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LES DERNIÈRES ANNÉES D’UN RÊVEUR
sentiment! « Temps pluvieux. Grisaille générale. J’aime ces journées où l’on reprend langue avec soi-même et où l’on rentre dans sa vie intérieure. Kl les sont paisibles, elles tintent en bémol et chantent en mineur.... On n’est que pensée, mais on se sent être jusqu’au centre. Les sensations elles-mêmes se transforment en rêveries. C’est un état d’âme étrange ; il ressemble aux silences dans le culte, qui sont, non pas les moments vides de la dévotion, mais les moments pleins, et qui le sont, parce qu’au lieu d’être polarisée, dispersée, localisée dans une impression ou une pensée particulière, l’âme est alors dans sa totalité et en a la conscience. Elle goûte sa propre substance. Elle n’est plus teintée, colorée, affectée par le dehors, elle est en équilibre1 2. » Voyez, au contraire, l’effet produit sur l’âme parle plein soleil, par un aprèsmidi ruisselant de lumière: « Jamais je ne sens plus qu’alors le vide effrayant de la vie, l’anxiété intérieure et la soif douloureuse du bonheur. Cette torlure de la lumière est un phénomène étrange. Le soleil, qui fait ressortir les rides du visage, éclaire-t-il d’un jour inexorable les déchirures et les cicatrices du cœur? Donne-t-il honte d’être? En tous cas, l’heure éclatante peut inonder l’âme de tristesse, donner goût à la mort, au suicide et à l’anéantissement, ou à leur diminutif, l’étourdissement parla volupté.... On parle des tentations de l’heure ténébreuse du crime; il faut y ajouter les désolations muettes de l’heure resplendissante du jour8. » Chaque poète a son clair de lune. Amicl a le sien, qui est très particulier, bien à lui, tout psychologique : « Rêvé longtemps celte nuit sous les rayons qui noient ma chambre.... L’état d’âme où nous plonge cette lumière fantastique est