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Il est à noter qu'Adam Mîckiewicz décerne à Paszkin le second rang dans la hiérarchie des poètes modernes : « Si les compositions du poète anglais n'existaient pas, on aurait proclamé Puszkin le premier poète de l'époque. » Il parle de Byron comme ayant eu dans le monde poétique un rôle analogue à celai de Napoléon dans le monde politique, rappelant avec raison le Napoléon de la poésie; et il voyait dans Puszkin le Byron des Slaves, ayant rempli dans et pour l'Europe orientale le même rôle que Byron pour l'Occident.
Ainsi l'Angleterre et la Russie, dont l^ickiewicz a signalé les mystérieuses affinités et sympathies, après avoir eu à l'origine l'une ses Plantagenets et l'autre ses Ruryks, et plus tard l'une sa sanglante Marie Tudor et l'autre son Iwan le Terrible, en sont arrivées à produire, l'une lord Byron et l'autre Alexandre Puszkin. Coïncidences aussi logiques qu'extraordinaires !
M. Amosow a publié, d'après les récits de Danzas, intime sm de Puszkin, l'historique du duel où a péri le poète russe (!}.
George Dantès, légitimiste français, d'origine irlandaise, avait trouvé moyen de s'attirer les bonnes grâces de Timpératrice et de l'empereur Nicolas, qui le pensionnait sur sa cassette et le nomma officier aux chevaliers-gardes. Ce personnage insinuant avait capté & ce point l'amitié d'un diplomate, B. de Heeckereen, qu'il se fit adopter par lui sous son nouveau nom de George de Heeckereen. Il se posa en adorateur de madame Puszkin; le mari lui interdit ses salons et se vit alors adresser d'outrageuses lettres anonymes, directement et sous le couvert de pluaieurs de ses ami«. Un duel était imminent, mais George de Heeckereen sembla expliquer ses assiduités antérieures en proclamant tout à coup que c'est la sœur de madame Puszkin qu'il aimait; il demanda et obtint sa main. Puszkin ne reçut pas le nouveau marié en tournée de visites de noce?. G. d'Heeckereen écrivit, Pu^zkin voulut rendre la lettre non décachetée à son père adoptif, et, sur le refus de ce* lui-ci de la recevoir, la lui jeta au visage et traça, d'une plume fiévreuse, un exposé de sa conduite qui dénote une âme ulcérée, il y rappelle que le rôle de George avait été si pitoyable, « que sa femme, étonnée de tant de platitude, ne put s'empôcher de rire et que l'émotion que peut-être elle avait ressentie pour cette su-
(Il Poslednije dni zyz*)i 1 konczymy Alexandra Siergiejewicza Puszkioa so slow bywszaho jeho licfjskabo towariszcza i sekundanta Konstantyna Karlowicza Dauzasa, izdanie Isakowa S.-Petersbourg, 1863.
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blimô passion s'éteignit dans le mépris le plus calme et lé mieux mérité. » 11 ajoute d'autres détails, des plus défâYorables aux d'Heeckercen père et fils^ très-piquants^ mais trop vifs pour être cités. 11 y traite le futur sénateur français de pleutre et de chenapan. George d'Heeckereen lui envoya son témoin, M. d'Àrchiac, Puszkin fit choix de Danzas, Le combat eut lieu au pistolet, à tingt pas de distance, chaque adversaire pouvant avancer de cinq pas. Puszkin^ blessé au côté droit du ventre , tomba , puis ramassa son pistolet, se releva sur le coude, fit feiï à son tour, et, entendant que d'Heeckereen disait avoir la poitrine traversée^ s'écria : Bravo ! ce qui montre à quel point il exécrait son enueinî. La balle de Puszkin glissa sur une côte et ne blessa d'Heeckereen qu*à la main. Puszkin déclara qu'il voulait que personne ne le vengeât, fit ses adieux à sa famille et a ses amis, et demanda à Nicolas qu'il n'y eût aucune punition à la suite de ce duel. Nicolas lui adressa, par son médecin Arendt, le billet suivant : c Cher ami, s'il ne nous est plus donné de vous voir en ce monde, acceptez un dernier cou- < seil : tâchez de mourir en chrétien. Ne soyez pas inquiet de votre femme et de vos enfants, je les prends à ma charge. > Il n'est nullement démontré que la mort de Puszkin ait causé à Nicolas un chagrin bien sincère; il refusa à son ami Danzas la permission d'aceompagner le corps à sa dernière demeure. L'âme damnée de Ni<colas, le comte de Benkendorf, était hostile à Puszkin, sans quoi il est possible que le duel eût été empêché. Il envoya les gendarmes à un tout autre endroit que celui où le duel eut lieu. Puszkin, selon son désir, repose à Swiatogorski Monaster, dans le gouvernement de Psko-w. George d'Heeckereen fut expulsé de l'empire. Est-ce lui qui avait rédigé les lettres anonymes, comme Puszkin assurait en avoir eu la preuve? M. Amosow relate qu'on â supposé qu'elles émanaient d'un prince Gagarin, qui les aurait â son tour attribuées à un prince Pierre Dolgorakow. Si les noms de certains coupables sont protégés par le doute, il est Impossible d'innocenter George d'Heeckereen. Les lettres de Puszkin respirent le plus profond mépris pour cet individu. Il y a à accuser, non les petites circonstances qui ont envenimé la plaie, mais celui qui Ta faite, et le nom de George d'Heeckereen inspirera de la répulsion aussi longtemps que le nom de Pus2kin àera répété à^ec honneur.
