Albanès, p. liv
Dès que la comtesse l'aperçut, elle la reconnut pour la personne qu'elle avait vue en rêve. Les dons surnaturels de la sainte achevèrent la conviction. La comtesse appela tous ses enfants, leur enjoignit de se mettre à genoux devant la sainte femme, leurs chaperons à la main, et leur fit baiser ses mains, pendant qu'elle était en extase.
L'accouchement eut lieu d'une façon heureuse. Le comte et la comtesse voulurent que Douceline fût la marraine de l'enfant. Elle devint ainsi la commère du comte et de la comtesse, et, à partir de ce jour, elle jouit de la plus grande faveur. Charles conçut pour elle tant de dévotion que, pour lui plaire, il rendit ses bonnes grâces aux frères et à tout l'ordre. « Et ainsi, cette grande colère du comte, que ni le pouvoir, ni la sagesse des hommes n'avaient pu calmer, la simplicité de l'humble Douceline l'eut bientôt apaisée. »
A partir de ce moment, Douceline eut une part considérable dans les conseils de la maison d'Anjou1 . On lui supposait l'esprit de prophétie (esperit de profecia) qu'avait eu à un si haut degré son frère Hugues 2. On la consultait sur les plus grandes