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Il se déclare annulé par l'analyse ; mais cela même n’est-il pas déjà une conséquence? « C’est l’immensité de son ambition qui l’a guéri de l’ambition. Comment s’enthousiasmer de quelque chose de chétif quand on a goûté de la vie infinie? » S’il n’agit pas, c’est qu’il a mis son but trop haut. « L’action est ma croix, dit-il, parce quexe serait mon rêve. » Vouloir trop bien faire empêche que l’on fasse rien. Que devrait penser de lui-même l’homme qui, ayant la gloire d’être initié, agirait comme celui qui ne l’est pas? Ce martyr de l’idéal déclare que la responsabilité est son cauchemar invisible1. Elle se mesure aux clartés qu’il a reçues et à la vision sublime qu’il a devant les yeux. Dès lors, comment oser agir sans craindre de profaner l’idée au contact du fait? « Mentir à son idéal, dit le fier penseur, c’est le plus irréparable des viols, c’est la défloration de la conscience, c’est le déshonneur du moi, la faute irrémissible dont ne se relève jamais la dignité intérieure. »
Un scrupule l’arrête, et c’est le signe de cette lutte qui est le drame de sa vie intérieure. Dans cette conscience superbe et jalouse de l’idéal, qui rend l’homme impropre à l’action, ne se cacherait-il pas un piège subtil? Oui, et l’analyse l’y découvre sans trop de peine. Ah! comme les choses humaines sont obscures et mêlées ! 11 faut se défier même de ce souci de la perfection qui paralyse nos forces. Il y a là une perversion secrète. « Au fond, se demande le moraliste alarmé, ne serait-ce pas l’amourpropre infini, le purisme de la perfection, l’inacceptation de la condition humaine, la protestation tacite contre l’ordre du monde qui ferait le centre de mon immobilité? C’est le tout ou rien , l’ambition titanique et oisive par dégoût, la dignité offensée et l’orgueil blessé qui se
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LA MALADIE DE L’IDEAL
refusent à ce qui leur paraît au-dessous d’eux; c’est l’ironie qui ne prend ni soi ni la réalité au sérieux par la comparaison avec l’infini entrevu et rêvé; c’est peut-être le désintéressement par indifférence qui ne murmure point contre ce qui est, mais qui ne peut se déclarer satisfait; c’est la faiblesse qui ne sait pas conquérir et qui ne veut pas être conquise; c’est l’isolement de l’âme déçue qui abdique jusqu’à l’espérance *. » — Reconnaissons là une des formes, une des phases de la même maladie. Il faut bien prendre garde qu’elle est une infirmité. Que faut-il faire pour se guérir? Opposer à ce mécontentement qui se dissimule sous l’indifférence le vrai renoncement dont le signe est la charité. Il faut aimer, il faut agir. Et comment retrouver le courage de l’action? En s’abstenant de trop analyser, en laissant revenir peu à peu en soi l’inconscience, la spontanéité, l’instinct qui rattache à la terre et qui dicte le bien relatif et l’utile1 2.
Ici intervient une invocation assez inattendue à la Providence. Une sorte de mysticisme chrétien se mêle, par intervalles, à la conscience panthéiste qu’il a de l’infini en lui, de l'impersonnel dans sa personne illusoire et momentanée. Tout cela s’arrange comme il peut, sans que nous ayons à nous en mêler. A la destinée vengeresse dont l’idée le paralyse Amiel oppose la paternelle Providence dont l’idée le calme. Si la croyance à l'irréparable le glace au point de vue humain et suspend son action, il pourra retrouver la force de l'achever « en croyant plus pratiquement à la Providence, qui pardonne et permet de réparer. »
Une dernière cause de son inaptitude à la production