Gênes, 1620, in
2. Cf. Tiraboschi, Storia délia Lelteratura italiana, t. VIII, parte II, libro III, capo m, 82 e 3, p. 439 e seg. (Modena, 1793.;
Savoie en effet ont prétendu qu'Ame ou Amédée V passa en Orient en 1315 pour délivrer Rhodes assiégée par les Turcs. Mais ce fait doit être rangé parmi les fables : car il est inconciliable avec l'histoire des chevaliers de Saint-Jean et même avec la vie d'Amédée, qui fut toujours occupé en France et en Italie.
Tiraboschi est, ce me semble, le premier qui ait parlé de cet écrit d'Honoré d'Urfé. Il en devait la communication au baron Joseph Vernazza ; peutêtre même n'en parla-t-il que sur les renseignements que lui avait fournis ce savant : « Un'altra bella ripruova del sublime genio di questo immortale Sovrano (dit-il en parlant du goût de Charles- Emmanuel pour les lettres), mi ha somministrato il soprallodato Sig. Barone Vernazza. Possiede egli un lungo e assai saggio giudizio del célèbre Onorato d'Urfé scritto di mano medesima dell'autore, e segnato a 14 Dicembre del 1618, sopra l'Amedeide del Chiabrera, nel quale dopo aver esaltato con giuste lodi il Poeta, non men che i poema passa a esaminare ciascuna parte et con giusta et modesta critica ne rileva alcuni difetti. Or da esso raccogliesi che Carlo Emanuele, a cui egli indirizza quel suo giudizio, non solo avealo con sua lettura a ciô eccitato, ma egli stesso avea
air Urfé suggerite alcune di quelle ottime rifles sioni, che questi va facendo su quel Poema1. »
Puis à l'article de Ghiabrera :
« Noi abbiamo altrove accennata la bella e giudiziosa critica, che deU'Amedeide fece il célèbre Onorato d'Urfé, e in cui ebbe parte anche il Duca di Savoja Carlo Emanuele I, in cui si rilevano, e per quanto a me ne è sembrato, assai giustamente, parecchi difetti di quel Poema, nel quale per altro confessa il Gensore, che ben si vede l'ingegno e lo studio del valoroso Poeta2. »
Vernazza avait l'habitude de communiquer des mémoires à Tiraboschi pour sa grande Histoire ; on sait d'ailleurs qu'il avait fait un travail étendu sur le règne de Charles-Emmanuel I3. Tiraboschi semble dire que le manuscrit autographe appartenait à Vernazza lui-même : Possiede egli. Mais il est déjà compté au nombre des manuscrits de la Bibliothèque de Turin dans le catalogue de Pasini
1. Tiraboschi, t. VIII, parte I, 1. 1, cap. n, § 6, p. 20-21.
2. Ibid., t. VIII, parte II, libro III, cap. m, § 3, p. 441-442.
3. Joseph Vernazza, baron de Freney, né à Albe en 1745, mort à Turin en 1822, antiquaire et philologue, s'occupa surtout des origines de la maison de Savoie. Il fut bibliothécaire de l'Université de Turin, sous l'Empire.
imprimé en 1749 *. Il faut donc supposer que Vernazza l'avait seulement à sa disposition comme attaché aux archives. Deux savants français qui, dans ces derniers temps, ont écrit sur Honoré d'Urfé, ont également parlé de cette pièce, mais sans aucun détail : « La Bibliothèque de l'Université de Turin, dit M. Auguste Bernard (de Montbrison), possède un opuscule d'Honoré ; c'est un jugement sur VAmédéide de Ghiabrera, écrit à l'instigation de Charles -Emmanuel, premier duc de Savoie, et à lui dédié. Ce jugement, qui se compose de onze pages petit in-folio, est un manuscrit autographe2 ». M. Bonafous s'est contenté de reproduire ce passage dans son excellente thèse3, avec la légère inexactitude qu'il contient; car au lieu de onze, il faudrait lire seize. Enfin, dans une édition récente de l'Amédéide, donnée à Turin, l'éditeur italien a cité et discuté dans ses notes quelque- sunes des critiques d'Honoré. Je regrette de n'avoir pu me procurer cette édition.
