‹ Mélanges religieux et historiquesChapitre 59 sur 84 · Wadding, Ann. Min. ad ann. 1282, n · texte numérisé non relu

Wadding, Ann. Min. ad ann. 1282, n

La découverte de cet important ouvrage est due à M. Paul Meyer. Notre savant confrère reconnut l'importance du texte pour la philologie et pour l'histoire. 11 en publia quelques pages, et en communiqua un fragment à M. Bartsch1. Une édition de l'ouvrage a ensuite été donnée par M. l'abbé Albanès, historiographe du diocèse de Marseille2. La publication de M. l'abbé Albanès est faite avec beaucoup de soin, précédée de prolégomènes où tout ce qui touche à la vie de la sainte est traité de la manière la plus complète, et suivie de pièces justificatives, dont quelques-unes sont fort importantes.

Le manuscrit de la Vie de sainte Douceline est unique. Il est maintenant à la Bibliothèque nationale, où il porte le numéro 13503 du fonds français. C'est un petit volume de cent trois pages, écrit par un seul copiste, Jacobus peccator, qui collationna avec soin sa copie sur l'original qu'il était chargé de reproduire. Rien n'indique qu'il ait jamais existé d'autre exemplaire de l'ouvrage

1. Meyer (P.), Les derniers troubadours de la Provence, 1871, p. 19. — Meyer (P.). Recueil d'anciens textes bas-latins, provençaux et français, p. 142-146. — Bartsch, Chrestomathie provençale, 2e éd., Elberfeld, 1868, in-8°, col. 299.

2. Albanès (J.-H.), La vie de sainte Douceline, fondatrice des béguines de Marseille.

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que l'autographe sur lequel travailla le copiste Jacques, et la copie de ce dernier. Exécutée sans doute à Marseille, cette copie resta dans la maison fondée par la sainte jusqu'à la disparition de cette maison en 1414. Elle appartint alors aux frères Mineurs de Marseille, puis au chapitre de la cathédrale. Elle devint ensuite, sans qu'on sache comment, la propriété de Louis-Charles de Valois, comte d'Auvergne et duc d'Angoulême, fils naturel de Charles IX, et après lui, de son fils le comte d'Alais, mort en 1653. Henriette de la Guiche, femme du comte d'Alais, fonda une importante bibliothèque au couvent des minimes de la Guiche, en Bourgogne. On n'est donc pas trop surpris de trouver la Vie de sainte Douceline transportée dans ce couvent. A la Révolution, les livres des minimes de la Guiche furent dispersés. Après diverses aventures, le précieux volume vint enfin se reposer à la Bibliothèque nationale, où il a dû entrer vers 1820 ou 1825.

M. l'abbé Albanès a très bien discuté les questions de critique que soulève la Vie de sainte Douceline. L'ouvrage fut certainement composé dans la maison des béguines de Marseille, où la sainte passa au moins les vingt dernières années de sa vie et où elle mourut. Il eut pour auteur

une des dames que la fondatrice avait réunies autour d'elle. Destiné uniquement à l'édification des béguines, il fut tout d'abord écrit en langue vulgaire (lingua laica), et n'exista jamais en latin. Le dialecte est celui de Marseille. L'original paraît avoir été écrit dans une orthographe très régulière. Le livre, peu après sa composition, était lu, dans les réunions des béguines, comme livre d'édification.

M. Paul Meyer avait émis l'opinion que la Vie fut écrite peu de temps après la mort de la sainte, c'est-à-dire dans le dernier quart du xme siècle. M. l'abbé Albanès est du même avis ; il pense seulement qu'il faut abaisser la date en question jusqu'à la limite extrême du siècle.

M. Albanès établit d'abord qu'il a existé deux rédactions de la vie de la sainte, dont nous ne possédons que la seconde. Cette seconde édition dut être faite vers 1315, avant la mort de Philippine de Porcellet, qui fut comme la seconde fondatrice de l'établissement des béguines. Quant à la première édition, M. Albanès la rapporte par approximation à l'année 1297.

La béguine qui a écrit la Vie de sainte Douceline

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a évidemment vécu avec la sainte dans la plus grande intimité. Elle appartenait à ce groupe de dames, pour la plupart parentes les unes des autres et appartenant aux classes supérieures de la société provençale, qui se firent les disciples de Douceline. Dans ce groupe, M. Albanès croit pouvoir choisir un nom et le prononcer avec assurance. L'auteur de la Vie de sainte Douceline est, pour lui, Philippine de Porcellet.

Philippine de Porcellet, dame d'Artignosc, était Arlésienne par sa naissance; son père avait sa sépulture à Trinquetailles, dans l'église des chevaliers de Saint- Jean de Jérusalem. Sa sœur Audiarde était abbesse de Molégès, et elle eut pour frère ce Guillaume de Porcellet qui joua un rôle si honorable dans le tragique épisode des Vêpres Siciliennes. Elle fut mariée à Fouques de Pontevès, et elle eut trois filles; mais elle devint veuve de très bonne heure, et s'attacha dès lors à Douceline, « pour devenir sa fille ». Comme elle était fort riche, et parente ou alliée des plus puissantes maisons de Provence, elle fut la providence et en quelque sorte la protectrice séculière de l'institut naissant. Il existe des pièces qui nous montrent Philippine achetant, en 1297, à des prix très élevés, de nombreuses propriétés

qui entouraient la maison des béguines et l'empêchaient de s'étendre. M. Albanès prouve très bien qu'elle en fit la donation à l'institut. Enfin le savant éditeur établit que Philippine de Porcellet fut appelée par sainte Douceline elle-même à l'aider dans la direction de son œuvre, que c'est à Philippine que la Vie donne le titre de vicaria de la fondatrice, que c'est elle aussi que la sainte dans son humilité appelait sa prioressa. Cette « prieure générale », cette « vicaire », fut un personnage trop considérable pour que [l'auteur de la Vie ne l'eût pas nommée, si ce n'avait été elle-même qu'elle voulait ainsi désigner à mots couverts1. Ce qu'il y a de sûr, en tout cas, c'est qu'après la mort de Douceline, les béguines la choisirent d'un commun accord pour leur mère. Elle était depuis longtemps « prieure majeure » de l'établissement quand la Vie fut écrite. Si elle n'écrivit pas elle-même la Vie, elle la fit écrire en quelque sorte sous sa dictée. Les raisonnements de M. l'abbé Albanès sur ce point sont décisifs, et il faut dire que, loin d'exagérer la certitude qui en résulte, il l'a en quelque sorte atténuée. Avec la rare connaissance qu'il a des

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