‹ Mélanges & portraits (volume 2)Chapitre 54 sur 56 · Pages 45, 107, 105, etc · texte numérisé non relu

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modernes suppriment quelques causes de souffrance, cela est vrai; l’humanité se croit sur le point d’être plus heureuse, elle ne le sera pas ; avec quelques améliorations physiques réalisées, de nouvelles causes de souffrir sont nées, plus d’exigences de bien-être, une conscience plus aiguisée de la douleur, un système nerveux saturé de civilisation, exaspéré par cela même. Tout cela, loi •d’ironie. — Zénon, fataliste en théorie, rend ses disciples nonchalants et mous. — Les jansénistes et, avant eux, les réformateurs, sont pour le serf arbitre; les jésuites pour le libre arbitre ; et cependant les premiers ont fondé la liberté, les seconds l’asservissement de la conscience. Encore la loi d’ironie ! — Chaque époque a ainsi deux aspirations contradictoires qui se repoussent logiquement et quelquefois vont au rebours de ce que chacune d’elles poursuit. Au siècle dernier, le matérialisme philosophique était partisan de la liberté. Maintenant les darwiniens sont égalitaires, tandis que le darwinisme prouve le droit du plus fort. Toujours la même loi ! L’absurde est le caractère de la vie ; les êtres réels sont des contresens en action, des paralogismes animés. La vie est un éternel combat qui veut ce qu’il ne veut pas et ne veut pas ce qu’il veut1. Et si vous élargissez le sens de cette loi, vous trouverez qu’une ironie suprême semble se jouer de l’homme en l’opposant à la nature, de la morale en l’opposant au déterminisme universel qui la nie, des causes finales en les éliminant de la science au profit des causes efficientes, de Dieu lui-même en opposant à l’idée que nous nous faisons de lui son antinomie éternelle, le mal, qui semble partager avec lui l’empire du monde, comme si la Puissance et la Bonté divines étaient condamnées à trouver là une sorte de fatalité extérieure et la limite où elles expirent.

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