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ture un peu grossière des pierres de Syrie ne permettait pas ces ouvrages délicats des bases, des frises, des chapiteaux, qui, par leur opposition avec les parties lisses, font un des charmes de l'architecture grecque. Les ornements que nous avons trouvés sont très fins et très élégants, mais de peu de relief. On peut douter d'ailleurs qu'ils soient de l'époque la plus ancienne de l'art phénicien. Dans les édifices de Salomon, les parties ornées étaient de même, pour la plupart, en bois et en métal !. L'usage du marbre et du granit d'Egypte me semble toujours en ce pays le signe d'un âge postérieur. La colonne paraît avoir eu une certaine pesanteur ; les murs étaient du caractère le plus grandiose, et l'on conçoit en les voyant que le nom des Giblites soit devenu synonyme de tailleurs de pierre et de maçons. Il est facile, du reste, de s'expliquer commentées vieilles constructions colossales ont disparu. De telles constructions n'étaient nullement appropriées aux besoins des sociétés plus raffinées qui succédèrent à la civilisation chananéenne ; elles ne furent plus dès lors que des carrières à ciel ouvert, dont on trouva commode de débiter les quartiers pour bâtir
1. I Reg., iv, 18. « La pierre ne se voyait nulle part », est le trait de la suprême élégance.
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les édifices exigés par les besoins nouveaux, à peu près comme les dol-men et les men-hir de la Bretagne ont disparu depuis cinquante ans, dans une énorme proportion, pour former l'empierrement des routes qui traversent le pays. Les vieilles statues, de même, furent trouvées si laides qu'on les remplaça par des statues conformes aux progrès du goût.
Nous avons dit que l'art phénicien, dès qu'il employa des procédés réfléchis, fut un art d'imitation. L'imitation de l'Egypte et l'importation en Phénicie d'objets égyptiens sont des faits établis par d'innombrables exemples1. Il est hors de doute que l'Egypte exerça en Orient, durant des siècles, une influence intellectuelle et religieuse analogue à celle que la Grèce devait exercer ensuite. Le style égyptien fut partout à la mode et offrit comme un prélude de la fortune plus universelle à laquelle le style grec devait parvenir. A quelle époque s'exerça l'influence qui fit de la Phénicie, sous le rapport de l'art, une province de l'Egypte? Comme limite au delà, on peut remonter aux Ramsès. Comme limite en deçà, on peut descendre jusqu'à l'époque romaine . Plusieurs
1. C'est ce que vit bien, dès ses premiers pas dans le pays, M. de Vogué, Fragments d'un journal de voyage, pp. 59 et suiv.
des objets égyptiens trouvés dans la nécropole de Saïda peuvent n'avoir pas plus de dix-huit cents ans. Une induction importante pour montrer, d'une autre part, l'ancienneté de cette influence se tire des monuments de Hadrumète découverts par M. Daux. L'influence égyptienne y est aussi forte qu'àAradus, à Amrit, à Oum-el-Awamid, et porte sur les mêmes choses. Pour la Syrie, il est loisible de supposer que l'influence égyptienne se prolongea jusqu'à l'extinction de l'originalité égyptienne elle-même; mais pour Hadrumète, cela n'est pas possible, l'influence égyptienne ne s'étant pas exercée sensiblement à cette distance, au moins dans les trois ou quatre siècles qui précèdent l'ère chrétienne. Les emprunts à l'Egypte qu'on remarque à la fois dans les monuments de Hadrumète (ou pour mieux dire dans les monuments puniques) et dans ceux de la Phénicie sont donc antérieurs à la séparation définitive des Carthaginois et des Phéniciens, c'est-à-dire au viie siècle avant Jésus-Christ.
On peut faire le même raisonnement sur les objets trouvés dans les sarcophages de Palerme ou de Solonte, et dont d'Orville nous a gardé la représentation. Ces objets présentent une physionomie aussi égyptienne que les objets provenant
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des tombeaux de Saïda qui sont le plus empreints d'égyptianisme. On trouve parmi eux l'œil symbolique et un collier de petits dieux égyptiens en faïence vernissée, tout à fait semblable à celui qui est sorti de nos fouilles de Saïda. Palerme et Solonte étaient deux colonies carthaginoises1. Il est clair que de tels emprunts faits à l'Egypte ne sont pas directs. La couleur remarquablement égyptienne de l'archéologie de la Phénicie proprement dite peut s'expliquer par le voisinage ; mais cette explication n'est valable ni pour Hadrumète, ni pour Palerme. L'Egypte n'exerça jamais d'influence directe sur ce dernier point. Il ne semble pas non plus qu'elle en ait exercé à Carthage. Donc, si les tombeaux phéniciens de Palerme nous offrent des objets égyptiens ou empreints d'égyptianisme, cela vient d'une influence exercée en Phénicie avant que la colonie phénicienne qui a fondé Carthage se fût séparée de la mère patrie.
L'Assyrie et la Perse fournirent aussi, comme nous l'avons remarqué à diverses reprises, plus d'un élément à l'art phénicien. Enfin l'art grec s'empara totalement du pays, à partir de l'an 400