V. Ritter, xvn, pp
2. Corpus inscr. lat., Syrie, n03 197 et suiv. La vieille route du fleuve du Chien, qui passe au-dessus de celle qui date de Caraealla (celle d'aujourd'hui), devait être un casse-cou vraiment inconcevable. Les routes élargies par les Romains sont si chétives que l'on prend des routes antérieures la plus pauvre idée.
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du fleuve du Chien, par exemple, n'ont jamais pu livrer passage à des véhicules f ; le chameau fut toujours dans l'intérieur le grand moyen de transport; or le chameau, cet ennemi mortel de la civilisation, rend la route carrossable inutile, et en amène la destruction. Le Liban, dans Strabon, est tout entier entre les mains des brigands et des barbares. La côte échappait à ces inconvénients par la facilité des transports par eau.
En général, la lutte du citadin et du nomade (du Syrien et du Phénicien, d'une part, de l'Arabe, de l'autre) est la clef de toute l'histoire de Syrie. Sous les Romains, le nomade est dompté; Palmyre, le Hauran, arrivent à une civilisation complète; la Syrie cultivée est double en surface de ce qu'elle est aujourd'hui; les routes sont entretenues et sûres. Avec le triomphe des Saracènes et de l'islam commence la barbarie. La barbarie, en ce pays, est toujours le triomphe du Bédouin, de l'homme qui a peu de besoins, qui n'estime pas l'industrie, qui se passe de véhicules à roues
1. Les chariots n'étaient guère connus en Syrie avant 1860. Nous fûmes témoins de l'étonnement qu'ils causèrent. Les brouettes de la mission, que les Arabes de Saïda appelaient carossdt, furent les premiers véhicules que la Syrie eût vus depuis des siècles.
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et de routes par conséquent. Depuis le vie siècle, la Syrie a été conquise par le nomade, gagnant de proche en proche comme le sable, portant, si j'ose le dire, le désert avec lui. La ligne de Palmyre, de Pella, de Gérase, de Bostra, une fois forcée, toute la Palestine, ainsi que la région de Tyr et de Sidon, se trouva perdue. Le Liban fut sauvé par ses conditions de défense naturelle; la race syrienne s'y garda sous forme de Mardaites ou « rebelles » . C'est ainsi que la région de Saïda est bien plus arabe que le Ketrouan; l'élément arabe y a plus fortement pénétré. La morne et inintelligente gravité musulmane y a presque étouffé la gaie légèreté du Syrien.
Sur la plus haute antiquité, voici l'hypothèse à laquelle, pendant mon séjour en Phénicie, j'étais souvent amené. Le primitif Chanaan réapparaissait bien comme chamite, ainsi que le veut le dixième chapitre de la Genèse. La Phénicie aurait été ainsi peuplée, trois mille ans avant Jésus- Christ, par une race analogue à celle de l'Egypte, industrielle, habile des mains, parlant une langue analogue au copte. La conquête des Sémites nomades (Hyksos, frères des Térachites, s'ils ne sont les Térachites eux-mêmes) serait venue vers l'an 2000 avant Jésus-Christ. Cette conquête, qui
en Egypte n'eut que des effets passagers et ne changea pas la langue, aurait eu en Ghanaan des effets bien plus profonds et y aurait fait triompher la langue térachite ou l'hébreu, comme plus tard les musulmans ont établi l'arabe en Egypte; mais le fond de la population de Chanaan ne se serait guère modifié pour cela; malgré le changement de langue, il aurait repris le dessus, de même que la vieille race tend toujours à reparaître en Egypte. Ainsi s'expliquerait un fait dont je fus frappé à Sidon. Au milieu de cette espèce de gravité rogue du musulman, sans esprit, sans tact, ne sachant pas sourire, on est arrêté tout à coup par quelques jolis types égyptiens, d'enfants surtout, ayant quelque chose d'aimable, de prévenant, de fin. Ces types charmants seraient les émergeants de l'ancienne race, laquelle aurait pris sa revanche par l'hellénisme, le christianisme, aurait de nouveau été écrasée par l'islam, mais serait restée, malgré son abaissement, l'âme de la vie morale du pays, ainsi que cela a toujours lieu quand une race dure et dominatrice conquiert une race industrieuse et douce. Ainsi s'expliquerait également la facilité avec laquelle la religion et les mœurs égyptiennes s'établirent ou plutôt se rétablirent à toutes les époques en Phé-
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nicie, et en particulier le culte d'Osiris, toujours en rapport avec Byblos et la côte chananéenne1. Quant aux points de la côte où je conseillerais de faire des fouilles, je mets hors de ligne Oumel-Awamid. En continuant à retourner et à examiner les pierres de cet endroit, on aurait la certitude de trouver de nouvelles inscriptions phéniciennes. Après Oum-el-Awamid, je mettrais Adloun et ses environs. Tout ce qui provient de cette localité présente un caractère à part et très archaïque. Enfin, il importe de déblayer les parties encore inexplorées de la nécropole de Saïda. A Tyr, il faudrait fouiller très profondément et dépenser des sommes très considérables pour avoir la chance d'obtenir de beaux résultats.
1. Au ne et au HP siècle, on croyait en Phénicie à l'origine égyptienne des dogmes phéniciens. Jamblique, De Pythag. vita, § 14.
Gazette des Beaux-Arts, 1er mai 1873.