février
UN MORALISTE INÉDIT
sations physiques accumulées, exagérées par l’imagination et capables à la longue de produire de grands effets : « Connaissez-vous cette odieuse maladie de la fatigue, la fatigue chronique? Encore si c’était comme la fatigue après une longue promenade, on aurait le plaisir du repos; mais ordinairement cet accablement est mêlé d’agacement nerveux. J’ignore si l’ame de Brutus ou de Caton, tout stoïciens qu’ils étaient, aurait résisté à ce genre de captivité ; mais ces anciens ne connaissaient probablement pas ces désordres nerveux, et le diable n’avait pas fait encore sa découverte1. » — Et ailleurs : « Je suis toujours dans un très misérable état de nerfs. Tous les médecins disent que je n’ai rien; mon bon sens me le dit aussi; mais je n’en suis pas moins repris de mes dragons tous les jours, dès que je suis seul2. » — Je remarque, à ce propos, que plusieurs des plus fins psychologues et des plus délicats observateurs de la vie morale, un Joubert ou un Maine de Biran, ont été, comme M. Doudan, des malades réels ou imaginaires. Une santé robuste, des nerfs baignés dans de larges afflux de sang, des muscles solides, des poumons infatigables, voilà d’utiles engins pour l’action, pour la lutte, le journal, la tribune ou la guerre ; c’est l’appareil physiologique du combat. Changez tout cela, modifiez ce tempérament, faites prédominer les nerfs sur les muscles, vous aurez non pas assurément le principe qui fait les esprits délicats et fins, mais l’organisation appropriée à cette nature d’esprits. En s’écoutant vivre, non parfois sans inquiétude, ils se sont habitués à quelque chose de plus utile et de meilleur, ils se sont entendus penser, et en s’observant jusqu’à l’excès eux-mêmes, ils ont pris l’habitude d’observer les