IR
0e mille coups tu me meurtris,
Et tu ne Yeui pas que Je crie.
Tes coups n'ont point en moi fait de métamorphose, Ft tout le changement que Je trouve à la chose,
C'est d'être Sosie battu.
* MERCURE, menaçant Sosie,
Encor ! Cent autres coups pour celte autre impudence.
SOSIE
Tout ce qu'il te plaira ; Je garde le silence. La dispute est par trop inégale entre nous.
{J part.) Ciel ! me Taut-il ainsi renoncer à moi-même, Et par un imposteur me voir Voler mon nom ?
fttr<{ ce que Je suis est- il en sa puissance? Et puis-Je cesser d'être moi ?
Au moins, le Sosie de Molière a-t-il la consolation d'êlre supprimé par quelqu'un dont il dit :
Des pieds jusqu'à la tête il est comme moi (kit, Beau, l'air noble, bien pris, les manières charmantes,
Enfin deui gouttes de lait
Ne sont pas plus ressemblantes.
Or, si le Polonais voit le Russe installé dans son chez-soi, substitué
à lui dans ses droite, dans ses terres, il n'en distinguerait pas
moins un Ru^sc entre cent Polonais. C'est pourquoi il n*admet la
^ fraternisation avec le Russe qu'après qu'il aura cessé d'être malgré
lui le frère siamois artificiel do son puissant voisin.
S'il y a des gens, raisonnables en tout, qui divaguent sur un point, il y a aussi des Russes honnêtes en tout, sauf en matière de polonisme. Un Russe qui ne déroberait un sou à personne acceptera sans scrupule un bien polonais confisqué. Le même homme admirera ceux de ses ancêtres qui empêchèrent les Polonais de s'annexer la Moscovie et fera, sans sourciller, pendre les Polonais auxquels il verra déployer des vertus analogues à celles qui ont mérité des statues à Pojarski et à Kuzna Minin. Les Russes ne veulent pas admettre qu'il ne soit pas permis de profiter d'un crime international. ((Catherine Ta commis, elle en répond devant Dieu, m
disait Karainzin. Ils supposent que Dieu ne punira que Catherine ; or le bien mal acquis ne profite finalement pas plus aux peuples qu'aux individus.
Cependant^ si très- peu de Russes font refTorl moral nécessaire pour dominer leurs passions, leurs prijugés/ leurs intérêts, il y eu a davantage qui dans leur àmé pactisent en partie avec la Pologne. Déjà on en voit qui sont troublés s'ils ont à envoyer on patriote au supplice, qui ont des doutes sur la légitimité des confiscations, et avouent que ceux des leurs qui vont s'enrichir aux dépens de la Pologne ne sont pas la crème des Russes. Mon père faisait remarquer que les Russes, tout en obéissant, commençaient à discuter eu eux-mêmes les ordres qui leur étaient donnés. (Hlaves, IV^ p. 500.) Et plus d'un d'entre les auteurs de l'épouvantable drame de destruction qui suivit l'insurrection de i563 essaie de laver samé-| moire : c'est ainsi que le lieutenant-général Baklanow^ un Co- ' saque du Don, proteste que c*est à tort qu'on l'a, lui aussi, acoDsi- ' déré comme un tyran; » il cite le fuit que, le 24 octobre 1863, il arracha à Murawiew un certain Rosticzew&ki, que^ sur Toffre de ' sa démissiou, on consentit à lui remettre sous sa responsabilité, et qu'il rendit à sa famille; et il invoque, quant à ses procédai», le témoignage des habitants des districts de ViIoa,Kowoo,Grodno, Augustowo. [Huskoia Starintty recueil publié à Pétersbourg, 1872.)'
Sur toute autre question que la question qui ^es divise, Polonais et Russes s'entendent mieux entre eux qu'avec d'autres étrangers. Seulement il ne faut pas prononcer le mot Pologne, pas plus qu*avec le plus éclairé des jésu'.tes il ne faut discuter l'infaillibilité du pape.
