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Ribot , V Hérédité psychologique, p

ESSAIS DE PSYCHOLOGIE SOCIALE

d’origine où, d’après l’école empirique, l’expérience seule pourrait décider en dernier ressort, et où, par le fait, l’expérience ne peut rien décider, puisqu’il lui est impossible d’y atteindre. Qu’il nous suffise de signaler en passant ces libres spéculations sans nous y arrêter. 11 vaut mieux restreindre le terrain de la discussion à ce qui est plus directement observable, à ce qui relève de l’expérience individuelle et actuelle.

Prenons pour exemple les lois de la formation du caractère, qui est un des points de la psychologie où s’est porté le plus vivement l’effort des controverses actuelles1.

A quoi se bornent les théoriciens de l’hérédité absolue dans l’explication qu’ils en donnent? — Ils nous accordent que c’est le caractère qui constitue la marque propre de l’individu au sens psychologique, et le différencie de tous les individus de son espèce. Ils nous accordent aussi que dans les conflits de la vie morale, la raison dernière du choix est le caractère. Mais ils prétendent que, bien qu’il agisse en tant que cause, il n’est lui-même qu’un effet : c’est une simple résultante d’éléments où l’on chercherait en vain, à l’origine, quelque chose comme une libre énergie, comme la capacité d’un simple effort créant une initiative. Le caractère, selon eux, est un produit très complexe dont l’hérédité est la base, avec des circonstances physiologiques qui s’y joignent, mêlées à quelques influences d’éducation. Ce qui le constitue, ce sont bien plutôt des états affectifs, une manière propre de sentir qu’une activité intellectuelle et surtout volontaire. C’est cette manière générale de sentir, ce ton permanent de l’organisme qui est le premier et le véritable

\. Ribot, l'Hérédité psychologique cl les Maladies de la volonté. — Rr Jacoby, la Sélection dans ses rapports avec l'hérédité , etc.

moteur de la personnalité. Or, comme ces éléments sont héréditaires, il n’est pas douteux que les caractères qui en résultent ne soient héréditaires eux-mêmes. Ce qui en explique l’infinie diversité, c’est la variété des associa tions qui peuvent se faire entre ces divers éléments affectifs et vitaux. Cette multiplicité de combinaisons possibles nous dispense d’avoir recours à quelque unité mystérieuse et transcendante. D'ailleurs, par une concession qui ressemble beaucoup à une ironie, on laisse aux métaphysiciens la liberté de rêver au delà et d’admettre, s’il leur plaît, avec Kant, un caractère intelligible qui explique le caractère empirique !. Mais on refuse de les suivre jusque-là, et même on se soucie peu de comprendre ce que cela veut dire.

Ces explications sont-elles suffisantes? Je ne le pense pas. Je n’y peux voir, pour mon compte, qu’une série d’assertions sans preuve. II nous suffira d’opposer à cette théorie du caractère expliqué uniquement par l’hérédité, celle qui résulte de l’étude des faits. Nous ne prétendons pas nier la part qui doit être réservée à la faculté de transmission, mais nous essayerons de la restreindre dans ses vraies limites. Croit-on que cette œuvre soit impossible? Croit-on que l’on ne puisse vraiment pas démêler la double part que prennent l’hérédité et le principe d’individualité dans l’histoire d’un caractère humain, d’après l’observation la plus simple, en dehors de tout système préconçu, de tout parti pris d’école?

L’important est de bien distinguer les éléments multiples qui entrent dans la composition du caractère. — Une erreur fréquente est de le confondre avec le tempérament. Ce terme, dans son acception technique, exprime préci-

1. 7 / Hérédité psychologique, p. 320. — Les Maladies de la volonté , p. 30 et. suix

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sèment le ton général de l’organisme auquel l’école biologique prétend réduire l’essentiel du caractère, et qui n’en est, selon nous, qu’un élément inférieur et subordonné; il exprime le résultat de la prédominance d’action d’un organe ou d’un des systèmes qui constituent l’organisme. C’est là à peu près la définition de M. Littré, et tous les vrais écrivains ont d’instincl employé ce mot dans ce sens spécial et restreint. La Rochefoucauld a dil, non sans une certaine insolence d’idée, mais dans une très bonne langue : « La vanité, la honte et surtout le tempérament, font souvent la valeur des hommes et la vertu des femmes1. » De même Mme de Sévigné, quand elle écrit : « Quelle journée ! Quelle amertume ! Quelle séparation! Vous pleurâtes, ma très chère, et c’est une affaire pour vous; ce n’est pas la même chose pour moi, c’est mon tempérament 2. » Le psychologue et naturaliste Bonnet a eu le sentiment très exact de ces nuances : « Chez les animaux, dit-il, le tempérament règle tout; chez l’homme, la raison règle le tempérament, et le tempérament réglé facilite à son tour l’exercice de la raison. » — Kant, au contraire, est tombé dans une confusion regrettable quand il a classé les caractères en sanguins, nerveux, bilieux et lymphatiques; il n’a fait ainsi que classer les tempéraments, c’est-à-dire les divers genres de constitution physique, résultant des influences de race et de naissance, des actions diverses et des causes qui ont contribué à former l’organisme. — Comme on l’a dit, le tempérament est la base physique et le mode d’expression du caractère, il n’est pas le caractère même. Croiraiton, par hasard, avoir défini des caractères, si l’on disait d’un homme que, dès le premier mot d’une discussion.

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