‹ Mélanges posthumes d'Adam Mickiewicz, première série [microform]Chapitre 53 sur 59 · LE POÈTE · texte numérisé non relu

LE POÈTE

a Allez-vous-en ! Que pourrait faire de vous un poète doux et paisible? Continuez à vous pétrifier tranquillement dans votre bassesse. Lui, il n'a pas la force de

vous donner l'âme, et je sens dans votre souffle l'air deâ

318 ALEXANDRE PUSZKIN.

tombeaux. Pour vous corriger de vos basses et mauvaises passions, vous avez eu jusqu'à présent le fouet^ le cachot et la hache; cela doit vous suffire, vils esclaves. Dans vos villes, on fait balayer chaque jour les rues ; mais avez -vous jamais vu le prêtre quitter le saint sacrifice et prendre le balai pour vous faciliter ainsi le chemin de la vie ? Ce n'est pas pour exploiter les passions duvulgake, ce n'est pas pour être utile au public, ce n'est pas pour lutter avec la masse brutale, que nous sommes envoyés ici. Nous vivons d'inspirations, nous les répandons en harmonie et en prière. »

C'est la dernière expression de l'idée de Puszkin. Il s'élève jusqu'à prier ; il est le sacrificateur, il doit conserver intact l'autel des inspirations poétiques. IVlais on doit reconnaître une plus grande force dans le Poète anonyme de la Pologne {i)^ qui se croit appelé pour la lutte et non pas seulement pour les sons harmonieux et la prière. On fait ainsi passer un peu de Dieu dans chaque partie du monde, on sanctifie tout ce qui nous entoure ; et c'est pour la réalisation des inspirations divines, pour la Vie et pour la lutte que la poésie de cette époque esi créée.

Je ne parlerai pas longuement des poésies lyriques et des poésies dramatiques de Puszkin , parère que j'ai surtout pour objet de marquer les rapports entre les littératures slaves et celles de l'Europe, afin de déterminer la pensée générale de ces littératures.

Le drame est la plus forte réalisation artistique de la

(1) Si^smond Krasinski.

ALEXANDRE PDSZKIN. 319

poésie. 11 y a une grande difficulté à créer un drame

slave. Un tel drame doit être lyrique, et doit nous rappeler les notes admirables des chansons populaires ; il doit aussi nous transporter dans le monde surnaturel. Le drame de Puszkin sur Démétrius, ou, comme il l'appela, la Comédie Bormo-Godunoivienne ^ est, quant à la forme, une imitation des drames de Schiller, et de Shakespeare. Mais Puszkin a eu tort de circonscrire son drame sur la lerre. 11 nous fait pressentir l'action du monde surnaturel dans son prologue ; bientôt il l'oublie complètement , et , vers la fin , la pièce n'est qu'une intrigue politique.

Il y a aussi dans les poésies de Puszkin une pièce sur Napoléon. En voici la dernière strophe :

c( Qu'il soit marqué du sceau de la honte, celui qui oserait lancer un reproche contre son ombre découronnée I Gloire à lui I II a révélé à la Russie ses grandes destinées, et, du fond de sa prison, il a annoncé Tére de la liberté qui ne finira plus. »

On voit encore là le sentiment de la nationalité russe, un souvenir de la poésie de Dierzawin. On voit aussi un sentiment d'avenir dans cet aveu a que Napoléon a été le prophète de la liberté. *

Pour se faire une idée sensible de la marche des poètes et des littérateurs des différentes nations slaves, que l'on se représente des voyageurs qui, de différents points de l'horizon, se dirigent, à leur insu, vers un rendez-vous commun. Tous, sans exception, ils quittent le passé, soit avec regret, soit avec désespoir. Mais, comme chacun d'eux s'élève vers des régions plus hautes, on prévoit