Adam Mickiewicz, en traitant des œuvres de Puszkin et en marquant la place du poète russe dans la pléiade, s'efface naturellement lui-même. Nous sera-t-il permis dédire qu'AdamMickiewicz pouvait sans humilité assigner des rangs à chacun dans le cycle poétique, hormis à lui-même, car il n'appartient déjà plus à ce même cycle : il Ta frauehi.
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Goethe chanta le passé ; une fois il entrevit les soaffrances aiguSa du présent, mais il ne dépassa pas le seuil et se h&ta de rentrer dans l'empire des morts. Quelqu'un ayant voulu continuer Wer^ iher, mais avec la donnée que Werther eût survécu. Gœthe s'écria : Le malheureux ! il n'a pas vu que l'infortuné jeune
. homme était piqué au cœur et ne pouvait plus vivre, Gœthe, non plus, ne vécut plus, . si l'on peut dire, que dans le royaume des ombres. Avec Faust, après être remonté au temps de Ja Renaissance et de la Réforme, il finit par reculer jusqu'à Tantiquité : dans la seconde partie, ce n'est plus la naive Marguerite dont il suit
. le^^^as^ mais Hélène.
Byron et Puszkin, aux deux extrémités de l'Europe, clôturent le passé littéraire, et,' sur les traces de Napoléon, ouvrent les portes du nouveau monde de Tesprit. Adam Mickiewicz est déjà au-delà. Il a reconnu la mission providentielle de Napoléon et salué ceux qui, quand il eut brisé les barrières de l'ancien monde, aplanirent dans l'ordre spirituel la voie du Seigneur. Il a dit, lui aussi : Rendez k Napoléon ce qui est à Napoléon. Et en bénissant le bras qui avait accompli les grandes choses voulues par Dieu pour accélérer temporellement l'unité spirituelle nouvelle, il se préoccupait par-dessus tout de l'avènement du règne de Dieu pour sa patrie, et par sa patrie pour THumanité. Il savait le passé, il comprenait le présent, il aspirait à l'avenir. 11 s'y élan, çait sur des ailes de feu.
Hertzen se plaisait à répéter qu'Adam Mickiewicz ne connaissait rien du nouveau mouvement littéraire russe, que ses études s'étaient arrêtées à Puszkin. Mais où sont les nouveaux grands poètes, les grands écrivains russes ? L'Europe connaît les noms de Kalkow et de Hertzen; la théorie de celui-ci se réduit en dernière analyse à l'émiettement des nations et des races humaines en communes microscopiques, pulvérisées elles-mêmes en nullités individuelles, tandis que les actes de celui-là tendent à enserrer non-seulement tous les Slaves, mais tous les peuples ^ns la machine russe, de , plus en plus vaste, de plus en plus op^essive, avec cette- seule j réforme en perspective de donner au grand tzar pour contreforts ou pour remplaçant des Chambres ou même une Convention composée de petits tzars créés à son image. Gerebcow a publié en gros volumes français une Histoire de la civilisation en Russie; mais Murawiew lui a paru le prototype de cette civilisation, et il a joint ses félicitations par le télégraphe à cellos que lui adressèrent les journalistes de Moscou, émerveillés de ses pendaisons. Lwan. Turgieniejir est un DickfinsL ju]^e,. J'ignore si Dickens a insulté les irlandais; Turgieniew a fini, eu voyant que
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s es com patriotes lapidaient la Pologne, par jeter, lui aussi» son caillog. Il existe en Russie des tâïents éminents; mais personne n*y a 'remplacé Puszkin, comme personne, en Angleterre, n'a remplacé Byron, et le premier homme de génie qui apparattra en Russie aura encore Puszkin pour point de départ.
VOde au poignard, composée en 1820 à l'occasion de l'exécution de Karl Sand qui avait poignardé Kotzebue à Manheim, le 23 mai 1819, ne se trouve pas dans les éditions de Puszkin publiées en Russie : aucun censeur ne l'eût permis et mênje à préFcnt ne pourrait le tolérer. Elle a été imprimée dans le volume : Siichotworenija Puszkina, Wolfang Gerhard, w iipografii Sera i Germana (petit in-8, pages 147 et 148). M. Ancelotj dans son volume : Six mois en Russie (vol. in-8, Paris, 1827, page 306), a donné de cette ode la traduction suivante :