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LA MALADIE DE L’IDÉAL
sibilité d’exécuter, mais l’œuvre ne vient pas. Son effort expire, satisfait du pouvoir, sans arriver jusqu’au vouloir.... Timidité et curiosité, voilà deux obstacles qui lui barrent la carrière littéraire. N’oublions pas enfin l’ajournement : il réserve toujours l'important, le grand, le grave, et il veut liquider, en attendant, la bagatelle, le joli, le mignon. Sûr de son attrait pour les choses vastes et profondes, il s’attarde dans leur contraire pour ne pas lui faire tort. »
La maladie de l’idéal en amène une autre qui achève la ruine qu’elle a commencée : elle produit le développement excessif de la réflexion, qui réduit presque à rien la spontanéité, l’élan, l’instinct et, par là même, l’audace et la confiance. Quand il faut agir, on ne voit plus partout que causes d’erreur et de repentir, menaces cachées et chagrins masqués. On a horreur d’étre dupe, surtout de soi-même. « Le besoin de connaître retourné sur le moi est puni, comme la curiosité de Psyché, par la fuite de la chose aimée. La force doit rester mystérieuse à ellemême; dès qu’elle pénètre dans son propre mystère, elle s’évanouit. » Et, à ce propos, un développement à la manière philosophique de l’Allemagne, dans un style étrange à nos oreilles françaises : « Nous sommes et devons être obscurs pour nous-mêmes, disait Goethe, tournés vers le dehors et travaillant sur le monde qui nous entoure. Le rayonnement extérieur fait la santé; l’ intériorisation trop continue nous ramène au néant. Mieux vaut dilater sa vie, l’étendre en cercles grandissants, que de la diminuer et de la restreindre obstinément par la contraction solitaire. La chaleur tend à faire d’un point un globe, le froid à réduire un globe à la dimension d’un atome. Par l’analyse je me suis annulé1. »