Albanès, pp
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pièces de l'histoire provençale, M. l'abbé Albanès montre que l'auteur de l'ouvrage en question vivait au centre des relations de la famille de Porcellet, et que cette famille fut en quelque sorte le berceau de la fondation de l'institut nouveau en Provence.
Cette même sagacité de critique, M. Albanès l'applique à tracer exactement la chronologie de la vie de la sainte. Douceline ou Donzeline dut naître à Digne vers 1215 ; elle vécut successivement, dans sa jeunesse, à Digne, à Barjols, à Hyères. Le mysticisme était en quelque sorte héréditaire dans la famille. Déjà son père et sa mère s'étaient voués au service des pauvres et menèrent dans le siècle une vie presque monacale. Son frère Hugues dut être un des premiers, de ce côté des Alpes, à entrer dans l'ordre de Saint-François. Durant un voyage qu'il fit à Paris vers 1240, Hugues mit sa sœur en la garde des franciscaines de Gênes. C'est à son retour de Paris à Hyères qu'il décida de la vocation sainte de Douceline, et commença de s'en faire un auxiliaire dans l'œuvre qu'il poursuivait à la suite de François d'Assise, la réforme du monde par l'ascétisme et la pauvreté.
Hugues de Digne a déjà eu sa place dans cette
histoire1. C'était, en Provence, le chef de la secte des joachimites, c'est-à-dire de cette famille de ranciscains exaltés qui cherchait à trouver dans Joachim, abbé de Flore en Calabre, un procureur de François d'Assise, se nourrissait des prophéties apocryphes qu'on lui prêtait, et croyait à un renouvellement fondamental du christianisme par la règle de saint François. Hugues eut une très grande réputation dans la région du bas Rhône. On accourait de toutes parts à sa cellule d'Hyères pour entendre les terreurs et les espérances de la nouvelle Apocalypse. Il possédait tous les ouvrages de Joachim, écrits en grosses lettres ; on le tenait généralement lui-même pour un prophète, et il fut le père d'une sorte de tiers-ordre de mendiants vagabonds qu'on appelait saccati ou boscarioli. Hugues fut l'ami intime de Jean de Parme et peut-être son initiateur en ces dangereuses nouveautés. Salimbene vint souvent le voir, et parle de lui comme d'un inspiré. Quand Salimbene vit Hyères, en 1248 et 1249, il la trouva en quelque sorte conquise par le prosélytisme de Hugues : Est ibi maxima multitudo mulierum et ho-
1. Histoire litt. de la France, t. XXI, p. 293. — Salimbene Chron., pp. 90 et suiv., 124, 141-142,148,319-320. — Renan, Nouv. études d'hist. relig.} pp. 280-281.
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minum penitentiam facientium etiam in habitu mundiali, in domibus suis. Hi fratribus Minoribus valde devoti sunti. Hugues associa sa sœur à son œuvre, la mit à la tête des femmes qui, sans embrasser aucun ordre, prétendaient mener la vie franciscaine, traça le plan de l'institut, dont il resta toujours le patron spirituel. Il reçut publiquement le vœu de virginité de sa sœur, en présence de tout le peuple d'Hyères, et inaugura la nouvelle fondation par un discours solennel. La sainte se revêtit d'un habit noir, posa une mante noire sur sa tête et prit le nom de béguine, qu'elle fut la première à porter en Provence. Ses deux nièces se joignirent à elle, adoptèrent le même genre de vie et prirent le même habit. A son exemple, cent trente et une personnes firent vœu de virginité ; plus de quatre-vingts promirent de garder la chasteté, et prirent cet engagement entre les mains du saint père Hugues, après ledit sermon2.
Le nom de béguine, qui venait du Nord, fut tout d'abord adopté et tenu pour un titre de sainteté. Il fut reçu que la Vierge Marie avait été la première béguine. On prétendait que le cos-