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LES DERNIÈRES ANNÉES D’UN RÊVEUR

amuser? Pour qui cette artiste équivoque travaille -t-clle? Pour qui, comme disent les poésies philosophiques de l’Inde, cette danseuse fardée s’agite-t-elle sur la scène? La nature est-elle même le rêve d’un dieu ? Ne serait-elle, par hasard, comme le voulait Fichte, que le rêve solitaire de chaque moi? « Le moindre imbécile serait donc un poète cosmogonique projetant de son cerveau le feu d’artifice de l’univers sous la coupole de l’infini? » 11 y a des heures, de plus en plus nombreuses dans sa vie déclinante, où Àmiel est tenté de croire à une grande et universelle mystification, où il s’écrie : « Oui, la nature est bien pour moi une maya. Aussi ne la regardé-je qu’avec des yeux d’artiste. Mon intelligence reste sceptique1. » Et voilà les grands problèmes qui s’éveillent et s’agitent. Tous les systèmes opposés se heurtent dans sa tête : stoïcisme, bouddhisme, christianisme. On a donné au stoïcisme et au bouddhisme des noms nouveaux, mais qui n’ont rien changé à leur essence. La question reste la même de Bouddha à Schopenhauer. Y a-t-il un dernier pourquoi de la. vie? L’existence est-elle un leurre? « L’individu est-il une dupe éternelle qui n’obtient jamais ce qu’elle cherche et que son espérance trompe toujours? » Bien des raisons diverses l’inclinaient vers les doctrines tristes. C’était d’abord une sorte d'indolence orientale, d’inertie voulue, de contemplation paresseuse, telle que la pratiquent les sages de l’Inde. Il se joue et se perd dans cette extase naturaliste par laquelle l’homme se dépossède de lui-même et se répand, se verse tout entier dans les choses, abdiquant l’action, l’effort, la vie même, qui est un effort perpétuel tendu vers l’être, pour se transporter dans l’existence universelle et s’y bercer dans le rythme d’une force qui n’est plus la sienne, mais

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