1. Codices manuscripti Bibliothecœ regii Taurinensis Athenœi, recensuerunt Pasini, Rivantella e Berta. Taurini, 1749; t. II, p. 485.
2. Les D'Urfé, souvenirs historiques du Forez au xvie et au xvne siècle, p. 178.
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« L'auteur a été très soigneux observateur de l'unité d'une seule action, et en cela il se peut dire l'avoir si religieusement observée qu'il n'y a point eu de poète, soit grec, latin ou vulgaire qui l'ait devancé.
« Les reigles d'Aristote y sont très bien pratiquées en ce qui est de la tissure de l'œuvre, car le corps n'est ni trop grand, ni trop petit, et n'y a rien de monstrueux en ce corps-là, pouvant le lecteur suivre fort aysément avec la mémoire du commencement jusques à la fin de l'action.
» L'invention est bien prise, car y en ayant plusieurs qui mettent que ce fut devant Acre que Amédée secourut la religion de Saint-Jehan, ditte alors de Rhodes, et d'autres que ce fut Rhodes même, l'élection qu'il a faite de Rhodes est beaucoup plus à propos, pour estre plus célèbre et convenir mieux avec la devise de Fert1.
1. En effet l'explication la plus ordinaire de cette devise est: Fortitudo Ejus Rhodum Tenuit. Il est probable toutefois que cette explication n'a été inventée que pour donner crédit à la fable des exploits d'Amédée V devant Rhodes. Quoi qu'il en soit, cette devise, prise comme un mot significatif, est encore celle des rois de Sardaigue et se lit à Turin sur tous les monuments royaux. Parmi les volumineuses dissertations que l'on a écrites pour chercher à l'expliquer, on peut lire celle de Vernazza, déjà cité : Sur l'ordre de VAnnonciade et l 'explication de la devise F. E. R. T.
» De plus il n'y a rien dans l'invention qui contrarie aux bonnes mœurs, qui est une chose très remarquable, et en laquelle faute presque tous les autres poètes sont taxés.
» De plus l'invention est toute sienne, car son fondement étant mis sur le vray, ou sur l'opinion receùe universellement de tous, qui est une même chose avec le vray pour son poëme, il n'en a rien pris que la seule thèse : Amédée a secouru Rhodes ; tout le reste est de sa seule invention : comment il y est allé, comment il l'a commencé, et comment exécuté.
« Bref le poëme en soy est très beau, et qui vivra parmi les bons auteurs.
» Mais comme parmi toute une moisson, pour bonne qu'elle soit, il n'est pas possible qu'il n'y ait quelque espy qui ne soit pas si bien grenée ou si meure que les autres, aussy sans offense de l'auteur...
« Il me semble que quand on parle des Chrétiens, il ne les faut jamais blâmer, si le vice duquel on les accuse n'est chose très vérifiée. »
L'auteur du poème attribue les désastres des chrétiens à leurs crimes. D'Urfé trouve cette hypo-
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thèse peu convenable, et voudrait que le poète en eût au contraire rejeté tout le poids sur les esprits infernaux, irrités des vertus des chevaliers.
« Il dit qu'Alfanges avait les cheveux roux, et dans toutte l'œuvre il fait la mesme description des cheveux et mesme lorsqu'Amédée tue Abenamar, il dit qu'il le prend par les cheveux et lui couppe la teste. Et il ne prend pas garde que les Turcs se rasent tous la teste, et ne portent jamais cheveux. S'il disait qu'Alfange eûst la barbe rousse, il serait bon, car les Turcs ont la moustache, mais il dit particulièrement les cheveux, et parlant de toute une trouppe il dit : fascia i capelli. Ces remarques aux poètes sont grandement nécessaires. » (D'Urfé revient encore sur cette critique.)
