UN LAQUAIS
LA €0ICTESS£ {bb jejtant dansun fauteuU),
Ces «oUieitejij» i Ça ne ye&s lais&e pas JUie minute de jE>e{>os, HBt «pi^ une telle joiiraée. VdIIA mes com|^* triotes ! Ils m^lnsultaient tantôt,; et,^ JLdiy ils,mmpefiit âQ** Tant moi. Mais qa'ai-je besoin d'eux t [Au laquais^ en apercevant Adolphe auprès d'une portede côté.) Qui est-ce? Je t'ai dit de ne laisser entrer personne.
IB làQUAIB.
Mtmsfetir îe -Comte, irtrtre frère, (tl serî.)
LA G0MT£SSE
C'est toi, clier Adolphe? Comment eîs-tu déjà ici ? Je t«jus ai pourtant laissés àiaWe*
B» ^AH. n
■toidIMaMMaa
ié Vaï flvnrte eà sêeyet. J*ai à te ptylet, CaF(to#» Il f 'ngîl d'mt# ftSkm im{M^Hfttite«
u. GCOinSfiB.
D'une affaire 7 Et toi, Adotphe^ tu ne me rkm veir ^e pofir affaire f GepeDdant sois le bien-Tenu. U j a d longtemps que je ne t'ai Ta cbez moi^ que noua n'ctou
parlé l Si tu voulais veuir un peu plus souvent^ Adolphe ^ ta es mon unique consolation dans cette épouvantable solitude I
ADOLFHfi,
De quelle solHudé parles-tu? Je ne eonnais pas â Cracavie de palais moins solitaire que le vôtre.
LA COMTESSE
Méchant ! tu feins de ne pas savoir que ce palais est aussi bien séquestré du monde, de mon monde à moi, de ma patrie, de ma famille, que le serait uu hôpital de lépreux. Qui est-ce qui m'entoure ici? Des Russes, des étrangers. Au sein de ma patrie, j'oublie ma langue maternelle^ j'oublie de parler. Personne à qui je puisse dire une seule parole intime.
ADOÏJHE.
Il vient ici tant de Polonais,
LA COMTESSE
Dei âoUicitetirsi, des malheureux. Oui, on pleure ici en polonais, mais oti ne parle t>as« Quelle eiittencc ! c'eât pis que d'être orpheline, que d'être enfant-trouvée i A quoi bon âtoir une famille qui vous abauddune^ <{tti vôttft renie f
ADOLPHE
Si mon père est fâché, qu'y a-t-il d'étonnant ? Nous arrivons après une longue absence ; nous apprenons ton divorce et que tu vas épouser... et mille autres choses I Nos parents ont dit à notre père du mal de toi. Je te l'avoue^ j'ai été étourdi de toutes ces nouvelles. Hais, patience^ laisse passer la tempête.
LÀ COMTESSE
Toi seul, mon cher frère, lu me conserves encore un peu d'amitié, je le sais ; ton jeune cœur n'a pas eu le temps de se gonfler de leur haine, de s'imprégner de leurs pétrifiants préjugés. Mais tu changeras, je le prévois bien. Ils t'apprendront à me haïr ! Cher Adolphe, ne les écoute pas, sois toujours bon pour moi. Tu sais combien tu m'es cher. Rien que le son de ta voix me rend heureuse, me transporte tout à coup au sein de mon heureuse enfance, au sein de ma famille. Nous étions alors si unis, nous nous aimions tant les uns les autres. Tout ce qui me reste de sentiments de famille, je les concentre sur toi seul. Tu es ma famille entière, ma patrie, à moi enfant déshéritée, exilée, réprouvée. Si tu voulais venir plus souvent. . .
ADOLPHE {pitiendri).
Toutes les foi» que je le pourrai, Caroline. Je sais que tu m'aimes. Je sens tout le mal qu'on te fait et j'en soufijre. Tu as un cœur si bon, si sensible* Je vais faire un appel à ta bonté. Tu te rappelles ce prêtre que l'oo accuse d'espiouaage. Je t*en al écrit déjà^ tu m'as pro«
Il ifc «m II « ii»»»»»».^—^*»^ «i.i«i f t».i^Mfc»^— — — ^»— i^w^—
mis sa grâce. Tu l'obtiendras da Gouverneur, n'est-ce pas?