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dès lors le moment où ils doivent Ions se réunir. Ce moment critique qui sépare le passé de l'avenir, nous l'avons déjà marqué : il commence à lord Byron.Le dernier mot du poète polonais qui suit de plus près lord Byron est aussi un cri de désespoir. Malczewski, ne trouvant plus sur la terre rien qui fût digne d'être recherché, n'ayant quoi que ce soit à regretter, tire son sabre contre la société entière, parce qu'il désespère de la réussite des grands sentiments et des grandes pensées : « Il veut mourir, parce que rien d'élevé ne peut réussir sur la terre. » Après Malczewski^ le poète russe Puszkin fait des variations continuelles sur le mémo thème; il pleure, parce que la jeunesse l'a trompé, parce qu'il a vu tous les rêves de ses beaux jours détruits, le rêve de l'amour, le rêve de la liberté, le rêve de la gloire; et il s'écrio enfin : a Je' ne vois pas de but devant moi. »

A quoi lui servirait alors d'écrire ? Hélas I c'est pour jeter .quelque éclat, quelques fleurs sur sa tombe; c'est pour laisser un souvenir de sa triste destinée : ce sont ses propres expressions. La vie échappait au poète russe , il n'avait plus d'avenir. Les poètes polonais, après avoir chanté le passé, trouvent, dans la tendance religieuse et dans la tendance politique surtout, une nouvelle sphère d'action. Chez Puszkin, on n'en trouve que le pressentiment.

Le jugement que nous avons porté sur les poésies de Puszkin est confirmé par la critique russe. Nous avons dernièrement lu un ouvrage d'un critique russe très-distingué, M. Polewoj.Son opinion sur les ouvrages de Puszkin est conforme à la nôtre. Polewoj dit que

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le poète russe a été dévoré par le monde. Il aurait été plus juste de dire qu'il a été dévoré par le gouvernement, c'est à-dire par l'esprit du gouvernement auquel il n'avait plus la force de résister.

NOTES

La seule mention qae^ à notre connaissance, Tadteur ait faite de sa Notice sur Paszkin, c'est quelques lignes qu'il écrivait dans une lettre au prince Adam Gzartoryski, eu date du 31 juillet 1840. n s'agissait alors de la nomination d*Adam Mickiewicz à la chaire de littératures slaves au Collège de France : c Je vous envoie, disait Mickiewicz, un article en français que j'ai écrit en 1837 à l'occasion de la mort de Puszkiu; cet article, jeté au courant de la pluoie sur le papier, n'a aucune valeur littéraire, mais peut donner l'idée de ma manière de juger les Russes. Si vous le croyez nécessaire, vous pouvez, prince, communiquer de votre part cet article au ministre qui se convaincra que, môme en gardant l'anonyme, j*ai su ne pas me départir de la neutralité littéraire. »

Adam Mickiewicz eut toujours tant de modestie littéraire, que souvent il dénia toute* valeur à certaines de ses œuvres autrement importantes que l'article en question. Quant au ton dont il avait parlé de Puszkin, le plus ombrageux des Russes n*y eût pu trouver à redire. Il est vrai que cet article n'était en quelque sorte qu^une guirlande tressée à la h&te. en l'honneur d'un ami mort au loin. Mais plus tird, lorsque du fiaut de la chaire du Collège de France Adam Mickiewicz revint sur Puszkin, il ne signala ses défaillances qu'avec l'affectueuse estime dont un officier raconte l'erreur militaire d'un compagnon d'armes qui n'est plus et qui, s'il eût vécu* l'eût sans doute rachetée par ses hauts faits.

■k -tt

Tandis que Puszkin a traduit en russe des fragments d'Adam T^lickiewicz, Adam Mickfewicz, de son côté, traduisit en polonais un morceau de Puszkin, intitulé i.le Souvenir,

Le public européen aimera peut-être à voir rappeler ici ce -qu'était ce sou^^enir, Qurlquefois, par le choix du sujet, l'auteur qui traduit trahit le secret de ses prédilections, l'un des motifs intimes qui l'ont incliné vers un autre écrivain.