Les Polonais ne sont pas sans reproche. Parce que les fastes de chacune de leurs familles sont remplis des exactions, des spoliations, des assassinats plus o» moins juridiques qui s'abattent sur les généi'alions 'successives, ils généralisent volontiers, ils dénient aisément toute vertu à tous les Russes, comme ils aiment à leur dénier toute slavicité. Les Russes, d'autre part, qui ne sont pas hors la loi comme les Polonais^ taxent ceux-ci d'exagération. It^ sont scandalisés, du reste, que les Polonais ne gagnent pas la tranquillité au prix d'une abjuration, ils espèrent qu'un jour le Polonais leur dira, à la façon de Sosie :
Hélas! je suis ce que lu veux 1 Disposf. de mon sort tout au gré de (es vœux :
Ton bras l'en a fait le maître.
Il est vrai, jusqu*ici j'ai cru la chose claire; Mais ton bÂton sur celte affaire M'a Tait voir que je m'abusais.
Il serait trop long d'expliquer ici pourquoi la Sibérie n^a point réduit les Polonais. La .persoDnalité polonaise ne peut pas plus s*efifdcer sous la tyrannie des tzars de Pétersbourg que la personnalité juive sous l'oppression des tzars de Babylone.
Adam Mickiewlcz a cru au polonisme de la Lithuanie comme il croyait à la vitalité de la Pologne, et à la vitalité de la Pologne comme il croyait en Dieu. Cela ne Ta nullement empêché de compter beaucoup d*amis en Russie. Il estimait qu'agir sur des âmes russes, c^est travailler pour son pays; il ne pensait pas que notre lot éternel ici-bas fût un antagonisme furieux; il appelait de ses vœux le moment où l'Humanité répudiera les appétits de domination matérielle qui engendrent la rage du patriotisme comprimé. Il est vrai qu'à l'époque, où il fut interné en Russie, un souffle nouveau y sgilait les âmes. C'était en 1823. L'élite de la Russie conspirait contre le tzar et inclinait aux concessions vis à vis de la Pologne. Adam Mickiewlcz fut reçu à bras ouverts à Moscou et à Pétersbourg, et les affections qu'il y noua survécurent aux tempêtes politiques. Rien n'altéra jamais sa reconnaissance du bon cœur qui lui fut alors témoigné. Lui qui gardait peu de papiers, conserva jusqu'à sa mort le billet suivant de la princess^ Wera Wiazemski :
« Moscou, 3 avril 1B29.
(V Voie' le café en question, veuillez bien le goûter, et^ s'il vous convient, je rae ferai un vrai plaisir de vous en envoyer encore. Quant à la cafetière, il m'a été impMsible de m'en procurer une telle que je la désirais, car il faut la commander; veuillez' donc me permettre de m'en occuper après les fêtes. Comme je ne suis.point assez désintéressée pour ne pas exiger de reconnaissance, je v(»us préviens d'avance que je vous demande de temps en temps, au moment de votre déjeuner, un léger souvenir pour celle dont les vœux stériles auraient été bien moins modestes que celui de contribuer à l'amélioration de votre café : s'ils pouvaient être exaucés, vous apprendriez que, dépourvue d'égoïsme, tous les miens auraient été pour votre heureux retour dans vos foyers. Recevez TassurancQ de la sincère estime que je vous porte, d
Mickiewicz écrivit aa dos de ce billet : «J'ai conservé cette lettre en souvenir de l'hospitalité russe. Un jour j*avais loué le café des Wiazemski. Ils m'en envoyèrent le lendemain un sac entier. Je m*excusai de l'accepter en faisant observer que nous espérions ne pas rester assez longtemps en exil pour boire tout un pareil sac de café. »
Le prince Wiazem^ki traduisit plusieurs sonnets d'Adam Mickie* wioz et leur consacra un article. A son départ de Moscou, les littérateurs russes invitèrent Adam Mickiewicz h un banquet d'adieu et lui ofRrireut une coupe où sont gravés les noms de plusieurs d'entre eux. L'idée d'offrir cette coupe à mon père vint à ses amis russes presque à la veille de son départ de Moscou, ce qui fit qu'ils ne trouvèrent qu'un vase d^église russe et ce qui explique le petit nombre de noms qui y figurent. Mickiewicz les en remercia par une improvisation, que nous ne possédons pas; mais les noms gravés sur la coupe, les voici :
E. Baratynski.— P. et I.Kyriejewski.— H. Jelagin.— N.Rozalin, — N. Polewoj. — E. Szewyrew. — S. Sobolewski.
On comprendra qu'il nous est difficile de donner une id.ée du cénacle littéraire au milieu duquel Mickiewicz vécut à Moscou. Dépeindre la société d*alors, c'est une tâche qu'un Russe, contemporain de ce mouvement et y ayant participé, pourrait seul entreprendre. Nous nous bornerons à quelques détails sur les amis dont les noms s^associèrent dans cette manifestation poétique.
