‹ Mélanges posthumes d'Adam Mickiewicz, première série [microform]Chapitre 2 sur 59 · A MONSIEVR LADISLAS MICKIEWICZ · texte numérisé non relu

A MONSIEVR LADISLAS MICKIEWICZ

La Haye, 31 janvier 1870.

Cher citoyen et frère de Pologne ^

Je vous remercie infiniment du beau livre que vous m'envoyez.

Tétais en prison , lorsque votre illustre père publiait, dans la Tribune des peuples^ sa remarquable série d'articles. Je ne les avais pas lus!

Je suis heureux d'apprendre qu'il a connu mon amour pour sa grande et infortunée patrie. Après la France, la Pologne! et toutes les deux ensemble h la rescousse contre toutes les iniquités de ce monde I Tel a toujours été le cri de mon coeur.

Un de mes meilleurs souvenirs est d'avoir écrit, lei^ mai, à l'Hôtel de Ville, au moment oîi un nouveau pouvoir semblait y être acclamé, quelques lignes qui, au nom de la France, ordonnaient aux trois assassins, Russie, Prusse, Autriche, d'abandonner leur proie, sous peine de guerre immédiate.

' Je suis bi€n heureux, je ne puis m' empêcher de U répéter^ que votre père ait connu cet infime effort, aussit0t étouffé que tenté.

C'est une récompense de mes bonnes intentions, qui m^est venue dans le déclin douloureux d'une vie qui finit sans avoir jamais rien pu réaliser..

Espérons que la France, en travail de reprendre sa VO'

DEDICACE. r

lonté, ne manquera pas, aussitôt libre^ de penser à sa sceur du Nord.

Comme vous le dites, il se fait aujourd'hui des prédications qui nous immobiliseraient, si e'itait possièle, dans Vignoble égoïsme du juste-milieu.

Mais la France est un héros l En vain on chercherait a la dérober a sa destinée. Comme Achille, sous son vêtement de femme, elle sautera au premier jour sur une épée. Lorsque le mal dresse aussi haut que jamais sa formidable citadelle sur les peuples y ce n'est qu'avec Vépée, en effet, qu'elle peut accomplir la plus importante partie de sa tâche t

Arriére, à ce point de vue, toutes les idées de paix! Arracher la Pologne aux serres qui Vont mise en lambeaux, ce n'est pas, si fose ainsi dire^ déclarer la guerre; c'est faire, quand on est France, un simple acte de défense nationale; car Pologne et France , chacune de nos émotions, de nos affections i de nos souffrances, nous crie : C'est la même chair, le même cœur et la même âme!

Je m'arrête, cher frère et citoyen , sans aborder aucune considération politique ; je crois qu'il ne serait pas difficile d'établir qu'elles sont toutes d'accord avec la question de fraternité, de sentiment. Mais la respiration me manque pour développer la moindre de mes idées.

Je ne suis qu'un vieux malade, affaissé et impuissant.

Je me hâte, avant de quitter mon papier, de vous serrer la main, et de me dire, au nom de mon amour pour la Pologne comme pour la France,

Votre frère et votre ami,

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