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Cette poésie désolée devait^ en effet, correspondre aux senfi- - ments de Mickievicz ailx moments où le passé évoqué rouvrait certaines blessures de Fâme à peine fermées :

« Quand, pour les mortels, cessent les bruits du jour, et que la nuit, en étendant son voile à demi transparent sur les vastes espaces de la capitale

assoupie, octroie le sommeil en échange des soucis ;

- « Alors, dans ma solitude, au sein du calme qui m'environne, les heures de la méditation se traînent paresseusement ; alors, dans mon inaction, je ressens plus vivement au cœur des morsures de serpent.

< Des faL tomes hantent ma pensée que la douleur comprime c^t que des essaims de tracas assiègent; alors, au milieu du silence, le souvenir déroule devant moi tous ses replis.

• ie déchiffre, aVec répugnance et effroi, ma propre histoire. J'appelle la vengeance sur ilioi-inême) j'éprouve de poignants regrets, je verse des larmes amèresf mais je n'effbce pas de lamentables pages. »

Les deux poètes étaient nés à cinq mois de distance. Mie* kiewicz à Zaosie> près Nowogro.dek, le 24 décembre 1798^ Puszkin à Moscou, rue Molczanowka, un jeudi, jour de l'Ascension, le 26 mai (6 juin) 1799^ Ils débutèrent tous deux en 1819 et 1820. En 1819, Mickiewicz publie Zywila et Karylla^ et compose ses premières ballades; Puszkin ^ en 1819, compose Ruslan et Ludmila, qu'il publie en 1820^ Puszkin ^ à Tâge de trente-deux ans, épousa Nathalie Gonczarow, le mercredi 18 février (2 mars) 1881^ à MoscoUé Le 27 janvier ( 8 février) 1837 il tomba sous la balle d*un certain Dantès, et rendit sa grande âme à Dieu le 29 janvier (10 février) 1837, à deux heures trois quarts de raprès^midî, à Saint-Pétersbourg, sur le quai de la Molka, près du pont des Chantres > dans la maison de la princesse Wolkonski, où il s'était logé en octobre 1836, et où il avait vécu ^ entouré de sa famille, pendant les cinq derniers mois de sa vie. Il était âgé de trente^sept ans huit mois et trois jours.

Pourquoi, dans son duel avec la Russie, est-ce la Pologne qui a succombé, pourquoi, dans son duel avec M. Emile de Girardin, est-ce Armand Garrel qui est mort, pourquoi, dans son duel avec Dan tés, est-ce Puszkin qui a péri? Les triomphes momentanés du mal sur le bien s'expliquent par le lendemain que la Provi- \ dence réserve aux nations et aux individus ici-bas et là-haut.

Le Dantès en question devint, sous le nom de Georges de Heec«

ALEXANDRE PUSZKIN.

KâereDj^^sénateur de,„r^mpire français, tandis qu'un de ses frères devenaft, saoàlïf'iiom de Dantès, sénateur de l'empire russe, et qiÇund e sés^ôts collaborait au Pays de M. Granier de Casçagnac. L'hoainQé'"qïïPa~Tiîri3é l'existence de Puszkin à ëlé une âme ' damnée et Tun des agents obscurs mais infatigables de l'absolutisme européen ; car, bien avant les ouvriers, les rois avaient formé une Internationale. M. de Nesselrode, M. de Metternich et M. Guizot étaient membres du suprême conseil de cette franc-maçonnerie. MM. de Bismarck, de Gorczakow et Thiers leur ont succédé; de môipe les de Heeckeeren et les Emile de Girardin ont succédé aux Gentz et aux Kotzebue et sont les vénérables des loges de la Sainte- Alliance impériale et royale. Les décorations constituent les signes maçonniques auxquels se reconnaissent les adeptes. Voilà pourquoi MM. Guizot et Thiers ont la Toison d'Or, et le prince Frédéric-Charles et M. de Mollke le Saint-Georges de Russie. Tandis que les âmes mortes marient leurs égoïsmes, les âmes vivantes unissent leurs aspirations. Voilà pourquoi Puszkin participait à la conspiration de 1823 contre Tempereur Nicolas et puis exhalait des malédictions sublimes devant Mickiewicz qui, dans ses vers, en éternisa une.

