‹ Mélanges posthumes d'Adam Mickiewicz, première série [microform]Chapitre 19 sur 59 · SCÈNE HI · texte numérisé non relu

SCÈNE HI

JLA ClOMTESSE; LE GÉNÉRAL, en grande tenue.

p: oÉisâiiAL.

fihJBdeii, aiadagie^ œ que j'ai iiirédij; est arrivé. Victoire tlî Le rapport d'hier se confirme. On a battu les Confédérés^ compléteméal; iMittM I Dieu en soit loué 1 Je vîenfi de eofimiftnderiiiii ?Vi>«Mt»4 je^ j'^iJkUne vingt^oinq «iei^ges âa«B ma ^i^Ue^ Oi^lfMt 4e djQii^ps ^ue je compte d'années de service, dont les' derliiê^^ds furaji^i

les plus pénibles. Cette maudite guerre, comme elle durait I Mais à la fin des fins, c'est fini, fini! Je respire. C*est à présent que je me sens véritablement gouverneur de ce pays. Ah I vous êtes triste.

LA. GOMTBSSE.

Fatiguée de ce dîner. Vous m'aviez fait espérer un meilleur accueil. Je regrette d'y être allée.

LE GÉNÉIULL.

Nos convives se sont aussi confédérés contre nous. Ce n'est pas aimable, mais je n'y pense plus. Je ne conçois pas ce qui rend tout d'un coup ces Sarmates si Sers, si dédaigneux. Us ont lu la gazette d'hier. Ce n'est pas, il me semble, le tnoment de narguer les Russes. Mais n'importe ; nous sommes enfin vainqueurs ; soyons généreux. Je leur pardonne leur mauvaise humeur, à vos pauvres compatriotes. Je ne m'en fâche plus. Je publie une proclamation au nom de l'Impératrice, des grâces, des pardons . Rendons le bien poujr le mal, une fois le pays pacifié.

LA COMTESSE

Je suis enchantée de vous trouver dans cette disposition d'esprit. Je vous fournis l'occasion de faire, preuve de sentiments généreux. Vous avez sans doute fait mettre en liberté le prisonnier pour lequel je vous ai écrit hier.

L& aÉNÉRAL.

Ah ! non, pour celui-là non, on le fusillera; mais ce sera la dernière victime. Non, c'est un homme trop dangereux.

DE BAR. îvl

LA. COMTESSE

Qui ? Je Yous parle du capucin. C'est un moine du couvent de mes domaines. On le connaît ici.

LE GÉNÉRAL

Mon docteur Ta examiné. II trouve, à ce qull parait. • •

LA COMTESSE

Toujours cet infâme espion de Courlandais. Ne vous a-t-il pas fait commettre assez de cruautés, ce vil dénonciateur ?

LE GÉNÉRAL

Dénonciation ! cruauté I Vous êtes singulière. Vous me connaissez pourtant. Suis-je cruel, moi ? Toutes les fois qu'il ne s'agit pas du service impérial, quel plaisir aurais-je à être cruel? Croyez-vous que ce soit amusant de tirer des capucins? Ma foi, je préférerais abattre un daim dans les montagnes des Carpathes. Mais que voulez-vous, c'est la guerre, la nécessité. Pourquoi m'obligent- ils à sévir contre eux ?

LA COMTESSE

A la bonne heure I Faites donc la guerre aux soldats, mais fusiller des hommes tranquilles. •.

LE GÉNÉRAL

Je voudrais bien avoir l'honneur de faire la connais^sance de ces hommes tranquilles; mais, jusqu'à présent, je n'en ai pas trouvé en Pologne. S'il en a jamais existé en ce pays (ce dont je doute), la race en est perdue. Ici tout ce qui respire, conspire* Mon docteur a raison de dire qu'un Polonais, après avoir expiré, conspire encore au moins l'espace de vingt- quatre heures. C'est le pays

des mauvaises tètes^ depuis la tète rasée de monseigneur le Palatixi, votre përe^ jusqu'à la tète chevelue du dernier des paysans qui aient jamais laissé flotter leur plique polonaise. Aussi, me voilà bien heureux d'avoir enfin. ••

LA COMTESSE

Tout le monde aime sa patrie.