Eugène Baratynski était un ami de Puszkin. Il essaya de rivaliser avec lui, mais lui resta très-inférieur en talent. Il a publié un poème dont le titre la Concubine choqua le public, puis un autre intitulé Edda. Deux volumes de ses œuvres parurent en 1833.
Pierre Kyriejew3ki(né en 1808) a écrit dans une revue intitulée le Moskwicianin , il a laissé en manuscrit des traductions de Shakespeare et de Caldéron, il a traduit également la Vie de Mahomet par Irving. Son principal mérite, c'est d'avoir parcouru h pied la Russie et d'avoir recueilli de cabane en cabane les chants populaires.
Jean Kyriejewski, frère du précédent (ué à Moscou, le Î2 mars 1806, mort à Saint-Pétersbourg, le 10 juin 18':6), a collaboré aux feuitles périodiques. Ses œuvres ont pani en trois volumes, sous le titre de Mélanges lilféraireSy en !861. Il y raconte avoir In dea vers de sa composition lors de la remise de la coupe à Mickie-
wici. Il fat l'an des premiers à publier an compte-rendu des poésies da poète polonais. Il avait tenté de publier une revue, TEuropéen , dont il ne parut que deux numéros, et que Tempereur Nicolas supprima le 12 féTrier 1832, pour un article de Kyriejewski intitulé le XIX» siècle. Il appartenait au parti dit Occidental. Il était d^abord libre-penseur. Fatigué de l'absence de toute foi, il examina longuement le protestantisme et la religion- orlbodoxe à laquelle il donna finalement la préférence; et^ passant d'un excès à l'antre^ il tomba dans la dévotion la plus outrée.
Les Kyriejewski étaient procbes parents du poète Zakowski et avaient été élevés par lui.
H. Jelagine, frère utérin de Kiriejewski^ n'a rien écrit d'original; il a seulement compilé des chansons populaires. C'était un slavopbile enragé.
Jean Rozalin connaissait bien la langue polonaise; il a traduit Werther en russe. Il accompagnait Kiriejewski dans ses voyages à ^'étranger.
Nicolas Polewoj (né à Irkuck en 1776, mort en 1846) publia à partir de 1825 une revue intitulée le Mokiewski Telegraf, dont il parut près de soixante-dix volumes.
Etienne Szewyrew était un ami de la princesse Zénéide Wolkonski^ qu'il accompagna en Italie. 11 devint académicien et professeur d'université. Il a écrite entre autres, une Histoire de la poésie, une Histoire de la civilisation en Russie, Des rapports de Véducation privée avec r éducation publique, etc. Né en 1806 à Saratow^ il mourut à Paris en 1864.
Serge Sobolewski était un enfant naturel qui avait pris le premier nom à sa convenance. 11 était fils d'un riche gentilhomme, M. Soymonow, cousin de madame Swec^yo, née Soymonow. C'était un homme d'infiniment d'esprit, lié avec tout ce qui, en Russie, avait quelque valeur, bibliophile et bibliographe émérite. 11 circula de lui beaucoup de bons mot?, d'épigrammes. 11 est mort en l'année 1871, et la dernière poésie qu'il ait écrite fut un quatrain contre le roi de Prusse, que lui inspira le siège de Paris.
Ils étaient tous membres d'un même cercle d'ami», et ils se réunissaient soit chez la princesse Zénéide Wolkonski, soit chez madame Jelagin, la mère des Kyrieje'wski, dont le salon était le rendez- vous des littérateurs de l'époque.