Nous traduirons ce morceau, que le poète polonais publia en 1832. Qui sait? Tàme intuitive de Mickiewicz pressentait peut-être que râme-sœur de Puszkin faiblirait devant le tentateur; lui rappeler le passé n'était-ce pas un moyen détourné de le raffermir dans le présent? Quoi qu'il en soit, écoutons Mickiewicz :

La statue de Pierre le Grand.

«Un soir, deux jeunes gens s'abritaient contre la pluie sous le môme manteau, la main dans la main. L'un d'eux était un pèlerin venu de l'Occident, victime obscure de la violence tzarienne; l'autre était le poète de la nation russe, célèbre par ses chants dans le Nord entier. Ils se connaissaient depuis peu, mais beaucoup, et il y avait quelques jours déjà qu'ils étaient amis. Leurs âmes, supérieures à tous les obstacles terrestres, étaient pareilles à deux roches jumelles, dans les Alpes, qui, quoique la force du courant les ait séparées pour les siècles, inclinent l'une vers l'autre leurs cimes vertigineuses, en écoutant à peine le murmure de l'onde ennemie. Le pèlerin s'abandonnait à ses méditations devant le monument de Pierre le Grand, et le poète russe lui parla ainsi d'une voix sourde :

«Au premier des tzars qui a fait ces miracles, la seconde des « tzarines a élevé ce monument (t). Déjà le tzar, coulé sous la

(1) Sur le piédestal de la statue équestre de Pierre !«', on lit l'inscription suivante : Peiro Primoy Catharina Seeunda,

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« forme d'un géant, s^élait assis sur le dos de son bucéphale « de bronze^ et il attendait sur quelle place faire son entrée « à cheval; mais Pierre ne pouvait rester sur son sol natal : dans n sa patrie il eût été trop à Télroit. On dépécha par delà les mers (( lui chercher un piédestal. On envoya extraire -des rivages de la « Finlande un mamelon de granit qui, sur un mot de la tzarine, « fend les vagues, roule sur le Continent et va s'abattre à plat dans « la ville aux pieds de la souveraine maitiesse : voilà le monti- (( cule prêt; le tzar de bronze, le tzar knoutopotent(l) s'élance, en « toge de Romain, le coursier bondit sur les parois du granit, « s'arrête sur le bord et se dresse dans les airs.

« Non, ce n'est point dans cette attitude qu'au milieu de la Rome « antique brille Marc-Aurèle, ce bien-aimé des peuples qui, après « avoir d'abord illustré son nom eu exilant les espions et les délace teurs, quand il eut châtié les exacteurs domestiques, défit en- « suite sur les rives du Rhin et du Pactole les hordes des envahis- « seurs barbares et s'en retourna tranquillement au Capitole. Son (( front est beau, noble et doux, on y lit qu'il songe au bonheur (( de l'Empire, il a levé gravement sa main, comme s'il se prépaie rait à bénir la foule qui lui est soumise; son autre main s'abaisse « sur les rênes pour pi é venir les écarts de son coursier. Tu de- « vines qu'un peuple entier se pressait sur son chemin et criait: « L'Empereur, notre père, revient! L'Empereur voulait se frayer <( lentement passage à travers cette multitude et gratifier chacun « d'un coup d'oeil paternel : le cheval hérisse sa crinière, ses yeux « lancent des flammes, mais il sent qu'il porte le plus désiré des <( hôtes, qu'il conduit le père de millions d'enfants, et il réprime (( lui-même son ardente vivacité; les enfants peuvent s'approcher « et contempler leur père, le cheval s'avance d'un pas égal, sur « une route égale, on devine qu'il parviendra à l'immortalité (2) !

ft Le tzar Pierre a lâché les brides à sa monture; on voit que.

(i) Le knoui, inâtrument de supplice, longtemps usilé en Russie.

