‹ Mélanges religieux et historiquesChapitre 39 sur 84 · Eusèbe, Hist. eccl., V, I · texte numérisé non relu

Eusèbe, Hist. eccl., V, I

théâtres contenait l'odieux appareil des plus monstrueuses tortures, étalé à poste fixe et en quelque sorte rivé au sol1. On réservait pour les fêtes des fournées de condamnés, dont les tortures se mêlaient aux chasses, aux combats de bêtes, etc. Pas une ville considérable, au moins en Occident, qui n'eût son amphithéâtre2. Lyon eut assurément le sien, et la question de savoir où se déploya l'héroïsme des Maturus et des Attale se réduit à cette autre question: où était situé l'amphithéâtre de Lyon ?

Une observation préalable, cependant, est nécessaire. Si le texte de la lettre des Églises de Lyon et de Vienne dit de la façon la plus précise que les deux séries de supplices publics des martyrs eurent lieu dans un amphithéâtre, il ne dit pas que les deux séries de supplices, qui furent séparées l'une de l'autre par l'intervalle de temps nécessaire pour porter l'affaire à Rome et pour attendre la réponse, se passèrent dans le même amphithéâtre. S'il y avait de fortes raisons pour croire que les deux séries de supplices eurent lieu dans des amphithéâtres différents, le texte ne s'y

1. Voir en particulier la neuvième déclamation de Quintilien.

2. Les pays grecs et syriens protestèrent ; les amphithéâtres y sont très rares.

opposerait pas. L'auteur de la Lettre aux Églises d'Asie vit trop complètement dans le monde idéal de la foi pour que de telles circonstances matérielles, auxquelles s'intéresse notre esprit positif, eussent pour lui la moindre valeur. Des détails de ce genre n'auraient offert aucun intérêt aux lecteurs orientaux auxquels il s'adressait. L'hypothèse d'un double amphithéâtre, cependant, aurait besoin de fortes raisons pour être admise, et, jusqu'à nouvel ordre, le problème capital de la topographie sacrée de Lyon consiste à chercher dans la grande cité gauloise le monument qui, dans toutes les anciennes villes, est désigné d'un nom plus ou moins altéré, « les Arènes ».

Il est bien singulier qu'une telle question puisse encore être posée et qu'on en soit à chercher le monument de tous le plus facile à reconnaître, celui qui laisse les traces les plus profondes, les plus indestructibles, dans la ville de France qui a eu le passé le plus brillant et qui, depuis le xme siècle, a compté des antiquaires de grand mérite. Trois localités dans Lyon ont des droits à être discutées comme sites d'amphithéâtre; mais ces droits sont fort inégaux, et, s'il est difficile de dire avec certitude où était l'amphithéâtre des

martyrs de 177, il est au moins possible de dire où il n'était pas et de repousser certaines hypothèses auxquelles on pourrait être d'abord tenté de trouver quelque degré de plausibi • lité.

I. — 11 existe à Lyon, dans l'enclos des Minimes et à quelques pas de l'Antiquaille, des vestiges d'une construction d'apparence circulaire, que presque tous les grands antiquaires de Lyon, depuis Spon, ont considérée, avec raison ce semble, comme un théâtre. Cela n'a pas empêché l'opinion lyonnaise, surtout l'opinion ecclésiastique, l'opinion pieuse, de placer dans cet hémicycle le lieu des supplices de 177 '. Le voisinage de l'Antiquaille, où l'on montre les cachots des martyrs, a été sans doute la raison dominante de cette identification. Pour s'arrêter à une telle idée, il a fallu méconnaître totalement ce que dit la Lettre des fidèles de Lyon et de Vienne du lieu où se passèrent les supplices. Un théâtre ne peut jamais se confondre avec un amphithéâtre. Un seul secteur,

1. De Marca, Drnert. très, édit. Baluze (Paris, 1669), p. 219 ; Meynis, les Grands Souvenirs de l'Église de Lyon, 1872, p. 41 et suiv.; J. A. F. Ozanam, Établissement du christ, à Lyon, 1829, p. 33, 237.

même peu étendu, suffit pour décider s'il s'agit de l'une ou de l'autre de ces constructions. Dans l'une, toutes les courbes sont elliptiques; dans l'autre, elles sont circulaires. Admettre que les scènes affreuses racontées par le rédacteur de la Lettre aux Églises d'Asie se soient passées dans un théâtre, que l'aire si étroite de l'hémicycle des Minimes ait pu contenir ces hideux appareils mentionnés dans le récit sacré, c'est aller contre tout ce que nous savons des théâtres et des amphithéâtres antiques. Il est vrai que quelques personnes sagaces, telles que M. É. Pélagaud1, pensent que l'étude du monument des Minimes n'a pas été faite avec assez de soin ; de quelques indices elles croient pouvoir conclure que l'hypothèse d'un amphithéâtre serait soutenable. Il ne faut jamais nier d'avance le résultat d'une étude à faire; il est si rare qu'un monument antique ait dit son dernier mot ! Nous avons cependant peine à croire que l'opinion des anciens antiquaires lyonnais doive être modifiée sur ce point. La forte déclivité de la colline des Minimes ne paraît point offrir le développement nécessaire pour une grande arène. Sans rien préjuger du

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