‹ Mélanges religieux et historiquesChapitre 82 sur 84 · Albanès, pp. 215 et suiv · texte numérisé non relu

Albanès, pp. 215 et suiv

PHILIPPINE DE PORCELLET. 391

» sainte Claire, ni celui des autres ordres? Qui » êtes-vous donc, vous qui vous dites appartenir » à saint François, sans porter son habit? Qui » êtes-vous, et de quel ordre? » En ce moment vint Jésus-Christ, le Seigneur juste et miséricordieux, qui mit fin à toutes ces questions en disant : « Que demandez- vous, vous autres? » Les saints lui dirent : « Seigneur, il y a là une âme » que nous ne connaissons pas; nous ignorons » de quel ordre elle est, et son habit nous est » inconnu. Elle dit avoir vécu sous la direction » de saint François ; mais elle ne porte ni son » habit ni celui de sainte Claire, ni celui des » autres religieux. Nous ne savons pas qui elle » est. » Le Seigneur répondit avec un visage plein de bonté : « Je la connais, moi. Elle est, dit-il, » d'un ordre que j'aime et que j'ai sous ma garde, » lequel vit sous la direction de saint François. » Elle dit vrai quand elle affirme qu'elle a été » sous sa conduite, bien qu'elle ne porte pas son » habit. Et moi je sais bien qui elle est. » Ainsi parla Notre-Seigneur, et il la sauva, et il la prit avec lui comme une brebis qu'il avait achetée bien cher. Il n'y a donc aucun sujet de craindre que ce saint établissement périsse sous la main et sous le gouvernement de saint Fran-

cois, puisqu'il est continuellement en la garde spéciale de Notre- Seigneur. » Les vœux des béguines ne furent qu'à moitié accomplis. Le culte de Douceline ne sortit guère de l'enceinte de leurs maisons du Roubaud. Dans les dernières années du xme siècle et les premières du xive, l'institut de Douceline eut d'ailleurs de rudes épreuves à traverser1. Une forte opposition se faisait sentir contre ces congrégations presque indépendantes, telles que celles de Hugues et de Douceline, conçues en dehors de la hiérarchie, et qui, en s'affiliant aux frères Mineurs, parvenaient à échapper à l'autorité de l'ordinaire. Le règne de Boniface VIII fut une réaction violente contre ces créations irrégulières. Le décret du concile de Vienne qui supprimait les bégards et les béguines, bien que dirigé surtout contre les béguines d'Allemagne, atteignit les béguines de Marseille, qui durent se séparer ; mais elles se justifièrent et purent se réunir de nouveau, en vertu de plusieurs bulles de Jean XXII, que M. Albanès a publiées2. L'institut finit en 1414, faute de sujets.

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