On eût dit que les amis russes de Moscou prévoyaient que leur adieu était en quelque ëorte éternel, et que Saint-Pétersbourg ne
serait qu'une courte étape sur le chemin de Blickiewicz. Les vers qui accompagnaient le don de la coupe ne sont pas signés. Un ami de Mickiewlcz croyait se rappeler que M. W leniewitinow en aurait été Fauteur, mais il est probable qu'il n^y eut pas d'autres vers déclamés en cette circonstance que ceux dont l^original s'est conservé dans les papiers de Mickiewicz, et Kiri^jewski , racontant qu'il a écrit et récité des strophes (1) en remettant la coupe^doit être regardé comme Fauteur. Nous donnons le texte en note (en employant les lettres polonaises comme le fit Adam Mickiewicz dans son Cours pour les citations des poésies russes); en voici la traduction (2) :
En mémoire de ta séparation d'avec nous, nous t'oCTrons une coupe enehantée : nos lèvres amies l'ont ensorcelée; un talisman s'y trouve au Tond.
Quand, sous un autre ciel, dans le tumulte d!un banquet, tu recouvriras de vin re talisman, ne cberche point au fond de la coupe la joie de l'ivresse, lu y boiras les larmes des jours écoulés.
Tu y sentiras nos regre.s;un vin mêlé de larmes ne grise pas, le chant inspiré expire sur les lèvres, mais l'écho en parvient à ceux des tiens amis dont le nom est gravé sur cette coupe.
Lis ces noms, car, à ce même moment, nous aurons frAmi de ton Inspiration, nous aurons .partagé ta douleur ; nos cœurs auront suivi les palpitations du tien.
Parfois la coupe sonnera d'elle-même comme une montre, par la force du talisman. Ce sera notre pensée qui, s'élançant vers loi, aura de son aile effleuré la coupe.
Non, ce n'est point pour toujours que tu gémis dans le malheur : peutêtre Dieu réparera-t-il l'injustice; peut-être même, sur la terre étrangère? tes rêves prophétiques seront- ils suivis d'un heureux réveil?
Seulement ne puise pas avec cette coupe aux eaux du Léthé, elle ne te permettra pas d'oublier ; notre coupe alors , grâce au talisman qui se trouve au fond, s'écrierait : Souviens-toi de nousl
A Saint-Pétersbourg l'accueil de la société russe fut le même qu'à Moscou; mais Mickiewicz s*y sentait sous la menace d*un
(1) Tolr : Polnojesobraniê ioexynienij Iwana Wanliewicza Kirejewfkieht* 1. 1, Moskwa, 1861.
(2) W znak pamiati, roy pred naszym rozstawaniem Tiebie podnosim nie prostoj stakan ;
On zaczarowan — druzby koldowanjem Na dnojeho polozen talisman
J jesll ty sriedi pirow wieselja Zabywtzysia, wino w nieho naljesz, Nie 2di tohda w niem szum pochmielja Qrust tichuju o proszlom w niem najdi >sz .
nm AVANT-PROPOS,
gouvëroement ombrageux, et il avait hâte de respirer un air libre. Nous n'aYODs pas grands renseigoements sur ses rapports personnels atec Puszkin. Une anecdote prétend qu'un jour le poète russe^ qui connaissait Mickie'^icz d« vue, le rencontra et lui céda le pas en disant :
Z dorogi dwojka, tu idiot,
c'est-à-dire : « Le deux doit se retirer devant l'as j» et que Mic« Iciewicz aurait répondu :
' Kozyrnaja' dwojlca tuza blot,
c^est- à-dire : « Le deux d'atout l'emporte sur l'as. » Quoi qu*il en soit de rautbenticité de cette anecdote, ce qui est certain, c'est que les deux poètes s'apprécièrent et que Pusskin tradniait des fragments de Conrad Wallenrod, et la ballade des Trois Budrys. Un ami de mon père, Odyniee, à une lettre duquel j'ai déjà tait plusieurs emprunt»! écrivait de Saint'*Pétersbourg, Le 9/21 mai 18^0 :
« Hier Adam m*a conduit cbez le poète Koziow, auquel il a dédié son Farys. Il est aveugle depuis de longues années et fameux par son poème du Moine, par des poésies lyriques remarquables et de iielles traductions de Byron^ de qui il est un fervent admirateur. J*al été frappé de son urbanité, de sa sincérité, de ses manières sim*
Tohda zywaja sila talismana Zywyja krylja dast twojej mleeit'e J znaj — miecstu Iwoju obnimut tie, Gzjl imiena procitiosz w krugu stakana.