« Il use tant de fois des démons et anges qu'il samble qu'il oste l'honneur de touttes les belles actions à ceux qui les exécutent, et véritablement il n'y a pas un chant où il ne fasse intervenir cinq ou six fois les esprits, de sorte que le poème se pourrait aussi bien nommer Demonomachia que YAmédéide, puisqu'il parle plus souvent de Faction des esprits que de celles d'Amédée. »
D'Urfé revient à chaque instant sur cette critique; c'est son idée dominante.il est très sévère pour les armes impénétrables, les traits
détournés surnaturellement et autres machines poétiques du temps. A son avis, les visions sont aussi trop multipliées, et il trouve fort mauvais qu'Amédée expose sa mission à une femme éplorée qui vient le trouver. « Ces grâces et visions, dit-il, se doivent celler à chacun, à plus forte raison à une femme, et femme encores incognue. a
« De faire, dit-il à propos des armes divines d'Amédée, qu'il coupe à l'un la teste, à l'autre le bras, à l'autre la cuisse, à l'autre le travers
du corps sans autre plus grande peine, il
me semble qu'il vaudrait autant remonter les herbes qu'un faucheur abat avec sa faux dans un grand pré, ne montrant pas qu'il y ait plus de peine en l'un qu'en l'autre. »
Sangario le magicien est aussi traité fort sévèrement. D'Urfé disserte longuement sur ses charmes, en discute naïvement l'efficacité. 11 reproche surtout à l'auteur d'avoir « confondu magicien et sorcier, ce qui n'est pas du tout la même chose ».
« Mais il faut noter icy une chose, que je ne scay corne l'auteur a osé mettre les parolles mêmes desquelles le magicien se sert, chose qui est encore sans exemple, car c'est aprandre à faire le mesme sortilège, et tous les autres poètes qui en ont parlé, s'ils mettent les circonstances et les choses
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qu'ils font, ils ne mettent point les parolles, ils passent sous silence les circonstances, mais celuy-ci a mises toutes les deux.
» Et ce qui est cause que cela ne se doit pas, c'est que ou l'on apprend à estre sorcier, si la recette est vraye. Ou bien si quelque curieux la voulait esprouver et ne la trouvant pas bonne, il peut convincre l'auteur de faux. »
La naïveté de quelques-unes des observations d'Honoré d'Urfé pourra de nos jours faire sourire. Cette honnête critique est celle de tout le xvne siècle et, somme toute, l'esthétique d'Honoré d'Urfé paraîtra assez avancée, si on la compare à celle de Corneille, de madame Dacier ou même de Boileau . Le goût italien de d'Urfé est sensible du reste en plusieurs endroits, et bien qu'il trouve certain chant « où le lecteur s'ennuie grandement », il n'a garde d'élever contre cette longue et fade manière des reproches qui auraient frappé du même coup YAstrée et la Sylvanire.
Le manuscrit d'Honoré d'Urfé a été brûlé dans le récent incendie de la bibliothèque de l'Université de Turin. L'édition indiquée p. 288 est celle de Vincent Canepa, Gênes, 1836 : elle signale une copie du manuscrit faite par Vernazza en 1791. (N. des édit.)
Le baron R avérât: Fourvière, Ainay et Saint- Sébastien sous la domination romaine. Recherches archéologiques sur l'emplacement où les premiers chrétiens lyonnais souffrirent le martyre, Lyon, 1880. — É. Pélagaud : Recherches de topographie archéologique. Lieu précis du martyre de saint Pothin et de ses compagnons. Le plateau des Minimes, dans Lyon-Revue, novembre 1880.