(2) Telle est, Cl effet, i'cxaclo description de la statue équestre de Marc- Aurèle ( en bronze doré ) que l'on admire à Rome, dans la cour du Capito e, en l'endroit où Romulus avait ouvert son asile, sur Vinlermons, entre ies d.ux arétts de la colline. Cette interprétation d'un chef-d'œuvre de la sculpture romaine ne fait pas moins honneur au poèie slave que u'en fait au poète anglais ya compréiienslon intuitive du Gladiateur mourant dans Chifd-Harold. — La statue cqucstie de lieire le Grand s'élève à Saint-Pétersbourg sur la place de l'Amirauté aux bords de la Neva. Le monolithe, qui lui sert de piédestal, a éié en un cet tain endroit fendu par la gelée; ce qui, par d'aucuns, a ét(3 accepté comme un augure de ruine.

Bizarre rapp ochement, c tle statue ce Pierre h' esi du sculpteur français F^lconnel, qui a fait un livre contre la statue équeMre de Marc*Aurèle* il i ujuria en passant Uichel-Ange, et reçut de Diderot un brevet d'immoi talité.

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(( dans sa course il a tout foulé aux pieds, d'un bond il s'est élancé « jusqu*au bord extrême du rocher, déjà le cheval afifolé relève « ses sabots dans les airs^ le tzar ne le retient pa?, la bête ronge « sonfreiu; lu devines qu'elle tombera et se brisera en pièces! <( FJle se cabre depuis un siècle, elle saute, mais ne tombe pas : « telle qu'une cascade qui jaillit du grauit et surprise par la geléo « se suspend au-dessus de l'abtme... Mais dès que luira le soleil « de la liberté et qu'un veut d'occident réchauffera ces régions, « quel sera le sort de cette cascade de la tyrannie (3) ?... »

Ce dialogue ne doit pas être une fiction poétique : c'est, en parlie, la réminiscence d'une de ces confidences brûlantes qui s'échangeaient alors de Russe à Polonais. Puszkin n'est plus, Adam Mickiewicz n'est plus, et le tzar Pierre brave toujours le précipice au fond duquel l'appellent et les vœux des âmes vraiment slaves et la justice de l'histoire. Le jour où resplendira ce soleil de la liberté qui éclairera la chute des Idoles de bronze de Moscou et de Saint- Pélersbourg, ce jour-là serait l'aurore de la réconciliation des Polonais et des Russes.

Eugène Delacroix a emprunté le sujet de l'une de ses plus bellrs toiles à la présence d Hamlet et du fou Yorrik au cimetière, devisant sur un crâne humain. Un peintre polonais ou russe ne pro. duirait-il pas un grand effet en nous montrant Mickiewicz et Pusz- >, kin dans celte nécropole intellectuelle de Saint-Pétersbourg, de-/ visant sur la statue de Pierre !«••?

Adam Mickiewicz remarque que les années qui suivirent la chute de Na(>oléon furent les plus heureuses pour la poésie. C'est vrai, mais cela ne ve.ii point dire que la Restauration eût elle-même aucune force créatrice. Seulement ou chantait alors les grandes choses qui s'étaient faites sous la République et l'Empire.

Il est rare que des œuvres littéraires se produisent pendant l'action : car \[ n'y a lieu ni place en la mêlée que pour un cri de l'âme ou un mot" d'ordre;' c'e'St cpSrtîïïlâ lutte est finie que l'âme se réplie sur ëlle-mèm ^dt que les grands actes accomplis se réfléchissent dans l'étude comme en uu miroir. Les grands siècles littéraires ne sont grands que de la grandeur de l'ôpoque à laquelle ils succèdcut et dont ils sont le reflet. Ainsi le siècle de Louis XIV a-t-il recueilli l'héritnge des lémps de luttes dont Henri iV lut U politique et glorieux couronnement, de même que le siècle d'Auguste fut l'épanouissoment littéraire du cycle grandiose dont Jule^ César fut la plus haute personniticalion.

(I) VoT daiij la troisiôiiie partie du poème des Meux le fragmetil inlitui;' : Ptltrsbourg.

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