LA COMTESSE
Tu sah que ce n'est pas la première^ j'espère que ce ne sera pas la dernière. Cependant, vois leur reconnaissance. Tu as été témoin de l'accueil qu'ils m'ont fait. Tu as vu à table ce lithuanien^ ce triste manchot , cet ami de Pulaw:>kL que les Russes allaient pendre. Je lui sauvai la vie. Monsieur» lui dis-je à table,' vous ne m'avez pas même saluée ! Madame, me répondit cet orgueilleux, madame, je ne peux pas vous tendre la main, vos amis les Russes me l'ont coupée. Mes amis les Russes I Imbécile, ingrat I — Et ces femmes I J'allai la première à leur rencontre, et les voilà piétinant à reculons, et puis dé s'enfuir toutes, comme ces Confédérés de Bar, leurs dignes maris et fils, fuyant partout devant les Russes. C'est pourtant là, sur le champ de- bataille, qu'ils feraient mieux d'étaler leur patriotisme. Mais ici, insulter une femme^ est-ce du patriotisme polonais? Une femme qui tâche de leur faire du bien ! Allez, vos Polonais^ c'est le peuple le plus ingrat au monde.
ADOLPHE
Et qui es-tu donc ? Tu n'es plus Polonaise ? Caroline, ne parle pas ainsi. Si l'on est fâché contre toi^ à qui est la fâute7 Je ne viens pas te faire de reproches, mais tu as tort. Pourquoi habites-tu ce château au milieu des Russes? Ton palais donne dans la cour du Général, c'est presque la même maison ; tout le monde trouve cela
scandaleuxi
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LA GOMÏBSMi
Je me réfugie ici, oui, pour ma sécurité. Ne sais-tu pas que ma famille voulait m*enfermer dans un. couventi même avant Tarrivée de mon pèra? Quel droit au« raient-ils de m'enfermer ?
ADOLFfiE.
Il ne fallait pas divorcer aveo le comte, ton mari» Gela ne s'est Jamais vu dans notre famille. Tu avais toi^t» Et maintenant tù acceptes les hommages d'un RuBse^ tdi| fille de mon pore, fille d'un Palatin I
LÀ COMTESSE
Tu répètes leuf lëçort. Le divorcé, le divorce! Eli! pbtit^uoi m'â-t^on laissée, moi enfant, épouser iin homme mal élevé, un sauvage, un ivrogne, pour ne pas dire pis? Lui, se soude-t^il dé moi? Ma famille prétendra'» tHelië être plus jalouse de l'honneur de mon mari i^u'il ne Test lui-mèâle ? Grois^moi, tout cela n*est qu'un prétexte pour me persécuter. Ils me haïssent, ils me calomhient, et ils s'étônnèiit de ce que je ne suis paë iudiQ)§rente aui sentiâientâ d'Un homme, du seul homme qui me protège, qui ih'ëâtime, qui s'est attaché à mon sort.
AOOlPHfi.
Get homme est un Russe.
LA COMTESSE
Dieu, quelle est donc la religion, où est la loi qui défend d'avoir de l'amitié pour un étranger ï et cela seulement parce qu'il est étranger. .^
ADOLPHE.'
Cet étranger nous fait la guerre.
DC BAR. Si
LÀ GQMTfiIftË.
hn guerres fiaissont tôt ou tard. Lea haines nationales s'apaisent* Et alors, le bruit des armes une fois cessé, TOUS entendrez les iM*is def vos consciences. Oui, mon père, mes parents^ vous tous, vous aurec des remords d'avoir flétri mon existence, empoisonné tous les moments de ma vie I Vous me regretterez un jour, vous me rendrez justice, oui I
ADOLPHE
Ah ! si tout cela finissait I Si tu pouvais te réconcilier avec ta famille, revenir à nous ! Gomme notre palais est devenu triste depuis que tu n'y es plus ; triste et muet ; quel vide tu y laisses I Gemme c'était gai avant notre départ pour cette- malheureuse ambassade I Et maintenant mon père ne sourit plus. Personne ne parle à table : on dirait un couvent de trappistes. Si tu revenais I Tu es si gaie, si bonne. Tâche que notre père te pardonne. N'oublie pas ce moine ; mon père donnerait beaucoup pour. le sauver. On le juge aujourd'hui. Tu sais qu'on n'a pas vu de Polonais sortir sauf d'entre les mains des juges russes.
Sois tranquille. J'ai déjà écrit au Gouverneur. Je lui en parlerai* encore. Il viendra aujourd'hui me voir.
ADOLPHE
Il viendra ici ! Il faut donc que je te quitte, car si mon père apprenait...
LA GCUtTESSE.
Mais il n'est pas brouillé avec le Générai, il l'invite, il vient le voir.
MlM
ADOLPHE
Ne t'y fie pas trop. Lorsque nous étions à Vienne^ il recevait l'ambassadeur russe très-poliment, et il le dé* testait ;• ah !' qu'il le détestait. Après chaque visite de cet ambassadeur, mon pèrô tombait malade, tant cela lui coûtait. Il pensa une fois avoir un coup de sangl C'est de la politique, ma sœur. Ah ! c'est une chose affreuse, cette politique ! T'a-t-il parlé à diner ? .
