PAR M. OZANAM
L'Italie est, depuis trois siècles, le but constant des voyages littéraires, et telle est l'inépuisable richesse de cette patrie de la littérature classique, que, de nos jours encore, on peut espérer d'y faire des découvertes. Déjà au xvie siècle, ce beau pays est le rendez-vous de tous ceux qui aspirent à publier des textes inédits. Vers la fin du xvne, les expéditions savantes se régularisent, et dès lors la série des noms illustres qui vont s'inscrire sur les registres des bibliothèques d'Italie n'est plus interrompue. Mabillon (1687-1689), Montfaucon (1698-1701), Lacurne-Sainte-Palaye (1739-1749), Zaccaria (1742-1757), dom Gerbert (1761-1762), Bjôrnstahl (1770-1773), Laporte du
Theil (1776 et années suivantes), Adler (1780-1782), Andres (1785), Niebuhr (1816-1824), Pertz (1821- 1823), Frédéric Blume (1821-1823), Haenel (1824), de Hammer (1827-1828), Diez (1829), Charles Greith (1836), Palacky (1837), Adelbert Relier (1840-1841), Giesebrecht (1844), et tout récemment M. Ozanam, ont donné au public, sous une forme ou sous une autre, le récit ou les fruits de leur Iter italicum.
Cette prédilection des savants pour l'Italie tient aussi peu que celle des artistes au hasard ou au caprice. L'Italie est pour le philosophe ce qu'elle est pour l'artiste : la terre qui nous a conservé la tradition classique ; la grande maîtresse de la littérature comme de l'art antique. Dès l'époque de saint Grégoire, on s'adresse déjà à Rome pour y trouver les ouvrages des auteurs qui avaient écrit dans les provinces : des Gaules, on demande saint Irénée ; d'Alexandrie, le martyrologe d'Eusèbe. Si Grégoire répond qu'on n'a pu les découvrir dans les bibliothèques ni dans les archives de la ville1, il faut l'attribuer, sans doute, beaucoup moins à la pénurie qu'au désordre et à l'ignorance. En effet, cinquante ans après, Martin Ier cherche de