne pouvait croire que Rome et la Grèce eussent produit un plus grand génie. Jules Scaliger lui dédia un ouvrage comme au prince des poètes ; Galland prisait autant une de ses odes que le duché de Milan.
Celte admiration du xvi*' siècle pour Ronsard a lieu de surprendre aujourd'hui, mais elle est une preuve du prestige des lettres.
Le véritable foyer de la civihsation à celle époque était en Italie, à la cour des Médicis ; mais cette civilisation eut en France un magnifique reflet. Les arts, protégés par François P', accoururent en foule d'Italie. Léonard de Vinci ressuscita la peinture morte depuis des siècles et reçut 4-ooo écus pourson tableau de la Gioconde. Le Rosso éleva le château de Fontainebleau, le Prirnatice dressa le plan de celui de Meudon ; Benvenulo Cellini coula ses pensées dans le bronze ; Philibert Delorme commença les
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'l'iiilci'ics ; C.laii'di' IN'rraiill i-oii-^lriiisil la ra(:a(l(' du Loiivic ; .Icaii (ioujoM, suriioiuinr le (loiTr^c delà sciil|)hirt\ sculpta avec loulc la ii:ràcc (\i' la siiuplicilé anlicjuo la loiilaïuc des Sainis-luuoccnls. hiipral, raijas. le (dianceliei' de rilô|iilal loinlcreid la science de droit.
La boussole, l'éceniuicul a|tj)oi'tée de ("diiue en Europe, lit une révolution dans la science de la navigation. Christophe ('olonib et ses successeurs, en découvrant les richesses l'antasliques d un monde inconnu, ouvrirent un nouvel horizon au conmierce et à l'industrie, apportèrent hi civilisation dans des contrées lointaines, et agrandirent h^ monde terrestre, comme l'imprimerie avait agrandi le monde moial.
L'action des hommes de lettres fut donc considérable au XVI'' siècle. Leur rôle, qui au moyen Age s'était trouvé circonscrit aux ([uestions purement Ihéologiques et religieuses, gagna du terrain et envahit le domaine de la politi(]u<' cl de la |)hilosophie.
Dans les siècles précédent, l'homme {\r letli-es n'avait par lui-même aucune indc'pendance ; il appartenait à des corporations religieuses ou à des castes ([uelconques dans TLlat. Si ses œuvres n'étaient i)as enq)reintes d'idées très orthodoxes, elles étaient censui"(''es j)ar des conciles, condamnées par arrêt du |)arlenicnl, et ses livres biùl(''< j»ai' la main du bourreau. Telle fut l'hisloii-e d'Abeilard, de Jordano r)runo, de .lean Iliiss. Au xvr siè(de, il s'est l'ait un progrès immense : riunume <le lettres s'aj)- ])artienl ; il a une individualité, il est citoyen, il ne doit comj)le de sa jiensée cpi'à Dieu, à sa conscience et à la soci<''t(', sous la sau\('gai'<le de la<pielle il
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s'abrite. Il se débarrasse de la loi (|uaiid elle gène ses allures; il observe, il examine, il doute, il inlerroge sa raison, et le scepticisme qu'il proclame est quelquefois le chemin le plus sûr pour arriver à la vérité.
Aussi les lettres ne se bornent pas, au xvf siècle, à un rôle purement théorique ; elles envahissent les fonctions civiles, les magistratures, les administrations, les charges les plus élevées de l'Klat.
A vingt-deux ans, Etienne de la Boélie étail conseiller au Parlement de Bordeaux, dont il était un des oracles.
Charron, auteur du livre de la Sagesse, était dépulé de Cahors à l'Assemblée générale de Paris et prédicateur de la reine Marguerite. Les idées indépendantes et quelquefois audacieuses de son livre le firent surnommer le patriarche des esprits forts.
Clément ]\Iarot fut Famant de Marguerite de Navarre ; Ronsard, l'ami intime de Charles IX. L'Hospital, Pasquier, Dumoulin se firent remarquer comme hommes de lettres en même temps que comme magistrats. Montaigne était déjà gentilhomme depuis longtemps à la chambre du roi; à son retour d'un voyage en Italie, où il avait reçu le titre de chevalier romain, il fut nommé maire de Bordeaux par le suffrage de ses concitoyens.
Grâce à la puissante impulsion de tous ces hommes célèbres, la société se débarrassa peu à peu des langes du moyen âge et commença à vivre. La tyrannie des seigneurs devint moins insolente, l'intolérance du clergé moins farouche. Les principes de l'égalité civile, cette gloire de la nation française, germèrent peu à peu dans les esprits ; le goût des arts descendit