LA COMTESSE
Non. Te parle-t-il quelquefois de moi ?
ADOLPHE
Nou. Je conserve dans ma chambre ton portrait. Hou père s'arrêtait souvent devant ce portrait, le regardait avec tristesse. Quelquefois il s^oubliait jusqu'à lui dire des iujures. C'était dans le temps où il te sonmiait pour la dernière fois de revenir dans son palais»
Je n'osais pas y retourner. Il était alors si irrité.
AUOLPIIL.
Depuis ce temps, il ne regarde plus ton portrait et il ne dit rien.
LA COMTESSE
La plus forte colère s'apaise avec le temps.
ADOLPHE
Tu dois connaître le Palatin. Ceux qui le connaissent ne craignent de lui rien autant que son silence. Mais j'entends le bruit d'une voiture. Je pars. Tâche de sau« ver le moine. Il faut absolument le sauver. (Avec mystère.) C'est le Père Marc 1
DE BAR. a*?
LA COMTESSE
Le père MarcI notre ancien confesseur? le saint homme. Il a été aumèoier des Goofédérés. El Palawski^ — avez-Yous des nouvelles de Palawski ?
ADOLPHE
Ah ! le pauvre Pulawski t'intéresse encore.
LA COMTESSE {ttvec émoHon), .Eh bien ! en sais-tu quelque chose ? Te défies-tu de moi?
ADOLPHE
Il vit, il n'a pas été fait prisonnier. Voilà tout ce que je puis te dire.
Dieu en soit loué ! Où est-il? Est-il hors de danger ? En sûreté ? Est-il loin ?
ADOLPHE
Hors de danger ; mais il ne m'est pas permis de dire où il est.
^ LA COMTESSE
Ne le dis pas ; ne le dis à personne ; car si quelqu'un entendait^ si les échos répétaient... Ecoute, Adolphe, écris-lui, fais-lui dire qu'il fuie le plus loin qu'il pourra. L'Impératrice a mis sa tète à prix. Le Général lui porte une haine toute particulière. S'il tombait entre ses maios, c'est la seule tête que ni moi ni personne ne pourrait sauver de la hache. Je n'oserais pas même parler en sa faveur,
ADOLPHE
Et cependant ta l'os aimé jadis*
aWittiaiaMaiMi
HbMrô û'eùfmeè. 9&Qi avont été ëte¥és meaible àMÉ haîfè «hMetttt des maot^giM. Tu étais âlerr» petit enfant, tu ne te le t&ppéths pas. H est 011m ff ère âe kit. Qui a dit que je l'ai aimé I
Tout le monde, et certes ce n'est pas ee qu'on te reptothe* je fié m'en fàcbe nullement* Afa! CcroliBe^ jsi tu l'avais épousé, un si brave homme, si célèbre. Allev, il vaut bien votre Russe.
LA GOMTËSSfi.
Il n'était alors qu'un pauvre garçon. S'il m'avait aimée, il n'aurait pas fui de chez nous pour se faire soldat, aventurier,
ADOLPHE
Si tu savais, qu'il est grand, qu'il est beau !
LA. COMTESSE
Tu l'as donc vu? graad Dieu 1 8erait41 ici? Que vient- U faire 7 I/insensé, il court à sa perte 1 Si en le déoauvre.i, J'ai un pressentiment borriblâi J'ai eu cette nuit un rêve affreux. Je le vis en songe,
ADOLPBfi.
Pttlewski ?
LA GOMTESfl£<
Je rêvais qtfe j'étais dans lee Cei^athei avee Pulaweki, tel que je l'ai connu dans mon enfance. Un ehepeau de montagnard, une hache â la main, il me conduisait vers une- montagne couverte de gûton^ énialHée de fiitfrs.
ti«^f a iton d'dEr«i»t d^ss t««il e€|ft« Q(a m$ §9»bi$.
Tout à coup, je vis sertk âé deMo^is 4«fi« «g^i fèet. II nous saisit^ nous jel» iaiM iea âeux dans la fosse^ en ma9ti £«tefif«e-ie0^ i^erj^Meçû Aiii IM^su^ je «colis, je sens encore 4fi»9 l»« JbojMçlie» ftuf tng ji^M^itte^ ^i& terre humidoy lourde..^ JejsentlB le pied de mon père qui foulait la terr^. J)leu, quel rêve I
m LAQUAIS.
89& fetfi^Jttge moAsi^ur le Géaér al- Gouverneur.
lé«e«»iSf«6^*â«»e¥oieiiCi. •
Bofs par là et puis par' le 3«ed»i. iAMfh sùH^)