LE GÉNÉRAL

On ne les chasse pas de leur patrie. Qu'ils y restent, mais qu'ils se conduisent honnêtement, quHls obéissent à leur roi. ••

Le roi Stanislas Poniatowski, que vous appelez vous* même votre honmie d'afiGedres, homme de paille.*.

LE GÉNÉRAL

Homme d'esprit. Il a pesé la puissance des deux Etats ; celle de la Pologne se trouvant plus légère, le roi s'y résigne. Vos compatriotes auraient mieux fait de l'imiter, que d'entreprendre une guerre inutile, oui, inutile à eux, inutile à moi* Car je ne connais pas de métier plus triste pour un général que de oombattre des troupes irrégulières, des partisans* Si l'on remporte une;victoire» qu'est-ee qu'on trouve sur le champ de bataille? Pas un canon, pas un fourgon, pas un clou* Il n'y a pas de quoi remplir deux lignea de bulletin. Aussi, depuis que je fais cette chiffonnière de guerre^ ^-ai-je obtenu de l'impératrice ni avancement, ni décoration, ni dota«tion* Sa Majesté m'ordonnait dans chaque dépèche d'en finir è'-tout prix, et cela ne finissait pas. Qu'y a-t*il

Dfi BÂR. 39

d'étonnant si je m'irritais^ si je m^emportais, si je sévissais? La peur rend cruel.

LA GOUÎEdSË.

Vous aviez peur? vous, vieux soldat?

LE aijxiAAL.

Ce n*est pas pour ma Vte que je craignais^ mais pour ma réputation, pour mou avenir, pour mes vingt-cinq àtis de service. Savez-vous que j*ai été sur le point d'être disgracié? Je craignais aussi pour vous. Vous savez que vos compatriotes ne vous aiment pas. Ainsi vous parti:giez à votre iusu mes dangers. Quand donc vous déciderez- vous à partager pour toujours mon bonheur ?

LÀ GOMtessis.

Vous Voyez comme mt famille s'y opposé.

LE GÉlfÉRAL.

Le papa nous boude un peu. St^yez tranquille, nous l'apprivoiserons. Il ne sait pas encore l^importance de notre dernière victoire, et déjà, voyez, la crainte ou la politique l'oblige à venir, me voir, à m'inviter chez lui. Notre dîner d'aujourd'hui n a pas réussi, n'importe ; c'a été notre premier essai. J'ai invité le Palatin à venir ce soir prendre du thé chez moi. Nous recommencerons. Je serai poli, prévenant, même humble avec lui, vous l'assiégerez de vos caresses. Je ferai retentir de temps à autre des promesses, au besoin des meuaces. Nous lui livrerons un assaut. Eh, allons, ça ira! Un peu de gaieté. Je veux être gai, moi, je veux m'amuser aujourd'hui. Je ne veux plus entendre parler guerre ni politique d'ici à un mois. Je suis Une tecfue en semestre^ moi; ha I

LA GOETESSE.

Le prisonDier dont je vous ai parlé a été autrefois cou* fesseur de mon père. Vous avez là ToccasioD d'obliger mon père d'une manière délicate.

LE GÉf«&JElAL.

Encore ce capucin I Bon, bon, qu'on ne m^en parle plus. Je vais écrire l'ordre. (// cherche du papiei\) Eh bien {il 5onne)/ qu'on fasse venir le docteur I Vous viendrez chez moi, n'est-ce pas?

LA GOHTESSE.

Il faut changer de toilette, ça m'ennuie. Je me sens si fatiguée.

LE GÉNÉEIAL.

Je vous attends ici. Nous irons ensemble. {La Comtesse sort.)

Page 1