Il n'y a pas de récit historique plus saisissant que celui qu'un témoin oculaire a tracé des martyres de Lyon en l'an 177. La lettre des Églises de Lyon et de Vienne aux Églises d'Asie, dont le rédacteur fut peut-être saint Irénée, est, par son
authenticité et l'originalité de son style, un des documents les plus curieux du christianisme naissant. Chose singulière cependant ! ces héroïques combats ne laissèrent point à Lyon même de trace bien profonde. Des martyres postérieurs eurent dans la légende populaire beaucoup plus d'importance que la grande lutte qui montra pour la première fois en Gaule ce que peut le sentiment religieux quand il s'attache à des dogmes simples et susceptibles de passionner les foules. Une des causes de cet égarement de la tradition fut sans doute que le document fondamental où se trouvait consigné le triomphe des fidèles lyonnais était rédigé en langue grecque. Dès le 111e siècle, cette langue cessa probablement d'être la langue de l'Église lyonnaise. La première colonie chrétienne de Lyon, toute composée de Smyrniotes, d'Asiates, de Phrygiens, de Syriens, avait à peu près disparu. De nouveaux Syriens continuaient, il est vrai, de remonter le Rhône1; mais les convertis de race indigène prenaient de jour en jour le dessus, et c'est sûrement du gaulois qu'Irénée
1. Inscription bilingue de Genay, près Trévoux, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France, t. XXVIII, p. 1 et suiv.; inscription de la fille du maître de poste M6xi[xoç (nom arabo-syrien), à Vienne. Le Blant, Inscr. chrét.de la Gaule, n°423. Cf. ibid., 415, 521.
veut parler quand il nous dit que, bien que le grec reste sa langue, une grande partie de son activité se dépense en la langue barbare du pays1. La lettre des Églises de Lyon et de Vienne se conserva en Orient. Eusèbe la trouva sans doute à Césarée, dans la bibliothèque de son maître Pamphile, et c'est lui qui nous en a transmis les parties essentielles. Quant au souvenir direct des hideuses scènes, de l'an 177, il disparut presque à Lyon, et quatre cents ans plus tard, Grégoire de Tours ne connaît, sur ce sujet, que des légendes souvent difficiles à concilier avec le récit historique et certain.
Où se passèrent les scènes principales de ce massacre juridique, qui reste une si grande tache pour le règne de Marc-Aurèle, et forme un début si éclatant à l'histoire de l'Église gallicane ? Le doute n'existe guère pour les épisodes, en quelque sorte préliminaires, de l'arrestation, de la prison, des interrogatoires, de la torture. L'endroit bien connu à Lyon sous le nom de l'Antiquaille était, de l'aveu de tout le monde, le siège du gouverne-
1. O'jy. ÈTrt^T^aetç Tiap' ^{tûv, xâiv iv KeX-rotç SiaTpiêdvTtov xai ■rcepl (3àpëapov 8iàXexTOV xo uXeiarov à<j;(oXou[x£vcov, Xoycov te^vtJv... Contra hœr., I, proœm., 3. Ce n'est sûrement pas du latin qu'Irénée peut parler de la sorte.
ment romain. Le forum et la basilique étaient sur le plateau de Fourvières. La tradition ecclésiastique veut que les martyrs aient été détenus à l'Antiquaille. Si elle s'engage trop en prétendant montrer les cachots mêmes où furent détenus ces ardents fondateurs du christianisme lyonnais, elle a mille fois raison, au contraire, de rattacher à ces vieilles ruines romaines le souvenir des martyres de 177. Cela est d'intérêt secondaire. Ce que l'historien curieux de précision voudrait connaître, c'est l'emplacement de l'amphithéâtre où eurent lieu, à deux ou trois mois d'intervalle, les effroyables scènes en plein air où éclatèrent d'une manière si prodigieuse le courage et la foi de ces chrétiens à demi montanistes d'Asie et Phrygie, que des courants depuis longtemps établis entre Lyon et l'Asie faisaient affluer au pied de Fourvières en nombre si considérable. Que ces monstrueux supplices aient eu lieu dans un amphithéâtre, cela ne fait aucun doute; le texte le dit (sv àf^esàTpa)1), et, quand bien même il ne le dirait pas, la chose serait évidente. On sait par quelle perversion d'idées les Romains avaient fait du supplice un divertissement; l'arène des amphi-