J izwiestit loh o twojej toskie Pieczainoje ieh lierdea* sadraganje, J budut na twoje wospominanje Soglasnq) dumoj wtorit v daiiekle.
No jesli noczju posredi molczanja Wdrug bez priczyny stuknet twoj slakHn Znaj : eto golos nasieho mieeytiinja Jelio tiebie primczal twoj tali man
Nie wiek ze budet sputnik twoj «tradanje Byt mozet aierdce radost ozywit Wczuzbinie. No kohda wospominanje Tiebie minutu szczastija otrawit,
J ty iïkat zachoezesz utieszeivja Ot grustnych Uum proszedszeho w w nie Nie tron nasz kubok ! On nlelast z^bwcnja Niepoxnhud! lezyl na swletlona dnle.
pies , et durtout de son attachement exalté, je dirai presqvé de son culte pour Adam. Il m*en a parlé aveo tant de poésie^ d'ém<H tion et de feu, que les larmes m'en vinrent aux yeux; il se mit lui« même à sangloter comme un enfant en me serrant dans ses bra?« «( Voua nous Tavec donné fore, me dit-*il entre autres choses^ et nduè « vous le rendons puissant. » Ce qui a le plus ajouté à la gloire d'Adam qui est grande ici (les plus célèbres écrivains ont traduit des extraits de ses œuvres), ce sont ses improvisations. Tu sais combien, dans ces occasions^ sa figure se métamorphose^ ses yeux brillent, sa voix est ai pénétrante qu'une secrète terreur vous envahit; Devant les Russes, la forme est contre lui, il improvise en fraoçais et en prose, et il frappe ses auditeurs de stupeur. L'inspiration équivaut au don des langues. Lors de Tune de ces improvisations, à Moscou, Puszkin, en Thonneur de qui la soirée était donnée, s'élança de sa place , et rejetant ses cheveux en arrière, s'écria: «Quel génie! quel feu sacré! Qaesuis-je auprès de luili Il se jeta ensuite au' cou d'Adam et l'embrassa f^aie^nellement. Cette soirée fut le point de départ de leur mutuelle amitié. Je sais un témoin qui, plusi<>urs années après,, a entendu Puszkin dire, en réponse à ses amis qui lui reprochaient son indifférence et l'encourageaient à visiter les pays étrangers : « Les beaatéa de « la nature, je parviendrai à me les représenter encore plus belles « qu'elles no le sont en réalité; je voyagerais donc pour faire con- « naissance avec des grands hommes! mais je connais Mickiewicz, « et je sais que je ne rencontrerai personne qui le surpasse* i
Adam Mickiewicz quitta la Russie sur ces adieux des meilleurs d'entre les Busses. 11 s'éloigna accompagné de leurs vœux; il n'eut pas besoin de vider la coupe pour que le talisman parlât; il porta toute sa vie, gravée dans son cœur, la devise que noire révolatioB de 1830 inscrivit sur nos étendards :
Pour Vôtre liberté et pour la noire»
Kn flagellant le tsarisme, il travaillait pour la Russie et pow la Pologne.
A l'étranger, en Italie comme en Suisse, il fréquenta la société» russe et en fut admirablement accueilli. 11 s'y rencontra avec la princesse Zénéide Wolkonski, à laquelle l'attachait une ajoaittéqui toujours suruagea,en dépit de tous les orages.Cependant la nouvelle de Texploaioa de iSdO eut son contre-coup à rétranger. if aigre i'es-
Urne mutuelle, comment se voir lorsqu'on fait des vœux contradictoires, et que les uns se réjouissent de ce qui arrache aux autres des sanglots? Survint l'émigration. Mon père^en flétrissant dans ses vers les abominables persécutions du gouvernement tzarien, n'oublia pas ses amis russes. Leur Souvietts-toi de nous! ce talisman de la coupe où ils avaient bu à son avenir^ parlait à son cœur, l'âme des martyrs de 1825 frôla la sienne; dès 1832^ il leur dédia la troisième partie des Aïeux, en leur lançant ces strophes superbes, dont une traduction affaiblit nécessairement l'énergie: