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Mélanges religieux, scientifiques et littéraires

Tout livre qui sort de la plume de Monseigneur Kenrick * doit tHre accueilli avec le plus vif intérêt et le plus profond respect jiar tousles catholiques qui parlent la langue anglaise. Son érudition si variée et si étendue , ses longues recherches, ses talents distingués et sa parfaite orthodoxie, joints h la position élevée qu'il occupe dans l'Eglise , donnent nécessairement une haute valeur à tout ce qu'il publie. Le livre que nous avons en ce moment sous les yeux est une preuve nouvelle du zèle de Sa Grandeur , aussi bien qu'un nouveau monument de sa science ; et c'est h ce double titre que nous sommes heureux de l'accueillir. Cette nouvelle version , accompagnée d'un commentaire, paraît avoir un double objet : d'abord, de venger la Vulgate catholique des attaques dirigées contre elle et de prouver sa supériorité sur la Version anglicane ; en second heu . à

' Monseigneur Kenrick , alors évêque de Philadelphie , aujourd'hui archevêque de Baltimore aux Etats-Unis , venait de publier un livre intitulé : Les quatre Evangiles, traduits sur la Vulgate latine, et soigneuseinent comparés avec le texte grec, avec des notes critiques et explicatives. ^New-York, 1849.) C'est la publication de cet ouvrage qui a inspiré à S. E. le Cardinal Wiseman les trois chefs-d'œuvre d'exégèse qu'il asurcossiven;eiU publiés dans la Rerue de Dublin , sous le titre de Dissertations sur les Paraboles, sur les Miracles, et sur les Actes du Nouveau Testament. l\ est donc naturel qu'il dise , en commençant , quelques mots de cet ouvrage.

(Note du traducteur.)

l'aide de modifications apportées dans la traduction ordinairement en usage parmi les catholiques et de courtes notes, de faiie disparaître certaines dillicultés et de rendre plus aisée la lecture des Evangiles. Ce n'est, en aucune façon, un livre de controverse ; l'auteur , dans ses notes , ne se propose point de corriger telle fausse interprétation qui est le résultat d'une doctrine erronée ; en définitive , elles seront y)robablement lues et appréciées par les protestants autant que par les catholiques.

Il est une autre considération qui doit , selon nous , ajouter encore a cet ouvrage un degré d'importance : c'est un premier essai pour diriger l'attention de la multitude des lecteurs catholiques vers une étude critique 'du texte sacré. 11 est constant que les plus judicieux parmi les critiques modernes donneront à la Vulgate ou Version latine , une grande autorité, et même une préférence marquée sur le texte grec ordinaire , partout où ils différeront l'un de l'autre. La raison en est simple. Dans les occasions de ce genre , les manuscrits les plus anciens et les plus corrects , aussi bien que les plus antiques versions , sont presque invariablement d'accord avec la Vulgate; et le concours unanime de leurs témoignages constate que la Vulgate représente des manuscrits plus corrects que ceux dont on s'est servi pour éditer le texte grec généralement reçu. Lorsque nous venons à songer au dédain dont les réformateurs ont fait preuve à l'égard de la Vulgate , ayant eu par conséquent recours au texte grec comme à la source la plus pure , nous ne pouvons que nous réjouir du triomphe que la vérité a remporté , à la longue et sans bruit , sur l'erreur et ses bruyants adeptes. En effet, les écrivains qui ont le plus contribué à venger l'honneur de la Vulgate et à obtenir pour elle la prééminence dont elle jouit , sont des protestants. Mais bien que les savants aient rendu depuis longtemps un verdict favorable à la Vulgate, la grande majorité des lecteurs, au nombre desquels il faut compter des gens qui ont reçu une certaine éducation , continue à croire que le texte grec doit toujours avoir la préférence ; peut-être même est-il des catholiques qui partagent cet avis. Or, Monseigneur

DU NOUVEAU TF.STAMENT. 0

Konriclv a adopin une inrdïode l)i(Mi siiii[)l(î pour dclriiiro co pivjiii^r. Il di'inonlrc , cri pou dcinols, (pu; dans les (îndioils où la VcMsioii aui^licaun est d'accord avoc lo i^n»c , mais (liflcrc du lalin, les meilleurs critiques proteslanls donnent la préférence à cehii-ci.

Nous sommes persuadés cjui^ cet ex[)osé est appelé à produire d't^xcellenls eflels. En même temps, nous ne pouvons nous empêcher d'éprouver quchpuv appréhension et , ajouterons-nous, une cerlainc honle, en pensant (juc nous ne sommes poiul cnlièi'cmcnl |)réparés à recevoir ces remarques d'une saine et judicieuse critique. Nous ne voulons point dire (jue les catholiques soient plus mal parlaii;és, sous ce rapport, (jue leurs adversaires qui font profession de puiser toute leur foi dans l'Ecriture. Mais comme ce n'est pas à nous de mettre le doigt sur leurs plaies , nos remarques se trouvent naturellement restreintes à ce qui concerne le corps auquel nous appartenons; et nous regrettons de dire que les catholiques anglais ne possèdent pas un livre élémentaire pour les préparer à l'étude de la Bible. Dans nos écoles, on étudie peu, ou môme point du tout, les matières préliminaires qui doivent servir d'introduction à la lecture de la Bible, bien qu'un tel sujet })uissc, nous en sommes convaincus, être rendu aussi attrayant qu'il est important. Nous nous arrêterions volontiers sur ce point , s'il ne s'y rattachait des considérations d'un ordre plus élevé que celles où nous sommes disposés à entrer, et si nous n'y découvrions un plus grand nombre d'obstacles que nous n'avons le temps d'en examiner. Mais quiconque s'est occupé d'études et de critiques bibliques , et sait à quelles questions délicates elles touchent sous bien des points ; quiconque a essayé de se frayer un chemin à travers le labyrinthe des recensions , de leurs théories, et connaît, par expérience, toute la difficulté qu'on rencontre pour fixer la date d'un manuscrit , d'une version, ou pour peser la valeur de deux témoignages contraires au sujet d'un même texte; quiconque, dis-je, a passé par toutes ces épreuves , craindra comme nous , qu'il n'y ait qu'un bien petit nombre des lecteurs de Monseigneur Kenrick , en état

6 fcES PARABOLES

d'apprécier Ja partie critique de ses notes, ou d'en comprendre la portée. Nous ne saurions espérer non plus que les courtes explications ])lacées en tète du volume et qui contiennent nécessairement une foule de noms techniques et d'allusions à des matières avec lesquelles la généralité des lecteurs n'est pas familière, soient de nature à prêter à ces derniers une puissante assistance. Si Monseigneur Kenrick , ou toute autre personne , profondément versée dans la saine théologie et capable de séparer l'ivraie du bon grain dans les écrits des auteurs modernes , voulait combler la lacune que nous venons de signaler, il rendrait un immense service à notre corps tout entier.

Le second objet que le savant prélat se propose dans ses notes est , nous le pensons , d'une plus grande utilité pratique . et nous n'hésitons pas à déclarer qu'une foule de lecteurs les f)arcourront avec fruit. Ils y trouveront l'explication d'un certain nombre de termes et de phrases qu'ils avaient peut-être souvent lus, sans y attacher un sens parfaitement défini ; ils y verront des contradictions apparentes s'exphquer tout simplement, et des passages obscurs recevoir une interprétation aussi courte que facile à comprendre. Dans bien des cas, ce petit livre dispensera ses lecteurs d'avoir recours à des commentaires plus volumineux.

Avant de fermer le livre de Monseigneur Kenrick , on nous permettra d'exprimer encore une espérance qu'il nous a fait concevoir , c'est que cet ouvrage en enfanterait d'autres sur la science de l'Ecriture sainte , et cette fois non pas simplement destinés à servir d'introduction au texte sacré , mais à l'approfondir d'une manière sérieuse. En effet, nous sommes entièrementconvaincusque ce champ fécond appartient exclusivement aux catholiques , et qu'eux seulspeuvent le cultiver dignement. A quels résultats ont abouti les recherches tant vantées des modernes? Que sont les commentaires de Kuinsel, de Rosenmliller, de Campbell ou de Bloom field? De simples notes critiques et philologiques, totalement dénuées de sève', de vie, de chaleur, et incapables de faire goûter à qui que ce soit

iM ^o^vK.\^ ikstamkm 7

la (loiu'ciii- inlinit' (111 (exlc (iiviii on Ic sens vcntablo doses ciiscii^iHMiKMils. II ijr liiiil Iciii (l('iii;iii(l(|- ni \ii(*s larf^os ni priK'lnilioii |)i()lniul(* ; ils clllciirciit la surface*, et «i tant est (jirilsprodiiisont uiioncl, c'est pliilnl (raiirlci- l'rlan (le Tcsprit i^MMKMciix (jiii voudrait saisir les trésors cachés et fouiller les mines oiuilcntcs (|ii(' récrie la lettre. Kt c'est lii U) sort (jiii est iinariahlenuMil léservé à loiile e\éL,M"«s(^ protestante;. Les aimables mystères de la nativité et de la sainte enf.mee du Sau- \iuii , dans lescjuels cIkujuc moment de sa v'w est associé ii celle de sa sainte n» ic ; sa mansuétude envers les pécheurs , sa familiarili'; avec les pauvres; les .scènes douloureuses (I(î s.i passion dans tous leurs tiMrihles détails, et telles (pielles .s'offrent à la méditation des saints du catiiolicismc ^; voil;> autant de points sur lesquels il estimpo.ssible ;i l'esprit d'un [)rolestant de s'arrêter avec cette intensité et cet amour dont un cœui' catholique a besoin. Ensuite, ({uc pourra faire un protestantdes conseils évanfi;élicjues , de la pauvreté, de la chasteté et du renoncement aux biens de la terre? Comment expliquera-t-il la mission des apôtres envoyés sans bâton , sans besace pour prêcher l'univers païen? Que dira-t-il du célibat et de la ^irginité , des jeûnes et des veilles, du pardon des péchés , du corps de Jésus-Christ mangé par les fidèles, des merveilles qui devaient s opérer dans l'Eglise? H faut qu'il s'efforce de démontrer que , parmi ces choses , les unes sont de pures figures ; que les autres ne s'appliquent qu'aux temps apostoliques et , en détinitive , qu'elles ne nous concernent en aucune façon. Il n'y a qu'un catholique dont l'amour puisse pénétrer jusqu'au cœur de la parole de Dieu , la saisir dans toute sa plénitude , en sentir toute la vérité et en réaliser toute la perfection. Les autres sont obligés de se lancer dans des raisonnements à perte

l Une question dont lexanien serait rempli d'intérêt , mais que nous n'avons pas le temps d'étudier ici, serait la suivante : jusqu'à quel point le rejet et la condamnation des images par le protestantisme , ont-ils conduit à la suppression de la méditation , qui est une représentation mentale des choses? Pour notre part, nous croyons qu'ils y ont beaucoup contribué. Par exemple , une personne qui n"a jamais vu un crucifix , peut-elle se faire une idée juste du crucifiement?

de vue, quand nous nous contentons de nous laisser aller ii nos impressions.

C'est pourquoi je suis intimement convaincu que si nous voulions nous donner la peine d'étudier l'Ecriture de manière à la posséder à fond; de la présenter ensuite à ceux qui l'aiment , ou qui afTectent de l'aimer , sous son point de vue véritable et catholique ; enfin d'en tirer les enseignements les plus pratiques et en même temps les plus touchants , selon l'esprit catholique , nous parviendrions aisément h prouver h nos adversaires que notre religion seule est conforme à l'Ecriture , dont l'interprétation est notre apanage exclusif. Mais peut-être] expliquerons-nous mieux notre pensée , en nous efforçant de faire comprendre par des exemples ce que nous venons de dire. Prenons un des points caractéristiques de l'enseignement de notre Sauveur , et tâchons d'y développer , en l'étudiant , le principe que nous venons de poser : c'est-àdire que l'Ecriture , pour être appréciée comme elle mérite de l'être , doit être envisagée au point de vue catholique , sans toutefois que cette circonstance soit un obstacle à ces commentaires qui peuvent être considérés comme le domaine de tous les philologues, bien que la main modératrice de la religion orthodoxe soit nécessaire pour en faire l'application.

Si l'on demandait à quelqu'un quel est le trait caractéristique de renseignement de notre Seigneur, tel qu'il est conservé dans le saint Evangile , la réponse serait naturellement que ce senties paraboles et les comparaisons. Autant qu'il nous est permis d'en juger par la connaissance des méthodes dont on s'est servi successivement pour instruire les hommes , cette réponse serait correcte. Non-seulement les pères, et les docteurs qui sont venus après eux dans l'Eglise, ont adopté un système qui semble diamétralement opposé à celui dont nous parlons , mais les apôtres eux-mêmes , qui étaient imbus de l'esprit de leur maître et cherchaient à lui ressembler , ne nous ont laissé aucun vestige qui nous permît de croire qu'ils eussent suivi ce mode d'enseignement. Et , ne nous y trompons pas , ce n'était pas chez eux le résultat

nu NOIJVKAII TKSTAMFNT. U

(l'iiii in;in(|iu' de f;(Miin, (rimaf^Miuilioii mi «le lonic mitror.icultr. \\n (»llrt, ils rcrivaioiit sous l'inlliiciicc de; l'iuspiralion divine, et ri'lspi'il-Saiiil dont ils ('laiciil les oit^'aiics, rivs|»ril-Saiiil «jiii coiuliiisail leur iiliiinc, .iiii ail |iii Iciii- suî;i;(''r(M"(lcs paraholcs et des lii;iii'cs aussi aisciiu'iiL ((u'il Icui- inspiia un |»nr ciiscignein(Mil do^mali(|U(\ Sil ne Ta pas lail , si, sons ru i.ipj)oit , les apohvs ont ôlc amenés par lui îi sorlir do la voie (ju'avait suivie liuir Seip;neur cl \c\\v maîlic, il faut nécessairement (pu; des raisons d'un»* haute. imj)Oilanec aient voulu (pie ee mode denseii^nement demeunU sacré pour les autres, après l'usai^^e (ju'en avait fait .lésus-CJirist. D'un autre côté , ce n'était ])as non plus parée (pie les ap(')lres s'adressaient, dans IcurS'écrils, à une classe dillérente de disci|)les. Plusieurs de leurs éj)îtres sont adressées à ee même peuple juif, soit résidant encore dans sa patrie , soit dispersé dans des contrées lointaines. Dans toutes les parties de ces compositions , on retrouve le cachet Israélite , dans le style, dans les ari2;umenls, dans les citations , dans les allusions , dans les exem})les , dans les figures, dans la nature des pensées. La plus forte preuve intrinsèque de leur authenticité résulte de cette marque caractéristique de leur origine, jointe à la nouveauté de leur doctrine et à leur rapport avec le système évangélique. Si donc notre Seigneur avait choisi le mode d'instruction par paraboles pour plaire aux Juifs ou pour s'insinuer dans leur esprit, nous serions naturellement tentés de croire que sa conduite, une fois justifiée par le succès, aurait été imitée par ses premiers disciples. Si, d'un autre côté, nous allions dire que les apôtres ont écrit pour l'Eglise qui devait venir après eux , nous ferions taire ce qui parle le plus éloquemment en nous , en ne considérant pas toutes les paroles de notre Seigneur comme s'adressant à son épouse aussi bien qu'aux Juifs incrédules.

Nous ne saurions être surpris que le choix fait par notre Rédempteur de cette méthode d'enseignement ait attiré l'attention des esprits religieux et des écrivains ecclésiastiques. On a donné de bonnes et de solides raisons en faveur de cette pré-

10 l.hS l'A H A BULKS

fÏTcnce; plus d'une plume éloquente ji fait ressortir les beaulés des différentes paraboles de l'Evaniçile; et Jes leçons que chacune d'elles contient ont été expliquées, dévelojjpées et mises à la portée de toutes les intellii^ences, à l'aide d'une multitude presque infinie de commentaires. Chaque parabole peut être assimilée à une simple mélodie, sur laquelle plusieurs compositeurs improvisent de nombreuses variations, qui toutes rappellent plus ou moins le rhythme du thème original, bien que les unes soient écrites dans un mode triste et plaintif ou destinées à un mouvement langoureux , tandis que d'autres lancent, comme des fusées, leurs gammes brillantes et légères. Ainsi il n'est j)as une de ces paraboles qui n'ait servi de texte à des sermons, à des commentaires, à des méditations , à des compositions de tout genre ; pas une sur laquelle on n'ait écrit des chapitres, des essais, j'allais presque dire des volumes. Leur sens littéral, allégorique, spirituel, dogmatique et ascétique a été travaillé de toutes les façons, tantôt ne présentant qu'un long et mince fil de détails épuisés, tantôt, au contraire, se développant comme de magnifiques cAaines d'or incrustées d'argent ^, c'est-à-dire dans des commentaires dont la chaste délicatesse rehausse la brillante richesse du texte. Dans un champ où la moisson a été si bien faite , nous reste-t-il quelque chose à glaner? Pouvons-nous nous flatter un moment d'ajouter une pensée neuve ou une idée fraîche à la riche collection des anciens commentateurs , ou espèrerions-nous jeter une lumière nouvelle sur la méthode même de l'enseignement parabolique , après tout ce qui a été écrit sur ce sujet?

Nous n'oserions pas présenter de telles questions à l'esprit du lecteur , si nous nous sentions obligés d'y répondre directement; s'il nous fallait, par une présomptueuse afTirrnalion, nous exposer à perdre sa confiance , ou , nous condamnant nous-mêmes par une réponse négative, perdre le droit de prendre la plume. Nous ne ferons ni l'un ni l'autre ; mais confiants

< Cant. I. 10.

nil NOlVKAl IKSIAMKM 11

dans riiuliilf;('iic(: cl dims hi j^rni'iosili' du lr( Irur, nous savoiiH (\u\\ lie nous acciisdra pas (1(^ iioiis joiicr do sa pnticncc , et si nous nous lia/ardons ii l'cnli aîncr sui une kmiIcsi l)atlii(*, CO n'csl pas sans I Vspoii- (pic nous icussiioiis ii allircf sou all(Milion sur di's choses (jiii ptnivcnl lui avoir ('•(•liapp(''. II n'y a pas inland niciilc ii rela. II so pcul (juc nous ayons parcouru ce sentier plus (|uc lui , paice (jue hi natures de nos occupations (;t do nos devoirs nous appelail plus souvent dcc(» cùlé; ou hic.'n nos loisii's , plus i;rands (|ue les siens, nousonl-ils p(îi mis de l'alenlir nolr(^ pas et de mieux observer ce (jui se Irouvail auloui" de nous; j)cut-iMre encore avons-nous fait route en compagnie de plus saches (jue nous , et ceux-ci , selon une expressicn orientale, ont laissé tomber sui- le chemin les perles de leur sagesse : nous nous en sommes souvenus , et nous avons été les recueillir ; |)eut-ètre enfin , nous est-il tombé sous la main , dans le cours de notre voyage , quelques-uns de ces vieux volumes remplis d'originalité , où sont réunies des histoires , des traditions , des associations d'idées pleines d'intérêt et inconnues du vulgaire. S'il en est ainsi, nous ne saurions prétendre à de grands éloges pour avoir rassemblé les résultats d'un travail si facile , si agréable , et les offrir maintenant au public.

Nous allons clore ici ces observations préliminaires , en établissant hardiment l'assertion suivante : selon nous il existe, dans cette méthode d'enseignement , plusieurs points de vue qui n'ont pas encore été exposés au grand jour , et qui néanmoins sont remplis d'un vif attrait, d'autant plus que le système des paraboles , considéré dans ses principes comme dans ses détails, fournit une forte chaîne de preuves en faveur du christianisme en général , et du catholicisme en particuHer ; d'ailleurs, bien des choses qui seraient d'un puissant secours pour apprécier toute la beauté de la méthode d'enseignement adoptée par notre Seigneur, sont renfermées dans des ouvrages trop au-dessus de la portée des lecteurs ordinaires pour qu'ils aillent les y chercher, ou émanent de sources qui , selon toutes tes probabilités , n'arriveront pas jusqu'à eux ; et là même ,

/dies ne sont pas mises siilTisamment en relief pour rehausser rintérôt (|i]i s'attache h ces saintes leçons ni pour rendre plus profonde rimj)ression qu'elles produisent.

Si nous prenons un morceau , le premier qui s'offre h nous , ^ parmi les discours que les trois premiers Eyangilçs mettent dans la bouche de notre Sauveur , hoîTs serons frappés tout d'abord de la richesse de sa texture. C'est comme une magnifique mosaïque composée d'une série de riches images , dont chacune est parfaite en soi, mais se fond avec celle qui la suit , tandis qu'au milieu , pour continuer jusqu'au bout la métaphore que nous avons commencée, on admire un dessin ])lus large et plus fini , autour duquel les autres forment un splendide encadrement. On trouverait difficilement dans tout l'Evangile une phrase qui descendît a ce que nous appellerions de la prose ; chaque pensée est exprimée sous la forme d'une sentence ou d'un proverbe , ce qui la rend facile à retenir ; ou bien c'est une comparaison aussi juste qu'heureusement choisie avec des objets pris dans la nature ou avec les usages ordinaires de la vie ; la leçon , faite avec cette aimable familiarité , frappe davantage l'esprit et se grave mieux dans la mémoire ; ou bien encore , c'est une allégorie complète qui correspond de point en point à une leçon plus austère. Or, à • chacune de ces formes de discours, on applique indistinctement le nom de parabole. En effet , nous pourrons observer que les mots de proverbe et de parabole sont presque synonymes dans le langage de l'Ecriture. Dans les trois premiers Evangiles , les instructions figurées de notre Seigneur , sont désignées sous le nom de izxpocoolr, ; dans saint Jean ce mot ne se trouve pas employé une seule fois, celui de Trapoi/uLta y est constamment substitué ^. Il est vrai que ce dernier terme indique une comparaison aussi bien que l'autre , mais c'est le nom que les Septante donnent à ce que nous appelons les Proverbes de Salomon ; lesquels sont désignés

* Nous pouvons aussi remarquer ici que c'est uniquement dans saint Luc que le mot TiapaGoX*/] est rendu dans la Vulgate par similitudo sept ou huit fois. Dans saint Matthieu et dans saint Marc on ne le retrouve point.

mi NOrVEAII TKSTAMFNT. Ill

(l;ms lo Icxto sons U\ nom (Kî nafjaZolai^y hicMi (ju'ils corros- |)(m(l(Mil. cxiiclcinciil ."i cv i\\H'. nous noinincrion» (!(•« provcihcs. Oiilrclcs iiii^unicnls |)hilolo^i(|n(*s, on ponl assif^Micr une raison hicn simple l\ cclUi mutiilion dans les Iimiih'S^. (!<• (|U0 nous appelons nn |)i()verl)c , une comparaison, imk! parabole, n'osl qu'une forme plus ou moins concise de la mr^me sortcMlo discours. Un ])ioverI)(^ (»ii dicton senlcncieux, (jui contient un sens piolond ou une véi'ité prati(jue, peut (^trc aisément considéré conun(! la moralité d'une i'.ihie ou j);ii;ibole,et la l'orme souvent figurée de ces sortes (ra|)oplitliei,Mncs permel de diMUontrer par des exemples la vérité de ce que nous avançons. Tant de nouvelles et de récits de tout i^enre sont fondés sur des proverbes, (ju'il serait sn|)crnu (l'insister sur ce point; il sullira de citer le conte de Fianklin intitulé : Payer cher son silllct ^. Puis, pour revenir à notie sujet , lorsque notre Seigneur dit à ses compatriotes : « Sans doute vous vous servirez à mon égard de cette comparaison (rapaGoKv) : médecin , giiéris-toi toi-môme '*, )) il est évident que cette expression correspond exactement à ce que nous appellerions un proverbe; toutefoisqui n'y voit, dès le premier abord , une parabole tout entière qui n'a guère besoin de développement ? Un médecin proclame très-haut son habileté 5 guérir certains maux ou même toutes les maladies ; un malade l'envoie chercher et s'aperçoit tout de suite que

< Prov.I. 1;XXX. 1.

2 Le mot hébreu pour désigner les Proverbes de Salomon \ ;\^)2 ^ashalj correspond au mot arabe metheî , semblable. Il est curieux d'observer l'influence que le mot latin correspondant a exercé dans toutes les langues européennes modernes. De fabula , fable, vient fabulari , converser; de là le vieux mot espagnol fablar ; (qui aujourd'hui par suite d'une conversion assez ordinaire s'écrit hablar) , le portugais fallar, l'italien parlare , le français parler, et de là les mots anglais parlour et parliament ! Ce fait prouve que partout où la langue latine était en usage , le ternie ordinairement employé dans la conversation pour signifier par/er était fabulari. De ,\i\ . • là on peut retracer jusqu'aux époques primitives du langage l'usage familier des T apologues et des fictions. Tite-Live appelle l'apologue de Ménénius sur le mont/»|^-»^ Sacré, priscum et horridum dicendi genus. . i ^

5 0 Paying dear for one 's whistle. » Proverbe anglais.

''•Saint Luc. IV. 23. ^ ^; . p. H^ 'kK'

l'homme de larl est aussi soufl'rant que lui, que sa méthode tant vantée n'a produit aucun eilet sur l'inventeur. Alors, naturellement, il léchasse comme un vil empiricjue , en lui ordonnant d'essayer sur Ini-mcme ses drop^ues avant de les administrer aux autres : a Médecin , s'écrie-t-il , guéris-toi toimême. )) Peu importe que cette phrase soit née d'un apologue ou qu'elle lui ait donné naissance; qu'elle soit le fruit ou la semence , cela ne nous concerne point.

Si donc , chez les Juifs , un proverbe , une comparaison et une })arabole n'étaient considérés que comme les différents dci^rés d'une même forme d'expression , et si les discours de notre Seigneur étaient presque exclusivement composés de ces trois éléments , on peut aisément voir que c'est à la lettre qu'il faut prendre ces mots du texte sacré : « Jésus disait toutes ces choses en paraboles à la multitude , et il ne leur parlait qu'en paraboles ^ »

Il est patent qu'il existe une différence marquée , au point de vue de la nouveauté , entre ces courtes phrases proverbiales , ces comparaisons poétiques à l'aide desquelles notre Seigneur exprimait de simples vérités morales ou dogmatiques et ces paraboles de plus longue haleine , qui contiennent un système complet de doctrine. Nul , quelque ^age qu'il soit , en conversant avec des hommes ordinaires , ne saurait toujours se servir d'expressions originales , ni émettre des idées qui soient revêtues du cachet de l'orio inalité. Il doit avant tout être compris, et, pour tenir éveillée l'attention de ses auditeurs, dire blendes choses qui ont été dites avant lui. Les proverbes, qui renferment le fruit des méditations comme de l'expérience des gens de bien et des sages, appartiennent au domaine public ; ils se retrouvent dans la bouche des hommes les plus vertueux et les plus habiles , mais ceux-ci les emploient toujours d'une manière plus judicieuse , plus heureuse , plus frappante que les autres ; et , ce qui est plus important encore , ils leur attiibuent une force nouvelle . un sens plus élevé, et y décou-

^ Saint Matth. Xfll. 34.

]){ N()ivi:\i irsTVMrM h»

vrcnt (jiichjiic vciilc inissi iumivc (jik; innlondr. <,)iii( oihjuc rludic les plus comtes des piir.iholcs d(^ noln* Sauveur, s'ex- ()(>s(^ ait daiiL^cr de lomherdaiis deux cxInMiuîs coulrjiires : ou . d'lui eAlé , il voudra lout considérer euninic; nouveau , el rejelleia ainsi loule explication énianjuitdc sources étrauf^ères; ou l)i(Mi, d'un autre cAté, il accordera une Iroj» {grande confianci; aux lumières (ju'il (hmiI avon- | misées à ces mêmes sources. Cette dernière ernuir a clé le vicc^ de cette miséral)lc école de littérature bil)li(|ue (pu prit naissance en Allemat,'ne dans le courant du siècle derniei" : (jui , parv(Miiie dans h; notre à sa maturité . j)orta poui* fruit le rationalisme; avoué ; ({m empoisonna, ou plutùt dessécha les deriuèrcs libres de la foi par l(\s(piellcsle j)rolestantisme tenait encore à la vie; (pii , enfin , msinua dans les veiiies^de ce niiilLnHneux pays un venin dont f les germes délétères ne sc^sûDlj)as encore développés dans toulejeur plénitude; "et puis sembla cirsparaître comme une vaj)eur ïnalfoisalite7q'^ii se serait exhalée pour im temps des flammes de l'enfer. Insidieuse dès son berceau , cette école fatale dut compter au nombre de ses plus détestables erreurs , d'abord d'avoir dédaip;né ou rejeté la tradition et l'enscii^nemenf ecclésiastiques; puis, recourant à une érudition abusive, d'avoir cherché l'explication de la parole de Dieu, en dehors de cette parole sainte et des sources natm'clles de son interprétation. Mais, en même temps, repousser totalement le secours de ces moyens secondaires , c'est en réalité non-seulement rejeter les lumières plus ou moins vives qu'ils peuvent répandre sur le texte sacré , mais encore exclure une circonstance qui contribue singulièrement à élever le caractère de notre Seigneur lui-même à sa véritable dignité. Prenons quelques exemples en particulier pour les étudier ensemble.

Notre Sauveur se sert, pour expliquer sa pensée, d'une figure très-heureuse dans le passage suivant ; « Comment dites-vous h votre frère : Laissez-moi tirer une paille de votre œil, tandis qu'il y a une poutre dans le votre. Hypocrites, ôtez premièrement la poutre de votre œil . et après cela ,

VOUS penserez à tirer la paille de l'œil de votre frère ^. » Or, nous ne saurions gucres révoquer en doute que ce ne fut la .une expression proverbiale chez les Juifs , car nous la trouvons citée conime telle dans les rabbins , mais avec un efTet bien difîérent. « 11 est écrit qu'au temps des Juges, si quelqu'un disait : tirez la paille de votre œil, l'autre lui répondait : otez la poutre du votre ^. » — (( Le rabbin Turphon a dit : Je me demande si dans le siècle oii nous vivons, il est une ])ersonne qui veuille souffrir d'être corrigée ; car si quelqu'un dit à un autre : tirez la paille de votre œil , celui-ci lui répond : ôtez la poutre du vôtre ^. » Des passages analogues se rencontrent encore ailleurs. Dans le sens où elle est prise chez les rabbins , cette expression était indubitablement une réplique mêlée d'une certaine aigreur, et celui qui en faisait usage encourt évidemment leur censure. L'orgueilleux Pharisien, le Sadducéen incrédule, le prêtre prévaricateur, on n'en saurait douter , se chargeaient de reprendre les autres de leurs fautes (car pour eux^ ils n'étaient pas comme le reste des hommes), et c'est à eux que la réplique s'adressait souvent, et à bon droit. Or , notre Seigneur se range précisément du côté de ceux qui font cette repartie , mais il va plus loin encore ; il prend leur défense au nom de Dieu et flétrit du terrible nom d'hypocrite celui qui ose se rendre coupable d'une telle injustice que de corriger les autres , lorsqu'il est lui-même coupable de fautes plus graves encore. La manière dont il traite les accusateurs de la femme surprise en adultère fait mieux ressortir cette signification que tout autre commentaire. Mais l'application que fait Jésus-Christ de ce proverbe familier, a un objet plus élevé; il veut enseigner ce qui n'est jamais entré dans la pensée d'aucun docteur juif , c'est-à-dire qu'il faut supporter les défauts les uns des autres , user d'une grande modération à l'égard des imperfections du prochain , chercher d'un œil scrutateur nos propres faiblesses plutôt que les siennes et apprendre à se corriger soi-même , avant d'entreprendre la tâche délicate de diriger les autres. C'est ainsi

< Saint Matth. VII. 45. '^ Bava Bathra. f. 10. 2. "> Erachin. f. 16. 2.

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\\\\i) , dims loiil \c (MMirs de ( »• iik^iiic sci iiku» sur l:i innnl.if^'rie, ^i|»rrs Jivoii" |>iis Irs Icxics dc r.iiicicinic loi el l<'iir avoir fait subir les modilicalions m'ccssaircs jMHir les adapter à la non- Yolic , (Ml ((Mil CI' ((iii ('(MU'crnait la ('liaiih'. il traita d'uneiHîUiirrc aiial()^iic ces phrases familirrcs cl li aditicuifKîllcs dont se servaient conlinucUenuMit c:cii\ (jui ciisei^^iiaient lo peuple.

Prenons un aiilre lîxcinpK; (lui a donne naissance ;i uikî foule (rélrani;es discussions, a 11 (^sl plus aisé pour un clianieau (1(^ passer i)ar \c Ikmi d'une aiij;inlle , (jiie |)our un riche d'enlrer cians lero\aunic du ciel*. )) Même dans les tcnij)S anciens, ainsi cjik^ le i)rouventdes notes écritcssur la mari<e de certains manuscrits , il existait déjà une dispositional modi- (ier la dureté ap|)arent(Mle ce tc^xte. Un chamcNiu passant par le trou d'une aii^uille semblait une imai!;e ridicule; alors, en substituant xa^aiXo; h xa^ay;Xo; (c/est-à-dire en mettant le mot de cable a la place de celui de chameau) , on crut avoir rétabli une analogie plus naturelle entre les termes de la comparaison : un câble passant par le trou d'une aiguille . Drusius adopta chaudement cette leçon^, et d'autres imitèrent son exemple. Mais aucun commentateur sensé ne voudrait recourir aujourd'hui h cette tentative oiseuse jDOur corriger le texte sacré. On ne saurait douter que cette expression ne fut une sorte de proverbe pour indiquer quelque chose d'impossible. En effet, à i)art un changement dans le nom de l'animal dont il est parlé , on retrouve le même proverbe usité dans l'Asie centrale et dans l'Asie orientale. Dans ces pays , la plus grande des bétes de somme est l'éléphant, et c'est lui naturellement qui fournit le sujet delà comparaison. On lit dans le Bava Metsia , un des traités du Talmud, qu'une personne répond à une autre qui lui raconte certaines nouvelles peu croyables : (c Vous arrivez peut-être de la ville de Pumbeditha , où l'on fait passer un éléphant par le trou d'une aiguille ^? » Dans un autre livre , il

* Saint Matlh. XIX. 24.

2 Voir les traités sur les proverbes hébreux, tome V. ^ Fol. 38. 2.

IS M:S I'AIIAROI.KS

rsl VA'\\[ : * lis lie saur;ii(Mil, inonlrcr ni iiiio |)alin(' dor , iii uii ('Irphnnl j)assanl parle Irou d'une aiijuille ^ » Lc docteur hVank alliibuc un proverbe analogue aux Indiens : « Commo si un éléphant essayait de |)asser par une étroite ouverture*. », Le channeau était pour l'Asialifjue occidental ce que l'éléphant était pour celui des contrées plus orientales : le proverbe pouvait donc , tout en offrant une substitution dans le nom des animaux , être le même (juant ii la substance. Ainsi les Arabes possèdent le même ])roverbc , et le chameau y figure comme dans l'Evangile'^. Mais de quelle terrible sévérité se revêt cette expression vague et générale d'incréduhté plutôt que d'impossibilité ! de quel tranchant acéré elle est armée lorsqu'elle est apj)liquée par notre Seigneur à la dilRculté qui existe pour un riche à entrer dans le royaume des cieux ! Et comme cette figure puise une force nouvelle dans l'appel qui la suit à la toute-puissance de Dieu , comme étant seule capable de révoquer ou de modifier la sentence portée ! « Cela est impossible aux hommes, mais tout est possible à Dieu^ » et par conséquent cela est possible . Les deux membres de phrase sont si étroitement liés, si solidement rivés l'un à l'autre dans la bouche du Sauveur que nulle puissance ne pourrait les séparer; on se rendrait coupable de profanation, si on voulait ramener à l'état d'un simple dicton pour indiquer une difiiculté ou une impossibilité humaine , l'expression dont il s'est servi pour formuler la plus terrible des vérités morales de sa divine religion.

On peut aisément concevoir comment cette connaissance famihère des phrases proverbiales en vogue parmi les rabbins et les savants de sa nation , cet usage adroit et élégant de leurs expressions favorites , cette faculté de leur communiquer une beauté nouvelle durent concilier à Jésus-Christ le respect

^ Bcracoth, Fol. 55. a.

2 50^ Conlinuation des récits des missionnaires aux Indes orientales. Halle, 1742.

•" On lit dans le Coran , Sur. YII. 38. « Ceux qui taxent nos signes de fausseté et qui les rejettent verront les portes du ciel se fermer contre eux , et ils n'entreront pas dans le paradis jusqu'à ccqu'un chameau puisse passer par le trou d'une aiguille.

4 Saint Matth. XIX. 26.

m MUVKM» li;siAMKNr. P.l

r\ I;i (•onriimcc dos |)(Mij)I(vs ; l'iissociiM* , df dioil , ii ceux (jtii u\;ii(Mil mission de les niscif^'rKM'; fcrincr l.i hoiiclu* de nin liommcs jiiloiix cl roinplir d'iidrniralioii , inonder do d/^Iicos Ions ((MIX (|iii rcnlondiMonl , iin point <jn'ils dcnicui'.'iiont dos jonrs onlicis dims s;» sociôtô s;ins soni;or ;i prendre de noiirrilni'o. C.'osl poni(|iioi d;nis cos inrnics licuix où il nV'l.iit |);is prophrio, u Uxis loi donnîiionl dos lonanii;os ; cl d.ins l'jKjrrnlalion où ils ôtaiont dos paroles pleines du t^M'Aco qni sorlaicnt de sa bouche , ils disaient : n'esl-oo pas Ih le fils de Joseph '? » Mais ce qui oonlrihuail encore davantage a rehausser la beauté et la grAco de ses discours , c'était la spontanéité avec lacjuollc les comparaisons, pour oxplicinor sa pensée, semblaient jaillir des obj(Ms environnants et des sujets les j)lus ordinaires. Nous serons ])lus tard à morne d'a])préeior l'importance de cette considération, lorscjue nous étudierons les j)araboles proprement dites de notre Sauveur; (luant aux images plus abrégées, i\u\ fdbellœ brcviorefi, comme Quintilicn lesap[)elle , cette facilité évidente à s'en servir devait les rendre plus frappantes et plus intéressantes. Les campagnes déjà blanches lui suggèrent la pensée de la moisson spirituelle déjà mure pour Ja faucille^. Le figuier qui bourgeonne lui fournit une leçon sur la venue du royaume de Dieu : « Voyez, dit-il, le figuier et les autres arbres : ils commencent maintenant à pousser^. » Pendant qu'il fait son admirable sermon sur la montagne, les oiseaux qui voltigent au-dessus de sa tète lui offrent une magnifique image : « Regardez les oiseaux de l'air ; » et les lis dont, selon les rapports des voyageurs , ces campagnes sont couvertes , -lui inspirent cett^ comparaison plus gracieuse encore : ce Considérez les lis des champs : ils ne travaillent ni ne filent, cependant je vous déclare que Salomon^ même, avec toute sa magnificence , n'a jamais été si bien vêtu que Test un

* Saint Luc, IV. 22. ^ Saint Jean, IV. 35. 5 Saint Luc, XXI. 21.

•* Salomon est le Crésus do la poésie orientale. Le prince des poètes persans , Hafez , offre quelque part une image analogue : « Lorsque la rose s'élève dans l'air comme Salomon. » La rose occupe dans la littérature persane la place que le lis occupe dans la littérature hébraïque.

20 LKS PAIlABOLliS

(1(; ces lis'. )' Puis (outers les opérations (jiii onl licii .lu (oyer (loincsliqiie , les circonstiinces les plus ordinaires de la vrc,telles que l'action de moudre dans un moylin , la pûte qui lève , le trésor de la bonne ménaii;ère , le gouvernement d'une maison , la culture de la vrgne depuis sa plantation jusqu'à la vendange , le labourage des champs^ et des jardins, la vie |)astorale dans ses détails les |)lus minutieux , toutes ces choses lui fournissent les images les plus propres ii rehausser la beîiuté de son discours et à expliquer sa pensée. En même temps, la vie plus raffinée et le luxe des classes élevées ne sont jias, entre ses mains, moins fertiles en enseignements. L'administration des domaines des grands ; les missions de confiance qu'ils donnent à leurs serviteurs; leurs somptueux banquets**^, leurs fêtes nuptiales; les procédures légales et

< Saint Matth. VI. 26. 28.

''^ «. Le vigneron cmondera toutes les branches qui portent du fruit, afin qu'elles en portent davantage. nlSaint Jean, XV, 2). Le poète persan Saadi fait une magnifique application de cette figure , presque dans les mêmes termes : « Distribue en aumônes la dîme de tes biens, car plus un vigneron coupe les branches surabondantes de la vigne et plus elle donne de fruits. » [Gulislan, ch. II. Conte XI. X.)

"' Nous ne pouvons résister à la tentation de faire ressortir , à l'aide d'une autre citation orientale, un trait important de la parabole racontée au chapitre XXII de saint Matthieu. Les hôtes si soudainement invités, appara^sent tous cependant revêtus de la robe nuptiale ou vêtement de fêlje (car 'ydfjic^ exprime une fête) correspondant à ce que les Romains appelaient cœnatorium. Il ne se trouve parmi eux qu'une seule exception. Comme cet homme est sévèrement réprimandé et puni pour n'en être pas revêtu, et que ses compagnons sont des pauvres comme lui, nous devons supposer que de riches vêtements leur avaient été donnés , et que le convive qui se présentait sans cette robe nuptiale était coupable de négligence, sinon d'une faute plus grave encore. Or, Fakr-Eddin Razi nous apprend que Jaffar, fils de Yaya , qui vivait au temps du grand Calife Haroun-al-Raschid , donnait dans son palais des banquets secrets , où les invités se revêtaient de robes de diverses couleurs, rouges, jaunes, ou vertes et que la coupe prohibée circulait librement parmi eux. Un jour, il avait assemblé dans son palais tousses compagnons de table à l'exception d'un seul, dont le nom était Abb-al-Melik, et il avait donné ordre à son portier de ne laisser entrer que lui seul. Or , il advint qu'il y avait à la cour une autre personne du même nom , homme de mœurs austères, que Jaffar avait en vain essayé d'attirer à ses orgies. Le hazard voulut qu'il vint trbuver le maître de la maison pour affaire : il déclina son nom et le portier, qui ne le connaissait pas , le laissa entrer. Les convives, à sa vue , demeurèrent stupéfaits ; mais lui , sans se déconcerter, se joignit à eux, en disant :« Apportez-moi un de ces riches vêtements ; » et ce ne fut qu'après qu'il eut été revêtu de la sorte , qu'il demanda une coupe de vin. (De Sac(/ , Ch rest. Arabe,, p. 3-5-30 du^exte).

IM- Noi \i:\i ii:si \vi:.Nr. 'il

jiis(jir;mx ('\ 'iiciiit'iils jMtlili((ii('s (h; rf'-rciilr «liilc Ktîrviiicnt ;i Jrsiis (Ic l('\l(' |)(nir li's |>liis ■kIiiiiimIjIcs Icroiis. Kuliii on ;i loiil Ikmi (\r supposer (jiic cci l.iiiics.piU'aholcs , iMiiiiiliiMiscmciil d(Haill(''(\s el circoiisljmcircs , {M)mtiH* ^m*II(mIii iii.iiivais riclic et (l(* I,;i/.;u(', ('laicnl foiidi'cs sur des Tiils ii'cis el f;iisai(înt alltisioii l\ (les |)(Msoiiiiaq(^s el ;i (1rs (''V(''iicrii('iils hicii conniis.

Si nous venous, vu (nilvv, , à considérer (juci , dans [)n'S(jue Ions les cas, ces |)ai*al)oles ne |»ou\ai(Mil pas avoir été j)r(''|)arées ou servaieni de ii'ponse à dvs cpicslions soudainement posées, nous n(^ serons pas sur])ris (juelles aient causé tanl de plaisir à s(*s audiUMU's, ef (jue ceux-ci aient trouvé ses paroles vraiin(Mil pleines d'élétiiancc* cl dei^race. Cecpie nous avonsdit , nous piMini'llra d'expliijuer la nuii^nilique description (jue notre Seii;neur nous donne de son propre mode d'enseigniMiient. Après la remanpiable série de paraboles que renferm(î le troisième chapitre de l'Evani^ilc selon saint Matthieu , dans lequel TEi^lisc est lour à tour représentée sous le symbole d'un chanij) , d'un trésor , d'une perle et d'un filet , noire Sauveur , après les avoir expliquées à ses disciples, leur adresse les ])aroles suivantes : ce Avez-vous bien compris toutes ces choses? )) — (( Oui, lui dirent-ils. )) Il ajouta : « C'est pour cela que tout docteur , instruit de ce qui regarde le royaume du ciel est semblable à un père de famille , qui tire de son trésor ce qu'il y a de nouveau et de vieux ^. » Après avoir fait usage de différente^ paraboles dont quelques-unes sont empruntées aux circonstances de la vie ordinaire , comme l'ensemencement des champs ou la pêche des poissons; d'autres h des événements qui se présenteUt plus rarement , comme un trésor ou une perle précieuse que l'on trouve ; notre Seigneur demande à ses apôtres s'ils ont saisi le sens de ces comparaisons. Ceux-ci répondent affirmativement. Donc , reprend le Sauveur , c'est-à-dire puisque vous trouvez ces images si claires , vous y voyez une preuve de l'habileté et de la sagesse de celui qui vous enseigne les vérités de la rehgion.

' Sdiiit M;»tth. V. ol-52.

2i LES TAIIABOLLS

11 est scnibliiblc à un cconomo jirudent qui . nprès avoir soignciisriiicnl rassemblé des ])rovisi()ns (h; tonte espèee , parmi lesfjiielles sont des objets neufs et d'autres plus anciens , sait toujours l'endroit précis où il trouvera la chose dont il a besoin. Ainsi le bon maître , qui a enrichi son esprit des trésors d'une érudition variée , sera toujours-j)rôt , selon les exigences de son enseignement , à mettre la main sur ce qui lui sera nécessaire et à recourir à l'expérience des temps anciens aussi bien qu'^ des idées nouvelles : il adaptera à sa doctrine les maximes, les proverbes et les sentences des sages qui ne sont plus , ainsi que les événements de l'histoire; en même temps, il saisira toutes les actualités ou les objets présents et en tirera d'utiles leçons pour ses disciples.

Nous avons vu avec quelle perfection admirable Jésus- Christ accomplissait cette mission. Non-seulement ses auditeurs trouvaient ses paroles pleines de grâce , mais encore ils remarquaient entre son enseignement et celui de leurs docteurs ordinaires une difTérence si profonde , qu'ils l'exprimaient en disant que « Jésus les mstruisait comme ayant autorité , et non pas comme les scribes et les pharisiens^. )) Sans parler ici d'un sens plus important et plus remarquable que nous espérons ultérieurement tirer de ces paroles , nous pouvons aisément expliquer ce que les Juifs voulaient dire par cette allusion à l'enseignement des pharisiens et des docteurs de la loi. En effet , nous pouvons avancer ici que leur doctrine est parfaitement représentée par les leçons qui sont rapportées dans les écrits juifs , contenant les paraboles et les maximes des anciens rabbins. Nous n'avons ni le loisir , ni l'espace nécessaire pour prouver cette assertion : mais rien ne serait plus facile à faire. Nous pourrions montrer que saint Jérôme s'en réfère à l'interprétation traditionnelle des Juifs telle qu'elle existe dans le Talmud , qu'il la suit même dans sa propre version , et, si l'on veut s'en convaincre , on n'a qu'à consulter ses commentaires sur Osée. C'est ainsi encore que l'on retrouve

« Saint Matth. VII. -20.

iM N(H\i;.\i ihsrvMKM. 23

dims siiiiil l'!|»lir(Mii ({ii('l(|(ics f^loscs |>ai'(i(:ulicres (jui poilciil ('•viiltMniiiciil Ic c'iichcl (If l.i Ii.hIiIkmi el , |)iir uih; coïru'idcnco ciiiiciisc , s';i(*('(H(l(Mi( .incc Ic Coiiin', IimjiicI ,i sjiiis .iimiiii (Ionic piiis('' SI'S iiiloiiiiiilions aux soimim's juives. S;mil .lac(jU(:s (I'ImIossc , cilanl uiic dc ces liisloircs au sujet de Meleliis(''decli , nous a|»|)reii(l (|u'il la reçue i\vs liadilioiis jui\es^. SainlJae- (juos de Sarui; suil sou (exemple''. Si done nous avons le droil do eonsidiM'ci- les hisloires juives , rappoiUn's par des (''crivaiiis poslerieurs , coinnic des lradilions(|iii reinonleni à deséjxjipies inlininieni |)lus reculées, celte circonstance nous autoris(,'ra à comparer renseii^nemcni de nolii; Sauveur avec celui des ral)l)ins. cl le résullal (\i' celle compaiaison coïncidera avec l'opinion ('mise» pai' le ])(ni|)le(M (pie nous avons citée })récédemmcnl. L'ens(Mi;nemenl tics docteurs juifs et de ceux qui ex])lii|uaient la loi était frivole, trivial, j)uéril et s'arrêtait à toutes sortes de distinctions mescpiines , de discussions pointilleuses en tout ce qui concernait les cérémonies ou les prescrij)lions morales de la loi. Nulle part nous n'y voyons la main d'un maître saisir de grands principes et les exposer au grand jour ; nulle part , on n'y trouve une vue large , généreuse , élevée , soit de la loi en général , soit môme d'un précepte en particulier. Il eut été impossible de défmir le caractère de cette doctrine en des termes plus forts et plus justes que ne le fait notre Seigneur , lorsqu'il leur reproche de payer la dîme de la menthe , de l'ancth et du cumin , pendant qu'ils négligent les choses les jjUis importantes delà loi , la justice , la miséricorde et la foi ; de faire passer leurs boissons de peur d'un moucheron et d'avaler un chameau ^ Rapproché d'un pareil enseignement, combien celui de notre Seigneur devait paraître large , sain, plein de vigueur et de noblesse ! La, en effet, l'esprit de

' Ainsi, par exemple, il dit que Jacob savait que le récit que ses fils iui faisaient de la mort de Joseph était faux ; on trouve la même assertion dans le Coran (Sur. Jusuphu). Saint Ephrem dit encore que le roc frappé par iMoïse produisit douze fontaines (Op., tome i , p. 263) ; la mémo opinion est exprimée dans le Coran (Sur. II.)

- Saint Ephrem, tome 1, p. "273. ^ Ibid., p. 274.

* S;M!it Matthieu, XXII I.

24 M-S l'AKAItOLKS

la loi avait été saisi , clairement défini , et une loi nouvelle cl j)lus sublime avait été greffée sur ce tronc vivace , dans le cours du sermon sur la monlai^m(;, au(juel les Juifs rendaient un juste tribut de louanges et d'admiration. Cette loi nouvelle était évidemment la conséquence légitime de l'ancienne , c'était le fruit dans toute la perfection de sa maturité. Quant aux com])araisons que Jésus introduisait dans son enseignement, au lieu d'augmenter l'embarras et la contrainte comme faisaient celles des rabbins, elles sim])lifiaient au contraire, elles expliquaient ce qu'il voulait dire de la manière la ])lus heureuse , et contribuaient à rehausser encore toute idée grande et généreuse du devoir.

Ce que nous venons d'écrire nous aidera au moins à faire un pas vers la solution de la question que nous avons posée à notre point de déj)art , h savoir : pourquoi notre Seigneur a-t-il choisi le mode d'enseignement par paraboles, et pourquoi les apôtres ne Tont-ils pas fait? Parce qu'il importait à Jésus-Christ de réclamer et de s'assurer le titre de maître en Israël , et aussi d'éloigner du théâtre de ses prédications les faux docteurs qui l'occupaient et qui avaient si complètement perverti l'ancienne loi ; car il était nécessaire de la purifier des souillures dont ils l'avaient couverte avant que la nouvelle vînt la compléter. Cette opération préliminaire, que l'on pourrait peut-être appeler la partie agressive de la mission du Sauveur , ne devait pas s'accomplir sans qu'il fut obligé de déployer une grande force de volonté , une vigueur inébranlable , j'allais presque dire une certaine violence. C'est à cette cause qu'il faut attribuer ces foudroyants et magnifiques morceaux d'éloquence dans lesquels Jésus-Christ démasque toute l'hypocrisie , toute la méchanceté, tousles vices secrets des pharisiens. Comment cette œuvre de puissance serait-elle arrivée à t)onne fin , si Jésus ne s'était montré en tous points l'égal ^e ses rivaux dans ce que leurs dupes et le peuple entier considéraient comme de la sagesse , si même il ne s'était assuré une supériorité marquée sur eux dans le mode d'enseignement qu'ils avaient exclusivement adopté? Et cflectivement nous

Dl NOIM. \l IISIAMI.M. 'jy*

\(»\(iiis (|ii(' hicii (jii'il ii'cùl |);is (•!('• clcsc d.iiis Iciiis ccolcs . (pril \\v- IVil iillili('' il iiiicimr dc Iciiis scctos, (|imI fic IVil (Inns 1.» rnmiliiiiilr dc mil (rciilrc rii\ el, [t;ii- coiis/'ijiiciil , (jiul cùl coiilic lui une coiililioii des |»liiiiisicns , <l('s s;i(I(1ii('(''('ms , (l(is priMrcs ct des dochniis chc/ lfS(jii(^ls unn liaiiic (•(hiifmiiik; avail fail lairc moinciilanrinonl luiiLcs les haines paiticnlièics , nnns voNons, dis-je, (jiie mali^ré tant d'ohslaclcs , il ohiini h; lilic (lue tous anibilionnaiiMil , celui de maître, de d()el(;ur *, de rabhi. Mais si cela (Hait n(H;cssain; pour lui, il n'en (Hait pas (le nuHne de ses discipk^s. Au conlraire, comme ils ik; devaient avoir (\u'un seul maihr , Jôsus-Christ , il leur (Hait interdit do ])rendr(^ le même titre ou nuHne d'aspirei- à le recevoir.

Mais oulie la nécessité où se trouvait notre Seiii;ncur de se placer dans une certaine ])osilion pour pouvoir jeter les fondements de la religion chrétienne sur le terrain (ie la révélation ])rimitive, il existait encore une autre raison qui devait , en quelque sorte , le contraindre à adopter le mode d'enseignement par paraboles. C'était que, dans toute l'étendue de l'Orient, l'idée de la sagesse se rattachait à cette sorte de discours figuré. Salomon, le type môme de la sagesse , était le grand écrivain de paraboles ou de proverbes parmi les Juifs. Lorsque la reine de Saba vint le trouver , c'était expressément ])Our éprouver sa sagesse par des énigmes ou questions cap tieuses^ qui, h cette époque , étaient semblables à des paraboles^. Voici en quels termes l'Ecclésiastique fait la description d'un sage : « Le sage recueillera la -sagesse des anciens... Il retiendra le récit des hommes célèbres , et il entrera en même temps dans les mystères des paraboles. 11 pénétrera le secret des proverbes, et il se nourrira du sens caché des paraboles ^ » Jérémie a rendu célèbre la sagesse des habitants de Thém.an .

' Saint Luc, V. o. — VIII. 24. 4o, et al. passim. Ce mot d'E/T/Vrir'^s est pailiculior à saint Luc dans le Nouveau Testament.

'■•' Ménandre et Dius , les historiens de Tyr , dont Eusèbe nous a conservé des tragments, nous apprennent que Salomon et Hiram entretenaient leur amitié, en s'en voyant mutuellement des énit^mes à résoudre.

^ Jud.XtV. 14. i Ecclcs.XXXLV. 1.3.

:ii) 1,KS I'Ml.UJOLtS

la cnpilalu des Iduinrcn.s^ Et lîarucli nous dil en (jiioi consislait cetle sagesse, loisqu'il parle « de ces enfants d'Ai'^r cjui recherchent une prudence de la terre, ces marchands de Menha et de Théman , et ces conteurs de fables et ces inventeurs de la prudence et de l'intelligence^. Nous pourrions encore ajouter de nombreux exemples. Mais cette opinion prévalait dans tout l'Orient. L'histoire. d'OEdipe en est une preuve. Esope est la personnification de cette sagesse orientale dans la Grèce anlicjue ; et l'on peut retracer l'origine de ses fables , à travers le texte arabe de Lokman (surnommé le sage) et les écrits du persan Bid pay (plus généralement connu sous le nom de Pilpay) jusqu'à l'IIipoladesa des Indiens; généalogie aussi incontestable que celle de nos chiffres qui nous sont venus de l'Inde par FArabie. Les Arméniens se trouvent reliés à cette chaîne par les fables de Vartbran. Le Gulistan, ou jardin des roses de Saadi , un des plus beaux poèmes orientaux , auquel nous avons déjii fait allusion dans une note précédente , consiste tout entier dans une série de courts récits ou paraboles mises en ordre , dont quelques-unes ne renferment souvent que la maxime d'un sage , et qui toutes sont suivies d'une strophe, parfois pleine d'une délicieuse fraîcheur, qui en contient la morale ou l'appKcation. Et , pour ne pas multiplier les exemples , il suffira de dire que cette forme d'enseignement exerce une si grande influence sur les mahométans, que la défense de boire du vin, devenue aujourd'hui un des principaux articles de leur code religieux, repose tout entière, non pas sur le Coran, mais sur une parabole contenue dans le Taulim , le second de leurs livres sacrés. Ainsi donc , puisque dans le pays et à l'époque où vivait notre Seigneur , Tidée de la sagesse se rattachait d'une manière si étroite à l'enseignement sous forme de comparaisons et de paraboles , puisque d'ailleurs cette opinion n'était pas le résultat d'un caprice, mais qu'elle était en harmonie avec la définition des hvres saints et avec le caractère de ceux qui étaient publiquement

' .Ici. X IV. 7. ^ Dar. III. 23.

1)1 NOlIVKAl IKS I \ MINI il

rccoiiims pour (li's s;ig(\s, il c.onveii.iit ;i Jr.mis-CJinsI iU- s(; coiiloriiirr ;i (('lie iii.iiiicrc dn \iC\v si proloïKltMiicnl JMiracinoe (l.iiis les i'S|)i ils , (le liicoii ii S(; concilier rjillcnliou cl U\ r('S|)(;c.l (jiic niciilail im sjigc. Oiio dis-jc»? il cUiit iihsuluiiiciit nécessair(M|iril s(^ mcsiii;\l. ji\'cc Salomon, sur son fiioprc terrain, eliju'il acl()|)lii( la loi'inir particnlièresous lii(]U(^lle ie roi (Tlsracl avail l'ail admirer sa sai;esse , aiin (ju'il pnl haidimenl et eii toute CDiiliance dii'e an\.Inifs : « II \ a ici |)lns (jiic Salomon ! » F.a sii^nilication de ces paroles est indnhilahlement Lien j>ro- Ibntlo ot très-sérieuse. Knellet, comme le don de sai^'esso avait été conféré l\ ce i^rand loi en des termes (jui (excluaient loule espèce de rivalité de la i)art des hommes^, reven(li(juer d'ime manière aussi hardie, aussi absolue la prééminence sur lui , et cela chez celui (jui le pn^micM' avait fait voir (jue c'était surtout dans riennilité (|U(^ consislail la sai»;esse, équivalait aune d(''claration de la supériorité et de la divinité de sa nature. Car nul autre que celui qui avait donné la sagesse ii Salomon ne i)0uvait posséder plus de sagesse que lui.

Ces motifs pour adopter le seul mode d'enseignement qui pliit aux Juifs et qui commandât leur estime , donneront en l)artierex])lication de ces terribles passages où notre Seignem' semble vouloir dire qu'il leur parle exprès en paraboles , afin qu'ils ne le comprennent pas^. En eiïet, nous voyons que cette nécessité ne tenait (ju'à eux, et que la dilïiculté d'entendre et de voir ce qui en résultait était le fruit de l'obstination avec hupielle ils continuaient à s'attacher h une méthode aussi imparfaite.

Mais l'intelligence des passages de ce genre deviendra peutêtre plus facile par suite de notre prochaine considération , laquelle nous amène h l'objet principal de notre dissertation. Si nous examinons avec soin tout le 6^ystèmc d'enseignement

' « Je l'ai donné un cœur sage et intelligent, en sorte qu'il n'y a jamais eu (J honmio avant loi senîbldblo à toi et qu'il ne b'eii élèvera point après toi. » {Rois. Iti. 1^2).

- .MaUh. XIll, \S.

is LKS I'AUAUol.KS

en ])uriil)()l(*s. iidoplr ]);ir noire Seigneur nous verrons (ju'il correspond ;iux prophéties de riincienne loi ; en un mol , que l'on i-elr()uv(i dansées panil)ol(*s le t^erme de tous les dogmes du chrislianisme , comme l'histoire d'Israël et de Judo, du Christ et de son règne se trouve dans les prophètes. De môme que dans les écrits de ses derniers , il est rare que nous trouvions un contexte ))Our continuer ce (jui vient d'être dit sur les diiïérents sujets qu'ils traitent , et que nous sommes alors obligés de compléter nous-mêmes la trame commencée à l'aide de fragments et de morceaux rap])ortés , ce qui exige une étude profonde et des recherches sérieuses ; ainsi les paraboles nous offrent une grande variété de leçons , en apparence indépendantes les unes des autres et qui , prises isolément , ne donnent que des résultats partiels, tandis que si l'on vient à les comparer entre elles et à les rapprocher, elles jettent un jour merveilleux sur la théorie tout entière de la religion et de l'Eglise. C'est pourquoi , si les prophéties paraissaient généralement très-obscures et souvent inintelligibles à ceux qui les entendaient ou les lisaient pour la première fois, si elles ne faisaient que les irriter et parfois même que les endurcir davantage ; en vertu d'une loi analogue , les, paraboles qui se rapportaient à un système dont l'organisation était loin d'être complète , devaient nécessairement être inintelligibles , excepté dans les cas où, semblables aux prophéties, dont l'accomplissement était imminent, elles faisaient allusion au commencement du règne de l'Evangile. Or, comme la première condition pour établir ce règne était de renverser l'état actuel des choses et ceux qui la soutenaient , il était naturel que , dès son principe, il soulevât l'irritation et la haine de ces malheureux que leur obstination dans la perversité endurcissait encore. En même temps, il pouvait se faire (comme cela est arrivé en efTet) qu'une parabole adressée en réponse à une question , tout en remplissant parfaitement son objet présent , renfermât dans son sein des trésors de sa2:esse dont l'Eglise future était destinée h profiter et qui devaient nécessairement échapper a l'œil d'un observateur superriciel. Expliquons noire j)ensée par un exemi)le.

On IroiiNc , .III Irci/iriiic <|iii|iiiic dc >;iiiil MiiIIIiumi , iiiir sc'îiic (Ic piiioli's (|iii (»nl r;ij»|)()ii an roiiiimuc du riel^ c'csl-ii- (lirc ;i ri\i;lis('. II iM'l.iil. pus iihsnlimiciil iH'ccss.iin! (ju'cllcs rnssciil Ionics |)i(>rrrr("s à la lois. !,;« |H('ini('r(^ (Ti'iilic elles, lii parabole du semeur, exisle dans les hois premiers é\aiif:iles, '. el tons les évaiiL;élisles r(»n)ar(|nei»l (jn'elle s'adressait à une i^l'aiide intillilnde ' . La Vi'iilc' esl (jii'on peu! lii (•onsi(l(''i*er à juste titre eoinme la païahole |)iéliminaire , commet celle (jiii S(mI iTintroduetion \\ la série tout entière. Ku ellel , les dispositions nécessaires pour reee\()ir avec j)r()tit les paroles de .lésus-CJuisI , y sont e\])Osécs en détail , et son ministères y est défini et décrit. Oiiant aux autres para.holes , on peut les prendre dans l'ordre snivanl. 1" La sem(*nc(s jetée pîu" Jésus- C-hrist dans le champ du monde, en y comprenant même celle qui était tombée sur une terre bien |)réparée, devait bientôt être livrée aux ravages de l'ennemi. Une herbe {)arasite allait être semée dans Je même terrain et ne larderait pas \\ croître au milieu du bon li^rain ; c'est-à-dire qu'au sein même de l'Eglise et parmi les fidèles , la corruption , les vices et les scandales prendraient naissance un jour : c'est la parabole de l'ivraie^. 2'' L'action de semer ce bon grain se subdivise évidemment en deux opérations : l'une a rapport à l'individu, l'autre à l'Eglise et au monde en général. D'abord il est essentiel que le cœur de ceux auxquels cette doctrine s'adresse soit dans certaines dispositions pour qu'elle y fructifie ; puis lorsque plusieurs personnes l'auront reçue en elles, la réunion de ces personnes formera l'Eghse. Ainsi donc, aux yeux de chacune d'elles , cette semence de la vraie doctrine possède une importance , une valeur immense ; c'est le trésor , la perle précieuse qui doit être achetée à tout prix et par le sacrifice de tout le reste ^. Une fois profondément cachée dans le cœur, cette doctrine est comme un levain dont la présence se fait sentir de tous les côtés , et dont l'esprit met toute la

* Saint Matth. XIII. 3. Saint Marc, III. 3. —Saint Luc, VIII. 4. '■i Saint Matth. XIII. 24. ^ ^ Saint Matlh. XIII. 44-45.

•JO KKS I'AHAIUU-KS

sociclr (liiiis un ('.lat do jcrnicninlifjii '. ii" l.a semonce (jiii . dans le ])rinci|)e, est quelque chose de petit , de caché, d'imperceptible, s'élèvera plus tard du sein de; la terre ; le grain de sénevé longtemps enseveli deviendra un arbre sur lequel les oiseaux du ciel viendront se reposer^. Une partie seulement de toutes ces exhortations s'adressait aux Juifs : leur devoir se bornait à recevoir la doctiine du Christ , h la conserver précieusement au fond de leur cœur, et à être prêts à tout sacrifier pour la posséder. Le reste consistait en prophéties et appartenait au domaine de l'avenir : aussi, à cette époque , ni amis ni ennemis ne pouvaient-ils le comprendre. 11 fallait que les prédictions fussent accomplies et comme nul, excepté notre Seigneur lui-môme , ne savair ce que devait être son royaume, c'est-a-dire son Eglise, nul, jusqu'à ce que le temps fut venu, ne pouvait apprécier toute la beauté de ces applications. Enfin ce temps est arrivé , et nous allons voir quel admirable trésor de sagesse cet enseignement a mis en réserve pour nous.

Parmi tous ceux qui ont fondé une fausse religion ou une secte dissidente, il n'y en a pas un qui, soit qu'il se trouvât lui-même aveuglé par le fanatisme , soit qu'il trompât les autres par pure malice, n'ait promis et prétendu créer un système parfait. Le monde, s'il accepte leur doctrine, doit» être régénéré , les élus seuls sont appelés à régner et même à exister : quant au mal et au péché , ils n'ont plus qu'à s'évanouir, comme par enchantement, en présence de leurs systèmes. Mahomet prêcha cette doctrine , et il se servit du glaive exterminateur pour la faire triompher. On la retrouve encore au fond de l'œuvre des prétendus réformateurs , en commençant par Wicleff et Jean Huss , qui enseignaient ce dogme funeste que le péché anéantit tous les droits, et en finissant par les anabaptistes qui inondèrent l'Allemagne de sang , par les puritains de Cromwell avec leur fanatisrîie' brutal , par les mormons et les agapomenites avec leurs rêves

« Saint Matth. XIII. 33, 2 Saint Matth. XIIl. 31. /

DU NoivKAi ii:si\Mi:.M 'M

insensés. (Vîtes l'Ivi^'lise , ;i son hei'eeaii, aiiiiiit ais/'iiienl ]in inspirer ;in\ lioinines l.i iiK-nie iilopie; et ii l.i vnc «les lidelcs (le .li'iiisiileni (|iii senililaienl n'.i\(Mr (jii'nn seul eci'm- l\ en\ Ions, on (le la eoniinimanh' d'Alexandrie don! les membres ôlaiiMil ('lioilemenl nnis pai- les li(Mis de ramoiii-, nne personne eonlianle eu! xolonlieis coin ii Tesjioii- (jiie le rei;ne de la verln allait s'(Mal)lir à jamais sur la tencî. Mais l'espril de jalonsi(* el di* (iiscoide ne laida pas à l'aire (lis[)araîfre un speelaeh* si don\. Tonlelois ce ne lui (jii'apK'S nn ceita'in nombre d'ainu'es (|ut^ ee principe eri()n('' rev(Hit la fniine d'inu^ hcMvsie parlieiilièrc. Il se riMionva an fond de loules les hérésies en ij;énéral ; et tont(\s les seetes des jHcmiers siècles en ont été plus ou moins infectées; il se révèle d'une manière sensible dans la doctrine des novaticns et des inonlanisles, mais il s'est incarné dans le donalisme. L'erreur qui servait de base à celte hérésie , à ce schisme, était (|ue l'Eglise ne devait être composée que de membres purs et sans tache, et ([ue toute portion de TJ'lglise qui tolérait dans son sein , ou absolvait des hommes coupables d'une fiiutc grave , était , par là même , séparée de la communion dos fidèles. Le protestantisme est essentiellement • donatistc , aussi bien dans les théories de la Haute-Eglise ^ / (jui veut séparer la branche du tronc , que dans les idées professées par ses sectes èvangèliques , qui croient h une Eglise » élue et invisible. Où trouver une réfutation à celle dangereuse théorie? Dans les paraboles que nous venons de citer, en y ajoutant celle-ci qui les suit et qui n'est que la conlîrmalion d'une des précédentes : a Le royaume des cieux est encore semblable h un filet jeté dans la mer et qui renferme toutes sortes de poissons. Et lorsqu'il est plein on le retire , et. s'asseyant sur le rivage , on réunit les bons dans un vase , et

4 La religion anglicane , outre ses innombrables sectes dissidentes . est divisée en deux parties : la Haute-Eglise dont les tendances sont dans le sens de l'unité catholique, et la Basse-Eglise ou Eglise-Evangélique', qui se rapproche beaucoup du calvinisme.

:\2 IKS I'.UIABULKS

on j(;Uc les mauvais •. » Dans cette circonstance . notre Seiii;nenr, en dési.qnant les animes comnne ceux qui sont chargés (le l'jiire cette répartition du bien et du mal , se réfère évidemincnL à 'l'explication qu'il a lui-même donnée de la parabole de l'ivraie. Pour juger de l'importance de ces jiaraboles , au point de vue qui nous occu])e , le lecteur n'a qu'à ouvrir au JKi/.ard le pn^micr traité de saint Augustin contre les donalistes qui lui tomljera sous la main. 11 ne tournera peut-être pas une page ou ces deux paraboles ne soient ou citées textuellement ou désignées dans des allusions sutlisamment significatives et accompagnées d'une image empruntée à saint Jean-Baptiste : « Le froment et la paille demeureront ensemble sur le sol de l'aire , jusqu'à ce que vienne enfin la saison de vanner^. » La phrase suivante : « Xovit Dominus triticum simm, novit et pakam, » est presque devenue une expression proverbiale dans les écrits de ce Père de l'Eglise. Jamais il ne craint de fatiguer ses lecteurs en répétant les mêmes arguments ; ces images reviennent sans cesse sous sa plume , elles sont présentées sous tous les aspects et deviennent tour à tour des arguments dont il développe toutes les conséquences , ou des exemples dont il se sert pour faire comprendre ses propres raisonnements. Il est évident (jue ces paraboles renferment la solution de la question et que notre Seigneur y a soigneusement déposé la semence d'une doctrine , qui ne devait parvenir à sa maturité que longtemps après que ceux qui l'avaient entendue de sa bouche auraient cessé d'exister.

Prenons maintenant un autre exemple de ces paraboles qui semblent avoir été faites pour servir de comparaisons dans le cours d'un discours , et qui ont acquis aujourd'hui une immense importance dans l'Eglise. Parmi les dangers auxquels les disciples de notre Seigneur étaient surtout exposés , il faut compter une extrême facilité à revêtir les apparences de ce faux zèle , si commun au siècle où ils vivaient et

i Saint Mntth. XllI. 47. ^ Saint Matth. III. — Saint Luc , III.

mi NOl'VKAIi IKSTAMFNI. X\

({III j);iss;iil iilors pour riiidicc (rune ^riinilc nciIij. Ku cUcL , il (*sl l)ic!i (lillicilc .iii\ Ikhiiiiics, siiiloiit s'ils snnl liiiss«'*s h cuxmc^iiics, (If SI' (l(''|)()iiilI(M* (Milirninciil (U^ leur (iiiiictric nalioii.il. Des syiiiplAincs lie (•(' jm-iiI iir hirdrrcMl pns ii se inonlrcr. On \ ll s'éI(W(M" parmi ces (miOiiiIs de riwiiiif^ilc i\(- p(î(ilc8 coiilcslalioiis pliarisaujiK's , |)()iir savoir à (jiii appailiciKirail hi pKMiiiiMv jjlacc'; puis ils eu viiircnl à dt'sircr la t'ondainnjiliou dn'('(Mi\ (pii résislaioiit à leur Maîln;^ et à i^'Oiirriiaiidcr" l(*s potils (Mifants (|iii, selon eux, s'approehaicMit de lui avec li'oj) de familial ilé^. Avons-nous besoin d'ajouter que les piiarisiens ne mettaient notre Seigneur au rang des gens (ju'ils méprisaient, c'est-à-dire des |)éehcurs et des puhlicains , (ju'à cause de la charité dont il faisait |)reuvc l\ l'égard de ces malheureux? A chacune de ces deux classes d'hommes, «-i ses ajiôtres et aux orgueilleux pharisiens , il proposa en des occasions dilliciles, selon toutes les a])parences, la même parabole ; celle de l'homme qui , possédant cent brebis et ayant jierdu l'une d'entre elles, laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert, c'est-à-dire au milieu de pâturages privés d'enceinte et situés sur un terrain accidenté , pour courir après celle qu'il a perdue. Dans saint Matthieu cette parabole est destinée à faire voir combien l'ame du moindre de ses enfants est précieuse aux yeux de Dieu , et à répondre à une de ces questions si difficiles auxquelles nous avons fait allusion et que lui posaient ses disciples. « En ce moment, les disciples s'approchèrent de Jésus, disant : Qui , selon vous, est le plus grand dans le royaume des cieux? — et Jésus appelant un petit enfant le plaça au milieu d'eux , etc.^. » Et ainsi, après avoir flétri le péché commis par celui qui cause la perte d'un de ces petits enfants ou qui le scandalise , il arrive à parler du vif désir que Dieu éprouve d'assurer son salut. C'est alors que vient la parabole de la brebis égarée avec cette conclusion : (( Ainsi ce n'est pas la volonté de votre Père qui est dans les

1 Saint Luc , XXII. 24. '^ Saint Luc , IX. 54.

"> Saint Matlh. XIX. 13. ^ Saint Matth. XVIIl. 1-2.

cieux qu'un seul de ces petits périsse ^ )) Dans saint Luc , ce sont les publicains et les pécheurs qui se sont rassemblés autour du Sauveur, et les pharisiens se prennent à murmurer , en disant : « Cet homme reçoit les pécheurs et mange avec eux. )) Il leur répond par la même parabole , mais il en tire une déduction difïérente : « Je vous dis qu'il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui fait pénitence^. »

Cette parabole a donc spontanément jailli des lèvres du Sauveur pour faire ressortir par des exemples deux points d'une utilité immédiate : 1°pour apprendre à ses disciples, qu'au lieu de se disputer la première place et de mépriser les petits enfants , ils devraient au contraire les prendre pour modèles , car ils sont les favoris du ciel et Dieu éprouve la même sollicitude pour leur salut qu'un bon pasteur pour la sûreté d'une brebis égarée ; et 2" pour leur faire savoir que , de même qu'une brebis perdue et retrouvée est plus chère au bon pasteur que toutes celles (|ui sont demeurées au bercail , ainsi il y a plus de joie dans le ciel pour un pécheur qui se convertit que pour une multitude d'ames justes. Mais à peine notre Seigneur a-t-il dit dans une autre circonstance : a Je suis le bon pasteur , » et s'est-il dépeint lui-même ailleurs sôUS"^ les traits de ce personnage, que ses paroles jettent une lumière nouvelle sur la parabole dont nous venons de nous occuper , et nous la présentent sous une forme infiniment plus touchante et plus propre à nous consoler. Nous n'en cherchons plus l'application immédiate , nous ne la considérons plus comme une comparaison : elle devient un portrait de Jésus-Christ et nous le montre dans ses rapports avec les Juifs, avec chaque ame individuellement, avec chaque pénitent depuis Magdeleine, Pierre et Paul, jusqu'à celui qui a écrit ces hgnes et celui qui les hra. Mais comment l'orgueilleux pharisien , ou le disciple inintelligent, ou même le plus brillant des anges, à moins d'être doué de prescience , aurait-il pu comprendre tout ce qu'il avait de beau , de réel et de touchant dans cette para-

' Saint Mntth. XVIII. 1-2. '-^ Saint Lur , XV. 1-7.

ne N(»i \ I'M ii:si vmim . 35

l)()I(\ jlis(|ir.'iii JOUI' (Ml le lioii |Mslciir, il l;i |)()lii'Sliil(' dr |,i hrchis r};;jir('*(' , (\('\ ;iil piiicdiiru l:i l(»iii;iic r| doiilourciisr loutc du jiii'diii (les Olives .'iSinii, de Sioii .m ('..iKaiii' ; et rire vu, inouliiiil |)rMil)liMii(Mil h' loni^ de ce <:li(Mnin .siii);^lant , et jjorliinl l;i cuise de liiiU de soiiHV.iFiees sur ses ('«pjiulcs ineur- Iries sous lo l'iii\ de l:i eioix? T;ml (jiie le inoudiî (;xihl(;ra , celte C()ui*l(* |)ai\il)()le (jui , dans le piiucijx.' , ne j)araissait (ju'uiio comparaison lieureuse et pleine de ii;rAce , continuera ;i verser la consolation dans plus d'un ('(eur ailliiçé, ii éclairer plus d'un esprit pioiii^é dans les ténèbres et à inspirera ])lus <rune ame de j)ieuses pensées de reconnaissance.

Considérons att(Milivenient ces deux séries de paraboles , et nous n'hésiterons pas h dire qu'ini catholi(jU(.' seul |)eut les comprendre parfaitement ou en faire l'application. Aux veux d'un protestant, elles n'auront d'autre signiiication que celle qu'elles avaient aux yeux des Juifs. La première série lui fera comprendre que la religion chrétienne était un trésor, une perle qu'on ne pouvait accfuérir au prix de trop de sacrifices. Mais , s'il s'en tient aux homélies et à la croyance populaire de son Eglise , il doit nécessairement soutenir , non pas que l'ennemi a semé de l'ivraie parmi le froment de Jésus-Christ , mais que tout le bon grain est demeuré stérile , que la plus grande partie de la semence a pourri dès le principe ou n'a donné naissance qu'à de mauvaises herbes , et que si quelques rares épis sont venus au jour , ils n'ont pas tardé à se flétrir , h languir et à mourir ; de sorte que le champ n'a pas produit plus de fruits que le chemin ou le roc qui avaient reçu le reste de la semence. En effet, il faudrait montrer la parabole sous ce point de vue, pour la mettre en harmonie avec l'opinion de ceux qui prétendent que toute la chrétienté a été , durant plusieurs siècles, plongée dans l'idolâtrie. Puis si, pour extraire de cette parabole quelque théorie protestante touchant l'Eglise, on suppose que la mauvaise semence indique l'erreur dans la doctrine aussi bien que le scandale dans les mœurs, de telle sorte que l'Eglise devienne une espèce de confédération de mille communions différentes ou ,

36 LKS I'AHABOLKS

coinnie rnni^licaiiisme , loJèrc paisiblomcnl dans son soin l'existence de sectes dont les nuances varient h l'infini ; alors on se met en contradiction ouverte avec l'histoire qui nous dit comment cette parabole s'est réalisée. En effet , l'Eglise a invariablement repoussé tout système qui était en opposition avec elle , et n'a jamais permis à aucun d'eux de planter sa tente auprès de la sienne. D'ailleurs , voici que s'offre à nous l'image de l'arbre qui naît d'un grain de sénevé , et elle suffit pour renverser toute cette théorie. E'idée d'un seul arbre qui n'a qu'une seule racine et dont toutes les branches puisent la vie dans un tronc commun , ne saurait trouver son application dans aucun autre système que celui de l'unité catholique. Il est donc facile de voir comment les paraboles, dans lesquelles notre Seigneur fait la description de l'Eglise à venir ou trace quelqu'un de ses principaux caractères, ne peuvent recevoir leur signification réelle que parmi les catholiques et ne se vérifient que dans notre Eglise. Quant à la magnifique parabole de la brebis égarée , quelque pénible qu'une pareille vérité soit à constater, nous ne saurions hésiter à l'affirmer , il n'y a qu'un catholique qui puisse en faire l'application dans toute sa plénitude. Sans doute, d'autres que lui pèchent, se repentent et croient se sentir pardonnes , si telles sont les tendances de leurs opinions religieuses. Quelques-uns encore, parmi les protestants^ qui s'efforcent d'imiter les institutions catholiques , peuvent chercher leur pardon dans des simulacres de confession et d'absolution, l'une et l'autre balbutiées sous le coup d'une censure épiscopale., Mais la grâce a créé un système qui, à l'aide d'opérations dont l'effet est certain, fait sentir au pécheur repentant et lui donne l'assurance infaillible que , dans tout le cours de sa vie errante , il a été miséricordieusement suivi de près par un ami tendre et constant , qu'il a été ramené par la douceur dans la voie droite , qu'une main délicate a allégé pour lui le poids de son fardeau , soulagé les peines de son cœur et adouci l'amertume de ses souffrances,

* Allusion aux puseyilei, àoiil les evctjueb anglicans réprouvent les tendances et les pratiques catholicjues.

\)[ Nni \ I. M I I s| VMIM '17

(jm* l(\s cpiiu's (](ii s'cIjiiciiI cnlniKMM's (Jans sii rliaii* immi oiiI pas eh' \ ioIi'iniiKMil aii'ac'lK'cs, mais ii^lirrcs a\i'c prrcaiilioii , ipic; riiai|iit' plaie, cliajpu' coiilirsion a ('•(('' soi^'iieusciiiciiL s()ii(l(*f , aliii (r(MiiMi('Uuy(''c, fcriiiLM^ cL hahilcmcnl p.iijséc ; puis, (iiiaiid I'appaicil a r\v j)()sr sur ses hicssuics , (juc la intMiU' main hii'iilaisanli' l'a (IoucciiuîiiL lamiMic an foyer pat(;rnel, connni^ nne nomrice |)oile snn enl'anl. (ie système ou plutôt celte pnissanei^ de la i^rAee. , (jiii jjennetau péchenr tle comiailre le jour, l'heure et le moment précis où il redevient reniant i\c Dumi , ne se lrouv(^ nulle part, non, nulk; part ailleurs (|ue dans le sem de rh]i;lise cutholi(|ue, le véritabh; bercail du Dieu vivant . i-ai \oulons-nous une |)reuv(^ courte, mais péremptoire? Nulle ])ait ailleurs on ne rencontre, prôt à loule heme du jour , ic banciiiet auquel les anges sont invites à se réjouir de ce que la brebis égarée a été retrouvée. Nulle part ailleurs la communion n'est considérée ni donnée comme un gage de repentir. Que le cœur d'un protestant soit rempli de contrition et de douleur , il pourra s'écouler des moi§ entiers sans que son ministre juge h propos d'ajouter un jour de communion h ceux qui sont marqués par le règlement de la paroisse ; mais dans l'Eglise catholique, quelle dilîérence! le pénitent s'élance , plein d'amour et de joie , au banquet de la vie ; de la place de Magdeleine , aux pieds de Jésus , il vole h la place de saint Jean , sur le sein du Sauveur.

Si , grace aux dispositions de l'Eglise , cette parabole s'accomplit h la lettre parmi nous , son application morale n'offre pas un tableau moins touchant. Comme cette image était chère aux premiers chrétiens ! Ils la sculptaient sur leurs tombes , la reproduisaient sur les murs de leurs catacombes et en émaillaient leurs verrières. Avec quelle douceur et quelle éloquence , ce type de leur Seigneur , sous les traits du bon pasteur et portant sur ses épaules la brebis égarée , devait parler h leur cœur de la miséricorde qui avait consommé l'œuvre de leur conversion. Le pécheur pouvait-il être traité avec plus de tendresse que de se voir représenté sous la forme d'une brebis, et ainsi rapproché de l'agneau de Dieu? 11 était

I] s I.KS I'AHAIlOi.KS

(loiic hicii iialiirci (lu'unc iiistilulion ioiidrc dans le bill d'arradier à une ruine certaine des anncs tombées dans les plus terribles égarements, adoptât le nnôme emblème et le même nom. De cette façon , les saintes religieuses qui se sont vo'uées à cette œuvre de salut ont toujours présente à l'esprit la pensée de la charité aveclaqu(^lle elles doivent remplir leurs devoirs , et de la précaution délicate avec laquelle il convient de toucher ces âmes couvertes de plaies. C'est ainsi que dans une foule d'autres circonstances et de mille manières différentes les paraboles , que l'esprit d'un catholique trouve si facilement le moyen d'adapter à sa religion , exercent une immense influence sur les institutions et le langage de l'Eghse. Appeler les fonctions du ministère les travaux ou la culture de la vigne , donner au clergé le nom cV ouvriers , operarii, et surtout désigner révèque sous le nom familier de pasteur , ce sont là autant d'expressions qui se retrouvent fréquemment dans la bouche des catholiques , mais dont les sectes protestantes , même les anglicans, font, nous le pensons, très-rarement usage. Cette légère circonstance fait voir ce que nous avons déjà fait observer , c'est-à-dire que les paraboles s'adaptent admirablement à notre svstème.

Puisque nous avons parlé de l'apphcation que notre Seigneur se fait à lui-même de la figure du bon pasteur , nous remarquerons que , s'il est le modèle des pasteurs , le caractère qu'il a revêtu à si juste titre est précisément celui que les pasteurs inférieurs des âmes doivent , à leur tour, chercher h revêtir. Or , à l'esprit d'un catholique , cette théorie paraît [)arfaitement praticable , jusque dans le [)énible devoir qu'elle impose d'être toujours prêt à donner sa vie pour ses brebis. Le protestantisme a eu ses prétendus martyrs, au nombre desquels l'Eglise d'Angleterre compte des évêques , Cranmer et Ridley, par exemple. Mais qui oserait soutenir un instant que ces hommes , ou d'autres parmi leurs coreligionnaires , ont donné leur vie pour leur troupeau, qu'ils se sont généreusement jetés entre leur peuple et l'iniquité et sont devenus les victimes d'un sacrifice volontaire? Mais saint

m NUI \| \| IKMAMKM V.)

riiomasdc C.minrhcrv , rari'licvj^cjiic de l'aiis*, suiiil Slaiiislas l'I sailli Je. m .Ncpomiicriio , hirn (ju'il nr fut pas évùt\\ir . nul iciiipli ce |)i('C('|il(' ;i la Icihc. Le iioriihii! dc C(;ii\ <|iii SI' sdiil inoiilics |U("ls il accomplir ce sacnlicc est plus j^M.ind cucoic.

IVaprcs ce (|iii' nous avons dil . le h^clcnr voit (Jiie , scion nous , sous l'cii\('loj)pc {\v rciiscii^'ucmcnl |)ai'al)oli(juc de noire Seii^uciu' , on piMil iclioiivci- Joutes les doctrines (;t tous les j)rcccplcs , (jui devaient a|)j)ailenir à l'Eglise (ju'il était V(înu établir. 'liîUe est en ell'cl notre idée, et nous croyons (ju'il est possible d'en pousser le dcvelopj)ernent plus loin encor(\ Sans j)arler de ces courts proverbes cités dans le couiani d'un discours pour servir d'explication , ni de ces brèves comparaisons qui ne sont faites que pour rendre la pensé(^ j)lus claire et dont tous les discours de notre Seigneur sont parsemés , si l'on ne veut tenir compte que des paraboles proprement dites , on remarquera qu'il existe une différence frappante dans le choix que les divers évangélistes en ont fait dans leurs écrits. On verra , pensons-nous , que saint Alatthieu , qui écrivait pour les Juifs et dont le but principal était de leur montrer comment le christianisme devait se substituer h leur religion, a, pour ainsi dire, exclusivement rapporté les paraboles qui tendent h prouver l'objet qu'il se propose. Toutes celles qu'il consigne dans son évangile ont rapport au décret qui rejette les Juifs pour faire place au christianisme. Outre son treizième chapitre , avec cette longue série de paraboles , que nous avons citées plus haut, et qui toutes tendent h démontrer la nécessité d'embrasser la religion nouvelle , les suivantes sont les principales ou , pour mieux dire , les seules (pi'il rapporte comme s'adressant aux Juifs : 1° Les ouvriers que le père de famille envoie à sa vigne et parmi lesquels ceux qui ont été appelés vers la onzième heure reçoivent autant que ceux qui ont porté tout le poids du jour. Cette image nous représente les gentils mis sur le pied de l'égalité avec

40 Li:s PA II A HOLES

les Juifs ^ i" Les deux fils qui reçoivent l'ordie d'aller travailler : l'un fait semblant d'y aller et n'y va j)oint (autre image des Juifs); — le second refuse d'abord, mais finit par s'y rendre; ce sont les publicains et les pécheurs qui doivent entrer dans l'Eglise avant les pharisiens-. 3" La vigne louée à des vignerons qui ne voulurent pas en laisser recueillir les fruits par leur maître , mais qui maltraitèrent les serviteurs qu'il avait envoyés vers eux et qui tuèrent son fils. En punition de ce crime , la vigne devait être louée à d'autres vignerons. L'application de ces paroles se présentait de soi-même. Aussi , (( les princes des prêtres et les pharisiens , ayant entendu ces paraboles , virent bien que c'était d'eux que Jésus parlait^. )) 4° Le festin de noces , auquel ceux qui avaient été d'abord conviés ne furent pas jugés dignes de participer et dont les places furent occupées par des pauvres trouvés dans les carrefours ; cette image nous représente admirablement les gentils dédaignés par les Juifs^. La parabole des dix vierges parmi lesquelles cinq furent rejetées), et celle des talents furent adressées à ses disciples en particulier , bien que cette dernière puisse s'appliquer à l'objet auquel nous avons fait allusion précédemment , c'est-a-dire le rejet de ceux qui avaient négligé de faire fructifier les talents qu'on leur avait confiés^. On ne saurait guère douter que parmi la multitude de paraboles que prononça le Sauveur , celles-là n'aient été choisies à dessein par saint Matthieu pour prouver la thèse qu'il avait en vue ; les paraboles deviennent, en quelque sorte , la clef de tout son évangile. Puis, quand nous venons à considérer que le discours que Jésus tient à ses disciples , et dans lequel se trouvent les deux paraboles auxquelles nous avons fait allusion en dernier lieu , roule entièrement sur la destruction de Jérusalem ; si nous rapprochons ensuite les détails avec lesquels Tévangéliste dépeint , dans son vingt-troisième chapitre , la noble et violente indignation de notre Seigneur

1 Saint Matth. XX. 5. '^ Ib. XXI. 28. "5 Ib. 45.

* Ib.XXlI. 2. -j Ib. XXV. i;.

DU NOIIVKAU iliSIAMKNl. 44

(•(Hilrc les scriht's cl les |»li;ii isims , du sciiikhi sur l.i iiimii • {'i\{:,iu) (|ii(' (•(! iiii'iiio ('\iin};«'^lislc nous ijippoilc tout niliri-, cl (l;ms lc(jiicl l;i loi iiioi.ilc (ks .Iiiil's c^i rciii|il.ic(M' ().'U' une .lulKt j)lus piiri.iiic l'I où les inodilic. liions (joVIIc .1 subies dans les dciiiicis Icinps son! I);il;i\ccs, coiniiic des toiles (i'.M';iii,Mi(''e, du siuictuaii-e ; si, dis-jc, nous faisons ce; rappioelienienl , nous Irouveions (|U(^ rcvani;ilc de saint Mallliieu poile en soi la pi'cuve (ju'il a clé ccril poiii- |ii'0(latnef la cliiitc du judaïsnu^

Mais si les paraboles , de la conservation descjuelles nous sommes s|)écialeni(Mit redevables à saint Mallliieu, indi(|iient toutes cette intention marquée de sa |)art, elles n'appartiennent pas moins , sous beaucoup d'autres rap{)orts , «à TK^liso eatlioli(iuc, et, ])our celte raison , il était impossible aux Juifs de les comprendre dans toute leur plénitude. Donnons un exemple h raj)pui de ce (pie nous avançons. La parabole du festin de noces indiquait assez clairement aux pharisiens (pi'ils avaient refusé l'invitation que Dieu leur avait faite de venir prendre part à son banquet, et que ceux pour lesquels ils ressentaient une haine i)rofonde et un souverain mépris y avait été conviés à leur place. Mais ce qui suit ne les regarde j)lus. Parmi les invités de la seconde catégorie , il y en a un qui se présente sans être revêtu de la robe nuptiale , et qui se voit immédiatement expulsé de la salle du festin. Ce malheureux nous représente un homme qui , déjà chrétien , mais s'étant rendu indigne de ce titre auguste , est puni avec non moins de sévérité que les pharisiens. Comment ces derniers auraient-ils compris la force de cette déclaration? C'est à nous que l'intelligence en est réservée. Mais alors, aux yeux d'un chrétien, la scène tout entière change. La parabole ne lui représente point l'Eglise ou le royaume de Dieu sous son aspect le plus général ni au point de vue extérieur, mais elle lui montre ce qui appartient exclusivement aux enfants de ce royaume. L'oeil des Juifs ne peut pas percer le mur d'enceinte qui leur dérobe la vue de ce sanctuaire. Quant à nous, l'Eglise nous invite à entrer et nous offre , non point une foi

'» I IKS I'AHABOLKS

aiiclc el des pi'cct.'plcs pleins de sécliei'csse , mais un It'stin où l'on relrouve la joie et la paix du foyer domestique, et dont Dieu a daigné préparer lui-même la table , toujours somptueusement servie. Ce banquet est le symbole de l'unité intérieure : nous ne formons (ju'une maison , qu'une famille , (ju'uii corps. Le royaume de Dieu est pour nous un festin , que dis-jc? le festin par excellence ; il nous est aussi impossible de séparer l'idée d'une religion ardente et pratique de l'idée du banquet et du sacrifice eucharistique , que de nous figurer un logis sans foyer, ou une famille dans laquelle il n'y aurait pas une table commune. L'Eglise n'est pas seulement un lieu d'enseignement , c'est aussi un lieu de jouissances : elle est une salle de festin aussi bien qu'une salle de conférences. Et h quelle Eglise ce caractère s'applique-t-il à l'exclusion de toute autre ? Entrez dans l'Eglise catholique ( le type de l'Eglise considérée comme une abstraction ) , et vous y trouverez non-seulement une table , mais encore , s'il m'est permis d'avoir recours à une expression aussi familière , une table dont la nappe est toujours mise et qui semble vous dire qu'aujourd'hui un festin a eu lieu , que demain il y en aura un autre et que le jour suivant vous rendra la fête d'hier. Si un catholique se trouvait en présence d'un autre état de choses , s'il voyait l'autel nu et dépouillé de ses ornements , s'il apercevait ouvert et vide ce tabernacle, dans lequel on garde le banquet sacré toujours prêt à être servi , il en conclurait surle-champ , que ce lieu n'est plus destiné au culte , en un mot que ce n'est plus une Eglise^ tant, dans sa pensée, ces deux choses sont intimement hées, l'Eglise et le festin. Retrouverons-nous ailleurs ce sicne infaillible ? Si nous entrons dans un local où se réunit une secte dissidente quelconque , la chaire qui , avec quelques sièges , en constitue tout l'ameublement, n'éveille pas en nous l'idée d'une fête. Passons maintenant dans une éghse anglicane ; bien que la piscine ait peut-être été remise à neuf tout récemment, et que deux nouveaux sièges en chêne sculpté aient été placés auprès de la table de communion, ce ne sont là néanmoins que des meubles que l'on recouvre lorsque la famille est absenle du

Kl N(»l \ I M I I si WIIM' 'l ;{

l()j;is. Nous n.' >;iiiii(»iis ckhic ihui plus (jiic, d.iiis l'c^piil dr i.i |tlii[>.iil (les mciuhrcs de l'I'lnlisc aii;;li(Miic . il cxislc iiin* corrrlalioii aussi ('Nidcnlc (pic ii.iiiii'fllc ciiln' leur icliiiioii cl l;i l;il)lc (\c coiiuniinion . ni (|iic , piu' iiii(> associntioii d'idccs loiil iiislruclivc, ils |kmisciiI ;i celle dcriucic l()rs(jiri|s paileiil (l'dUcv à r/ù/h'sc. Nul , nous le léjjeloiis encore une lois, mil o\co|)le un calhorKiiie ni' peut coiniirondi'i^ loule la porli-e d(; ( elle |)aral)ol(\ En (îllbl , (juand noirci Scii^ncîur la jiroposaiL aux Juifs , il parlai! do son i-o\a.iin'.' , e'est-ii-dirc do son Kiilise : par consé(jn(Mit (ù'st h cello-ci (lu'ollci s'applicjuo. Mais (|uan(l celh' application osl faite comme un cdMir callioli(|iie doit ncccssair(Mnenl la faire* , loulcs les pailies s'haimonisenl d(* la manière la plus admirable , le tableau est parfait, tous ses détails sont ])leins de beauté et féconds en enseiij;nemcMils de toute nature. Kilo associe les deux idées de TEi^lise (»t de l'eueharislie , ({ui , en Jésus-Christ seul , sont presque corrélatives. Telle est l'uniqucv solution d'un important problème , à savoir comment une pai-abole proposée au sujet de l'une peut admirablement s'appliquer à l'autre.

Saint Marc est d'accord avec saint Matthieu sur ce point comme sur tous les autres, c'est ])ourquoi nous ne ferons ici aucune remarque particulière sur son compte. Mais si l'on vient à étudier saint Luc, on découvre, h l'aide des paraboles consignées par lui , que son évangile tend vers un autre but et est animé d'un esprit différent. Il ne s'attaque pas aux Juifs , il ne s'efforce pas de déraciner leurs préjugés ni de prouver à ceux d'entre eux qu'il parvient à convertir , que le temps de leur religion et de leur nationalité est passé. 11 écrit pour les Grecs et pour les néophytes du peuple hellène, c'est-à-dire pour des gens avec lesquels il n'était pas difficile de s'entendre sur ce dernier point ; aussi son objet est-il de mettre sous leurs yeux la supériorité de la morale de Jésus- ^ Christ et de leur faire sentir la beauté de sa religion , en leur démontrant l'influence qu'elle exerce sur le caractère et la nature de l'homme. Il y a plusieurs paraboles qui lui sont communes avec saint Matthieu , telles sont celles du semeur , des

il I.KS l'AKABOI.KS

cent brebis, de la vilmio cl des ouvriers , cnliii , celle du Icslin de noces. Les paraboles du grain de sénevé et du levain, se trouvent aussi dans son évangile , mais ne semblent pas appartenir à une série (jui se rapporterait à l'Eglise. Quant aux suivantes, dont tout le monde admire l'exquise beauté, elles lui appartiennent exclusivement; ce sont : 1" le bon Samaritain 1; 2" l'cMifant prodigue 2; 3" l'intendant infidèle^; 4" le mauvais riche et Lazare^; 5" le pharisien et le publicain ^; G" enfin cette courte parabole , mais en même temps la plus douce de toutes , celle des deux débiteurs auxquels le créancier a remis leur dette, et dont l'amour est proportionné à la bonté dont il a fait preuve à leur égard , touchant plaidoyer en faveur de Marie-Magdeleine auprès du pharisien ^. Nous ferons aussi observer que plusieurs de ces paraboles n'ont pas été faites en réponse à des questions , mais sont comme autant d'émanations directes et spontanées de la divine sagesse de Jésus-Christ ; par conséquent , nous devons les considérer comme renfermant d'importantes leçons , dont chacune est complète en soi. Effectivement , si nous les étudions attentivement dans l'ordre où nous les avons énumérées, nous découvrirons qu'elles renferment la théorie tout entière des points suivants dont l'importance est si grande dans la pratique • '1° la charité active et parfaite pour nos frères ; 2" l'histoire complète de la chute du pécheur , de son retour et de son pardon ; 3" l'obligation de faire l'aumône et les motifs qui doivent nous y porter ; 4° le principe vital et fondamental de la foi de l'homme , ainsi que l'usage et la valeur des créatures, et les conséquences qui résultent pour nous , selon que nous agissons bien ou mal d'après ce principe'' ; 5° la doctrine complète de la prière^, et 6" le caractère

* Saint Luc, X. 30. 2 x. 1 1 . * ^ ib. XVI.

^Ib. 19. 5ib.XVlU.fO. ' Gib. VI[. 40.

' Le principe tout eniier des exercices de saint Ignace existe dans cette parabole.

8 II faut y ajouter la parabole qui la précède immédiatenaent , celle du juge inique qui ne cède qu'à rimportuiiilc de la veuve. Saint Luc ,V. 2.

1)1 NdlVrVI TKSTAMKM 45

(ill vôrilnhlr I ('|((Milir , ses mollis , ;iiiisi (jiic |r |irincij)L' n'-d (in IKii(i()ii v\ di" l;i jiislilicMiioii.

Avant (i'ciilrcr (iaiis «ics di'laiis sur ainiiii dc ces |i(»inls, nous icMiaKiiicioiis (jiii' ces |)ai;ii)()lrs onl ciicoic i;i|)|i(mI aii\ (l(>V()iis visil)I(\s vl |)rali(Hi(*s, il ia iikh.iIc dc I'l-'i^lisc. KIlcs reprrs(Mil(Mil iinc ((uidiiih' suivie , des princijics mis en jujili- (iiie ; cilrs nMilriMKMil les motiis iiilri'iciiis (|ui (l(ii\('iil aiiimor i(^s actes exiérieurs du les iiisj)iraii()ns de ia fi;rAco (jui I(î8 relaient, do même (jiie la deseripliou dos mouvomenls du corps pr(^siipposo , de la part de l'anus , dos jx'nsées ou dos désirs correspoiuianls. ( l'est à un autre évani^élislo (ju'apf)artient la tAclie plus sublime do décrire riiilluence directe et invisible do la grûco. Mais ces ])araboles, en i;énéral, contiennent de nouveaux principes d'action el Iracent une ligne do conduite qui no pouvait pas être comprise parfaitement sous le rogne de l'ancienne loi , car elles ont rapport à ce qui devait être développé dans la législation nouvelle. Et bien que quelques-unes d'entre elles, qui ont pour objet dos obligations morales , paraissent pouvoir s'appliquer indistinctement h toutes les formes du christianisme , il n'en est cependant pas ainsi. Il n'y on a peut-être pas une qui ne renferme une idée tout à fait incompatible avec le protestantisme • prenons, par exemple , le publicain qui , priant dans le temple , se tient au loin ; de quoi rostc-t-il éloigné? le catholique, sans hésiter, répond : (c de l'autel , et par conséquent , il se tient à l'extrémité de l'église ; » puis , s'il est un peu plus instruit que le vulgaire, ce même catholique ajoutera : (( à l'endroit oii l'Eglise primitive obéissant au sentiment que renferme cette parabole , plaçait les pénitents et où ceux qui font un pèlerinage pour l'expiation do leurs péchés , viendraient encore s'agenouiller aujourd'hui. » Un protestant se contenterait de répondre : ce cette parabole a rapport au temple de Jérusalem et non à une Eglise chrétienne. » Lequel des deux , demanderons-nous a notre tour , attribue à la parabole son sens réel? Mais si ce protestant appartient à la Haute-Eglise , sil pense que la parabole puisse être appliquée a notre

40 LES PARABOLKS

rpocjue (l'une miinicre aussi positivo , nous lui ])oscrons encore une question : les pénit(,'nts , dans son Eglise , se tien- Ytcnl-ils, par respect , éloit^nés de l'autel durant les jours de la semaine? Cela leur est-il naturel ? Pour nous, il en est <iinsi. Et pourquoi cela? Parce que le sanctuaire catholique , plus encore que le temple de Jérusalem , possède un Saint des saints sur son autel , dans la Sainte-Eucharistie : tandis (pie la table de communion des protestants, lors m(^me qu'elle a atteint son plus haut degré de perfection , n'est surmontée que d'une croix et de deux flambeaux ; la première , faible emblème d'une image possible ; l'autre , d'une lumière éteinte ou dont on intercepte les rayons. D'un autre côté , la parabole de l'intendant infidèle implique l'idée d'une intercession de la part de ceux qui sont dans le ciel : qu'on vienne à éliminer cette idée et la parabole cesse d'être complète. La parabole en faveur de Maric-Magdeleine a pour objet exprès de prouver que l'amour , et non' simplement la foi , doit servir de base à la contrition ; elle montre aussi la valeur et le mérite des actes extérieurs pour la manifester ; le désir du pardon , les larmes, la pénitence et la satisfaction y reçoivent une approbation formelle ; enfin , on y trouve une déclaration extérieure du pardon accordé.

La parabole de l'enfant prodigue exigerait plus d'espace que nous ne pouvons lui en consacrer ici : mais nous n'hésitons pas à proclamer que l'œil d'un catholique peut seul en découvrir toutes les beautés. Qui , hormis un catholique , v peut tracer un parallèle exact entre la maison paternelle et l'asile que le chrétien trouve dans l'Eglise? Qui, sinon un homme familiarisé avec les aveux de nombreux pécheurs qui lui ont ouvert leurs cœurs , pourrait ainsi retracer chacun des pas qui ont été faits dans le sentier de l'erreur? Quel autre serait capable de raconter h plus d'un auditeur étonné l'histoire des misères de sa vie , ou plutôt celle de l'enfant prodigue , de manière à la présenter comme un miroir à ses yeux , et à lui faire sentir toute l'amertume de son cœur? Et quand J'homme égaré a été ainsi exhorté à revenir au foyer paternel ,

m N(H M" VI II SI \Mi:.NT. VT

où , (Ml (Icliors lie ri'lf^lisc , rcliiMivfj-.i-l-il (!cs cmbrasseiiicnls d'un aidciil iiinouf, | in ('('(It's , il est vrai, de ravcii (jiic le Im'cIkmii" doit laii'c (li; ses failles , mais (jiii «'limUciil n\ (jin jijijc soiic ce [tcnihlc av(Mi sons les carcssns du |»ai(lon? Oui lui iiMidra la robe de lii i;;iA('0 , raïuieaii de l'adoplion liliale , les sandales d'un forlilianl eneonrai^emenl ? Où, snrlonl , verra-t-il un somptueux l)aii(|uel préparé , non pas seiilemeul pour réparer ses forées, mais pour iiMer son retour el en faire; uruî occasion do réjonissanees? Tons ces détails si minutieux , si naturels, si consolants , ne font-ils (juc [Présenter, sous une forme a la fois pomi)CUse et stérile, un(^ idée bien simjile, e'est-h-dire qu(* , par un acte intérieur, la conviction d(^ son iniquité et le senlimcnt de son pardon son! simultanément (*nlrés dans une amc ? Ou bien signilient-ils qu'un homm(; s'est repenti (toujours intérieurement) de ses éti;arements , qu'il a pleuré en silence sur le passé et résolu de chan2;er de conduite? Allons plus loin : supposons qu'il se soit appliqué h lui-même l'absolution t^énérale qui se donne dans le service du matin , ou qu'il soit allé trouver son ministre et lui ait fait part de ses remords et de ses résolutions, h quoi le susdit ministre aurait répondu : « qu'il en était bien aise et qu'il espérait qu'à l'avenir il se commettrait moins de vols dans le pays, » sera-ce là , demanderons-nous encore, la plus simple expression des détails que nous avons donnés? Mais , plaisanterie à part , il n'y a pas un curé , pas un missionnaire , pas un directeur spirituel qui ne soit en état de citer vingt cas de conversions dans lesquels le parallèle avec l'histoire de l'enfant prodigue est susceptible d'être poussé jusqu'au bout ; d'un autre côté , il n'y a pas dans l'Eglise un seul pénitent qui ne puisse dire que, depuis le jour où il s'est écarté du sentier de la vertu jusqu'à celui où la sainte communion a couronné sa conversion , il a vu et ressenti , dans des actes comme dans des services sensibles et dans leurs effets , tout ce que notre Seigneur décrit avec tant de soin et de précision.

En réclamant ainsi pour l'Eglise catholique , à l'exclusion de toutes les autres , la faculté d'apprécier toute la beauté des

48 IFS l'ARABOLES

pjiraboles do notre divin Sauveur, vu démontrant qu'elle seule les réalise dans tonte leur plénitude , nous espérons avoir préparé les voies à une autre eonclusion. On peut remarquer que la vérité nous offre toujours deux espèces d'évidence. L'une consiste dans ces preuves concluantes et directes sur lesquelles repose la vérité ; l'autre dans cette multitude d'arguments accidentels qui, convergeant de divers côtés, se rencontrent sur un même point. La première nous mettra en possession de la vérité ; mais la seconde souvent se rendra plus sensiblement maîtresse de notre conviction. Celle-là est semblable à la tige ; celle-ci ressemble aux surgeons et aux excroissances qui s'attachent à tout objet susceptible de leur prêter un appui et souvent sauvent la plante qui, sans eux, eut été brisée par un coup de vent. Nous osons nous flatter que les considérations que nous venons de présenter sur les paraboles , quelque faibles et superficielles qu'elles soient , contribueront néanmoins à former cette espèce secondaire d'évidence en faveur de notre foi.

En effet, ce doit être pour notre cœur une grande source de satisfactions de découvrir que , dans notre religion seule et dans nulle autre, cette partie de l'enseignement de notre Seigneur est remplie à la lettre. Nous sommes arrivés par d'autres voies à nous faire une idée claire des différents dogmes et a les rendre les objets de notre croyance; nous y avons été amenés par les textes les plus faciles à comprendre de l'Ancien Testament et du Nouveau, par l'enseignement de notre Seigneur et celui de ses apôtres, par le concours du témoignage de l'antiquité avec la voix de l'Eglise moderne. Puisque de toutes ces causes réunies a résulté cet admirable système de l'Eglise catholique dont le gouvernement , le caractère, les devoirs , les sacrements, les rapports avec le monde et avec le temps sont hardiment et clairement définis , puisque , si l'on prend cette partie des instructions de notre Seigneur qui paraît la plus obscure et qu'on vienne à l'analyser, on trouve qu'elle s'adopte exclusivement et de la manière la plus exacte h ce point de vue , il faut en conclure que cette

ni M»t \ r M 1 1 si \Mi M W^

l\i;lisc t'I crllc série il»' piiiiiholcs ont eh' l'.iilcs rmic jinm riiiitic el (|IM' lollies (leii\ soiieiil de lii iiiciiie in.iiii. {'.'{•s\ iuiisiijiie les e\j)(''ri('ncosm;i^néli(iucKS()iil venues de nos jours il l'appui de la IhéoriiMle Newton.

('cpondanl nos faihies reelierihes nous oui conduit ;i une p('nsée (l'un ordrt; plus élevé et nous espérons (|u'(;ll{; ne sera jiiis taxée de présoniplion. Notre Seii^neur , lorscju'il piopose ses paraboles, j)aile (rahondanee , s'il nous est j)ermis de nous servir d'une telle expression, ear il répond d'ordinaire à des (juestions (jui lui sont faites dans le eourant de son instruction. Ceux mêmes (jui ont eu l'impiété de [)rétendre (|ue l'Es angile tout entier était ime œuvre antérieure ii Jésus-Clirist , une invention faite par quelques disci[)l(?s dans les premières années de l'en; chrétienne , doivent au moins admettre que le recueil de ces paraboles est de beaucoup antérieur à l'époque où, selon eux, le catholicisme a pris son développement actuel. Comment donc expliquer la perfection admirable avec laciuellc ces deux choses coïncident sur tous les points? Qu'on nous permette de faire observer (jue les fondements de ce magnilique monument qu'on appelle le christianisme, avaient été jetés sans qu'un plan formel en eut été tracé ; le corps de ses lois ne se trouvait pas resserré dans un code inflexible ; nul décret n'avait statué d'une manière définitive sur la forme de son gouvernement; les doctrines n'étaient pas comprimées dans un symbole ; enfin , ni ses maximes , ni ses préceptes n'avaient été longuement développés dans un savant traité. D'un autre côté , les hommes qui avaient été choisis pour ériger l'édifice ne donnaient pas à penser qu'à l'aide de matériaux épars , ils parviendraient à achever un tout parfait et harmonieux. Toutefois tel a été le résultat. Les pierres s'ajoutèrent aux pierres, pour ainsi dire d'elles-mêmes et en vertu d'une sorte d'attraction mutuelle ; et bientôt l'édifice entier s'éleva comme par enchantement ; sa structure massive le mettait à l'abri des injures du temps , mais sa solidité n'excluait en rien la régularité, la richesse et la magnificence. Gouvernement, loi , foi , morale , discipline , tout avait été prévu et réglé ; et

il EL.

1)0 I,FS PARABOLES

;i mosiiro (fiie !«' monnint^nt se développait el s'étendait de Ions les côtés , des dispositions colossales paraissaient avoir Ole prises pour que le plan et les matériaux répondissent aux besoins de son agrandissement. Cest de cette façon qu'il continua à se dévelopi)er , non pas sans avoir éveillé dans quel- (jnes esprits la pensée qu'il dépassait ses dimensions primitives. Qui ne voit dans tout ceci une preuve de la divine sagesse qui avait tracé le plan de l'édifice et présidé h son érection? Mais supposons que notre Seigneur, comme quelques-uns le prétendent , ait abandonné aux causes natijrelles et à l'action du temps le soin des détails de son système ; admettons qu'il n'ait fait que tracer les lignes principales et qu'il ail permis à d'autres mains de remplir les intervalles laissés par lui; allons même plus loin et disons, d'après une théorie protestante . que l'Eglise catholique , sous sa forme actuelle , est le résultat de la corruption et des superstitions accumulées des siècles, — toujours est-il que , dans toutes les hypothèses , le même fait subsiste et contribue puissamment à renverser ces suppositions erronées. Quelles que soient les causes qui aient amené la présente organisation ou le développement actuel de l'Eglise , il est évident que les paraboles de Jésus-Christ qui ont rapport soit à l'Eglise ellemême , soit à ses opérations , lui sont applicables à la lettre dans l'état où elle se trouve aujourd'hui. Appelez la confession un abus , une erreur ou tout ce qu'il vous plaira , il n'y a pas d'autre institution sur la terre qui soit capable de donner , comme elle, à la fin de l'histoire de l'enfant prodigue, le caractère d'une leçon ou d'une vérité pratique. Notre Seigneur avait prévu tout ce qui devait arriver et il y avait pourvu par des règles et des principes. Celui qui , après avoir simplement jeté dans le monde les premiers fondements d'une religion , avait su néanmoins , sous une forme mystérieuse , décrire ce que devait être cette religion et en régler les institutions après qu'elle aurait traversé plus de dix siècles de vicissitudes , ne pouvait avoir un autre nom que celui qu'il revendiquait , c'était le législateur par excellence , l'auteur suprême de la nouvelle loi , le verbe de Dieu incarné. Et ce

Dl NOI \ I M 11 slWIIM . .')1

svslrtnc , .'ixcc |r(|iic| son ciisriKiicmciil |in)|»lii''li(jiu' («uikkIc Hiinr manier»' si |>iirliiil(' , ncsamail ("'lie iinc illusion ni loiiviai^(* (Ic la «-oii-nplion des lioinnics.

Ponisuivons |MUir lane scnlii" loiilc la force (J(î cet arp;wmenl , c\ vnn:m\\Hms l'iinmenso siipérioiilé de la jiosition de noiro S(Mi!;n(Mn- coinpairc i\ celle des prophètes d'ini c(Mé , et do rcinlrc h celle des af)(Mies. Panni les premiers, celui dans loijuel on retrouve le |)lus i^rand nombre de paraboles tant parlées (|U(^ mises en action , est sans contredit I'>.éeluel. Mais ni lui , ni aueun des autres pro])li(Mes n(* se hasarde jamais à en proposer une en son })ropre nom. La paraboh; , et son application émainMit toujours d'un ordre de Dieu. D'im autre cAté, les aj)(Mrcs protestent constammeni dans leurs écrits qu'ils ont été instruits etipie leur doctrine leur a été communiquée Kux aussi ont recours l\ des exhortations et donnent des avis. Or, c'est toujours en son propre nom que notre Seigneur propose ses paraboh^s, il les donne comme venant de lui et n'invoque aucune autorité étrangère. Pourtant ces paraboles contiennent des modifications de l'ancienne loi , annoncent que les Juifs sont rejetés ou plutôt jiortent l'arrêt qui les rejette, donnent les termes dans lesquels Dieu formule son pardon , définissent les devoirs de la religion nouvelle et promulguent la nouvelle loi. Souvent, comme pour établir un contraste avec l'expression de dépendance dont se servent les prophètes (ainsi parle le Seigneur), ces déclarations définitives que fait le Sauveur sont appuyées par ces mots : En vérité, je vous le dis. Si l'on considère que plus on est près de Dieu et, par conséquent, plus on est parfait, plus fort aussi est le sentiment de la dépendance et de l'humilité qu'inspire un tel honneur; si Raphaël en s'adressant à Tobie ^ , si Gabriel saluant Marie ^ , si l'ange qui fut envoyé à saint Jean*^ déclarèrent , d'une manière plus explicite encore que les prophètes, qu'ils n'étaient que les messagers de Dieu , nous ne saurions admettre qu'il existât même un seul point de

« Job, \n 18. ii Saint Luc, I. -"^ Apoc. XIX. 10.

r)2 I.I'S PARAROLKS

séparation enlic la divinité et celui « qui n'a point cru que ce fût pour lui une usurpation de s'éii;aler à DieuV » En ce qui concerne la seconde comparaison, c'est certainennent un point digne de remarcjue que le nnot exhorter n'est employé nulle part dans l'Evangile , excepte une fois dans saint Luc au sujet des prédications de Jean^. Et ce qui rend cette remarque plus importante , c'est que le même évangéliste fait un fréquent usage de ce mot dans les Actes des apôtres. Notre Seigneur parle toujours sur le ton du commandement et ne laisse d'autre alternative que l'obéissance. 11 ne donne pas d'avis , ce qui supposerait une science imparfaite ; mais il enjoint de tenir telle ligne de conduite et nulle autre que celle-lh. C'est là ce qui constitue en réalité le fait auquel nous avons fait allusion précédemment, quand nous disionc> que notre Seigneur enseignait avec autorité; c'est-à-dire comme exerçant toute puissance sur la loi elle-même , comme possédant une juridiction légitime et inhérente à sa divinité. >^

Nous craignons de nous être laissés aller à une longue digression et , dans le fait , nous prions le lecteur de se reporter par la pensée à l'énumération , accompagnée de quelques mots de commentaires, que nous avons faite des paraboles contenues dans l'évangile de saint Luc. Nous avons passé sous silence alors celle qui est sans contredit la plus parfaite de toutes sous le rapport de la forme et la plus belle quant à la substance , à moins que celle de l'enfant prodigue ne lui disyjute le premier rang. Nous voulons parler de la parabole du bon Samaritain. C'est à dessein que nous avons omis d'en faire alors le sujet de nos remarques ; nous lui réservions une autre place dans notre dissertation. Le moment est venu d'en parler et elle fera mieux comprendre tout ce que nous avons à dire au sujet de l'application des paraboles que toutes les observations que nous pourrions tirer de notre propre fonds. Si nous n'avons déjà lassé la patience de notre lecteur , nous le prierons d'entrer avec nous dans quelques détails.

i Philip. 11. 6. '-i Saint i.uc , III. 18.

i»i' Noi \i:\r II Ni \Mi:Nr. 58

I . Si 1(»ii \('iil prriidic |;i peine (le lire l.i jiar;il)()l(*. telle (jiiVlle est r.ij>|K)!lee iiii dixième eliiipiiii; de siiir)! Liic , on nous épiiii^Mieiii lii Llelied'en iaiic^ Ic ii'-eil . Touh lois, on iioiis |)erinelli;i d'iiidi(|iuM- en (iuel(|iics mois (*(Mliiin(»S(',ir(:onHt.'incc8 <.|ui diirenl c\\ iuii^nuMilcM- ((insidérahlcMncnL l'iiilércH aux yeux (l(M*.(Mix (|ni l;i i('cuc;illir(MU des lèvres mêmes d(3 Jésus-CJnist. \o(re S(Ni;n(Mir vu pl.ieo lo lliéiUrc entre .léiusalem et Jéricho. Oi", le nom de cette dernière ville ne sii^nilie pas ht lunc^ comme quel(jues-uns le prétendent, mais fait allusion à la suave odeur du haume (|u'on (Hillivail principalenKMil dans cotte localité. Le nom arabe de Hihlui (|ii'elle porte encon^ aujourd'hui conlirnK^ cette étymoloi^ne. De nombreux raj)ports devaient donc nécessairement exister entre Jéricho et la capitale de la Judée, laquelle n'en était éloignée que d'une journée de marche. Mais notre Seigneur a placé la scène de sa parabole sur h» route qui joint ces deux villes, parce ({u'elle était connue pour être infestée par les voleurs. C'est ainsi qu'un écrivain anglais du siècle dernier l'aurait placée dans les bruyères de Ilounslow. La Palestine a été de tout temps en proie à la même espèce de brigands; ce sont des bandes armées composées de gens désespérés, ou des tribus d(; Bédouins ^ , qui ne reculent devant aucune violence , lors même qu'on ne leur résiste pas. Tous ceux qui entendaient notre Seigneur proposer cette belle parabole et qui connaissaient cette route devaient se représenter immédiatement le lieu auquel il faisait allusion. Cet endroit était situé à une distance d'environ sept ou huit milles de Jérusalem , et il est encore aujourd'hui aussi redoutable qu'il l'était autrefois, car en Orient les coutumes changent peu. Le même état de choses subsistait au temps de saint Jérôme , et le nom du lieu suffisait pour en indiquer la réputation. On l'appelait, nous

* Saint Jëfôme, sur Jér. HT. 2, fait observer que par les voleurs dont il est fait mention ici , « on peut entendre les Arabes dont la nation , adonnée au brigandage, infeste encore les confins de la Palestine , et occupe la route qui conduit de Jérusalem à Jéricho »

54 us I'.VHABOLKS

(lil-il , Malcdoinm'nn^ , c'cst-ii-dire rallaque uu rirrupliuii des Iduinéens, j)arce (jiic jjiobablemenl une grande j)arlie des brigands appartenait ii cette nation. Dans les pays on la manière de voyager ne change pas , la longueur des marches et les distances où il est nécessaire de faire halte demeurent à peu près les mêmes. De là vient que des hôtelleries subsistent ])endant des siècles entiers au même endroit. Il est constant que cet usage règne en Italie et qu'il existait autrefois en Angleterre. En Oiient où il s'opère moins de changements qu'en Europe, celte coutume est plus généralement répandue. Uallure de l'âne ou du chameau est aujourd'hui ce qu'elle était autrefois, et c'est toujours de ces animaux 8onl on se sert pour voyager en Palestine. Encore aujourd'hui il existe, ou du moins il existait il y a quelques années , non loin de l'endroit indiqué dans la parabole, un khan ou hôtellerie. La tradition a été si fidèle et, en même temps, la magnifique leçon de notre Seigneur s'est gravée si profondément jusque dans le sol , que cette hôtellerie est connue sous le nom de khan du bon Samaritain^. Mais deux autres raisons militent en faveur du choix que notre Seigneur a fait de cet endroit. La première, c'est que Jéricho était , après Jérusalem, la principale résidence des prêtres et des lévites qui venaient tour à tour dans cette dernière ville pour desservir le temple. Les écrivains juifs nous apprennent que le corps des prêtres était divisé en vingt-quatre classes, dont douze résidaient à Jéricho. Chaque classe comprenait un certain nombre de lévites^. 11 était donc naturel que les gens de cette profession , bien qu'ils ne fussent pas d'ailleurs dans l'habitude de voyager , vinssent a être rencontrés sur cette route. D'un autre côté il est également très-probable que le même jour où un prêtre devait

tIZ^^*T ^^ n^V*^ • Saint Jt.'rôuie , d'après Eusébe , traduit cette expression par à,vccCx7i>; Trvppav voulant dire, par ce dernier mot, des hommes rouges de sang. De situ et nom lor. Hebr. Plus tard on établit en cet endroit un poste de soldnt> pour protéger les voyageurs.

- Manti , V'iaggi per l'isola di Cipro , e per la Sona , e Paleslitia , vol. III. tap. S

^ JdUii li, .laauilh loi 1^7.

DU NOIVKAI IISIAMKM. 55

p;iss(M" (rime mIIcji riuilrc, iiii l(''\ ilc cntrail iiiissi en Iniiclion» DU l)i(Mi en soiliiil , (le sorh' (|ii'il iMnivait voynj^ci ;i nue dislîinciî i('S|)oi:lu(Uisc di' son su|)('Mi('ur , mais ccjx.'iuiaiit îisso/. pi'rs dt' lui |)(Hii' jouir (l(; l;i luoliMlion d(; son rscoilo ou do sa siiiU*. (IcJa (*\[)lu|U(' j)oiir(|ii()i le j)r(''lr(^ aiiivc lo prrinici* ci Ir lôvilo on second lieu , conliaironitMil ii l'ordi e dans locjucl nous aurions iniai^iné (ju'ils devaient enlrcM* en scène, jmur faire voir leur insullisance respective. I.a secondes raison qui justilie le choixde ce lieu, c'est (juc; Jc'micIio se trouvait située sur la loule de Samarie à Jérusalem , non pas vu lii^ne directe , mais en suivanl le grand chemin. Il était donc parfait(;m(;nt possible c|ue des all'aires eussent amené un Samaritain sur cette route , la seule peut-être^ (pii e\ist;U dans toute la Judée. Nous })ouvons facilement nous ligurei' (juelle vive impression une parabole, ainsi improvisée dans tous ses détails pour répondre à cette question inconsidérée : (( Qui est mon prochain? )) devait produire sur des hommes qui étaient ii mémo d'apprécier la vraisemblance et l'exactitude des moindres circonstances relatées dans ce pittoresque récit. Tous les autres détails , ne sont pas moins fra])pants de vérité. Un homme voyageant seul et à cheval dans nos climats, n'emporterait probablement pas dans son modeste bagage des onguents ni des médicaments ; mais en Orient , par une heureuse coïncidence, ce qui servait de provisions de bouche était considéré comme le meilleur remède qu'on put ajjpliquer aux plaies et aux contusions de toute nature. Les hôtelleries d'Asie n'offrent au voyageur qu'un abri; il faut qu'il ait soin d'apporter avec lui ses provisions. Deux choses indispensables étaient l'huile pour assaisonner la nourriture et le vin destiné à la boisson. Or, le Samaritain venait d'un pays où ces denrées étaient de la meilleure qualité ; la terre de Samarie produisait l'une , et l'autre se trouvait le long de la côte , depuis le Carmel jusqu'à Saron. Il devait donc naturellement avoir emporté avec lui un flacon de l'une et de l'autre pour son usage personnel. Un

' Olcum pretiosissimum missum est ab Ephiaïm , cvijus terra Samaria olei

reracissima est. (S. Hieron. in Os. XII. i .)

56 I'Ks l'AHAnoi.Es

mélange de vin et d'huile était un médicament très-commun ])armi les Juifs. Nous citerons les paroles de leurs écrivains, ])aice (ju'elles font voir combien notre Seigneur avait raison lorsque , dans d'autres occasions , il s'élevait contre la rigidité absurde avec laquelle ils observaient des pratiques sans importance , et contre leur rigorisme inflexible à l'égard du sabbat. « Une antique tradition nous avertit qu'il n'est pas permis de mêler de l'huile et du vin le jour du sabbat, pour soulager un malade. » Ailleurs , il est dit : a On peut préparer un médicament ])0ur un homme souffrant le jour du sabbat. Dans quelles circonstances? lorsque l'huile et le vin ont été môles la veille du sabbat. Mais si le mélange n'a pas été fait la veille, cela est interdite » Quoi d'étonnant si des hommes qui jugeaient qu'il valait mieux laisser mourir un malade que de préparer un remède pour le sauver , le jour du sabbat , avaient facilement trouvé des prétextes pour se dispenser de relever un malheureux mourant sur le bord d'un grand chemin? C'est donc par une circonstance toute naturelle que le Samaritain panse les blessures du pauvre voyageur, et il devait nécessairement porter avec lui les choses indispensables pour ce pansement.

Nous n'ajouterons qu'un seul mot. Il est rapporté que le Samaritain en remettant le blessé à la charge de l'hôte , tira deux deniers qu'il lui donna, en disant ; (( Ayez soin de cet homme , et tout ce que vous avancerez de plus , je vous le rendrai à mon retour^. » Sans entrer dans une discussion savante sur la valeur du denier , il nous suffira de dire que cette somme était considérée comme un salaire libéral pour une journée d'ouvrage. En effet, les ouvriers qui avaient porté tout le poids du jour en travaillant dans la vigne, se montrèrent satisfaits de cette rémunération, jusqu^à ce qu'ils eussent vu ceux qui n'étaient venus qu'à la onzième heure la recevoir

i Sliabbat,fol. 134. — BcrachoLh, fui. 3. op, Wetst. iu loc. ■2 Saint Luc ,V. 3o.

\)\ M)i \i;\i ii;sr\Mi:M . •><

roiiimc «Mi\ ' I.. I somme (|ii<' !«' S.imariliiiii aviiil (Ioiuhm* (levait (loiic siilliic l\ rcnliclKii dii iii.il.id.' |M'U(laiil deux jours , v.{ si iioiis coiisitléioiis (|ii(' Ic S;iiii;iiiluiii . (|iii nV-lail plus (|irii sr|)t milles de .h'lnsalcin , Oil il so rendait"'^ , jM)iivait repasser par le iiu^me eiKlroil dans lo coiiraiil de la join ik'mî du lendemain, nous ne serons pas sur[)ris (ju'il n'ai! pas doime davanlai;e.

!2. Cette parahoh* es! clone parfaite au point de vue iwilcrid; tous les details en sont pleins d'exaetilude. Puis elle renferme ûv)> k\-ons aussi variées (iu'ini[)ortantes. D'abord elhî répond ellieaeement h l'inconvenante (juestion (pie le docteur pose à Jésus-Christ : u qui est mon prochîiin? » En second licMi , elle eonlienl une réprimande leiiihle , bien que; faite sous une forme si douce , à l'adresse de l'orgueilleux interrogateur : en i^fTet, elle lui apprend qu'un Samaritain comprenait le sens d'un précepte de la loi mieux qu' un docteur juif. En troisième lieu , elle donne une leçon de charité pratique, sans distinction de croyance ni de nation ; doctrine complètement opposée au principe de ceux qui n'accordent les secours de la charité au malheureux qui meurt de faim ou de maladie , (ju'à la condition qu'il renoncera à sa foi.

* Saint Matlh. XX. 13. Durant la famine qui est décrite dans l'Apocalypse, le prix des denrées est ainsi donné : « deux livres de blé vaudront uQ^nier, et six livres d'orge vaudront un denier. » Nous remarquerons que la différence de prix entre le blé et l'orge , telle qu'on la donne ici est comme un est à trois , tandis que dans la famine de Samarie la proportion était comme un est à deux. (4. Rois. VII. I.) U est dinicile de faire concorder les mesures et les prix aux différentes époques , car les monnaies et les mesures sont soumises à des variations. Les exemples suivants paraîtront peut-être incroyables, mais nous les citons pour faire voir tout ce qu'on pouvait se procurer autrefois pour la somme d'un denier. Josué Stylite rapporte dans sa Chronique qu'à Edesse , en 4D5 , trente boisseaux de froment et cinquante d'orge ne coûtaient qu'un denier (Assemb. Bib. Or. tom. -1 , p. -261). Plus tard le prix des denrées augmenta et l'on n'eut plus pour la même somme que quatre mesures de froment et six d'orge. Mais bientôt la cherté des vivres cessa , et pour un denier on se prot;ura douze mesures de froment et vingt-deux d'orge, (p. 271 , 272).

- Ceci ressort de la différence des expressions ; le prêtre et le lévite suivent le même chemin (juc le blessé, tandis que le Samaritain est en voyage et parle de revenir, ce qui suppose qu'il vient de chez lui et qu'il va à Jérusalem. Quelle heureuse image ! le i)rètre est celui qui suit la même direction que le blessé , lequel est son compatriote et son coreligionnaire ; le Samaritain au contraire va du cùlo opposé.

.'>S I.KS I'AIIABOLKS

3. Quiconque a lu celte parabohî , ii'\ a-l-il [jas reconnu lout de suite l'hisloire du monde el n'a-t-il pas compris que .Icsus-Chrisl était le bon Samaritain dont elle décrit la gém> reuse conduite ? Or, c'est là véritablement le point saillant de cette splendide composition. 11 serait im})ossible de parcourir en moins de mots toute l'histoire de l'homme depuis sa chute jusqu'au jour où l'œuvre de sa régénération complète et de son salut a été consommée. Cet admirable morceau atteste partout la main d'un grand maître ; les touches sont peu nombreuses, les groupes à la fois pleins de simplicité, de grandeur et accompagnés de détails suffisants pour leur donner un caractère distinct et bien défini. Pouvait-on trouver une image plus heureuse pour représenter la chute de l'homme que la figure de ce voyageur (y homo viator de l'Ecole) , qui , attaqué par des voleurs , a été dépouillé ])ar eux de tout ce qu'il ()Ossédait, couvert de blessures et abandonné sur la voie publique nu , respirant à peine et hors d'état de faire un mouvement? C'est dans ce moment que vient h passer le prêtre,personnification de tous les systèmes de rehgion qui existaient antérieurement , tels que ceux de Noé , de Melchisédech et même des faux cultes de l'Egypte, de l'Inde et delà Grèce. Tous avaient reconnu dans l'homme le type défiguré et déchu d'une créature plus parfaite ; mais nul d'entre eux n'avait su ni le guérir, ni le relever. Un peu plus tard vient le lévite , litre sous lequel est spécifié , ce qui auparavant était générique : il représente la loi et le sacerdoce de l'Ancien Testament , lesquels , mieux instruits de l'histoire de l'homme que leurs- prédécesseurs , étaient aussi incapables de hii })Orter secours. Enfin vient le Samaritain, celui qui est étranger à la race de l'homme. Jusqu'ici un Juif intelhgent pouvait suivre le récit de notre Seigneur , mais s'il voulait aller plus loin, il se trouvait en défaut. Reconnaissant dans le Christ un caractère en dehors de la race humaine, il se demandait comment Jésus se proposait de bander les plaies de l'humanité ? Quel vin et quelle huile il allait répandre sur ses blessures saignantes? Comment il chargerait sur ses éj)aules un le! fardeau que le corps meurtri d'une race lout entière luttant

1)1 Nul m:\i ii.si \mi:.nt. -'»'>

l'oiilii' lii iiiorl' Kl.iil il i)(>ssil)l(' iiu |)liis s;i\;iiit dr i/'soudrc ce |ir(il)l> iiic? Non. mil ne |m»ii\;iiI le l-uic , jilS(jirii l'accom- Hiisscnit'iil (les IciiiIjIcs iciililcs (|iii dcv.iii'iil coricsiioïKlic il (('lie paiiic de l\ paiiilnilo uiissi lidriciiiciil (jiic d', mires rraliU's corii'siioiuliiicnl jui icsIc , cl jilois iiiriiic. nul ru; rccnt une ivpoiisc sjilisraisanic aii\ (jiicslions (juc nous a\oiis j)osi'm\s plus haul (ju'api'rs (|U(^ k* syslcinc, (1(^ l'('X|)ialion lui cùl (Hé pnV'hr dans louU; sa plénitudes, (|u'a|)n"'s (|u'il cùL compris (|uc pai- l(*s ])laios do Jrsus-Christ nos plaies c'laicnt ;:;urries et que l(^ Sauveur s'était vraimcnl cluiri^r' de Ionics nos iniquités. C/csl pourquoi il vsl donné au proleslanl de pousser rintollii2;oncc de celte |)aral)olc beaucoup j)lus loin (pic cela n'élail jiossihic au Juif, hiiMi (pi'il nv la saisisse pas com- ]>lclcmiMit , mémo jusqu'au point où nous sommes arrivés, et (]u'il n'aille ])as au delà. 11 ne la saisit pas complètemenl , ■ disons-nous, parce que la nature sacramentelle des remèdes ;'em{)loyé par le bon Samaritain lui échappe. 11 connaît le vin , sans doute ; mais qu'est-ce que l'huile pour lui , car elle a perdu toute signification dans le système protestant ? Là , en elïet , elle ne coule pas sur le front de l'enfant régénéré par l'eau du baptême et qui vient prendre part aux privilèges d'un sacerdoce royal, ni sur le jeune athlète qui descend dans l'arène pour combattre des ennemis surnaturels , ni sur le prêtre pour lui conférer un caractère sacré et inviolable, ni sur le pèlerin fatigué au bout de sa carrière, pour le fortifier dans sa lutte suprême contre ce géant qu'on nomme le désespoir. Pour le protestant , l'huile a perdu son symbolisme ; elle ne lui représente plus la lumière du sanctuaire de Dieu , ni Vonction de sa l)arole , ni le baume suave et salutaire {olewn eff'usum) qui s'exhale de deux noms si doux dans la bouche d'un catholique. Elle ne rappelle point à son esprit la pensée de la virginité ; car , plus que tous les autres bienheureux , le chœur des vierges a reçu l'onction de l'huile de la joie. Elle n'adhère pas , comme un sceau sacré aux pierres de l'autel qui s'élève dans l'enceinte d'une antique basilique , jadis catholique, aujourd'hui protestante, afin que cet autel proclame à qui il appartenait autrefois. L'huile a disparu du système

60 LKS l'A II A HOLES

protestiuiL el, avec elle, la main du [)rùlro»levée pour bénir. Consecration de l'Iiomme , consécration des choses, l'une et l'autre ont cessé d'exister dans le protestantisme , il ne les connaît plus. Mais l'huile, emblème de toute consécration et de la grâce des sacrements , mais le vin, le plus pur symbole de cette source salutaire où l'on puise la vie et de son effusion par le canal des sacrements dans l'ame de l'homme, offrent tous deux à l'esprit d'un catholique la re])résentation la plus exacte qu'il puisse imaginer de la manière dont son Sauveur communique à sa nature souffrante la santé , la vigueur et la vie.

Ainsi que nous l'avons remarqué précédemment , le protestant ne fait qu'un pas de plus que le Juif vers l'intelligence de cette parabole, et s'arrête court. L'homme, arraché à une mort imminente est ensuite , selon la stricte doctrine du protestantisme, abandonné à ses propres forces comme à son propre jugement pour regagner sa demeure comme il pourra. Le bon Samaritain n'a délégué à aucune autorité sur la terre le soin de pourvoir à tous les besoins de celui qu'il a sauvé , ni la tache d'achever son œuvre. Laguérison a été complète dès le moment où il a touché le blessé ; et désormais si les plaies se rouvrent, nul ne sera là pour les bander ou pour offrir au malade une potion salutaire dans le cas où il viendrait à s'évanouir. Mais le catholique voit la parabole s'accomplir à la lettre et jusqu'à la fm dans chacune de ses parties. Le bon Samaritain a continué sa route et il n'est point encore de retour ; nous attendons sa venue à la fin des temps. Cependant l'homme , bien que guéri de sa blessure mortelle et assuré de sa vie , demeure encore une créature faible et maladive : il n'a d'autre nourriture , d'autres remèdes que ceux que la compassion de l'étranger lui a laissés. Mais celui-ci a confié. à des mains sures et fidèles le dépôt qui lui est si cher. Incapable de se passer des secours étrangers , hors d'état de se sauver seul par suite de l'affaiblissement de son intelligence, en proie à des souffrances sans cesse renaissantes , le malheureux blessé soni»e avec un sentiment ineffable de reconnais-

UL NOI MM I I '-rUIFNT (» I

s:iiu'0 , (|u'(Mi allrnd.'inl Ic jour on son Iciidrc .irni doil venir ic chcnluM- |)(mr U* raiiuMicr dans sa |)a(ri(' , il csl confié à des i;(Mis à (jiii il sera dcinaiidc' un ((impie exacl des soins qu'ils auront eus de lui, jiaree (ju'ils ont i-eeii de (|uoi siiliveinr ahondaninienl aux i)esoins du jursenl, (;t (jue des jirorncsses plus i^éniTeusos (nieore les aulorisent h l'aire toutes IcH dépenses (|u'ils jui^cronl ulléiieurement n(''C(;ssaii'es. Oui, c'est véritablement nue liAtellericî (juo celle* noble l'I.ulise de Jésus-('lirist , ee khan du bon Samaritain, car il n'exisic pas d'habitation permanente où l'homme ])uisse fixer son séjour, sur cette terre où nous ne faisons (jue passer pour nous rendre l\ Jérusalem, (lellc route n'est l'récpientée (jue par des pèlerins. Admirons la justesse du type choisi par notre Seiii;ncur, c'est une maison qui n'est pas notre demeure , où nous ne sommes, pour ainsi dire, qu'en j)assant comme des. voyageurs qui se dirigent vers une cité éternelle ; et pourtant nous y trouvons du repos, de la nourriture, des soins, des remèdes à nos maux et de quoi réparer nos forces, le tout à la seule charge de celui qui nous a arrachés à la mort et qui a fermé nos plaies. Ce n'est point h un individu qui se trouve par hasard dans la maison , en qualité de serviteur et pour un temps limité, que nous sommes redevables de ces bienfaits, c'est a la 7naison; elle est toujours la même, quel que soit celui qui la gouverne ; elle est toujours la même et la même pour tous. Certes nulle autre Eglise , en dehors du catholicisme , n'inspire à ses enfants cette douce confiance , ni ne leur fait sentir qu'ils sont les objets d'une sollicitude particuhère et qui ne se dément jamais. Ce sentiment est en contradiction avec la théorie du libre examen.

4. Voyons maintenant où la leçon pratique que renferme cette parabole est comprise et trouve son application. Est-ce dans les lois faites pour régler l'assistance publique, dans les associations charitables, dans les sociétés pour abohr la mendicité ou dans ces visites domiciliaires dont l'objet est de distribuer des pamphlets protestants? Non, mille fois non. Nous avons entendu parler dans ces derniers temps d'une

r>2 Lr:s rvn\Rni,i:s

associnlion philanlliropicjiie qui srt.iit formée ;i Londres, sous lo nom de Société samaritmup , dans Je l)ul assurément fort louable de procurer aux indii^ents des ventilateurs construits d'après le système d'Aiiiold. C'était là sans doute une œuvre très-bonne en soi , mais qui ne correspondait que médiocrement au titre qu'avait choisi la société qui s'en occupait. Noé ouvrant la fenêtre de l'arche après que le déluge eut cessé, aurait offert un symbole infiniment mieux approprié à cette nouvelle manière d'exercer la charité. Suivez-moi maintenant à la Caridad de Seville et jetez les yeux sur le chef-d'œuvre de Murillo qui en décore les murs. Voyez -cet homme que l'artiste n'a pas cherché à parer d'une beauté idéale , mais qui poursuit à la fois avec humilité et avec zèle l'accomplissement de sa tâche obscure , en transportant à l'hôpital le corps inanimé d'un malheureux dévoré par la maladie, tandis qu'à ses côtés marche un ange qui semble honoré de partager son glorieux fardeau. Cet homme est un Samaritain cathohque, c'est saint Jean de Dieu. Voyez-le encore à Grenade , au milieu de l'hôpital embrasé , chargeant sur ses épaules et transportant un à un en lieu de sûreté les nombreux malades qui s'y trouvent renfermés. Allez sur les déserts glacés du mont Saint-Bernard : vous y verrez des hommes qui ont choisi ce lieu de désolation pour leur demeure , uniquement afin de pouvoir arracher le voyageur transi à la mort qu'il trouverait infailliblement sous la neige ou dans les précipices , et qui , pour l'amour de Jésus-Christ , le portent dans leur maison, le réchauffant et le rendent à la vie. Que dis-je ? dans leur ingénieuse charité , ils ont su ajouter l'esprit du bon Samaritain aux instincts de la race canine, ils ont enseigné à leurs muets et fidèles coopérateurs à parcourir la montagne dans les ténèbres de la nuit, à prêter l'oreille pour distinguer , au milieu des fureurs de la tempête , le cri du voyageur égaré , puis, quand ils l'ont trouvé , à le réchauffer de leur haleine , à le fortifier en lui offrant les liqueurs cordiales qu'ils portent suspendues à leur cou et à le guider , ou même , si c'est un enfant, à l'emporter, l'œil étincelant de joie , comme une proie bien plus précieuse que le lièvre

on l;i |)(M(!ii\. IVii-coiiicz !<• i;l(»l)(' (l;ms Ions les sens et coii- (('Fiij)l(V. I;is(rui(l(î(!haril('', se (Irvoiiiiol ;iii scrviccdcs rn.'il.'idfs ri (l(\s l)l(\ss(''s , consolani le v/'lri-in ;i (|iii l.i doiilcui- .'irraclio dos jnômisscincnts comrno à un cntanl , cl liiisinit j)lns pour Jidoncir les soiiiïninros des nialhonicnx , ;i I'jiido dos doiiCPS parolos (|ni dôcoulciil de ses Irvirs (mi du ci ncilix (jn'cllo tiont ?i l:i Mi;iin , (|n(* le nioilIcMir chirnii^icn avec tonte son liahiloté ol l(^ plus fanionx docteur avec ses remèdes les plus rcrjommés. Ce sont là des copies dn bon Samaritain (|ue ri\L,dise catholi(jue peul montrer ave(^ orgueil , sans avoir h(îsoin de recourir h ces siècles on la eharitc s'était identifiée avec l'esprit chevaleresque , quand l'ho.^pilalier (te Sainl-Jean se montrait également ])rét à tirer l'épée pour la défense du sépulcre do Jésus-Christ, et a transporter son ennemi vaincu dans l'hùpital préparé pour le recevoir et où il le soignait comme un frère ; sans remonter à cette époque plus récente où le môme esprit se manifesta dans la personne d{^s religieux de l'œuvre du Rachat qui, portant la croix de notre Seigneur sur la ])oitrine , allaient servir d'otages aux esclaves ca|)tifs en Barbarie ou se charger eux-mêmes de leurs fers.

5. Et maintenant le moment est venu de nous demander a quel ordre appartenait cette sagesse qui formulait une leçon à la fois si parfaite, si sublime et si douce? Le philosophe lo plus habile n'aurait pu résumer ainsi , en un moment, d'une manière plus complète l'histoire morale de la race humaine , ni tracer un tableau plus vrai de la condition de l'homme après sa chute. Nous ne saurions non plus imaginer qu'un homme , quels que soient d'ailleurs les dons qu'il ait reçus de la nature , ose calculer les effets que sa mort doit produire sur le monde entier , et proclamer hautement qu'il est destiné à le régénérer en passant lui-même par d'ignominieuses souffrances. A plus forte raison, comment ce même homme auraitil pu plonger assez profondément ses regards dans l'avenir , pour tracer avec exactitude le plan d'un système résultant de cet événement et destiné à subsister , après une longue suite de siècles, pour recueillir et pour perpétuer les fruits de son

()t I.i:s I'MIABOLKS

sacrifice? Ln parabole du bon Samaritain, rapportée en (iue](|iies lignes, nous offre une }>reuve aussi forte que remarquable du caractère divin de notre Seigneur.

Hcltons-nous maintenant d'arriver à une conclusion. Nous nous sommes efforcés de faire voir que saint Matlhieu avait naturellement choisi ses paraboles parmi celles qui tendaient à la démonstration de l'objet qu'il se proposait en écrivant , h savoir, de [)rouver aux Juifs que l'ancienne loi avait fait place a la nouvelle , ou plutôt qu'elle avait été absorbée par celleci : nous avons dit aussi que celles de saint Luc ont plutôt pour but de former le caractère moral de l'Eglise déjà établie. L'un et l'autre de ces évangélisles avaient en vue , dans leurs écrits, la formation extérieure de l'Edise et celles de ses fonctions qui paraissent au dehors ; c'est-à-dire qu'ils considéraient l'Eglise comme le symbole de l'humanité de notre Seigneur. L'évangile de saint Jean présente un caractère différent. L'Eglise est maintenant entièrement constituée , et autour d'elle s'élève une muraille qui sépare la vigne du Seigneur de toute terre profane. L'erreur commence à germer et à lever la tète au milieu des plantes choisies. 11 faut un évangile pour l'intérieur de la maison et pour l'usage de ceux à qui Jésus a résolu de ne point parler en paraboles. 11 est possible que tous les lecteurs n'aient pas été frappés de cette différence entre l'évangile de saint Jean et les trois autres. Mais il est à remarquer que dans saint Jean on ne trouve que trois passages qui ressemblent à des paraboles ^ ; et encore diffèrentils essentiellement de celles qui sont rapportées dans les autres évangiles. Ces trois passages sont ceux dans lesquels notre Seigneur se compare à une porte , puis à une vigne ^ , et

^ A moins que nous ne comptions le passage du chapitre IV, où notre Seigneur montre les campagnes déjà blanches et prêles pour la moisson ; mais c'est plutôt une comparaison qu'une parabole.

- Saint Jean. X. I ; XV. I. Dans le premier cas notre Seigneur fait d'abord une parabole , mais il se l'applique immédiatement à lui-même. Dans le second , il s'adresse à ses apôtres.

DU NOl VKAll TKSTAMKM . 05

it'liii «)n il se drpeint sons k's traits de bon pasteur ' Dans iuiciiiK* aiilic parahoh; , il iic loi nie lui-îiirnic un des Iciincs de la comparaison ; cl nous pouvons dire , sans ciainlc^ de nous Ironjpci' , (|nc ces liois comparaisons cpic Jésus ctahlil cnirc Ini-nu'ini; et d'aiilres ohjets ne; sauraient ipi'à peine (Mre l'c^ardécs connue des paraboles. Du moiiLS, elles lormenl une classe ;i jiaii. Or, ce (jni rend |>lus frajipanl encore ce caractère particulici- de révanp;ile de sain! Jean . c'est (|n'il nous aviMtit d'une m;mièi-e [)érem[)toire (|ue nolic Seii^neur cnseii;nait d'ordinaire sons forme de |)araboles. Api es la dernière cène, Jésus dil ii ses disciples : k Je vous ai dil ces choses en paraboh^s. Le temps vient où je ne vous entretiendrai plus en paraboles'^. » Et quehjue teinj)S après, ses disciples lui ré[)on(lenl : c( C'est à cette heure (jue vous parlez clairement et que vous ne vous servez point de paraboles. » Ces passages signifient que notre Seigneur enseignait habituellement en jjaraboles ; et pourtant , si saint Jean eut été le seul évangéliste, nous n'aurions point remarqué cette circonstance. Ces mômes passages nous prouvent donc encore que saint Jean supposait, ou savait pour certain qu'il existait entre les mains d.^ ses lecteurs d'autres documents qui serviraient à manifester la nature et la vérité de cette allusion. Les textes que nous avons cités ont rapport aux autres évangiles plutôt qu'au sien , et constituent un de ces liens délicats qui réunissent les quatre évangiles et en forment un seul recueil.

Ici, la question suivante s'offre naturellement à notre esprit : Pourquoi saint Jean a-t-il choisi, parmi les discours de Jésus- Christ, ceux qui étaient exempts de paraboles? Si nous pouvons répondre sans présomption, c'est parce que notre Seigneur lui-même partagea son enseignement en deux parties. Tant qu'il s'occupa de l'Eglise , de ses devoirs et de ses vicissitudes, en d'autres termes tant qu'il ne traita que de ce qui devait être extérieur et un jour historique, mais qui, au

« Saint Jean , X. 1 1 . 2 [5, XVI. 25. ^ Ib. ai).

t)6 LES I'AHABOLES

Miomeut on il parlait, n'existail encore qu'en jMOjjhéties, il se servit de ce qui constilue, ainsi que nous l'avons vu, l'élément prophéticine du Nouveau Testament, c'est-à-dire de l'enseignement sous forme de paraboles. Mais lorsqu'il vint à |)arler de ce qui était déjà , de lui-même , de son existence antérieure à celle d'Abraham , de sa coégalité avec le Père , de sa jjropre divinité , il repousse toute espèce de parabole et s'exprime en termes clairs et précis. La tache de saint Jean était de conserver précieusement cette seconde série d'instructions , pour servir à la réfutation des erreurs naissantes et à l'enseignement orthodoxe de l'Eglise universelle.

C'est pourquoi , partout où il touche à un sujet déjà traité dans les autres évangiles, nous trouverons que, tandis que ceux-ci consignent ce qui a rapport aux formes et à l'administration extérieure , saint Jean ne conserve que les discours où sont décrites les fonctions extérieures et plus exchisivement spirituelles : les uns s'occupent du corps, l'autre de l'ame. Par exemple, saint Matthieu nous rapporte, dans tous ses détails, l'institution du baptême, sa forme, etc.; saint Jean nous fait connaître, dans la conversation de notre Seigneur avec Nicodème, l'influence invisible de TEsprit-Saint et la régénération intérieure de l'homme opérée par un acte extérieur. D'un autre côté, les trois premiers évangélistes ont raconté avec soin l'institution de la sainte Eucharistie ; saint Jean passe ce fait sous silence , mais il nous a conservé , dans son sixième chapitre , cet incomparable discours dans lequel l'union avec Jésus-Christ , l'immortalité et la vie intérieure que nous confère le plus adorable des sacrements sont décrites d'une manière si consolante. Saint Jean semble donc avoir eu pour tâche de nous faire connaître ce que notre Seigneur a enseigné touchant Taction mystérieuse que, dans sa nature divine, il exerce sur la vie extérieure de l'Eglise et sur l'ame des fidèles , mais toujours dans le sein de l'Eglise et par le canal de l'Eglise.

• Saint Matth. XXVIII. 19. — Saint Jean, III.

i>i N(H\i:m ikst\mkm. TiT

C.c'llr (IcniK'i (' (-()iismIi'|-.iI|(»ii nous .1 ciitt'^itiics loin dc l.i region ilcs piiiMbolcs , el . hicn (|ii(' nous eussions ('le licu- I'ciix (le nous \ iU'i'iMcr (|U('l(juc Icnips , il l.iul 1 rnonccr ii (•«• plaisir. Nous lirsirions viscincnl ajouter (juehpies leiiiarcpuîs sur li\s iniiaeles (!(» iiotid Sauveur, l('S(jiiels jt.'llenl , selon nous, un jour nouvcMu sur son cnscip;n('ni(Mil el sur la doctrim* callioliciue ; mais nous avons drjii franclii les homes (jue la raison nous imposait. Nous réserverons done nos j)ensées pour une auhe occasion , cl cetUî l'ois nous nous ellorcerons de nieltn» à uiu^ moins rude «'preuve la patience de noti'e lecteur. En cllet , nous nous com[)ai{Mions volontieis ii une pauvre bôle de somme (jui, poussée sans rel.U'Iie le lonp; d'une roule jioudreuse, ne peut résister ;i la tentation de se détouiner de son chemin j)0iir entrer dans une verte prairie, devant laquelle elle ])asse, et là, savourant la nourriture délicate qu'elle trouve autour d'elle, rumine dans sa mémoire les pensées et les sensations qu'elle eut dans des jours meilleurs. Nous avons entendu dire qu'il est des gens qui trouvent leur bonheur à contempler des monceaux d'or entassés devant eux ; nous avons été témoin du j)laisir que ressent un homme de goût , en présence d'une belle collection d'objets d'art ; nous avons éprouvé la jouissance de vivre parmi les monuments de la sagesse des temps antiques ou des pays lointains ; mais combien plus douces et plus heureuses sont ces heures passées au milieu de ces trésors de science , de cette riche collection de perles incomparables , de cette bibliothèque où sont rassemblés les oracles célestes de la sagesse éternelle , qu'on appelle la parole de Dieu. Si nous avons osé pénétrer dans ce sanctuaire; si nous semblons avoir porté une main présomptueuse sur ces richesses , c'est seulement parce que nous avons été invité à entrer dans le lieu où le sage économe serre ces provisions de toute espèce , pour y chercher des nouveautés aussi bien que les richesses du passé : celles-ci ne se trouvent qu'à l'aide d'une étude consciencieuse : celles-là par une humble et sincère méditation.

LES MIRACLES DU NOUVEAIî TESTAMENT

Nous allons remplir aujourd'hui la promesse que nous avons laite en terminant notre première dissertation , et développer nos pensées sur un sujet qui intéresse singulièrement tous ceux qui lisent l'Evangile , je veux dire les miracles de notre Seigneur.

Toutefois, avant d'entrer en matière, nous demanderons au lecteur la permission de lui présenter quelques remarques préliminaires. Au début de notre dissertation sur les paraboles, nous avons exprimé brièvement et notre approbation en faveur d'une étude critique de la Bible, et notre regret de voir ce genre d'études si peu en honneur parmi nous. L'un des rédacteurs d'un journal catholique , en parlant de notre travail, a fait la remarque suivante : (( Quant à nous personnellement, nous ne souscrivons pas à toutes les propositions énoncées dans cette dissertation , en ce qui concerne l'importance et les avantages de la critique biblique. » Etant peu accoutumés à diriger notre attention sur les articles qui peuvent être provoqués par les ouvrages publiés par nous , nous n'aurions jamais songé à relever un aussi simple commentaire , une observation ainsi faite en passant , une différence d'opinion exprimée avec tant de modestie, si

elle nr nous avait paru déceler ce qu(; nous avons vu exprimé ailleurs avec plus de force, et lorsqu'il ne s'agissait point de nous, c'est-à-dire une tendance à déprécier les études bibliques et les rapports de la théologie avec l'Kcrilure sainte. Que des personnes* qui ont été témoins , pendant une grande partie de leur vie. d'un regrettable et funeste abus de la parole de Dieu, (|ui en ont vu faire successivement un piège pour les pieds , un voile pour les yeux , un masque pour l'hypocrisie , une semence d'hérésie et même une justification du ])éché ; — que des hommes qui savent par expérience les désastreuses conséquences qui résultent pour les âmes et pour les consciences d'une fausse application de cette parole sainte et des interprétations forcées qu'on lui donne ; — que des gens qui ont entendu chacune des touches de l'instrument sacré rendre des sons faux et discordants , tantôt sous la main lourde et énergique du protestant évangélique , tantôt sous les doigts plus légers et plus délicats des membres de la Haute-Eglise ; — que ceux enfin qui ont peut-être vécu longtemps eux-mêmes comme emprisonnés au milieu d'un réseau d'interprétations contradictoires et qui peuvent maintenant s'écrier avec bonheur : (.iLaqueus contritus est et nos liberati sumus, » regardent avec méfiance , et même avec un certain déplaisir , des études qui , en apparence , attachent l'homme à la lettre qui tue et étouffent l'esprit qui vivifie , c'est là un sentiment bien naturel, et comme tel bien pardonnable. Mais une réaction violente a ses dan2:ers , et c'est avec un regret sincère autant que vif, que nous verrions encourager des opinions extrêmes sur un sujet si important.

Considérons un moment cette étude critique de la parole de Dieu. De toutes les études, c'est celle dont on a le plus abusé et nous espérons que c'est de l'abus , plutôt que de la chose elle-même, que voulait parler l'écrivain auquel nous avons fait allusion plus haut , en disant qu'il ne partageait pas notre opinion, en ce qui concerne cette branche de la science.

' Allusion aux prolestants convertis.

DU NOIIVKAU TKSiAMKNT. 71

ImisMk^ , ( )iit!;rn(^ , saint .l('M•(^r^(» , saiiil Aiii;iislin , Alciiiii (!t bciuicoii]) (l'-iiitrcs s'y soiil a|)|)Ii(jii('s srricMiscnionl, (^t h'iirs travaux ont cHô n'îCorniMMisrs |»ai- les- siiflVaiccs de l'Kf^'liso. I.(; coïK'iliMlc 'IVcntc , (MM)i"(l(»iinaiil (|imui fil une ('dition revue, et poilanl im nouvel examen de ia Vuli^ale , eoinmanda (ju'on se livnU an\ reelierelu's de la pins sévèi'cî erilicpu^ i\\n étaieni nécessaires pour C(*t ohjel.

Mais nous envisapteons la chose troj) au sérieux. Il y a dtuix manières dont les eiiti(|ues ()euvent juslifier, en termes à la fois péremploir(\s eti^énéraux, leui- désaj)probation à IN^ndroit d'une élude ([ueleonque. L'uih^ d'entre elles consiste à ne regarder que les eflcts extérieurs et , sans se donner la peine d'approfondir la chose elle-même, à ])rendre le parti de la condamner comme inutile. Une personne , même douée d'une grande douceur de caractère , pourrait bien arriver h dire que la concluliohgie, par exemple, quelque gracieuse qu'elle soit d'ailleurs, n'est pas une science de la plus haute utilité, parce que son influence sur la société , sur les lettres ou sur le caractère des individus n'apparaît nulle part , et que ses résultats n'aiïectent que médiocrement l'humanité en général. C'est là ce qu'on j)Ourrait appeler une condamnation négative. Mais une science importante, qui a été cultivée par des hommes à la fois illustres par leur savoir et leurs vertus , mise en rapport par eux avec la théologie et appelée l\ conserver intacte la parole de Dieu, ne saurait être jugée aussi légèrement. Nous ne craignons pas de le proclamer hautement , ceux-là seuls ont le droit de se prononcer dans cette question, qui peuvent se rendre le témoignage qu'ils l'ont consciencieusement étudiée , qu'ils l'ont embrassée dans tous ses détails et que , s'ils sont convaincus de la vanité et de la stérilité de cette science , ils doivent cette conviction à leur propre expérience. Mais nous n'hésitons pas à déclarer qu'un pareil résultat est impossible. Quiconque s'.appliquera à l'étude critique de la Bible , trouvera nécessairement cette étude rempHe de charme et d'élévation : elle sera pour lui un auxiliaire puissant qui l'aidera à mieux apprécier les beautés réelles du livre divin et lui révélera

l'existence de plus d'un trésor caché. En même temps , il sera en position d'apprécier tout ce qu'elle a de solide et de convaincant, il reconnaîtra qu'elle repose sur des princi|)es irréfragables et qu'elle est comme un monument ;i la fois utile et d'une structure élégante , que l'industrie des hommes aurait élevée , en lui donnant pour fondement le roc inébranlable de la vérité. Elle est semblable l\ un bastion avancé construit en dehors d'une forteresse inexpugnable, ou ;i une digue jetée en avant d'un port sur, creusé dans un rivage entouré de rochers. Ce sont là des garanties de sécurité qui ne sont pas strictement nécessaires ; mais le bastion efîVaie les assaillants et les lient à une plus grande distance des murs de la ville , tandis que la digue contient les vagues furieuses qui voudraient troubler le calme des eaux tranquilles du port. Nulle branche de la science biblique n'a plus complètement déçu l'attente impie des incrédules , ou répondu plus fidèlement aux espérances des cathohques, que l'étude critique delà sainte Ecriture.

Nous exciterons sans doute une certaine surprise chez nos lecteurs , en disant que ce genre d'étude est plein de charme et d'élévation. Peut-être, dira-t-on, ne manque-t-il pas de solidité , mais qu'offre-t-il qui soit de nature à captiver l'esprit ou à conquérir l'admiration? Il va de soi-même que nous voulons parler ici de cette étude faite dans l'esprit du catholicisme ; et comme l'objet principal de cette dissertation est de f>rouver qu'aux catholiques seuls appartient le sceptre de la littérature sacrée , on nous pardonnera peut-être de nous arrêter quelque temps sur ce point et de faire voir comment nous avons trouvé dans cette partie , en apparence la plus aride et la moins spirituelle de la science biblique , un plaisir réel et des jouissances ineffables. Que le sentier qui y conduit soit rude , escarpé , couvert de broussailles et , par conséquent , fatigant, je ne le nierai point ; en effet, il n'y a point de grand'route ])our arriver.iija sciencje ; c'est là un axiome Sont on peut reconnaître la justesse, ici comme ailleurs. Il faut de la patience pour apprendre la partie technique de

ni NOUVEAU TKSTAMKNT. 73

c(^tlt; ('liidc , (Kiiii se l";iniili;irisi'r avec sa phraséolof^ir parti- (Uilièn^ , poiii i('li(Hi\(*i- son cliciiiiii dans le liihyrinthc des divers systrincs de classilicalioii cl <!(' vénlicalion. P('ul-(Hrc mi^nic, pom alli'indic ce hiit, scra-l-il nécessaire d'apprendre plus d'uni* lani;ue bizarie h Pd'il, rude ii l'orcilh; , ('li-angc; à l'cspril . Puis il (*st indispensahlcd'aciiiKMMi' nneccilainc liahileté pralupic . une di^xIcrilV' doni ra|)prenlissai;(* csl pt-nihlc el (îxii;e (\v la persévérance. Mais une fuis (juc ces tbrnialitcs préliminaires ont é(é reniplic^s, la science clle-rnèrnc nous semble ])lciiu* d'inlcrél cl de charme, l.orscju'unc [)ersonne qui n'est pas initiée aux secrets de la crili(ju<' hibliipic, vieni a mellre la main sur un anli(|uc manuscrit , nilrftiur piilr/iros apices, elle le retourne dans tous les sens., en admire récriture si régulière ou l'encre si merveilleusement conservée, et le rend au bibliothécaire, en se demandant avec un certain étonnement quelh^ j)eut bien être la vahMu- réelle de ce vieux livre, ou s'il ne contiendrait pas, par hasard, quelque nouvelle ieyon , quelque singulière variante (si tant est que cette personne ait jamais entendu parler de pareilles choses) capable d'embarrasser les critiques et les commentateurs. Ainsi , elle se contente de louer un objet qui plaît à ses yeux, mais dont son esprit ne saurait se rendre compte : Octdîs laudator , sod mente non cognitor. Remettons maintenant ce même manuscrit entre les mains d'un critique versé dans la pratique de cette science. Avec quelle sûreté et ({uelle intelligence il le feuillette ! Semblable à un habile connaisseur qui examine un tableau , il va droit aux indices qui peuvent l'aider dans ses investigations. Tout lui parle, jusqu'au craquement du parchemin. Est-il fm ou épais, uni ou couvert d'aspérités, blanc ou jaune? chacune de ces circonstances , en apparence si légères , devient pour lui un jalon , une donnée précieuse qui le guide dans ses calculs. La couleur de l'encre , les lettres effacées et retouchées , les corrections faites entre les lignes ne lui parlent pas avec moins d'éloquence. Puis il inspecte les lettres qui . comme des troupes le jour d'une revue , portent l'uniforme d'un pays ou d'un siècle. Il observe attentivement leurs liaisons

OU leurs s('*parations , leur jmnctuation et la longueur de leurs lignes, il remarque si elles sont droites ou penchées, il tient compte de leur largeur et de leur hauteur. 11 prend note des tablettes qui se trouvent à la marge, à des intervalles donnés , et que l'autre avait prises pour des marques jetées au hasard. Puis, ces observations faites, il porte un jugement assuré sur l'époque à la(juelle remonte le livre. Il reste maintenant à déterminer à quel pays il aj)partient. Le criti(|U(^ jette les yeux sur le texte , en parcourt quelques lignes , y découvre plu^eurs erreurs résultant de la substitution de quelques lettres qui se prononçaient de même dans certains pays , mais non dans d'autres : c'est ainsi qu'il obtient une première et simple donnée. De môme qu'un habile vétéran du barreau , parcourant rapidement les nombreux papiers d'un énorme dossier , jette tout d'abord les yeux sur les points importants à l'aide desquels il compose son réquisitoire, tandis qu'un autre, moins expérimenté que lui, avait passé des heures entières à compulser ce même dossier , ainsi l'homme versé dans l'étude critique de la Bible, tourne d'une main exercée une multitude de feuillets pour arriver à un petit nombre de textes qui décideront son jugement , jette sur ces passages un regard scrutateur, puis, fermant le volume, vous dit non-seulement le pays, mais peut-être même la ville et le monastère dans lequel il a été écrit. Avec autant de certitude qu'un connaisseur en tableaux saura distinguer l'Ecole flamande de l'Ecole espagnole, et ira même jusqu'à décider si une toile qu'on lui présente a été peinte en Andalousie ou en Estramadure , notre critique décidera si le manuscrit qu'il tient a été écrit en Egypte ou sur le mont Athos. Mais , dira-t-on , à quoi lui sert cette connaissance ? A savoir'pour certain que si on lisait ce volume M'un bout à l'autre avec la plus scrupuleuse attention , on n'y trouverait pas une seule nouveauté ; qu'on épuiserait toutes les combinaisons possibles sans pouvoir y rencontrer un seul mot capable de fournir au sceptique une nouvelle objection , })as plus que la découverte d'un carton inédit de Raphaël , quel qu'il put être d'ailleurs , ne saurait nous amener à con-

|)| >nrVKAl TKSTAMKM . <•»

dure (jiif Ir immhIic d'l ihiii ;iil «I"' iiii m.iu\;iis (Icssiruitcur. Mais noliT ()|)|('l pirscnl csl |>liil(M ili- l.iiic \(iir (jiic crlU» éludo (riti(Hir <!»' I.i \\\\)\r oHVc nn»' ncciijiiilioM vniiincnt agroublcMM ;illra\;Mil(\ Pinions done, iii) ;iiilr(' cxctiiplc. ; supposons (|ii(' nous Noiilions nous .imuscr l\ iciclicrchcr l'origiiH' do {|n(d(jn(' Ir.idiiclion rtiimj^MTc. Nous choisirons la version araht' drs I'saumcs , piihln'c il y a environ 200 ans par liabriolSionila , (;l imprimée ii Paiis avec une t^rande maf^ni- (icence. Nc craiij;ncz point , ami lecteur, nous ne i)rononcerons point iSn soul de ces mots bizarres (jui on! blessé votre oreille et épouvanté vos \ eux dans noire pi écéd(;nl écrit. Nous n'aurons point rcu-ouis ii d( s teiines leehnicpies, nous ne ferons |)oinl usage de mois lunfjs d'une toise. Suivez-nous doucement, en marchant sur la pointe des ])ieds, nous allons vous faire assister h une courte séance de seconde vue dont la critique fera les frais. Regardez dans cette cellule. Elle est pratiquée dans les murs d'un monastère oriental , bâti parmi les rochers (|ui couvrent les flancs du mont Liban , il l'ombre des [)almiers dont les tiges élancées et les gracieuses tètes se balancent au souille de la brise du soir. Tout est tranquille et calme ; les chants ont cessé et chacun des pieux solitaires a regagné à pas lents sa cellule. Tournez encore une fois les yeux vers celle qui s'est offerte tout d'abord k vos regards, et ne vous laissez pas rebuter par sa nudité et son aspect sévère. Auprès d'une fenêtre treillissée . ouverte |)0ur laisser entrer les rayons du soleil couchant , un moine à la longue barbe est assis sur une petite natte carrée , suivant la coutume arabe. Son maintien est grave et les rides de son front attestent que de nombreuses pensées ont sillonné son esprit. A son côté gauche , pend un encrier de bois passé dans sa ceinture comme un poignard. Il tient de la main gauche sa feuille de vélin étendue sur une petite planche et , de la main droite , sa plume de roseau toute prête , car , lorsqu'il écrit , il n'appuie ni son corps ni son livre sur quoi que ce soit. Il vit à une époque où la langue sacrée de son pays , le syria- ({ue, commence à tomber en désuétude, même dans les maisons religieuses , et une version arabe (c'est-à-dire en

langue vulgaire) des psaumes est devenue nécessaire. Comme notre religieux est connu pour un linguiste habile aussi bien que pour un saint homme , c'est à lui que cette tAche a été confiée , et nous le voyons à l'œuvre.

D'abord, de quel texte se sert-il dans sa traduction? Un petit escabeau à trois pieds placé auprès de lui supporte un volume ouvert. En quelle langue est-il écrit ? (( Comment , direz-vous , pourrai-je le voir , éloigné comme je le suis des temps et des lieux? — Eh bien! je vais vous l'apprendre, moi. C'est un exemplaire des Septante ou ancienne version grecque de la Bible. — Comment pouvons-nous le savoir? — Chacun des versets de sa traduction nous l'apprend. » En effet, tandis que la version des Septante diffère notablement du texte hébreu . nous voyons que l'œuvre de notre bon religieux est calquée d'un bout à l'autre sur cette version. En définitive, cette découverte est bien simple. Mais il est facile aussi de voir que le saint homme n'est pas très-fort en grec , car de temps en temps , il jette un coup d'œil sur un autre vieux volume ou plutôt sur un rouleau de parchemin placé auprès de lui. Evidemment, c'est le texte hébreu original, lequel se rapprochant davantage de sa propre langue , lui offre un sens moins difficile à saisir. 11 s'en sert donc comme d'une espèce de lexique. De là vient que toutes les fois qu'il se trouve arrêté dans le cours de sa traduction par quelque mot grec difficile et embarassant , il tranche la difficulté en insérant le mot hébreu dans son manuscrit , et de ce mélange résulte souvent la plus étrange confusion. Ceci nous prouve qu'il n'a pu s'aider d'une autre version antérieurement faite d'après le texte hébreu , mais qu'il s'est mis à l'aise avec l'original. Du reste, nous avons encore d'autres preuves non moins curieuses de ce fait. Regardons-le traduire le psaume xxvn, v. 74. Il est arrivé à un passage où sa traduction s'écarte du grec et de l'hébreu, et offre deux singulières différences. Toutefois , nous pouvons trèsaisément nous en rendre compte , mais une seule explication est plausible. Si dans deux petits mots joints ensemble nous imaginons qu'il a pris dans Tun un Beth pour un Caph , dans

DU NOUVKAli TKSTAMKNT. 77

raiitic un Cdph |)OUi- un liet/i icar ces deux It'ttrcs (Je l'alpliabi'l iK'hraKjuc se resscinbloiil hcaucoup) ^ fions roniprcndrons paifailcMuent sa vaiianlc. Le nii'-rnc verset conlicnl uin; j)i-euve non moins coneluante , mais (|iii i'\ii;(;iait pins de dévelo|)pemenls (pie nous ne pouvons lui en donner ici.

Maintenant, si vous voulez voir notre bon relii^Meux plont^é dans un embarras ini^xlrieable, regarde'/ i)ien. 11 est arrivé au psaume xxxix ' , et il trouve les deux textes tellement diiïérents, (pi'il ne sait comment les concilier. Contemplez-le bien : il est \l\ , les deux mains jiosces sur ses t!;cnoux , [)encliant alternativement son corps en avant et vu arrière par uiuî sorte de mouvement mécanique , et passant doucement la main dans sa barbe , selon la coutume des orientaux, lorsqu'ils veulent faire passer une étincelle électrique dans leur cerveau. Une idée lumineuse vient de le frapper. 11 ne sait laquelle des deux leçons il préfère , ainsi il se décide ii les adopter l'une et l'autre ; en conséquence , il les amalgame ensemble et nous donne, dans sa traduction, une double version du grec et de l'hébreu. Maintenant qu'il a découvert cet ingénieux expédient, il y aura recours toutes les fois qu'il se trouvera dans de semblables dilîicultés ; ainsi , par exemple , dans le psaume xiv ^ il nous ofl'rc encore les deux textes à la fois , nous laissant la liberté et l'embarras du choix. Mais ce psaume semble l'avoir jeté dans une grande perplexité , car quelquefois , comme saisi d'un accès de désespoir, il repousse loin de lui les deux originaux, et il se lance à tout hasard dans une étrange paraphrase. Toutefois, il vient de trouver une autre manière de se tirer d'affaire. Voici qu'il se lève et qu'il va tirer de sa petite biblothèque , ou plutôt du coffre où il serre ses livres , un nouveau volume. Comment pouvons-nous découvrir cette circonstance ? Rien n'est plus facile , nous n'avons qu'à jeter un coup d'oeil par-dessus son épaule tandis qu'il écrit . C'est la version syriaque dite Peschito. Le pieux solitaire concentre en ce moment toute son attention sur le psaume xcvi .

» Héb. V. 9. — Sept. v. 6. '-' Ib. v. 13. 14.

78 LKS MIRACLES

et ."I cliaciLUî verset il consiiUe sa nouvelle traduction et n'hésite pas ;i se laisser guider par elle. Il se présente à chaque uistant des coïncidences si étrani^es. qut- nous ne saurions conserver un doute sur ce point.

Le bon tiaducteiu- a [m faire accroire tout ce qu'il a voulu à ses frères moins instruits que lui, et leur laisser supposer qu'il comprenait et parlait le grec comme un athénien ; mais il ne saurait nous en imposer , et nous pouvons désigner, aussi facilement que si nous l'avions vu , tous les livres dont il s'est servi. Que dis-je? nous irons même jusqu'il déterminer de quel pays venait son exemplaire grec, lequel contenait le texte avec les corrections de Lucien ; i)robablement même était-ce l'édition connue sous le nom d'Hexaple.

On nous demandera ])eut-étre aussi pourquoi nous avons placé l'auteur de cette version sur le mont Liban plutôt qu'ailleurs, en Chaldée ou en Egypte , par exemple. Ici encore les données que nous fournit l'ouvrage lui-même contribuent à fixer notre jugement. La traduction faite sur le texte grec et la connaissance de l'hébreu qu'elle suppose ne nous permettraient pas facilement d'attribuer cette œuvre à la Chaldée, où la langue grecque avait cessé depuis longtemps d'être en usage , et où l'hébreu ne devait être que médiocrement en honneur, à répoque où cette version fut faite . tandis que l'usage de la version syriaque inconnue, ou du moins inusitée en Egypte, nous empêche de l'assigner à ce dernier pays. Mais en Syrie nous trouvons toutes les conditions lequises pour expliquer le caractère de cette traduction ^

Toutes ces considérations font voir sans doute qu'un homme qui a consacré des années peut-être aux préliminaires de

' Ce que nous venons de dire en termes vagues et légers , représente la véritable histoire de celte version arabe des psaumes. Les auteurs de V Introduction à rEcriture se sont contentes de dire que c'était une traduction des Septante. Mais des recherches consciencieuses , faites en collationnant une partie considérable de cet ouvrage , nous ont donné la conviction que le mélange des différentes versions énumérées plus haut, avait concouru à produire la traduction la plus hétérogène , la plus étrange, la plus bizarre. Ce jugement repose sur les données les plus exactes.

DU NOIVKAI I KSI ami: NT. / .»

('«'Il(î (Hudc, cl (jiic les (•irconsl.'mccs oui jmcnc diuis (1rs localili's ON il .1 <Mi l'occiisifui de s'\ li\iri (riiiir m.'micir |U';ili(|ii(' , i>i'iil iKMivcr de riiilcitM d iiumiic iiiir ('(;rl;iim' joiiissîuicc dans ses rcclinclics ; mais (jiicllc iiiIIikmicc (cllc r(iid(* saniail-cllc cxcrcci- sur des (►piTalions d'un ordre plus elcNC, Idles (|iii' celles (|iii seul in'ccssaiii s pour c(Hii|)rendi(' ott!;oriler la paiohMJe l)i(MrM)ii |)oiirrail ini-me (l(Mnan(l<'r si de halles r(*choiches ne délourneni pas les pensées de cet lionunc d'iino élude |)lus iitili» , de celle (jui lui aj)pren(Jrail ;i se servir de récriture sainle et à en apprécier la perfection? Nous animions (|ue non. Il se prc'senle à mxis Yidvv, d'une comparaison qui jiHlera plus de jour sur (!e eùlé delà (jueslion que ne \c ferait une loni-ue discussion. Supposons que deux administrateurs endiousiastes des beautés de l'architecture entrent dans une des splendides cathédrales des temps anciens : tous deux sont saisis d'une admiration qui tienl du ravissement et qui, de leur part, n'est point l'effet de l'afrectation. Leur admiration s'exhale en exclamations |)lus expressives les unes que les autres ; ils ne savent |)as trouver assez de louanges ])our cet ensemble si harmonieux , pour ces proportions si bien i2;ardées , pour ces dimensions colossales, pour ces ornements d'une exquise délicatesse, pour cette structure dont les formes aériennes n'excluent point la solidité. Sanctuaire et nef, ailes et transept , tout . du pavé à la voûte, est noté , estimé, daté et apprécié à sa juste valeur. Le sacristain ébahi les regarde avec étonnement , car évidemment ces gens-là en savent plus que lui , et pourtant voilà trente-six ans qu'il est attaché au service de l'église. Mais il est clair que l'un de nos admirateurs possède une habileté que l'autre n'a point encore acquise. Tandis que celui-ci continue à parcourir l'église, revenant sans cesse vers des chefsd'œuvre qu'il admire pour la centième fois, son compagnon s'est retiré dans un coin où il s'assied , le carnet et le crayon à la main. Que fait -il? — Un croquis peut-être? — Non, un calcul ! Au milieu de ces splendeurs de l'art , il a le courage de songer aux mathématiques et de faire une règle ! Dans un de ces coups d'œil qui pénètrent et qui embrassent

tout ce qu'ils rencontrent , il a mesuré les vastes masses dont se compose l'édifice ; il a calculé le poids de ces énormes blocs qui , au premier abord , j)araissaient si légers à ces yeux, qu'il les aurait pris plus volontiers pour des stalactites suspendues à la voûte d'une grotte' (|ue pour des pierres massives et solides. Il est à même de juger de la précision et de l'art avec lesquels chaque sup})ort a été adapté pour recevoir le poids de la masse qu'il soutient /ainsi que des savantes combinaisons qu'il a fallu faire jjour produire l'effet qu'il admire. De plus, il détermine les machines compliquées, mais en même temps , si précises et si exactes , qui , à une époque où les ressources de la mécanicjue moderne étaient encore inconnues, ont du nécessairement être mises en œuvre pour soulever ces énormes blocs et les placer ainsi avec sécurité sur leur lit à une hauteur aussi prodi2;ieuse. Mais si son compagnon lui jette en passant un regard presque dédaigneux, à la vue du travail prosaïque auquel il se livre, que sera-ce quand il le verra pénétrer dans tous les coins et recoins de l'édifice , enlever la peinture des murs et gratter la surface du pavé et les tombes qui le recouvrent. C'est ainsi qu'il se rend compte des différents matériaux qui ont concouru à la construction de l'édifice. Le marbre de ce piher vient du Devonshire ou du Westmoreland ; cette voûte est en pierre de Caen; ce monument funèbre en albûtre de Tulburv ; Anelesev a fourni ce bloc de 2;ranit. Au milieu des dalles du pavé est enchâssé un fragment de mosaïque italienne ; en effet , voici de la serpentine et du porphyre aux veines d'or ; il n'est pas jusqu'aux murs qui ne soient construits avec du grès qu'il a fallu aller chercher dans des carrières situées à vingt milles de là , sans que la navigation ait prêté ses puissants moyens de transport.

Maintenant, nous demanderons à notre tour si l'homme qui étudie , qui comprend les lois de la construction et de la conservation d'un monument , qui en recherche les matériaux les plus cachés et en analyse la substance , sent augmenter ou diminuer en lui le sentiment de vraie , de profonde et de

DU NOIIVFAII TI'STAMHNT. M

sincritî ;i(1mii.ilt(Mi (juc lui iijspiic l:i \ii(î de ni cdilicf cl de s;i ini'ivcilli'iisr .ircliilccliirr? V}\ hicii ! nous u'lu'-siloiis |»;is ;i li^ (Irclai'cr , tels soiil , (Luis une .iiilrc splicTc, l(S ;ivan- [lii^cs (le rt>liii (]iii se livic ;i\ ce soin , (\l (l.iiis rcspiil du ciidiolifisnii* , ;i iiiKM^udccrilKjiuMlc riv'riliirc. \\\\ cll'ct , (|ue f.iil-il •M\\vc chose, sinon de clierclicr ii découvrir |);ir (jucls moyens Dieu a (''Ie\i'' et conscivt' ce nu\i;nirK|ii(; cdilico de sa sagesse sur la liMrc?Kn réalité , c'esl l'histoire des rapports de sa Providence avee sa parole divine. A mesure (ju'on avance dans l'ctte étiidt^ on di'^couvre les merveilleux ai^^encenH^nls ipii ont été nns en œuvre p(iur conserver, l\ travers les vicissitudes des siècles, l'intégrité du texte sacré. L'Kcritiirc sainte a été traduite dans une foule de langues par des gens dont les talenjs et la science variaient l\ Tinlini ; elle a été collationnéo()u révisée eh vue des motifs les plus opposés, j)ar les soins d'amis ou d'ennemis, dans un esprit orthodoxe ou hér^'tique. Tous les pays l'ont reproduite, les uns })ar la plume de })icux scribes comme Bôde et Alcuin , d'autres par la main précipitée et inintelligente de copistes mercenaires. Ce système s'est perpétué d'âge en age: ici. c'est un juif désireux de donner h un passage le sens dont il a besoin ; là , c'est un arien qui veut l'interpréter selon sa manière de voir, et, sur le terrain de leurs disputes, apparaît le catholique qui s'efforce de fihre triompher la vérité. Une étude critique, faite avec le plus grand soin, peut seule nous donner une notion exacte de ces diverses forces dont les unes paraissent devoir nécessairement aboutir à jeter le texte sacré tout entier dans une déplorable confusion , tandis que les autres tendent h l'arracher violemment du sentier de la vérité pour lui imprimer une fausse direction. On a vu mettre en œuvre de nos jours la machine à vapeur, la presse hydraulique , les pontons et les cabestans manœuvres par des bras innombrables pour amener les ponts-tubes, dits Ponts Britannia, dans leur position actuelle et pour les y établir d'une manière soUde. Bien qu'aux yeux du passant ces divers appareils parussent agir en sens contraire , tous néanmoins obéissaient à l'impulsion d'une seule intelligence qui dirigeait tous leurs mouvements.

(Vest là pour l'homme pieux , adonné ;i l'étude critique de la Bible, une image de ces nombreuses et étranges forces intellectuelles dont l'action semble, pendant des siècles, s'être exercée en sens contraire sur les textes de l'Ancien et du Nouveau Testament, mais qui en réalité ont subi l'influence d'une puissance sage et invisible, laquelle les a rendues l'instrument de ses desseins, en se servant d'elles pour donnera ces saintes et vénérables archives de la miséricorde de Dieu la place élevée qui leur convient. Il n'est pas jusqu'aux conflits d'intérêts contradictoires , aux rivalités , aux luttes de l'erreur contre l'erreur, aussi bien que contre la vérité, qui, par une heureuse réaction, n'aient contribué à produire ce grand résultat. D'ailleurs, un esprit vraiment catholique qui s'eflbrce de pénétrer chaque mot, chaque point de la sainte Ecriture, rend un véritable hommage de respect et d'amour au sage architecte qui s'est servi de ces matériaux pour élever son édifice. Ceux qui jadis aimaient le sanctuaire du Dieu vivant, chérissaient jusqu'aux pierres qui en formaient les murs , même après qu'elles eurent été dispersées. Certes, une étude qui dirige notre attention vers les matériaux dont se composent les livres sacrés et nous porte à rechercher leur origine , leur forme exacte et la place qui leur convient ; une étude qui nous permet de contempler les trésors et les curieux fragments appartenant à différents siècles et à des pays divers , réunis de toutes parts et admirablement adaptés à l'ouvrage divin comme pour l'étayer ; une étude bien plus qui nous montre sous les formes plus ou moins élégantes de cet ouvrage une source toujours également féconde d'heureuses applications , un but toujours également grand , un caractère toujours également remarquable de vérité et d'authenticité ; une telle étude , dis-je , loin de les diminuer , ne doit-elle pas , au contraire , considérablement augmenter notre vénération et notre amour pour celui qui a daigné parler à l'homme le langage de l'homme , et soumettre sa parole écrite , aussi bien que son verbe vivant , aux regards , h l'examen et même aux outrages des créatures. Nous irions volontiers plus loin encore , mais très-probablement

DU NOIÎVKAII TKSTAMKNT. H'.i

('(Mix-lh S(Hils (|iii (»nl vU\ insliiiils j»;ii- rcxpc-iiciicc voudi.iicul nous rroiio. Nous allons donc cime cfllc digression (|ui a |)Out-(Mr(Mh''j;i l'jilii^uô le Icclcm' , cnciliinl coinnic cxciiiph' un s(Mil passager* où loul ce (pi'il y a de icdoulal)!»' cl (l(M(3rrihlcdansla pi'ojjosition ([ui y (\st énoncée, rc^viH un as|)ecl inilli* t'ois plus ellVayanl encore ])oui' (luicoïKjue est versé dans l'histoin» criliipic du texte.

La j)lupail des écrivains (pu ont traité la cpicstion des /)^/yv//;o/r.s' de notre Seitj;n(HU" ont aussi ])arlé de ses miracles. Une inullilude d'essais ont été consac^rés aux unes et aux autres : la raison en esl csidentc. Les miracles de notre Soigneur jxMiviMit ctn^ envisagés sous trois points de vue ditVcreuts.

1" On peut les considérer comme des miracles purs et simples , c'est-à-dire comme des œuvres merveilleuses destinées à donner un caractère invincible d'autorité a son enseignement , à rendre un témoignage solennel à sa mission céleste et à sa nature divine. De là vient qu'il les invoque luimême à ])lusieurs reprises, pour justifier le droit qu'il réclame à l'attention de ses auditeurs et exiger qu'ils croient en lui^. Cette manière d'envisager les miracles de Jésus-Christ appartient à la chaîne de preuves du christianisme ; et c'est dans la partie de la théologie qui est consacrée à l'examen des questions de cette nature , que le caractère , l'authenticité et la force du témoignage de ces merveilles sont étudiés à fond et reçoivent une consécration solennelle.

2" Ce sont des œuvres de miséricorde. Celui qui , touché de commisération pour l'homme déchu , était descendu du ciel pour venir l'arracher au péché et à la mort , devait nécessairement désirer d'alléger des souffrances qui étaient la conséquence de l'un et les prémisses de l'autre. 11 possédait le pouvoir de faire ce qu'il désirait si ardemment , et en même

< SaintMallh.XXVlI.n.

2 Saint Matth. XI. 20.24 ; XII. 4i. — Saint Marc, IV. 40. — Saint Luc, IV. 36; vil. 16. — Saint Jean, II. 23 ; VII. 31 ; X. 25, 38 ; XII. 37 ; XIV. 12 ; XV. 24.

84 LES MIHACLES

temps il avait voulu , durant sa vie mortelle , être privé des moyens ordinaires de faire l'aumône. C'est donc en exerçant cette puissance donl il était revêtu , (ju'il nous a enseigné comment nous devions nous acquitter des devoirs de la charité envers les pauvres. Il ne pouvait pas donner aux malades l'argent nécessaire pour se procurer de la nourriture , mais il leur rendait la santé et la force qui leur permettait de gagner leur vie. C'est ainsi que saint Pierre comprenait l'exercice de la puissance miraculeuse qui lui était déléguée : c( Je n'ai ni or ni argent, mais ce que j'ai , je te le donne : Au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche^ ! » Lh , où d'autres donnaient de l'argent , il donna la santé ; son aumône fut un miracle quand celle des autres ne fut qu'une pièce d'or. Les Juifs considéraient aussi les miracles de notre Seigneur sous cet aspect; ils n'admiraient point seulement en eux les preuves évidentes d'une puissance surnaturelle , mais ils les regardaient comme autant de marques d'une immense bonté. Le sentiment qu'il aurait éveillé en eux eut été un sentiment de crainte et non d'amour, si ses miracles n'avaient manifesté que sa puissance ; si le figuier desséché et les troupeaux des Géraséniens noyés dans le lac eussent été les seuls témoignages de sa grandeur , le peuple ne se fut point écrié : « Il a bien fait toute chose , car il a fait entendre les sourds et parler les muets ^. »

3° Il est évident que ces deux considérations faisaient des miracles de Jésus-Christ de puissants auxiliaires pour son enseignement. La première lui assurait l'attention des hommes doués d'un esprit sérieux qui écoutaient sa parole ; la seconde disposait les personnes sensibles à recevoir volontiers sa doctrine. L'une engendrait la conviction, l'autre menait doucement à la persuasion. Selon les principes posés par l'auteur de la rhétorique , elles servaient respectivement à rendre les auditeurs attentifs et bienveillants : « reddere auditores altentos et henevolos. » La troisième manière d'envisager ces grandes

< Act. ÏII. 6. 2 Saint Marc, VII. 37.

\)V NOrVKAlI TKSTAMKNr. Sd

ciMivi'i's, ct'llo iloiil il iKHis it'slc à [)ail(M", ;»v;iil pour objet de roiuiro 1rs juidilciirs r/or/Y^x , c'est-à-dire siisciîptihlcs d(* recc- \()ii' III) ciiscii^iKMiu'iit : (Ml cUcl , nous allons r.iire voir (ju'cllcs cont(Miai(Mit des loçous frappantes de vérité et de la plus haute iin])orlan('e.

Nous parlons (lu principes (jue tous les catholiijucs au moins ont été élevés dans celte manière de voir et cju'ils ont lu avec cet es])rit , dans rKci-itur(î , le récit des miracles de notre Sauveur. Us les ont entendu commenter mille fois comme des leçons mises en actions , au lieu d'être données en paroles : (( Dominus iic Redemptor nostev per Evumjdium suum (di- (jutindo verbis, aliquando rebus loquitur ' . » Nous n'apprendrons rien de nouveau \\ nos lecteurs en leur disant (pic le lépreux guéri re()!'ésente le pécheur pardonne , etque labarcjuc sauvée du naufrage, par reiïet de la ])réscnce de Jésus, est une figure de l'Eglise. Si le lépreux rc(;oit l'ordre d'aller se montrer au prêtre , le catholique voit au premier abord qu'il s'agit ici du ministère sacerdotal auquel le pécheur doit avoir recours. Nous pouvons donc atlirmer que les miiacles de notre Seigneur renfermaient des leçons, toujours d'une haute importance.

En traitant des paraboles, nous nous sommes efforcé de démontrer (peut-être avec quelque succès) qu'elles renferment un corps de doctrine à part , qui correspond aux prophéties de l'Ancien Testament et dans le sein duquel a été déposé le germe des principes , de l'histoire , des développements et de l'action de l'Eglise. Ne pourrions -nous pas trouver, dans les miracles du Sauveur, quelque chose d'analogue? Tel est l'objet de notre étude actuelle. Si ce qu'il y avait de mystérieux dans son enseignement oral se rapportait à des choses dont l'accomplissement était réservé à Tavenir, ne sommes-nous pas en droit de conjecturer que ce qu'il y a enseigné sous la forme plus mystérieuse encore de certaines actions est susceptible d'être rapporté à des fins semblables?

< Saint Greg. Horn. 32. in Evang.

L'analogie qui existe entre une parabole proposée en f)aroles et une parabole mise en action est évidente , et un miracle qui , indépendamment de son objet immédiat et palpable , renferme en soi une leçon destinée à fructifier ultérieurement , est, sous tous les rapports, une véritable parabole, plus encore que les actions symboliques d'Osée et d'Ezéchiel. Par exemple , lorsque Jésus-Christ ordonne à ses disciples de jeter leurs filets et que ces hommes qui , pendant toute la nuit les avaient jetés en vain , les retirent en ce moment remplis des produits d'une pêche miraculeuse , nous voyons au premier abord que c'est là une image admirable pour faire entendre que , quand ces mêmes disciples seront devenus pêcheurs d'hommes, ils attireront une multitude d'ames dans ce filet, sous la figure duquel , dans une parabole parlée , notre Seigneur avait désigné l'Eglise , sans que cette immense multitude rompe le filet, c'est-à-dire détruise l'unité religieuse. Le même exemple nous fait comprendre qu'un si grand événement ne doit pas être l'efTet de la puissance humaine , mais l'accomplissement d'un décret de la divine Providence et l'ouvrage de la grâce. En effet . jusqu'à ce que les apôtres eussent reçu l'ordre d'aller prêcher , leur ministère était demeuré stérile malgré tous leurs efforts. Remarquons, en passant, toute la perfection de ce parallèle. Non-seulement toutes les parties s'adaptent entre elles d'un bout à l'autre , mais elles se correspondent d'une manière adéquate : le miracle d'un côté trouve , de l'autre côté, un miracle pour lui servir de pendant; tous deux sont réels, ni l'un ni l'autre n'est une figure. La volonté de Dieu est également manifeste dans l'un et dans l'autre ; la multitude des poissons dans le filet des pêcheurs est aussi miraculeuse que la multitude des âmes dans le filet apostolique. Tournons maintenant nos regards d'un autre côté. Contemplons Ezéchiel coupant et brûlant sa chevelure \ ou bien sortant de sa maison par une ouverture pratiquée dans la muraille , ou encore se couchant

* Ezéch.V. —XIII. Ô. —IV.

DU NOIVKAU TKSTAMKM. 87

(.ml('>l s\\\ Ir (Ole (lioil, liiulol sur le* cMr ^iiucho ; coiiKidnlons (Milin les mariiii^cs d'OsiM^' : a's didcTonlcs images ne soiil millcnicn! |U()|M)rti(>nné('s ;i la |)iiissaii('(' dont cllcî^ ^'K^'i(Mil II' i('(l()iil;il)l(' ('\(M'cico. Cv soiil de simples actions luimaines, siiiij;ulièrem(Mil (Muiohlics par la mission (jn'eiles ont reeiie de l'epicsenlei" les jiii^ements de Dieu; tandis (|uc , dans rEvani;;ile , ainsi (jiie nous l'avons fait rcmanjiKU', le miraelo existe dans la limiro commet d;ms la réalité. Toutefois, il faut aussi s(* rappeliM' (jue si l'un (\c ces deux miracles était immédiat, délini et tombait sous l'œil des sons, l'autre ne devait s'opérer (jue par degrés, insensiblement, et n'être per(;u qu'à l'aide du raisonnement. En efFet, [)ersonne ne doute aujourd'hui {\\\c la propagation du christianisme par les douze pécheurs de Galilée n'ait été une œuvre divine et surnaturelle. Mais pendant ijue cette grande chose était en voie d'accomplissement, elle ne pouvait pas se faire sentir au dehors comme elle nous ajiparaît à nous , quand nous contemplons ses glorieux résultats; et, aujourd'hui même, l'Eglise ne cesse point de jeter ses filets et de déposer ses précieuses captures dans la barque de saint Pierre.

De rexemplc que nous venons de citer, nous pouvons tirer certains principes fondamentaux , à l'aide desquels nous arriverons, de conclusion en conclusion, jusqu'à l'objet que nous avons en vue. i" En efTet , si l'analogie entre les paraboles et les miracles de l'Evangile , analogie correspondant à celle qui existe entre les prophéties en paroles et les prophéties en actions de l'ancienne loi , nous porte à conjecturer que les unes et les autres ont une fin et un terme communs , l'exemple que nous avons choisi nous permettra d'aller plus loin et d'en tirer une autre induction. Cette induction, la voici : c'est que la leçon miraculeuse, préchée en action par notre Seigneur Jésus-Christ , correspondra toujours à une réalité exprimée par son enseignement. Si , dans les prophéties, l'acte de l'homme a été appelé à représenter

< Osée , I. 3.

J'aclion de Dieu, cet ordre ne peut être renversé et la chose la j)liis excellente ne saurait «(Mre avilie ; or, c'est précisément ce qui aurait lieu, si les actions de Dieu fait chair devaient rapj)eler ou symboliser des choses moins sublimes qu'elles. Un miracle ne peut être le précurseur , le type ou la garantie que d'un autre miracle. Nous irons même plus loin. La merveille qui sert de figure ne saurait être plus grande que la réalité accomplie • celle-ci doit nécessairement remjjorter. La délivrance d'Israël et sa sortie d'Egypte sont indubitablement une œuvre miraculeuse et divine ; les merveilles opérées par la verge d'Aaron , la mer Rouge entr'ouverte, l'armée de Pharaon engloutie dans l'abîme , le pillage de l'Egypte, le départ des Hébreux précédé de la Paque , et , selon toutes les apparences , soumis à cette condition mystérieuse , voilà certamement des faits dignes d'être considérés comme formant un tout complet, fini et indépendant. Pourtant, ce n'étaient là qu& des types ; et quand vint le temps où la réalité devait s'accomplir , elle parut revêtue d'un caractère de grandeur infiniment supérieur et suivie de résultats plus sublimes , comme pour prouver que Dieu seul peut se surpasser dans ses propres œuvres , et qu'il s'y surpassera toujours, quelle qu'en soit d'ailleurs la magnificence, lorsqu'elles ne seront destinées qu'à préfigurer d'autres marques de sa puissance et de sa miséricorde.

2° Nous sommes frappés , dans ce second exemple , d'un autre résultat que l'on pourrait également tirer du premier. Dans l'un comme dans l'autre , nous remarquons que si l'accomplissement de la réahté est infiniment supérieur à la figure, celle-ci du moins se présente à nous sous les apparences d'un plus grand miracle. Or, pour mieux exprimer notre pensée, nous dirons que l'accomphssement se rapporte à l'ordre de la grâce , tandis que la figure appartient à l'ordre de la nature. La déhvrance de l'homme arraché, sur le calvaire. a la puissance vaincue de Satan , était une œuvre aussi réelle et infiniment plus admirable que l'affranchissement d'Israël de la servitude d'Egypte : toutefois ce dernier acte était visible

DU NOUVKAH TKSTAMKM. H\)

à l'inl lie l'hoiiunc rt siisccplihlc drlir sciili p.ir son .'iriic . nitiis l'aiilro ne Triait pas. l.a convcM'sion dil iiinndr j)aM'ii olait corlaiiKMiKMil im iniiaclc Ix'aiiroiip j>Iiis «^raiid (jiir la p(\'li(' (le 'l'');j poissons : mais celle convorsion rlail un adc, inlcTicnir ol (|ui si^ passait dans les icplis les pins secrols de Tanïiv Si les miracles df n(>li'e S(Mi;iuMn,. considérés comme; types, porlcnl avec eux un enscit;nemenl , nous pouvons élrc eerlains (ju'ils représentent d'autres actes existant dans ri^i^lise; et ci^piMulant ces mêmes actifs merveilleux et miraculeux à un (ioi;ré, non-seulement éiçal mais su[)éri(nir à celui de la tii^ure , peuvent ôtrc et sont très-prol)al)lemcnt invisibles, et ap|)arliennent au domaine delà vie spirituelle.

Rien ne nous empêche de pousser celle comparaison plus loin encore , |)0ur |)eu que nous voulions entrer dans quelques détails. La manne représentait la nourriture céleste que nous otlVe la sainte Eucharistie ; l'eau vive que les Israélites puisaient, dans la pierre mystérieuse qui les suivait, figurait le rafraîchissement que Jésus-Christ procure à l'ame ; comme Moïse avait élevé le serpent d'airain dans le désert pour guérir les blessures causées par la morsure des serpents venimeux , ainsi la croix devait être élevée avec son précieux fiirdeau pour guérir les plaies qu'avait faites le serpent infernal ; enfin Jonas , dans les flancs dé la baleine qui le rejeta sur le rivage , présentait une image de la résurrection de notre Seigneur. Dans chacun de ces exemples , la chose figurée était infiniment plus noble et plus sublime que le type , elle était en soi un miracle , un prodige plus étonnant ; pourtant cette circonstance n'apparaissait pas aux yeux des hommes dans la réalité comme dans la figure , bien que celleci , ainsi que nous l'avons dit, fût inférieure à l'autre. C'est donc là un point qu'il importe de ne pas perdre de vue.

La révélation chrétienne a miraculeusement ouvert à l'homme un monde nouveau, dont la vue avait été complètement dérobée aux regards des païens , et que les Juifs , plus heureux et meilleurs, n'avaient fait qu'entrevoir par intervalles.

Le nouveau ciel , la nouvelle terre qui lui étaient ainsi révélés devaient nécessairement placer l'homme lui-môme dans des circonstances nouvelles : ils créaient pour lurla vie spirituelle (|iii a ses lois et son cours , ses avantages et ses désavantages , son commencement et ses développements , que dis-je? sa nourriture , ses opérations organiques , ses maladies , ses guérisons et môme sa mort , quoiqu'elle ne soit pas susceptible de destruction. L'ame, cet ôtre jusque là indéfini, môme dans la théologie des juifs, revôt aux yeux du chrétien une existence si positive , qu'il peut l'individualiser dans son esprit et la séparer , par la pensée, de lui-môme. 11 peut dire que son ame est faible , lors môme que son corps est fort , et réciproquement que celle-là est puissante , bien que celui-ci soit débile : l'ame peut goûter le repos et la paix , tandis que l'existence extérieure de l'homme est bouleversée par d'affreuses tempêtes, et dormir, comme Jésus, dans la barque qui est devenue le jouet des flots en courroux. L'homme trouve des aliments et un vôtément pour son ame quand son corps est tourmentépar la faim et que sa chair est nue. L'ame peut s'élancer vers le ciel, tandis que son enveloppe mortelle rampe sur la terre , et quand celle-ci périra , celle-là entrera enfin en possession de l'objet de tous ses vœux. A cette ame , il faut un système qui subvienne à tous ses besoins , et c'est là ce qu'on entend sous le nom de choses spirit lœlles, deux mots qui reviennent sans cesse sur les lèvres d'un catholique. La grâce est la sphère , le miheu dans lequçl cette vie spirituelle trouve sa place : elle en est le principe et compie l'atmosphère ; elle est l'ame de l'ame , elle en est la nourriture, le vêtement et la force motrice; elle soutient sa vigueur et favorise ses développements ; en un mot , c'est la puissance qui gouverne , qui règle et qui perfectionne cette invisible économie. Un catholique saisit et comprend tout ceci comme s'il le voyait. Mais , dans l'appréciation de l'Evangile , cet ordre spirituel est infiniment plus noble et plus élevé que celui dans lequel se trouve le corps et tout ce qui est , comme lui , naturel et contingent. Guérir l'ame est une œuvre plus grande et un plus grand miracle que

DU NOrVKAl' TKSiVMKM. 'M

giirrii' le coi'ps, cl l.i iM'siiircclKni (rime .une doil excilcr noire admiiiilioii ii iiii plu^ li'nit ilcf^rr (|iir l.i irsiirrcction d'un coips.

(V(^st ainsi que s'étahlil l'analoiîie eiilic le monde visible et le monde invisible d(»nt l'exislcnee et les opérations se eori-es|)ondent, ear Inn et l'aulrc a|)j)artiennent à la iralité. Ainsi done , si les miraeles de notre Seiiiineur sont destinés à fii^'urer d'autres actions, c'est dans cet empire spiiitiicl (|u'ils trouveront, poui- leur correspondre, des réalités non moins merveilleuses et d'un caractère infiniment supérieur.

Toutefois, tant cpie l'homme n'aura pas été complètement absorbé dans la vie spirituelle , mais qu'il continuera à mener sur la terre la vii^ (Tun être composé d'un corf)s et d'une ame , il est évident (\[\c tout ce qui sert à l'entretien et au développement de la vie spirituelle devra être adapté à l'humble état dans lequel il se trouve actuellement et se rapporter à la terre. La pluie s'élève d'abord du sol , puis y retombe , et de là elle s'élance de nouveau , soit en source bouillonnante , soit en fontaine jaillissante , ou roule tranquillement ses eaux sous la forme d'un ruisseau , d'une rivière qui va fertiliser les campagnes. La grâce , elle aussi , a d'abord pris naissance sur la terre : elle est sortie des mérites et de la mort du Saint des saints ; elle est remontée avec lui dans le ciel où il place ses abondants trésors, et de là. redescendant sur le sol fertile de l'Eglise , elle est distribuée de nouveau sous une multitude de formes admirables , par les divers canaux du ministère et des institutions ecclésiastiques. Or, l'action sacramentelle de la grâce , telle que le catholique seul peut la concevoir et la comprendre , remplit exactement toutes les conditions voulues pour résoudre le problème qui nous occupe. Le sacrement appartient à la sphère la plus élevée de la vie spirituelle ; il est aussi surnaturel dans son efficacité invisible que. le miracle dans son effet visible : l'un est aussi réel que l'autre; le sacrement correspond avec une assez grande perfection au miracle , pour en être un accomplissement suffisant ; et il lui est si immensément supérieur,

î)i LES MIRACLES

qu'il est la digne réalisation (rune telle figure. Tel est , selon nous, le véritable enseignement de la |)lu[)art des miracles de notre Seigneur (jui sont rapportés dans les écrits apostoliques. De même ({ue les paraboles renfermaient les principes de la morale et des dogmes qui devaient être dévelop[)és dans l'Eglise ; ainsi les miracles font ressortir les. opérations surhumaines et , à proprement parler , miraculeuses de son ministère pratique. Les unes nous ap[)rennent ce que l'Eglise devait être et ce qu'elle devait dire , les autres ce qu elle devait faire.

11 est temps, maintenant, que nous allions chercher dans l'Evangile même les raisons qui pourront justifier cette théorie. Notre Seigneur, étant seul avec ses disciples quelque temps avant sa passion , leur dit : « En vérité , en vérité , je vous le dis , celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais et en fera même de plus grandes ^ )) 11 est clair que la puissance miraculeuse à laquelle il fait allusion dans la première partie de cette phrase n'était pas attribuée à tous les fidèles indistinctement. Saint Paul porte témoignage que ces dons étaient tout au plus répartis séparément, parmi les premiers chrétiens 2, et rien ne porte à croire que chacun des simples fidèles fut un thaumaturge. Il est rapporté de saint Etfenne en particulier « qu'étant plein de grâce et de force, il faisait de grands prodiges et de grands miracles parmi le peuple ^ ; » ce qui semblerait indiquer un don qui lui aurait été conféré , à l'exclusion des autres. Mais quant aux apôtres et aux disciples, le don de faire toute espèce de miracles, même ceux qu'avait accomplis notre Seigneur Jésus-Christ, était une partie de leur mission , et tous le reçurent avant d'être revêtus d'aucune charge spirituelle ou sacerdotale. « Partout où vous irez , prêchez , en disant : Le royaume du ciel est proche. Rendez la santé aux malades, ressuscitez les morts, guérissez les lépreux, chassez les démons^. » Le même pouvoir fut conféré aux

« Saint .Jean , XIV. 12. '^ I. Cor. XII. 2.

'' Act. VI. 8. 4 Saint Matth. X. 8.

DU NOIVKAII TRSTAMKNT. '.KJ

soixanlo-doiizc (lisciplcs : « (iiirrisscz les in;ilii(lcs cl dilcs- Icill- : Le lONiillIiic (le Dli'll csl (nnclic de VOUS ^ » H sciiibh; impossible (l'iijoiilcr (jiioi (|ii(' ce soit ii l;i prcinicîn^ dt; ces missions. \rs (\\u\Ur diisscs de hicnfiiils iiiiiiicnlciix (]ui y sont (MUiméirs , cmbrassiMit tous ceux (jiic iioli(î Sci^nnir accomplit j;im;iis, y (•()in|)ris nu^me la résmiccliou des morts. b]tait-il possible de pousser au deTi l'exercice de la |)uissane(; miraculeuse? Ku fait île merveilles, (pu;lles (iMivrcs plus Jurandes que cell(\s (jui* Jésus avait accomj)lies rcstait-il n faire, en vertu de cette [)romessc? Pouvait-on sdrpa.sscr la résurrection de Lazare? Les paroles de notre Seip;neur ne sauraient élre piis(\s dans ce sens. La seule sit^nification rai sonnable que nous puissions leur donner, c'est cpie des œuvres exigeant une puissance égale , mais appartenant à nn ordre de choses plus élevées, devaient être accomplies par les sectateurs fidèles que rej)résentaientles apôtres. Nous admettrons plus volontiers cette interprétation quand nous aurons vu le même langage employé ailleurs, j)ar exemple, dans ce passage : « Quiconque aura quitté pour l'amour de moi sa maison , ou ses frères , ou ses sœurs , ou son père , ou sa femme, ou ses enfants, ou ses terres, en recevra le centuple et possédera la vie éternelle^. » 11 est clair que le centuple des biens de la terre ne signifie pas une récompense dans la vie future ; car ces deux choses sont exprimées séparément et d'une manière distincte , mais d'une rémunération dans ce monde. Il s'agit ici des biens spirituels correspondants, lesquels sont plus grands, parce qu'ils appartiennent il un ordre plus élevé et qu'ils ne se rapportent point au corps mais a l'anie. Car, excepté peut-être quelques millénaires sensualistes , personne ne s'est jamais imaginé qu'il fut question d'un accroissement des choses mêmes auxquelles on renonçait. Toutefois , il est constant que les grandes choses promises ne tombent pas sous les sens , et qu'elles ne sauraient être appréciées par l'homme à l'état animal , avec sa

' Saint Luc , X. 9. 2 Saint Matthieu , XIX. 29.

Oi LES MIRACLES

nature déchue et ses facultés Ijornées , comme le sont les choses qui appartiennent à un ordre matériel et plus grossier , bien que celles-ci soient moins importantes. Ainsi donc , nous pouvons raisonnablement conclure que ces choses, plus i^randes que les miracles visibles de Jésus-Christ et que les fidèles devaient accomplir , se rapportent ii ces œuvres de puissance que le ministère de l'Eglise effectue dans la sphère spirituelle de ses opérations , et ceci nous met en présence de sa puissance sacramentelle.

Cette théorie donne au catholique l'explication du choix qui a été fait parmi les miracles innombrables opérés par notre Seigneur. Lorsque saint Jean , fermant le registre des archives évangéliques , prend soin de nous informer à deux reprises que (( Jésus fit , à la vue de ses disciples , plusieurs autres miracles qui ne sont pas écrits dans ce livre, ^ » et ailleurs que a si on les rapportait en détail , le monde même ne pourrait pas contenir les livres qu'on en écrirait , ^ » nous devons en conclure que les miracles conservés dans l'Evangile ont été choisis parmi la multitude de ceux qui n'y sont pas rapportés, parce qu'il nous importait de les connaître. Aussi saint Jean nous révèle-t-il le principe qui a surtout présidé à son choix, et cette déclaration s'accorde parfaitement avec les conclusions que nous avons tirées au sujet de son Evangile , en traitant des paraboles. Après le premier des textes que nous venons de citer , l'apôtre bien-aimé continue ainsi : « Mais ceux-ci (ces miracles) ont été écrits afin que vous croyiez que Jésus est le Christ Fils de Dieu^. )) En d'autres termes , saint Jean fit choix des miracles qui tendaient à établir la divinité de notre Sauveur contre les hérésies qui s'élevaient dans le sein de l'Eglise naissante. C'est pourquoi, de même que nous avons constaté qu'il avait rapporté moins de paraboles que les autres évangélistes , nous remarquerons aussi qu'il a cité un plus petit nombre de miracles. Quant à ceux qu'il rapporte , il les décrit avec une telle précision , il

« Saint Jean .XIX. 30. ^ Ib. XXI. 25. 'Ib. XX. 34.

DU NOIIVKAU TKSiAMKM. *.).">

les iicc-ompai^iuMlcdrlails si iiiiniiliciix cl de inciivcs si concliiaiilcs , (|ii(' non-soiilcini'iil ils cxcilciil en nous le plus vif intér(H , iniiis aussi nous rrvrlciil claiicinciil son dcssoiii. Le plus riMnai(|ual)li'('X('nip|(' de ceci csl la i^ucrison de l'aveugle raconlec dans son neuvième cliapiire. ('Iia(|iie fois (jiie nous lisons ctMuai;nili(pie réeit , nous nous senlons remplis d'une nouvelle admiralion. l/examen des preuves, rinl(!iTOi;atoire eoniradieloire des témoins sont deux chefs-d'o'uvre de procédure, s'il est pcMiuis de parl(M- îiinsi , (pii fei'aient honneur h un membre dislinii;ué du barreau. La résuneelion de Lazare ' est un exemple analogue d'une narration détaillée, et robj(*t de ce réeit est de faire voir (jui^ le miracle lui eonf(\ssé parles adversaire de Jésus-Christ qui auraient pu faeilement le réfuter (*l le nier , s'il y avait eu seulement l'ombre d'un doute sur son aulhentieité. Un autre des miraeles rapportés par saint .li\m olVre eeci de remarquable , qu'il porte sur un point en vue duquel notre Seigneur semble avoir accompli plus de miracles qu'en vue d'aucun autre, je veux dire la réfutation des superstitions juives à l'endroit du Sabbat. A cet eiïel, saintJean raconte une guérison opérée le jour du Sabbat et les arguments dont le Rédempteur fit usage à cette occasion contre les pharisiens. 11 s'agit de la guérison du paralytique auprès de la piscine de Bethsaïda , rapportée au cinquième chapitre et défendu dans le onzième.^ Si nous considérons que la juridiction réclamée par notre Seigneur sur l'institution du sabbat, telle que les Juifs la considéraient , était une forte preuve qu'il était revêtu d'une puissance divine , nous comprendrons facilement pourquoi saint Jean, aussi bien que les autres évangélistes , ont choisi des miracles dans lesquels le législateur exerçait sa prérogative suprême. Et puisque nous sommes sur ce sujet, nous pouvons clore nos observations en remarquant que si l'on trouve dans les autres évangélistes un choix de miracles analogue , ce n'est peut-être pas pour établir dans un sens abstrait cette importante vérité que a le Fils de

i Saint Jean , XI. 2 ib. 21-23.

Of) LKS MIRACLES

I'lloinmo est maître du SiibbaP » , mais encore, puis qu'il transmettait toute son autorité ii ses apôtres et qu'il les envoyait comme son Père l'avait envoyé , pour faire voir qu'ils étaient autorisés à exercer leur souveraineté , en transférant à un autre jour les devoirs du Sabbat. Les miracles rapportés })0ur prouver cette vérité sont la guérison d'une main desséchée dans l'intérieur môme de la synagogue^, celle dune femme courbée par l'esprit malin ^, celle d'un homme hydropique^*. Il est peut-être digne de remarque que ces trois miracles sont rapportés par saint Luc , auquel les deux derniers appartiennent exclusivement. Or, nous avons fait voir, dans notre première dissertation , que son évangile semblait avoir eu pour but de former à la pratique de la vertu et de la religion l'Eglise dont la divinité avait été établie contre les Juifs, au delà des exigences d'une simple évidence, ce qui paraît avoir été la tache de saint Matthieu. Les règles que le chrétien devait observer, pour garder le Sabbat et le droit de l'Eglise à lui en assigner le jour^ sont ainsi étabhs par saint Luc.

Mais revenons à l'évangile de saint Jean dont cette digression nous a quelque peu éloignés. Il sera peut-être bon de remarquer qu'outre les miracles que nous avons cités, c'està-dire l'histoire de Lazare , celles de l'aveugle et du paralytique de Bethsaïda , les deux seuls autres dont cet évangéliste fasse mention , avant la résurrection , proclament hautement la puissance divine de Jésus , en même temps qu'ils sont de la plus haute importance pour établir la théorie que nous avons tirée des miracles du Sauveur.

Pendant que saint Jean faisait son choix parmi les trésors immenses des œuvres de notre Seigneur , les autres évangélistes imitaient son exemple. Leurs témoignages réunis concourent à nous assurer que Jésus guérissait toute espèce de

^ Saint Alatlh. XII , 8. — Saint Marc , II. 28.

2 Saint Marc , III. 2. — Saint Luc , VI. 6. ^ Saint Luc , XIII.

4 lbid..XIV. 4.

U\ NUI \ i; M iKSrwibM U7

iiuikuih' : iic.iiiiiioiiis il r>l cvkIciiI (jh'iI \ m ,\\',\\\ (|iii'li|ii(;4iiiics sill' l('^i|ii('l|('s il s'.iiTiM.iil r\\ |>;iiti(.'iili(M" rl (|iir \m\tv, Sciiîiiciir III! iiii'iiic sciiihLiil clioisii' (tc prclficiicc. Nous iio'.is |)i()jM)S(>iis (Ic I'.iiic v()ii- (|ii('C('s t^'iirrisons soul , [);ir leur n.'itiirr aussi hicii (|ii(' |»ai' les circonslaiicc^s dont cllos sont Jicconipaij;nr(»s, les Ixpcs les plus j)arfaits (Ins institiilioiis sacianKMilclles (!(" ri\i!;lis(' , el pour cela nous allons 1rs paicouru" lapidorncînl.

I. Lk ll.vrTKMr:. — C.v (jui di^'ait frapper le plus vivement les n(>opli\les dans !'l\i;liso primitive, c'était d't'lie admis à la connaissance d'une véiilé rcliii;icuse aussi nouv(;llc qu'admirable. Ils sjivaieni sans doute (jue la i^iûce directe du sacrelucui les purifiait du pi'îché oriirinel: mais l'cdet sensible et 4c fruit de celte grAce, c'elail do les initier aux beautés des mys- Icres chrétiens, cl . pr.r suile, de leur permettre l'entrée de ce \aste champ ouvert aux plus sublimes pensées religieuses. OucI loirenl de Inniièi(^ intellectuelle devait jaillir dans l'ame d'un païen doué d'une certaine rectitude d'espi'it et de cœiu- , lorsque après avoir erré dans la nuit d'une comj)lète ignorance ou dans le cré|)uscule d'une [)hilosophie incertaine, la doctrine chrétienne lui apparaissait et venait lui expliquer l'origine , la chute et la régénération de l'homme! Quelle clarté pure, douce et joyeuse devait inonder l'atmosphère moraledu nouveau converti, lorsque les principes de l'amour de Dieu et des hommes , c'est-à-dire le splendide système des vertus chrétiennes, lui était révélé dans toute sa plénitude et sa magnificence ! Si à des hommes doués d'une grande élévation de pensées et d'un esprit supérieur cultivé par de sérieuses études , tels que Brownson et Stoiberg , le passage d'un christianisme erroné au vrai christianisme parut comme la transition de l'obscurité ii la lumière , — que dut être ce rayon qui jaillit sm- un Denis des lèvres de saint Paul, lorsque la sublime doctrine de l'Apotre des gentils fit pâlir la sagesse de l'Aréopage? Certes , s'ils eussent dit que leurs yeux s'étaient ouverts , qu'ils avaient passé des ténèbres ii la lumière, et que c'était maintenant qu'ils voyaient en vérité , de pareilles expressions eussent été les plus naturelles pour décrire la révolution

intellectuelle qui s'était accoinj)lie chez eux. Quelle demande fût spontanément venue à la bouche d'un penseur païen de bonne foi qui se seiait senti attiré vers le christianisme , sinon celle-ci : k Domine , ut videam ; Seigneur , faites que je voie ! )) Aussi, quiconque est versé dans la lecture du Nouveau Testament doit se rappeler que les ténèbres y désignent l'état de l'humanité avant la venue de Jésus-Christ, et la lumière la condition de ceux qui se mirent à sa suite.

Mais l'obscurité et l'aveuglement ne sont que de faibles expressions pour qualifier la condition spirituelle de l'homme avant cette époque ; elle ressemblait plutôt à un état de totale impuissance. Lors môme que le faible rayon de lumière morale qui l'éclairait lui montrait la voie droite, il n'avait pas la force de la suivre :

Video meliora proboque ,

Détériora sequor.

Il était le fidèle portrait de l'esprit humain , au ])oint de vue du bien moral. Sa volonté était sans vigueur, sans énergie; nul encouragement ne le stimulait à faire choix de ce qui était bon , et , pour comble de misère , il n'avait ni la conscience de posséder au dedans de lui une grûce surnaturelle, ni l'espoir de la recevoir plus tard. Mais lorsque le chrétien se trouva soudain capable non-seulement de remplir la loi de nature , mais encore de courir dans la voie des commandements les plus difficiles , que dis-je? quand il se sentit luimême prêt h mourir et avide de soufîrir pour Jésus-Christ , quand il vit sa fille, frêle et délicate enfant , tresser avec joie les lis et les roses pour en faire la double couronne de la virginité et du martyre qui allait orner sa tête , à quoi aurait-il pu se comparer avec plus de raison qu'à un homme dont tous les membres auraient été paralysés dès sa naissance , et qui aurait passé sa vie sur un lit de douleur jusqu'au moment où une main bienfaisante l'aurait délivré de ses maux et , par un merveilleux secret , aurait répandu sur sa personne une force et une vieiueur nouvelles?

in NOUVKAL lKS|AMh::»<l ^J

(.Ikkiiii lies iiulics sens, iiu^mr \v iihjiiis nubl»- , ln)iiv«j (|iit'l(liit' chose (|iii lui corrcspoiul diiiis hi vie spii ilucllo. L'ouu; tic l'imu' ( III rlicruic , c'csl celle (locifilé l\ se laissei instruire . celle |)r()in|tlilii(le l\ ohcir (jiu l.iit I'iipanni^e exclusif du croyanl. u I.e Seigiieni- a ouvert mon oreille, el j(^ ne résiste j)as' , )) s'écrie Isaïe dans la personne du Christ. El souvent ceux qui refusent d'entendre la parole de Dieu cju'il hîiir apporte, sont traités tie sourtls par lui, aussi bien (pie |)ar les autres prophètes*. Le Nouveau Testament nous offre des exemples du même genre*^. Par une figure analogue, l'action d'ouvrir la bouche ou les lèvres exprime la faculté de louer Dieu dignement et de publier ses grandeurs^ Ainsi donc . nous pouvons facilement imaginer ce que devait éprouver un nouveau chrétien , quand il était une fois imbu de toutes les vérités de sa religion ; quand le mystère de la sainte Trinité lui avait été révélé, ainsi que l'Incarnation, cet autre mystère non moins-sublime que le premier et qui enestia continuation; quand cnfm il était capable de donner à Dieu le nom qui lui appartient, et de parler dignement de sa nature. Ne devait-il pas lui sembler qu'il venait d'être doué d'un nouveau sens, et que sa langue avait été déliée , comme celle de Zacharie , pour publier les miséricordes de Dieu^?

On peut encore remarquer à ce sujet quelques circonstances dignes de considération.

1" Les infirmités que nous avons énumérées datent presque toutes de la naissance de celui qui en est affligé. Les aveugles, les sourds , les muets et les paralytiques sont presque toujours venus au monde dans l'état où Jésus les trouve ; ceux qui le sont devenus par suite d'accidents sont les excep-

' i.^. 1.5. '-i VI. 10;XLU1.8;XLVI1I. 8; LXIV. 4.

s Jer. V. 21 ; VI. 10; XI. 8; XXXIV. 14. — Ezech. XII. 12; XI. 4. — Mich. VII. 6. — Zac.VII. 4. — Saint Mar.VIII. 1S. — Act. XXXVIII. 26. — Rom. XII. 8.

* Piov. VIII. 6. — Ps. 1.17.— Is. VI. 8. — Jer. I. 9. — Ezech. III. 27.;

^ In confessione verae fidei , aeternae Trinitatis gloriam agnoscere , et in potentia majestatis adorare unitatem. Collect, pour le dimanche de la Sainte-Trinité.

100 LES VIIKACLKb

tiuns. Celte cir(:(»rislar>ce est ruppoilée d^tiis le Non venu Testament d'une manière spéciale. Saint Jean nous dit en termes formels que l'aveugle à qui Jésus avait rendu la vue en était privé depuis sa naissance^; et il est expressément rapporté que les deux paralytiques guéris par saint Pierre et saint Paul, étaient dans ce déplorable état dès le sein de leur mère ^. L'état de ces infortunés était donc plutôt l'eflét d'une privation que d'une perte ; il datait de leur naissance et était en quelque sorte pour eux une condition naturelle. Aussi cette classe de souffrances représente-t-elle l'état de l'homme qui n'a pas encore été mis en contact avec la grâce , plutôt que ces maladies ou ces infirmités qui l'ont accablé plus tard et qui sont le résultat de malheurs personnels. Lorsque les disciples demandèrent à notre Seigneur si l'aveugle avait été ainsi affligé h cause des péchés de ses parents^, ils nous fournirent une donnée assez importante pour découvrir la cause de l'aveuglement spirituel de l'homme.

2" Chez presque tous ceux que notre Seigneur guérit en leur rendant , soit des facultés qu'ils avaient perdues, soit des sens dont ils n'avaient jamais eu l'usage , la souffrance semblait généralement accompagnée et aggravée par les horreurs de la pauvreté. Nous ne saurions révoquer en douté qu'il fût également prêt à guérir les riches et les pauvres. Mais les évangélistes ne nous ont conservé qu'un nombre comparativement peu considérable d'exemples où nous voyons Jésus entrer dans les demeures des riches pour venir les guérir. Quels étaient ceux qui s'adressaient à lui pour être soulagés de leurs maux? C'était le peuple qui se pressait autour de lui d:ms les rues, c'étaient les mendiants qui allaient l'attendre sur le bord des grands chemins et aux portes des villes. Jésus vint souper chez Simon le lépreux , mais nous ne voyons pas qu'il l'ait guéri. Peut-être l'orgueilleux pharisien qui méprisait Magdeleine, aurait-il cru s'abaisser en demandant une faveur à notre Seigneur , ou en lui reconnaissant le pouvoir de faire

' Saint Luc, I. G i. - Saint Jean , IX. 1 . •'^ Aei. Ill I2;X1V.7.

Di N()r\i;\i iKsfAMKxr. I'm

d(;s mir.K'Irs. ('.clU* ciicdiisIjiim'c nous |m'i incl {\{' poiissci' plus loin t'licoic \r ]);ii".ill»'|{' cnli'c I'linniiiic ciiins Si)n cliil (!(''( Iiii d riioinmc r(''^(Mi('i(' piii" Jrsiis-CJnisl. Lc inciiiici' cliiil |).'mvrc . spii'iliicllcinciil |i;irl;inl, en iiumiic Icnips (|irii\('iiL;lr , hoitiîux , sourd (M iiiurl.

'{" i.;i |)ln|)in( dii tcmf)s , ces infii'inilcs pailiculicros se rallJichaicMil ;i (jiicltjuc possossion (liah()Ii(|U(' dont elles (''Inicnf hi couséqucMice. Nous pouvons cilcr Irois fails r('niar(|iial)los à l'appui do co (pio nous avançons. Lo promi(;r est rapporté par saint Matthieu (^1 par saint Lu(! an sujcl d'un di'-nion tpii était niuet*. Le second exemple esl celui d'un possédi' (jui était sourd-muet et dont il (îst fait mention dans saint Marc et dans saint Luc'^. Dans le troisième cas, la possession est jointe an manijue des trois sens essentiels, car l'énergumène était aveuiile , sourd (M par conséquent muet, selon la dcscri[)lion de saint Matthieu qui seul a consigné ce trait •^. Ceci nous oflre encore un point de comj)araison frap[)ant entre la condition spirituelle de l'homme et l'état physique de ceux parmi lesquels Jésus-Christ a opéré le plus grand nombre de guérisons sur la terre , du moins pour ne parler que de celles qu'il a été jugé convenable de conserver pour notre instruction. L'ame humaine avait été frap])ée d'aveuglement , de surdité et de mutisme par l'esprit malin qui en avait pris possession, et avait usurpé l'empire de Dieu sur l'esprit et sur le cœur de l'homme. Celui-ci était esclave du démon , en même temps qu'il était plongé dans les ténèbres et dans la misère. Aussi ces deux choses sont-elles inséparables dans Ténumération des différents objets de la mission de Jésus-Christ. « Il viendrait ayporter la délivrance aux captifs et la vue aux aveugles , )) telle avait été la prédiction d'Isaïe , laquelle est rapportée par saint Luc^ et dépeint parfaitement l'œuvre glorieuse du Sauveur. Puisque nous parlons de l'empire de Satan sur le corps

» Saint Matth. IX. 33. — Saint Luc , XI. 4 4.

* SaiiK Ma:c , IX. 1^ : 24. — Saint Luc. X. 3S.

-^ Saint Matth. XII. 22. • -^ Is. XI. 1 . — Saint fj.r . fV. n.

102 LKS MIRACLES

de l'homme, peut-ôtre sera-l-il bon de remarquer qu'il oflre une image terrible , mais parfaitement vraie , de la tyrannie (ju'il exerçait également sur l'amc et que nous trouvons décrite dans l'Evangile. Une légion de démons avait pris possession de l'infortunée créature, leur tyrannie avait étouffé en elle tous ses nobles instincts , l'avait ravalée au niveau des animaux les plus immondes , et puis la précipitait, sans qu'elle sût où on la poussait , vers un abîme où elle aurait infailliblement périV

Nous n'avons pas jugé qu'il fut nécessaire , pour donner plus de force à ce que nous avons dit, de nous référer à des autorités. 11 n'y a pas un point que nous ne puissions facilement corroborer par le témoignage des saints Pères , qui sans cesse nous montrent , dans l'aveugle , dans le sourd , dans le muet et dans le possédé , l'image de l'homme déchu. Nous allons donc passer tout de suite à l'application de notre théorie.

Le rite par lequel , dans les temps anciens comme dans les temps modernes , l'Eglise agit sur l'état de l'homme , le met en contact avec la puissance salutaire de Jésus-Christ , l'arrache à l'esclavage de Satan , change sa condition , ouvre ses yeux , ses oreilles , sa bouche , le met en état de voir , d'entendre , de parler et lui donne la force de marcher dans la voie des commandements de Dieu, c'est le saint baptême. Cette pensée est si naturelle , qu'elle sert de base à tout ce qui concerne le baptême dans le rituel.

1 *• Les exorcismes qui occupent la première partie de la cérémonie font voir que les non-baptisés sont placés par l'Eglise , sous le rapport spirituel, dans la catégorie de ceux qui sont sous l'empire et sous la domination de l'esprit malin. Celui-ci est accablé de reproches et de malédictions , adjuré avec dédain, et chassé violemment. Cet acte s'accomplit avec une énergie , une sévérité de langage qui convient parfaite-

* Saint Malth. XVIII. 24.

1)1 MM \ I M I I si WWW I Oil

iiiciil il lOhifl iiiKincI ('111' «'sl .i|)|ti(»|n ICC el (|iii sc i;ijj|)I()cIic (Ic lii iii.mici (mIoiiI nolle ScMi^ncur ;i\;iil (•(mliiinc dVn user avec les (l(Mn(miii(|iit's. Le dnilciir Puses , dims son fameux ("ciil sur le l)ii|)l('iiu\ a |ti(»ii\ c (|iic Ionics |cs liliiri^ics, (îxccptc colli' de I'Kqlise ani^lieane , eoiiliciinenl ces cxorcisnics el. par eonsé(|ne!il , l'idi'e (|imIs ra|i|»elleiil .

'i" Les sous sonl traités eoinnie s'ils avaient besoin d'une regeneration et , à cet vïïci , on a exaclenienl i(!j)i()duil les riles dont notre Seii^iunu' a daii^'ué se servir lui-inèine jiouiles rét;;énérer. Lorscju'on lui amène un homme souiïl et muel en le priant de lui imposiM' li*s mains, il ne voulut pas exeicer sa puissance de celte manière, hujiielle du reste était celle dont il se servait d'ordinaire; mais le tiiant i\ l'écart hois de la foule , Jésus lui mil les doigts dans les oreilles , et , ayant pris de la salive , il lui loucha la lani^ue , puis , levant les yeux au ciel . il jeta un soupir et lui dit : (c Ephj)hcta , » c'est-à-dire : (( ouvrez-vous M » Or, depuis le commencement, l'Eglise a donné à cette cérémonie une place dans son rituel , et le prêtre, louchant les oreilles du catéchumène, ])rononce le même mot ,. ])uis , pour imiter jusqu'au bout l'action divine, il lui introduit de la salive dans les narines. Ensuite il lui met sur la langue du sel , sacramentum salis, pour faire entendre d'une manière plus explicite encore qu'il lui ouvre la bouche, afin qu'elle serve d'organe à la sagesse divine dont le sel est

l'emblème.

3" Dans le rite en usage pour le baptême d'un adulte , il existe une cérémonie frappante qui exprime avec force la })ensée de l'Eglise à l'égard de cette ressemblance. L'évéque ou le prêtre olficianl fait le signe de la croix sur les organes des différents sens, en prononçant ces mois appropriés à la circonstance : c( Je signe ton front 7 , afin que tu reçoives la croix de Jésus-Christ. Je signe tes oreilles f, afin que lu entendes les préceptes divins. Je signe tes yeux 7, afin que tu ^oiesla lumière de Dieu. Je signe tes narines*]-, afin ({ue lu

' Saint iVlarc , VII. 33.

M' « I.KS MIFlA(;i,i;s

sciilcî; lii sîiavt! odcLii (ic .h'siis-CJiiisI . Je siiiiu' la hoiiclic 7, aliiMjn'il t'ii sorte des paioli'S de vie. Je sit^ne tu poitrine 7, aliii que lu croies en Dieu. Je sii^tie tes é])aules-j- , atiri que tu [)orles le joue; de son service. Jeté signe tout entier 7, >> ici le prêtre ne touche point le cat','chum"nc; « au nom du Père 7 , et du Fils 7 , et du Saint 7 Es})rit , afin que tu possèdes la vie éternelle et que tu vives dans tous les siècles des siècles. Ainsi soil-il 1 >' Puis , quand l'évi^que sur le seuil du portail de l'église (lequel est véritablement f)0ur les catholiques la belle parle de la maison de Dieu) , étend la main sur le néophyte qui y est demeuré à genoux et le relève en lui disant : « Entrez dans l'Eglise de Dieu ! )) quand il l'introduit pour la ])remière fois dans le sanctuaire en lui donnant à tenir l'extrémité de son étole , ne sommes-nous pas frappés de la ressemblance qui existe entre cette cérémonie et la conduite de saint Pierre , le premier évéque après Jésus-Christ , lorsque invoquant le nom du Seigneur, il ordonna au boiteux qui se tenait l\ la porte du temple de se lever, et que cet homme se mit à marcher et entra avec eux dans le temple , marchant , sautant et louant Dieu^? Lui aussi, il tenait Pierre et Jean, sans doute par l'extrémité de leur vêtement . et les étreignait afîectueusement.

4" Mais le principal bienfait du baptême ou de l'initiation à la foi , c'était ce que saint Pierre définit avec tant de magnificence en s'adressant à ses nouveaux chrétiens , dans les termes que saint Augustin lui emprunte , lorsqu'il parle aux personnes qui ont reçu récemment le baptême : « Pour vous, vous êtes la race choisie , l'ordre des pretres-rois , la nation sainte, le peuple conquis, afin que vous pubhiez les grandeurs de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière-. » Tandis que les miracles qui se rapportent aux autres facultés et aux organes du corps peuvent être considérés comme de purs accessoires, ce don de la foi, laquelle est le fondement de toutes les autres vertus , doit être regardé

' Act. 111. 1.11. 2 I.Saint Pierre. II. 9.

\)\ N(H \ !■: \l II SI \MI M I n.)

■(Hiiiiic .i)t|iiii Iciiiiiil ;i rrssciicc III III»' (ic l;i ir^cnt'liilioii l>a|)lisin;i|(' . el cniiiiii.' liiisiiiil liiiic v(''iit;il)l('iin'Ml iiiix sciix (Ic noire iiiiliiic aNciiL^lc hi nwrrci/li'iisi' Ininirir dc Pii-n. |)c |;i viiMil (|ii(i (liiMS Ic coins (les |)iiei('s (III l):i|)l("'!ne , IMi^li.sc liiil [)liis (I'lmc fois iilhision ii ( c don . el le !('|)!'(''se!ile sous celtf iMi(iJLi;(\ l);ms Toi'Mison (jiii oi!\ re hi ceicinonic, le |)r(Mi(', (losiint sii in;iiii sur la l(Me de l'cnfanl on dw cali'dnimenc . parle ainsi ;i Dicii : k l^loii;ne/ de lui ion! a\ ciii^leinenl du eo'iir el 1)1 is(V. les li(Mis {\v Salan dans les(|uels il a ele lenii caplif. » Ailleurs hi pnerc (*sl plus sohMinelle encore el accompairrK'O (111 nuMiic L;esle ; u ]c sujiplie \()lr(* jiislc el (''Iciiielh^ inisôi'icordo, Vvvo saint, Seigneur loul-puissanl , Dieu (Heine! , auteur de loule lumière et de loule vi^rité en faveui- de votre serviteur N. , aiin que vous daigniez r('^clairer et i éj)andre sur lui les lumi(Mes de votre inlellii;ence. Cette oraison est ])iéeédiH^ dans la ciHénionie du baptî^me des adultes par une adjuration à Satan tjui se fait en ces termes : a Car celui (jui a ouvert Jes \eux de raveugle-n('* te le commande, être à jamais maudit et damné ! » Enfin, dans le cours du mc^'mc service, nous retrouA^ons la prière suivante : a Je vous supplie. Père saint. Dieu tout-puissant et éternel, qu'il vous plaise d'ordonner que la voie de votre vérité soit révélée à votre serviteur N. , qui erre dans l'incertitude et dans le doute au milieu de la nuit de ce monde , afin que les yeux de son cœur étant ouverts ,«il puisse vous connaître , vous qui êtes un seul Dieu , etc. )^

Ces ])assaG;es sulHront pour démontrer la grande analogie qui existe , dans l'esprit de l'Eglise , entre la faculté de voir rendue l\ l'homme privé de la vue des sens , et le don de la foi pour celui qui n'a point reçu le bajjtéme. Parmi les formalités que notre Seigneur observait d'ordinaire, lorsqu'il opérait ses guérisons, était l'imposition des mains qui est (ievenue , on peut le dire, une cérémonie essentiellement sacramentelle. Il y avait recours pour guérir les aveugles , et nous allons en citer un exemple remarquable parmi tous les autres : « Jésus prit l'aveugle par la main et, l'ayant mené hors du bourg , il lui

mit de la salive sur les yeux , lui imposa les mains et lui demanda s'il voyait quelque chose. — L'aveugle regardant, dit : Je vois marcher des hommes (jui me paraissent comme des arbres. — Jésus lui mit encoie une fois les mains sur les yeux , et il commença A voir , el il fut si bien guéri qu'il voyait distinctement toutes choses ^ » Or, nous avons vu précisément que le prêtre , en administrant le baptême, place à deux reprises sa main sur la tête de l'enfant et que, chaque fois , il accompagne ce geste d'une prière : la première fois , afin que l'aveuglement disparaisse , el la seconde , afin que la lumière arrive.

Mais il est un autre exemple plus remarquable encore. Lorsque Saul est renversé sur le chemin de Damas par un jugement de la miséricorde divine , il est frappé de cécité. Un tel prodige n'avait-il d'autre objet que d'humilier et de subjuguer cet esprit orgueilleux , pour le dompter comme un aiglon aveuglé et vaincu la jjremière fois qu'il s'échappe de son aire pour aller chercher sa proie? Ou bien, renfermait-il une signification symbolique et plus profonde , pour faire comprendre au persécuteur converti que si le ministre de l'Eglise avait le pouvoir de lui rendre la vue des sens , il avait aussi celui de donner à son ame la lumière de l'intelligence? Car Ananie étant venu pour le baptiser, a lui imposa les mains et lui dit : Saul , mon frère , le Seigneur Jésus qui nous est apparu dans le chemin par où vous veniez , m'a envoyé afin que vous recouvriez la vue et que vous soyez rempli du Saint-Esprit. Au même instant, il tomba de ses yeux comme des écailles et il recouvra la vue ; puis, s'étant levé, il fut baptisé^. )) Ici, nous voyons le miracle de la cécité guérie se rattacher par un lien étroit à la cérémonie du baptême. J'irai même plus loin, et je dirai que, selon toutes les apparences, la cécité fut infligée à saint Paul , afin de montrer l'étroite analogie qui existait entre ces deux choses , et d'apporter le miracle visible à l'appui de l'invisible.

' Saint Marc, VIli;22-26. 2 Act. IX. 18.

|)| \(>l \ I \l 1 I s| \MI N I

ISotir S(M L;n(Mii liii-iin^iiic lums ;i floiiiir rt'X('in|»lr !<• plus inl(M*('ssaiit {\{' cc I'iipporl «'iilic r;iVLMii;lcm('iil (If l'iinif <•! I.i piiMilion (If I.I \ IK' (les sens. Nous ;i\(nis ({(''j,! f.iil .illusion i\ l.'i LïiKM'ison (I'liii .IN (Mil;Ii' (loiil Ic rccil nous .1 ('h'' (•(mscrvcMJ.'ins tous SI'S (It'liiils pai s;iiiil Jem. Dans cello CM'conslancc , notre Soiii;iuMir (Mil recoins ;i la ni\sl(Ti(MKSO ceivmonic (h'crilc par sainl iVIaic. \in cIlVl, il (M'adi.a h t(Mi(' , (i ayanl fait de la houo avec sa salive , il raj)pli(jua sur les \ eux (h; l'aveui^l»'. l*eulèlrc sorait-on tent('' l\v croire cjik^ cett(î sinif)lc forinalih'î dût sullirc pour opérer la ii;uérison. Et en eiïet. elle aurait sulïi , si Jésus l'avait voulu. Mais, sans doute alin de nous donner une leçon dont nous devrions chercher l\ comj)rendre Tiniportance , il lui dit : Allez vous laver à la fontaine de Siloé (ce nu)l signifie ruvoyè). H y alla done , il s'y lava, el (piand il en revint, il voyait claire Si Jésus désirait symboliser l'action miraculeuse du baptême telle que nous l'avons décrite, s'il voulait faire voir comment , par un procédé surnaturel, ce sacrement répand dans une ame la lumière divine de la foi , il ne pouvait le faire d'une manière plus parfaite que dans cette circonstance. De toutes les guérisons qu'il opéra en faveur des aveugles , c'est celle qui est rapportée avec le plus de détails. L'onction des yeux, car c'est là ce qui est décrit dans le texte sacré ^, n'était qu'une cérémonie préliminaire semblable à celle que représente, dans notre baptême, l'onction avec l'huile des catéchumènes , car la guérison ne fut consommée que |)ar les eaux , non point du Jourdain , — les eaux de Jean . — mais par celles de la piscine de Siloé , les eaux du Messie. Ce choix même aura une certaine signification à nos yeux, si nous voulons prendre en considération les traditions juives qui étaient attachées à ces eaux , et qui les désignaient comme le bain le plus efficace pour se purifier de toute souillure légale^.

' Saint Jean , IX. 67.

2 'ErréxpiiTe , v. 6. L'acte que nous rapportons ici . comme celui dont saint Marc fait la description (VLlI-23) , ne paraîtra nullement étrange à ceux qui savent combien l'usage de ces pratiques était fréquent chez les Juifs et les autres nations de l'antiquité. Voir Vetstein, in loc.

^ «Lors même qu'il se laverait dans les eaux de Siloé... il ne saurait se purifier. «

I 08 IKS MIHACLES

Lii t.iiJKMise déprclie de César : u vcni , rich\ vici^ >- n'cxprimail ()iis avec plus d'éloquence la rapidité de sa conquête , que le récit de l'aveugle ne nous fait connaîli(.' sa guérisoii instantanée : (( Cet homme (ju'on appelle Jésus a fait de la boue, il en a mis sur mes yeux, en me disant : va U la fontaine de Siloé et lave-toi. ./'// ai été , ja mr^ suis lavé, el je vois v Quoi d'étonnant, si lesanciens chrétiens ont appliqué au baptistère le nom qui est cité dans ce passaiie , en l'appelant x.o/.uaoy^Gpa? Il n'est point douteux que ce soit là l'origine de ce mot.

Tout ce que nous venons de dire trouvera sa confirmation dans un magnifique passage d'Isaïe sur lequel . en retour , les considérations précédentes jetteront une vive lumière. Voici ce passage : «Dieu vient lui-même et il vous sauvera. Alors les yeux des aveugles et les oreilles des sourds seront ouverts ; le boiteux sera agile comme le cerf; la langue du muet sera |)romj)te et rapide : Alors les rochers du désert seront brisés ^ des fleuves arroseront la solitude. Et là sera une voie, la '^oie sainte. L'impur n'y passera pas, et elle vous sera ouverte , les insensés n'y marcheront point. C'est le chemin des hommes qui ont été délivrés ^ »

Ce n'est qu'aux maladies spirituelles que cette allusion peut s'appliquer.

Il paraîtra sans doute superflu d'ajouter que . dans le baptême catholique seul, il est possible de découvrir quelque chose qui corresponde de point en point à la classe de miracles que nous avons passés en revue ensemble . dans l'ordre où les évangélisles nous les présentent généralement. Les exorcismes et les autres prières que nous avons citées ont disparu de la liturgie protestante : on y chercherait en vain la trace d'une croyance à des effets analogues \\ ces miracles de notre Seigneur. Mais cette absence totale de la doctrine nécessaire

Jjim Hier. II. Voir aussi, au v. 6. l'indignation des Juifs qui leproLhent à Jésus doindre les yeux ou de les frotter aver de la salive le jour du sabbat. (Comparez v. 13.

' Isaie. .XXXV.

1)1 XM \KAl IKSTAMKST. I D'J

pour ('liit)lii iiM |)>ii ;illi-ic (Ic I.I iiiiliitr ilr (-cluMiiic nous ;i\ Oil!»' Inic»' nV'Xislc pas sculcincul J;uis les loi nuiliiurs , cIIl* »e t«il sculii" ci^iilrinrhl (liins les opnnoiis du sssh'inc Jiuiçliciiii. N(jus soiumt'S ('('liauis epic lii I»* iioiu tie la loi iiV'sl pas luoiioucr el (pi'cllc ii'csi I'oinl ('onsi(l('M»'i' coininc uu doii dv Dicu , roininc uiicM'ilu lurusiMpic l(" haplrinc (•oiniuuni(jU(' v/'i ilahlcnH-nl v[ MislaulaiuMniMil l\ lauic , inrnic ;i l'aine (Inn cnfanl. l*ouile proU'slanI , la loi n'csl quo la profession d'une Fuanien? de penser, et la pensée elle-iiK^nie est unaclede l'individu, (l'est ])Ounjuoi , dans la eonlirinalion , le système aiii^liean exige une [)rofessi()n piM'sonnelle de ce (|ui a été j)rofessé par procuration dans le baptême. Mais (juaiil ii croire sincèrement (pie l'enfant a ])ossédé, dès le moment de son l)aptème . une foi invariable, vraie et orthodoxe , c'est une doctrine (jui n'a jamais été ])rofessée cpie par cette Egli.se idéah^ (pii existe exclusivement dans le cabinet des théologiens d'Oxford. C'est i)Ourquoi , la première question que le rituel catholique pose au catéchumène est celle-ci : (c N. , que demandes-tu à l'Eglise de Dieu?)) — ^c La foi! » répond le néophUe. Voici du reste , une considération qui démontre clairement que la théorie anglicane , même élevée à sa j)lus haute puissance dans la personne des membres de la Haute-Eglise, n'a pas compris ce point , le plus important de toute la doctrine du baptême; c'est que nul , plus que les théoriciens d'Oxford, ne s'efforce de détourner L's dames et les jeunes gens qui ont des tendances à devenir catholiques, en leur répétant sans cesse que ce serait renoncer à Y Eglise de leur haplême. Cette phrase ne peut signifier qu'une chose , c'est que , le jour où elles ont été baptisées, ces personnes ont été incorporées dans l'Eglise établie d'Angleterre et ont appartenu dès lois à un corps distinct de l'Eglise universelle, c'est-à-dire de l'Eglise catholique en communion avec Rome. Car, si l'anglicanisme fait partie de l'Eglise universelle, l'expression que nous venons de relever devient un non-sens , une absurdité ; c'est absolument comme si on disait à un homme : (( Ne vous faites pas sujet anglais, de peur que vous ne cessiez d'être citoyen de la ville de Londres ; )> ou bien a un soldat : a Gardez-vous

bien de rejoindi'e votre corps d'armée . cai autrement vous renonceriez ii voln^ régiment. > La phiase en question signifie done que l'anglicanisme est tellement distinct du catholicisme , que le baptême (\<^ l'iin- n'est pas celui de l'autre. Or, [)Our qu'il en soit ainsi , il faut ou que l'enfant baptisé ne reçoive aucune foi , ou qu'il reçoive une foi conforme à l'enseignement anglican , c'est-à-dire distinct de celui de l'Eglise catholique, ce qui équivaut évidemment ii une foi négative. Le seul sens que l'on puisse attacher à cette phrase hypocrite est celui-ci : dans le baptême vous avez fait profession d'anglicanisme , et vous ne sauriez , sans péché , abandonner cette pro/ess/o/î . Du reste, il est un fait qui rend celte signification plus palpable encore . c'est que ceux ^ dans la bouche desquels on retrouve cette phrase , professent l'anglicanisme , mais ne se font pas scrupule de croire la doctrine catholique. Cette expression est une autre nouveauté protestante : tout ce qui nous surprend , c'est que les donatistes n'en aient pas fait usage par anticipation. Elle fait de l'Eglise une sorte de municipalité , de petite ville , plutôt que l'empire de Dieu sur l'univers.

D'un autre côté, l'Eglise catholique qui considère le baptême comme la porte de l'Eglise, janua Ecclesiœ, voit dans toute personne validement baptisée , lors même que le baptême aurait été illégal , un membre de la véritable Eglise , un catholique possédant la vraie foi, aussi bien que d'autres vertus infuses, et qui continuera à la posséder jusqu'à ce qu'un acte contradictoire détruise la vertu du sacrement et transfère la malheureuse victime sous l'empire de l'erreur , du schisme et, de l'hérésie. Prenez-y garde , ô Docleurs de la Haute-Eglise: chacun de vous , s'il a été dûment baptisé , a été pendant un temps , aux yeux de la seule Eglise véritable , universelle et catholique, un membre de cette Eglise. Chacun de vous, en

' Nous croyons avoir déjà fait remarquer clans une note précédente que les membres de la Haute-Eglise, vulgairement et à tort désignés sous le nom depuseyttes , quoique nominalement soumis à lEglise établie , admettent et croient la plus grande partie des dogmes du catholicisme.

1)1' NOl \ I'M li:si VMMHi. I I 1

l;i (|ililliinl , :i i'ail iiii .iclr d'apostasie. Ml \ os riil';iiils (jiic voiis avi'/ baptises di' voire pi (i|n c iiiaiii . aliii (|ij"ils ne lusseril |)as privés des hiiMilails du nie saeic par la |)i()raiie ii/'f^li^^'ence (ie eeiix (|iii l'administrent Ions les joins anlonr (!<; vous, oui, lU's iiuioeenles petites eii'atnres nous appaitiennent eneoic , el soni en eoininnnion a\ee la sainte l\L;lise de Dieu n'-pandiie par toute la lerre. ()"«'HtJ viendra le jour où \(ms, dont la C'onsei(Mie(î est loiirinenlee par trop de doutes pour vous laisser en sécurité sur \otre étal jni'seiil, vous viendrez verser i^outte à i;()utf(* dans ces jeunes aines le poison d'une hérésie que \ous êtes les premiers à déplorer, (juand vous leur feriv. croire (jue Jésus-Christ n'a |)as laissé sur la terre uneEi^lisi^ uni(jue dont tous les membres sont unis par la même croyance, (|u'il n'a pas pn^scrit de demeurer en communion avec l'Eglise de Dieu ié|)andue par toute la terre , que le titulaire de votre diocèse est le successeur des apôtres , que Marie ne doit pas être invoquée , (jue le baptême les a faits anglicans , que notre Seigneur n'est pas réellement et corporellement présent dans TEucharistie , que l'absolution du prêtre n'est pas nécessaire pour le pardon des péchés ; ou bien quand viendra le jour (rien n'est impossible dans un temps si fécond en choses étranges) où vous enseignerez précisément le contraire de ces choses , où vous tromperez vos enfants en leur disant que votre Eglise , puisqu'il vous plaît de l'appeler ainsi, soutint l'opposé de toutes ces doctrines (ainsi que font les catholiques) et où vous les amènerez par des voies illégitimes à faire une profession hérétique de la doctrine orthodoxe , quand viendra ce jour , vous vous rendrez coupable d'un véritable parricide , vous enlèverez par lambeaux du corps de vos enfants, — car l'hérésie est un péché , — celte blanche robe d'innocence que tout baptême valide jette sur le néophyte , vous arracherez de leurs mains le flambeau brillant de^ la foi orthodoxe , vous flétrirez cette couronne de joyeuse adoption que le baptême avait placée sur leur tête. Que dis-je? là ne s'arrêtera pas votre œuvre de malédiction : vous renverserez les merveilles du baptême , vous mettrez à néant les miracles qu'il a opérés. Vous frapperez d'aveuglement des

I I i LFS MIRACLES

\L*ii\ qui jiidis etaieiil uii\(iils ii hi Iiuiikmc. vous refermerez des oreilles qui avaieril été rendues capables d'entendre, vous lierez de nouveau une lantïue (jui avait été déliée , vous laisserez la paralysie dévorer encore une lois des menribres qui avaient été i^uéris. Oh ! pensez-\ bien , avant qu'il soit trop tard . vous dont l'esprit est a,2;ité par la tempête du doute , qui, incertains et flottants dans votre foi , vous flattez peutêtre de l'espoir qu'un jour le règne de l'unité reviendra parmi vous , et que vous serez doucement emportés par le courant jusque dans le port du catholicisme on vous trouverez le calme; vous qui n'oseriez point affirmer que rien au monde ne serait capable de vous arracher à votre condition présente pour vous jeter dans le sein dé notre Eglise ; vous surtout qui . tout en croyant qu'il est de votre devoir de rester où Dieu vous a plac^'^s, avouez tout haut que vous seriez an comble du bonheur, si la Providence vous eut fait naître dans l'Eglise catholique , et-que vous donneriez volontiers tout ce que vous possédez pour avoir toujours été catholiques, épargnez à ceux que vous aimez les peines , les angoisses, les tortures qui vous déchirent vous-mêmes. Renoncez à cette funeste illusion que vous pouvez donnera vos enfants une éducation catholique dans une église anglicane ou dans un presbytère anglican. Soyez assez francs , assez généreux pour les remettre à la seule mère qui les élèvera saintement ; faites d'eux les gages de cet amour que vous n'accordez pas au système auquel vous appartenez ; envoyez vos trésors là où vous dites que se trouve votre cœur , afin que les deux soient réunis et que vous ne donniez pas un démenti à la vérité. Oui , nous le répétons hardiment , il y a dans l'Eglise anglicane ^ un grand nombre d'hommes qui ne sauraient permettre, sans se lendre coupables d'un péché très-grave, que leurs enfants soient élevés dans le sein de cette Eglise , car ils ne peuvent donner pour excuse (pie leur conscience est dans une

' Va peut-être aussi pnrmi certains membres des différentes communions protestantes de la France Note du Tradictelr.'

Ul NOUVBAl TESTAMENT. 113

eri'eui iii\ nicihlc ; Ictii sciilr cImikt de s.iliil csl d' U'n luisHiM |)(Miisni\ re Iciii- carri«'i(' dims I'MljIisc dc Iciii hiijilfiiu' . cclir Kf^'lisi' iiiu* , siiinlc , callioliijiic el jiiiosIoIkihc,

'i. I)k i,\ P^:^^r^:^c^:. — II in' sciii p.is ik'-ccss.-iuc dr nous aj)|)(\s;iiiiii aussi loni^Mcmps sur les aiilics sacromonls. Les miracles dc noire Si'ii^n(Mii- \ Iroiivcionl une application moins ('omj)li(ju6e. Si cos inliiinilcs (|ui icndrni I'liomme incapable* (\c rien faire, qui raillii!;cnt des sa naissiince, (jiii sont pour hii la nej^ation on I'iiinorancc de critains biens. pliilAl que la ])rivalion positive de tacultés dont il possédait la jouissimce , et qui , au temps de Jésus-Christ , étaient souvent accompai^inéos de la possession diabolique, semblent autant de fit;ures dont ra|)j)lication s(» trouve dans l'homme non encore régénéré ; d'un autre cùté , ces soulTrances et ces maladies qui l'atteignent dans le cours de sa vie , qui souvent l'amènent au tombeau , peuvent être regardées comme symbolisant ces maux spirituels qu'il attire à son ame par le péché. En vérité, il existe tant de points de ressemblance entre ces deux états, que rien n'est plus aisé que de comparer quelques maladies particulières avec une certaine classe de péchés ou de vices. Depuis longtemps déjà le poète païen avait étabh unparrallèle entre le cœur de l'avare et celui qui

Crescit

Indulgens sibi dims hydrops.

La colère est une fièvre de l'ame ; l'envie , le chancre qui la 'dévore ; la jalousie , la jaunisse qui la défigure ; l'orgueil produit sur elle l'effet du pléthore, et la paresse, celui de l'atrophie.

Toutefois, nous nous bornerons à trois des principales plaies qu'inflige ce fléau, et qui viennent assaillir l'homme lorsqu'il a péché pour la première fois.

1 . D'abord la paralysie. Il n'est pas rare que cette maladie soit la conséquence Qc certains excès, et elle a pour effet de réduire l'homme à un état d'impuissance complète ; elle le

piive souvent de l'usure de la j)arole el lui ôte la faculté de travailler. Elle le replonge, jusqu'à un certain point, dans la condition où nous avons montré précédemment l'homme déchu. Quelle image plus exacte pourrions-nous présenter, pour figurer l'état auquel l'homme réduit son amepar le péché? 11 la frappe de paralysie, il en fait un misérable objet sans force, sans vertu, incapable de rien faire , inutile h soi et aux autres. La guérison du paralytique dont parlent les trois premiers évangélistes^ a pour nous un intérêt spécial, parce qu'elle est rapportée par eux avec l'intention évidente d'établir la doctrine catholique du pardon des péchés. Le malade est descendu du toit où il était placé et amené en présence de notre Sauveur qui, au lieu de le guérir sur-le-champ, lui adresse ces paroles : (( 0 hornme ! tes péchés te sont remis! » Une telle conduite était sans doute inspirée à Jésus par sa charité et sa bonté , car , semblable à un habile médecin , il ne voulait point s'occuper de la maladie la moins grave , tandis qu'il se trouvait en présence d'une autre plus sérieuse. Mais on ])eut allirmer, avec une égale assurance , que ces paroles furent prononcées avec un dessein marqué. Elles avaient pour objet de provoquer une grave objection , de fournir une occasion d'y répondre : et cette réponse devait avoir pour nous une importance sacrée , en même temps qu'elle devait être chère à nos cœurs. De plus , elles indiquent que la vue de l'infirmité qui adligeait le corps de cet homme , révéla d'une manière frappante à l'esprit de Jésus l'état spirituel et invisible de ce malheureux. Autrement, pourquoi n aurait-il pas adressé les mêmes paroles à ceux qui se trouvaient là et qui tous probablement avaient besoin d'un pardon aussi précieux? Mais la viie du corps de ce malheureux , frappé de prostration et de ses membres tremblants , offrait à Jésus la vive image d'une ame déchue et foudroyée par le péché. Certains commentateurs prot^sjants ont considéré cette expression comme équivalant à une déclaration que le malade était guéri ;mais il est clair que le

' Saint Matth. IX. 6. — Saint Marc , II. 1 0. — Saint Luc , V. 24.

DU NOl'VKAU TESTAMENT. 11 •>

retour du corjKS à la sauté ue s'en suivit pas iiurnétJiatemciit D'où uous (levons coiicluic; (ju'il s'ai^it véiilabh-'uieut ici di; la rémission des pri'hés ; d'autant plus (juiî ce sont l;i les mêmes paioles (|ui furent prolerées h l'occasion du pardon d(î Maf^'del(Mnc*. Les Juifs penseni an fond de leur co'in <pic noire Seigneur blasphème en s'arro{j;cant un pouvoir cjui n'appartient (\[\l\ Dieu. (( Quel est celui-ci (jui profère des blasphèmes? Quel auln^ (jne Dieu jx'ut remettre les péchés? » Si Jésus s'était contenté de guérir le pauvre malade , ils n'auraient pas élevé cette objection. Us l'avaient vu en guérir une multitude auparavant ; mais évidcMiiment le pouvoir de guérir des maladies sj)irituelles était à leuis yeux d'autant plus grand et plus sublime, qu'ils ne voulaient pas admettre que l'un impliquât nécessairement l'autre. Jésus va donc au-devant de leurs pensées et il répond : u Lequel est le plus facile , de dire à un homme : Tes péchés te sont remis , ou de lui dire : Lève-toi et marche ? Mais afin que vous sachiez que le Fils de l'Homme possède sur la terre le pouvoir de remettre les péchés , je te dis (continue-t-il en s'adressant au fjaralytique) , lève-toi, prends ton lit et retourne dans ta maison ^. » On peut dire que notre Seigneur daigne ici tracer lui-même le parallèle . d'abord entre les deux maladies , celle du corps et celle de l'ame , et en second lieu , entre la guérison d'un mal grave et le pardon des péchés. De plus , il établit ce qui constitue la ressemblance de ces deux choses, en les comparant entre elles comme deux actes de puissance , et en faisant voir que l'une était de la même nature que l'autre , que toutes deux étaient des miracles. Si donc il confère à ses apôtres ce pouvoir de guérir les malades ^ , et si ensuite , faisant en quelque sorte allusion à ce passage et se servant des mêmes expressions, il réitère l'assertion relative à sa propre puissance sur la terre , il la leur communiqua dans sa plénitude , sans exclure le pouvoir qu'il réclama en guérissant le paralytique, c'est-à-dire le pouvoir de remettre les péchés ^ ; il nous est permis d'en

< Saint Luc , VII. 48. 2 Saint Luc» V. 33-24. 5 Saint Matth. X. 8.

■* Comparez ce passage :« Le Fils de l'Homme a sur la terre le pouvoir de remettre

conclure , sans crainte de nous trompcF- , que cette prérogative fut reçue par eux dans un sens qui la faisait correspondre parfaitennent avec les dons miraculeux dont ils avaient été revêtus. Et qui doute que , lorsque Jésus-Christ accorda ces deux faveurs au paralytique , il lui accorde un plus grand bienfait en guérissant son ame qu'en guérissant son corps , bien que ce dernier acte fût visible et que l'autre ne le fut point? Qui doute que la parole : utes péchés te sont remis, y) quoique aussi facile à proférer pour un homme , ne fut un acte de miséricorde bien plus grand que celui-ci : (c prend ton lit ? » Si cette dernière phrase fût seule sortie de la bouche du Sauveur, elle n'aurait peut-être eu d'autres résultat que de prolonger une vie de péché et d'amonceler de nouveaux motifs de condamnation sur la tête du malheureux pécheur ; si , au contraire , l'autre avait été seule proférée , elle lui aurait assuré du moins la vie éternelle. La grandeur du bienfait était en rapport avec la puissance qui l'accordait.

Ici donc , nous trouvons un parallèle exact établi entre un acte visible d'une puissance surnaturelle , et l'exercice invisible d'une puissance surnaturelle égale , sinon plus grande. Lorsque les apôtres rendirent la santé à un paralytique , toute la multitude devait applaudir comme elle le fit sans doute quand saint Pierre , se servant presque des mêmes termes que son divin maître , dit à Enée qui était frappé de paralysie : t( Lève-toi et fais ton lit ^, » et qu aussitôt il se leva. Mais ces mêmes apôtres firent un acte bien plus grand , quoique personne ne le vît , lorsque en vertu du mandat plus sublime qu'ils avaient reçu, ils remirent à un homme ses péchés. Ce parallèle nous conduit à la conclusion suivante. 1° La mission

les péchés , 1) avec celui-ci : « Toute puissance ma été donnée dans le ciel et sur la terre, » et encore celui-ci : « Comme mon Père m'a envoyé {sur la ^erre), ainsi je vous envoie. Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez. » (Saint Jean, XX. 21 -23).

* .Act. IX. 38. Ce miracle présente une certaine ressemblance avec la guérison du paralytique dans l'Evangile; le récit qui le suit immédiatement (la résurrection de Jabitha) n'offre pas moins d'analogie avec la résurrection de la fille de Jaire. (Saint Matth. IX. 23.)

DU NOUVEAU TESTAMKNT. 11/

(ioreriicllic les péch/'s rtait, à I'l'^iird de l'iiinc, ce (juc le soin de guérir les iniihdics ('liiil par rappori .ui corfjs. 2" Elle deviiil s'excrc'i'i" pai- im ach' spi'-cifiijin' analo^^Mie h celui qui rcndil la saiitr au paral\ li(|ii(;. iJ'Mlli; devait (Mro, non pas unr simpli^ drclaration , ruais uu acic (Mlicacct. \" Il fallait (pû'llc^ fut suivie d'uu ("llct iuslaulafié , (jue le |)éehotu" fut aussi vérilableiueul pardonué, dès (|ue les paroles de r.ibsolulion auiaieut élé |)i()noucées sur sa IcMe, que le malade le fut aussitôt qu'il eut reçu l'ordre de se lever. Est-il uu lieu où toutes ces choses se trouvent réalisées en dehors de l'Ei^lise catholi(|ue? Non, ce n'est ([ue la où l'on eioil (ju'il existe un pouvoir conlié aux niaius des successeurs des apôtres , en vertu duquel ils accomplissent des actes qui peuvent être comparés à la guérison miraculeuse opérée par notre RédemptiMir.

2. C.e sciait abuser des moments de notre lecteur que de chercher à lui prouver t{ue la lèpre est un emblème admirablement choisi pour représenter le péché. La justesse de l'allégorie résulte de la nature même de cette infirmité , qui est une souillure aussi bien qu'une maladie. Elle commençait généralement par une petite tache : si l'on n'y portait remède h temps , elle ne tardait pas à s'étendre et à exercer d'affreux ravages sur le corps humain , elle rongeait les chairs , séparait les membres à leurs jointures et finissait par amener la mort. De plus , cette maladie était considérée comme contagieuse , ce qui lui donnait un nouveau trait de ressemblance avec le péché. Il faut ajouter encore qu'elle n'était pas abandonnée au traitement des médecins , mais qu'elle était réservée à la juridiction des prêtres. C'était devant eux que la personne qui se sentait atteinte de cet horrible mal devait venir se présenter et faire sa déclaration. Ils avaient des règles très-précises à l'aide desquelles ils formaient leurs jugements et ils prononçaient sur l'état de la maladie. S'ils ne déclaraient pas que le lépreux était purifié , ils lui ordonnaient de revenir au bout de quelques jours se soumettre de nouveau au jugement sacerdotal. Lors même qu'il était reconnu publique-

ment exempt de toute souillure , il lui Ciillait remplir certaines formalités . telle que celle de laver ses vêtements avant de retourner parmi le peuple. Mais, au contraire , si son malheur était certain , si la maladie était manifeste , il était aussitôt séparé du reste du peuple, on l'obliiîeait h revêtir un vêtement particulier, h vivre hors du camp ou de la ville et à prévenir tous ceux qui passaient qu'il était impur. Puis , s'il venait enfin h recouvrer la santé , il devait accomplir une foule de rites mystérieux , dont le dernier et le principal consistait à prendre un agneau , à T offrir pour le pèche , et à r immoler dans le lieu où la victime est ordinairement immolée pour le péché , c'est-à-dire dans le lieu saint ^. Toutes ces formalités devaient être remplies avant que le lépreux fut admis à rentrer en communication avec ses compatriotes.

Nous ne saurions être surpris que l'ancienne Eglise ait universellement considéré cette affreuse maladie comme le type le plus exact du péché dans l'individu , de même que la privation d'u i sens ou d'une faculté , dès la naissance , représentait, dans notre première catégorie , les effets du péché de la race tout entière. La lèpre et le péché sont presque synonymes dans le lai\gage ecclésiastique , même parmi les peuples où cette contagion était inconnue. Mais pour être h même de bien juger de l'exactitude de cette ressemblance, il faut la voir telle que la montrait la discipline de Tancienne Eglise. Alors , comme aujourd'hui, le pécheur qui savait avoir transgressé la loi , venait se présenter devant le prêtre de Dieu. Mais dans ces siècles de ferveur , le prêtre , ministre de justice aussi bien que de miséricorde . prenait en considération l'offense commise , et s'il recevait en grâce , en lui imposant quelque œuvre de purification facile à accomplir , celui qui n'avait que légèrement failli , il séparait publiquement le grand coupable de la communion des fidèles et l'obligeait à faire une sévère expiation de son crime. Son vêtement de pénitence le désignait à tous comme un lépreux , et l'analogie

« Lévit. XlIletXIV.

lui NOlIVKAll IKSIAMK.M. I l 'J

iivec celui (le raïu'iciiiic loi clail ((niiplrtc, lorscjiic |c [xnihiil , (Ichoiil .'I la porte dr Ti'i^'lisc , (h'c.lai'ail ;i Ions crux i|ui «'ntraicut (jii'il <''lail un jk'cIkmii' , iiidi^Mn^ de se iiiricr ii eux cl (le |)aiiici|)(M aux saiiils olliccs. Puis, (|iiaii(l le (ciiips du pardon (Haut venu , W prcMic [ucMiail encore la parole cl lo déclarait piii'ilié , (jnel élail son pi'cinier acle? Oh ! sans donto , alors comme aujourd'hui, semblable ;i tous ies pénilcnls dtî ri'lj^disc cath()li(jiie , il se précipilail dans le sanf'tuaiic poiii" assislei" an sacriliee de rai;neau immoli' pour le péché et prendre^ sa pari delà viclime sainte. Kt bien (pie cette séparalion |)ubli(iue de l'assemblée des (idoles (séparation (jui l'cndait le j)arallèle si parfait) no soit plus maintenant on vigucnir dans la disci|)lin(^ ecclésiastique , néanmoins tout ce (jui est essentiel subsiste, et do nos jours (Micore , distinguer entre lèpre et lèpre est une expression familièicmcnt en usaG;e parmi les auteurs qui écrivent pour l'instruction des prêtres, afin de leur apprendre à discerner les diiïérentes sortes de péchés et à les traiter en conséquence.

11 n'est pas surprenant que notre Seigneur ail gardé, à l'égard de ceux qui étaient atteints de cet horrible mal , une ligne de conduite diiïérente de celle qu'il tenait en présence des autres maladies. La guérison des lépreux occupe une place h part parmi les œuvres de sa jouissance , dans 1-es récits des évangélistes comme dans l'énumération qu'il fait lui-même de ses miracles ^ Lorsqu'il donne h ses apôtres leur mission, cette œuvre est nommément citée parmi celles qu'il leur donne le pouvoir d'accomplir. Mais il daigna manifester qu'il ne voulait pas permettre que l'exercice de sa puissance miraculeuse elle-même fît taire les prescriptions de la loi. C'est pourquoi, toutes les fois que le texte sacré nous le montre guérissant cette maladie , nous le voyons envoyer le lépreux se présenter au prêtre pour recevoir de ce dernier , en quelque sorte , ! la ratification de la guérison opérée par la puissance divine. - Soit que le malade fût rendu immédiatement à la santé, soit

« Saint Matth. X. 8 ; XI. o. — Saint Luc , VU. 22.

l!î?0 LES MIRACLES

(jii'il ne la recouvrât (jiic subséqueminent , Jésus lui faisait toujours la m(^me injonction ^ Or. si la lèpre représentait le péché , et si la G;uérison miraculeuse de cette affreuse maladie figurait la rémission des péchés dans l'Eglise , cette attention scrupuleuse h remplir les foimalités d'une loi qui ne pouvait avoir aucun empire sur le F^ils de Dieu , sert admirablement à achever la ressemblance ; en effet , elle fait voir que si , même dans la figure , Jésus a voulu qu'on eut recours au ministère des prêtres , combien plus doit-il l'exiger dans la réalité , puis qu'il en a fait un des devoirs les plus sublimes et une des plus hautes prérogatives de son sacerdoce.

En rapprochant le traitement que l'Eglise primitive infiigeait au péché de celui auquel , dans l'ancienne loi , le lépreux était soumis , nous avons fait voir avec quelle perfection le type antique trouvait son accomplissement dans la loi nouvelle. Nous voyons aussi comment la purification intérieure a la voix du prêtre correspond exactement à l'action de Jésus-Christ » lorsque d'un ton impératif , il dit ces simples paroles : a Je le veux, sois guéri! )) Mais si c'est au catholicisme qu'appartiennent exclusivement cette doctrine et cette pratique qui font dépendre la rémission des péchés de l'exercice d'un acte* de juridiction ecclésiastique^ ; si c'est seulement {)armi nous que le lépreux doit venir se présenter à celui qui peut le guérir , et lui déclarer son impureté comme un autre lépreux le fit à notre Seigneur, combien plus hardiment encore le caractère catholique se dessine-t-il à nos yeux quand , poussant plus loin l'analogie de sa conduite avec la conduite de Jésus-Christ , l'Eglise nous fait voir ceux que Dieu lui-même a pardonnes . obligés de venir se montrer à ses pi'êtres , lui faire connaître des transgressions déjà couvertes du voile du pardon, et entendre sa sentence, bien que, dans le cas présent, le ciel l'ait anticipée plutôt encore que ratifiée. En effet , tandis que nulle part ailleurs , sans excepter le système anglican , on n'ose rendre la confession obligatoire , pas même

' Saint Matth. VIII. 4. — Saint Marc, V. 44. — Saint Luc, V. 14; XVII. 12.

m >(M VKAl IKSfAMKNI

fl.iiis les (ils ('\li(^in«'s , (Jiiokjiic (|ii('I(|ii('s-uiis admcllcnt (ju'cllc csl iiii moM'H (rohlciur I;i iciiiissioii des prclirs, l'E^lisi' (•nllioliijiic s(MiI(Mi';i(lm('l imciiiic cxccplion. Voici un |)(''ch(Mir IV;i|)|)r , non |);ii' la loiidic des joi^Tincnls de Dieu, ni.ns |>.ir los liails cnlliMnnii's do son anioiir; il csl |)loni,'('', non ponit dans un ahîino do dôsospoir , mais dans un oc(';in de douceur : il so seul roin|)li d'uno conlianoo inollahlc , ol en in^'ino lonips son ('(Pur so brise sous I'l'li-oinlo d'une douleur (|uo son anioui" i(MkI plus j)oii;nanlo oncoio ; supposons (jue son repenhr soil jji'ofond v\ silonoimix connue eolui do David , (jiiand Nadwni lui annonça cpTil était absous, ou (ju'il éclalo 0!i lornios vl on tiansj)orls (\c rocoiuiaissancc , coinnio eolui de MagdeleiiK' , quand Jésus lui dit (jiic ses péchés étaient remis ; allons plus loin ; admettons ((u'il possède cette contrition ])arfaite (jui sulïit pour nKMMttM- un pardon instantané ; néanmoins, iorscpi'il se relève de sa prière , le cœur et les yeux encore gonflés de larmes, il entend une voix qui lui dit : «Va te montrer au [)rètre. » 11 sait que son pardon a été mis h ce prix (si tant est qu'il ose espérer que ce paidon lui a déjà été' accordé; ; il sait qu'il est tenu de se soumettre à l'Eglise qui tient les clefs du ciel , de manifester sa fragilité passée et de recevoir le seul gage de réconciliation qui puisse l'assurer, dans cette vie , qu'il est rentré en grâce , — l'absolution du ministre de Jésus-Christ. Et, en effet, l'Eglise catholique suit si fidèlement l'exemple que lui a légué notre Seigneur , elle se conforme si rigoureusement à la leçon qu'il lui a donnée en guérissant la lèpre, qu'elle ne reconnaît pas comme contrition parfaite celle (|ui ne renferme pas la confession in vola , c'est-à-dire l'intention et le désir de se confesser. On ne saurait donc troji admirer la fidélité avec laquelle elle «a imité les pratiques de son divin modèle , dans l'exercice de la puissance miraculeuse qui lui a été donnée pour guérir la lèpre de l'ame.

3. Il nous semble plus superflu encore que dans l'exenijjle précédent, de retracer ici la ressemblance qui existe, entre le sacrement de pénitence et le miracle qu'opéra notre Seigneur. en ressuscitant un mort. Quelques courtes remarques suffiront

pour l'escjuisser et montrer que cette analogie ne se trouve que parmi nous.

Une des fonctions que le Saint-Esprit remplit dans l'Eglise , c'est de convaincre le monde de pèche , c'est-à-dire , entre autres eiïets, de donner une idée claire de sa nature. Dans l'ancienne loi , le péché était considéré purement et simplement comme la transgression ou la violation d'un précepte , laquelle devait attirer sur la tête du coupable la colère et les châtiments de Dieu. Aussi les nuages intérieurs que le péché exerce dans l'ame y sont-ils passés sous^ silence, et on ne rencontre pas même une allusion à ces affreux désastres, dans ces ferventes prières où David épanche toute sa douleur devant le Seigneur. La vie spirituelle , ainsi que nous l'avons fait observer , était encore plongée dans l'obscurité et imparfaitement comprise. Le péché, une fois commis, sortait, s'il nous est permis de nous servir dune expression aussi forte, de la compétence du pécheur , c'était un compte qu'il lui fallait régler avec Dieu. Le péché , dans l'Ecriture, est représenté comme assis à la porte du pécheur , c'est le lion qui l'attend sur son chemin, mais nulle part, ce n'est l'ennemi domestique et intérieur ; nulle part ce n'est la maladie , le chancre , la flétrissure et la ruine. La doctrine de la grâce, que le christianisme révéla au monde pour la première fois , fit connaître aussi que l'ame puise dans ce don précieux une vie qui disparaît avec lui pour faire place a un état de mort spirituelle. Or, le péché mortel nous fait perdre la grâce. 11 n'est pas un enfant catholique à qui toutes ces choses ne soient familières, car il les retrouve dans tous les catéchismes ; aussi , aux yeux de la foi , une ame dans cet état est-elle aussi réellement privée de vie que l'est un cadavre aux yeux du corps ; et voir une telle ame se mouvoir, au milieu des occupations et des affections de la vie , présente un spectacle aussi hideux que ferait un corps aux traits immobiles, aux yeux éteints, aux lèvres pâles, aux membres raides et glacés, qui traverserait en silence une salle de bal où serait réunie une joyeuse et brillante société. Dans l'esprit d'un cathohque, cette idée de mort

DU NOUVKAl) TKSTAMKNT. 1 2M

S|Mi'itiu'll(' icvrt nil caiiictcii^ sciiciix cl iccl (jiii si* inoiitic sous pliisicuis as|)(u;ts. l*iir exemple, nue mère eoiiirno Siiinlc Moiuqiio ne dil pas « (jn'elle rei^relle de voir sor> cher fils mener nne vie si liissipée, (|n't'Ile espère (ju'il cluini^ora decondnih^ el priMidra dos habitudes pins réi;ulièrcs, » ainsi que ferait une femme de nos jouis , (ui parlant des vices de son enfant, après ijuoi elle eroirail avoir pa\é nii Irihut sullisarit ii Javerln ; mais elle verse des larmes amères , elle le suit de climnts eii elimals ; et en même tem|)s, elle jenne , elle |)rie , elle [)leui('. Pourquoi tant d'ani:;oisses? |)onr(iuoi tant de douleurs? Ah ! son (ils lui-même nous le dira avec une éloquenee incomparahl(* : u Me mnltos annos /Icverat , ut oculis suis vivcrem. » Elle croyait , hélas ! elle n'était ((ue trop certaine (pi'il était mort spirituellement : et elle pleuraitsur lui comme une veuve ()Ienre sur son fils unique , lorsqu'il n'est {)lus. Aussi l'Eglise , par une heureuse inspiration , a-t-elle ap|)roprié à la fête de sainte Monique (le i mai) l'histoire de la résurrection du fils de la veuve de Naïm , car ce miracle est un magnifique symbole de la conversion d'Augustin. En outre, l'olTice du jour contient le commentaire ou même Père sur cette portion du récit évangélique , dont il fait lui-même l'application à l'ame rendue à la vie. On trouverait-on ailleurs le secret de ce repentir, de cette douleur profonde que saint Jean Climaque nous montre ])armi les solitaires de la Thébaïde , que nous retrouvons aujourd'hui dans les couvents des chartreux , dans les maisons des trapjistes , et que ressentent en définitive tous ceux qui , ayant lieu d'espérer que leur pardon leur a été accordé , continuent néanmoins pendant de longues années h gémir et h faire pénitence, sinon dans la conscience que ces hommes ont d'avoir commis le péché, et dans la connaissance qu'ils possèdent de sa monstruosité? Ce sentiment leur inspire le dégoût des souillures que le péché imprime à l'ame , leur fait abhorrer ce qu'il a d'odieux et redouter son influence délétère : en même temps, l'amour sincère dont leur cœur est embrasé leur montre , dans l'éloignement de Dieu qui est la suite du péché et dans les obstacles qu'il oppose à l'effusion

de la grAce divine, un état aussi terrible que la dissolution d'un corps tombé en corruption.

Ce sentiment n'existe pas dans le protestantisme ; il est en opposition avec les principes fontamentaux de celte religion. D'abord , on n'observe jamais parmi les protestants des effets de la nature de ceux que nous venons de décrire ; de tels actes ne rencontreraient là aucune a])probation. Pleurer, gémir, affliger son corps, jeûner, ce sont là des œuvres, c'est-à-dire des choses généralement considérées comme opposées à la justification par la foi. Aussi ne leur a-t-on fait aucune place ; partout où règne le protestantisme, on chercherait en vain des solitudes religieuses et des communautés vouées à la pénitence. Tout ce que les protestants savent au sujet de ces institutions , c'est qu'il faut les piller , les dépouiller , les anéantir : anathème à quiconque les admire et les soutient ! Aussi , on est étonné de voir avec quelle aisance , dans leur système , on est censé purifier sa conscience d'un nombre incalculable d'iniquités. Prenons un homme, un membre de l'aristocratie , par exemple , qui pendant de longues années a donné au monde le spectacle de la plus cynique immoralité et acquis par le scandale une triste notoriété; eh bien! voici que ce grand pécheur, sur le retour de l'âge , s'avise de parcourir le pays dans son phaeton , déposant une Bible dans chaque Cottage et distribuant aux bonnes femmes du village des publications protestantes; il fait remettre à neuf le banc de la famille dans le temple , il devient président de la société biblique de son comté, il préside au mois de mai les meetings de la saison, et aussitôt son ame , toute noire encore des péchés de sa jeunesse . devient ipso fado aussi blanche que la neige de ses cheveux , sans qu'il lui soit jamais venu à l'esprit , ni à lui , ni à d'autres, que le repentir et les larmes fussent nécessaires pour faire de lui un saint. En troisième lieu , nous découvrons, dans les écrivains protestants, une répugnance marquée à établir une différence entre le péché mortel et le péché véniel. Ils ne peuvent supporter Tidée d'une telle distinction et adoptent la vieille maxime des stoïciens : « Tous les pêches sont

DU NOUVEAl TESTAMENT 1^5

èyau'j'^. » iJ[\v\U' rsl lit » uiisrijiHMicr iitioiii ciisl' de ce pi m cipo? (l'est (|ii(' nul jx'clu' ne dnit nous iiisjjircr (Je crainlr, (Ml «•(.' (|ui ((nncinc son iiilliiciuc iiiortcîllc. Car (|iii jtoiiirint s'iinîii;iiuM* (|u'imt' (iciisi'h; dv. colèic ((iii liavcrsc l'ospril , qu'un mol (i'imj)jiti(Mi('i' , (jii'im h'-j^cr ruîUKiuo de charité tue une aiur ot la prive de la L;ri\c-t]? Alors, poiiKjiioi un artr plus f^rave , t(*i (ju'uu cm inic commis de propos délibéré , produirait-il cet elVet , i)uis(|iie tous les péchés sont éiraux? Il n'y a (pi'une issue pour sortir de ce dilemme , c'est de déclarer que les fautes leisures du u^cnvc de celles que nous avons citées ne sont pas des péchés ; mais que résulte-t-il de ce système? que la conscience s'engourdit, (pu» ses perceptions s'émoussent quand il s*agit du péché , et qu'elle ne tarde pas à fermer les yeux sur des transgressions plus graves. En eiïet , rien no donne autant de sécurité contre le péché mortel . que la crainte des fautes vénielles. A

Ainsi donc, c'est une théorie essentiellement catholique que celle qui nous fait voir dans la mort un parfait symbole de péché, même en cette vie. C'est pourquoi la résurrection d'un mort représente admirablement à nos yeux le pouvoir donné au ministère sacerdotal de remettre les péchés. Aussi , dans les trois exemples de résurrection consignés dans l'Evangile , il n'y a peut-être pas une seule circonstance dont l'esprit d'un catholique ne soit fiappé et où il ne découvre quelques traits de ressemblance avec le sacrement de pénitence. Et ceux qui prêtent leur ministère à cette œuvre sublime sentiront , plus que tous les autres , combien cette analogie est parfaite. Nous allons passer rapidement en revue ces divers exemples.

1 . On trouve dans l'Evangile trois cas de résurrection dont chacun nous représente une différente classe de pécheurs. Le premier , c'est un enfant que le trépas vient de frapper : emblème du péché à son début ; le deuxième , nous montre un mort que l'on porte au cimetière : c'est le commencement

* Cicéron , Paradoxes.

des transgressions liabituellcs ; dans le troisième, il s'agit d'un cadavre enterré depuis quelque temps et déjà en proie à la corruption : image triste mais vraie du [jécheur obstiné et endurci. Le prêtre se trouve en contact avec chacune de ces trois catégories de pécheurs, et il trouve dans chacun de ces trois cas une leçon |)ratique.

2. Le premier exemple nous montre un cadavre sans doute, mais le joueur de flûte et la multitude sont encore alentour ; — ne voyons-nous pas aussi souvent le monde et ses vanités s'empresser auprès d'un esprit mort! Lorsque celui qui voudrait rendre la vie h cette ame s'approche d'elle et parle du désir qu'il éprouve , il n'excite que le mépris et la risée. 11 faut que ces parasites soient éloignés , le silence et la tranquillité sont nécessaires pour opérer la résurrection d'une ame. Pierre est là avec ses clefs , Jacques avec son zèle ardent , et Jean avec son aimable charité. Une main bienfaisante s'avance, et, par la puissance de cette main étendue, celle qui était morte se lève. Et maintenant, que va devenir cette enfant, c'est-àdire cette ame? Celui qui l'a ressuscitée commande qu'on lui donne à manger^. De même qu'un banquet avait accueilli l'enfant prodigue à son retour , de même que le bon pasteur s'était réjoui et avait offert une fête à ses amis lorsqu'il avait retrouvé la brebis égarée , il fallait aussi dans cette circonstance qu'un repas somptueux fût servi, pour donner des forces à cette chère fille de la maison , si merveilleusement rendue à la vie. La mère épargna-t-elle en cette occasion les mets les plus recherchés? Le chef de la synagogue semontra-t-il avare des richesses de son cellier? N'en tira-t-il pas , au contraire , ce qui] contenait de plus fin pour réchauffer le corps de son enfant et pour répandre la joie parmi les hôtes qui étaient venus le féliciter? Et l'Eglise , aux soins maternels de laquelle cette ame ressuscitée a été confiée , pourrait montrer moins de sollicitude ! Au contraire, ne se hàtera-t-elle pas, elle aussi, de lui préparer un banquet? Et à cette heure , celui de ses

i Saint Matth. IX. 23. — Saint Luc , VIII. 55. Comparer les deux récits.

DU NOIVKAU TKSTAMKNT. 127

tMit'aiils (|iii ;i de Ir |»liis ci iicllciiiciil scpai ('; de suii sein , n'eslil pjis le plus (lier il snii i(riir".' L:i IV-(c n'csl-t'llc piis siii (ou! pour elle? Oh! oui, comiiif pnm rciil.ml piodii^in'. h<iii;iri\\wz les paroles (|ii(' , pai' un lappiocliciiicnl aussi (''Iraii^c (pi(^ niagnili(pi(\ (M coinmc s'il a\ail \(miIii ikhis faire scnlir (jiic cette (loiil)li' Icron, la parahol** et ii; miracle, ne renferment cpi'iin s(Hil et mi^me ensei^nemcMil , noire Seiii:ncnr a mis dans la bouche du pen* di* l'enfant prodii^iie : a Mangeons et livrons-nous à la joie du festin , jxircc (/ne mon ftls quo vous iX)}jez était mort et il est ressiisritc ; Il était perdu et il est retrouvé ^.. » Le mort ressuscité vl le prodii^Mje de retouireprésentent une seule et même chose, et, dans le premieicas comme dans le second, le besoin de la nouriiture se fait sentir. Or , à vrai dire, c'est lii ce que l'Eglise catholicjue p(MJt seule com[)rendre.

3. Le second cadavre en présence duquel -nous place l'Evangile a franchi le seuil de la demeure d'une mère éplorce. Des hommes robustes l'emportent à la dernière demeure. Il taut une main plus forte que la leur pour les arrêter dans l'accomplissement de leur cruelle mission. A ])eine cette main les a-t-elje touchés, que ceux qui portent le corps déposent leur fardeau. Un ordre plus puissant encore se fait entendre , et le jeune homme sort de son cercueil. Que va-t-il devenir? Rappelons-nous ce que fit le Samaritain du pauvre blessé , a])rès avoir pansé ses blessures. 11 remit l'homme qu'il avait sauvé entre les mains d'un hôtelier , afin que celui-ci pourvut à tousses besoins. Mais ici nous trouvons quelqu'un qui remplira cette mission de miséricorde infiniment mieux que l'hôtelier , c'est celle dont les pleurs ont touché Jésus et l'ont déterminé à faire usage de sa puissance , c'est la mère du jeune homme : « Et il le donna à sa mère'^. » Il y a quelque chose d'inelfablement doux dans cette expression. Eh quoi! n'était-il pas à elle auparavant ? La mort avait-elle donc brisé les liens qui unissaient la mère au fils et était-il nécessaire qu'ils

* Saint Luc, XV. 24. 2 ib. VU. 15.

I 'iH LES MIRACLE:^

fussent renouvelés? Non , mais des rapports nouveaux et plus tendres s'établissaient entre eux ; sans doute , en vertu de la naissance qu'il avait reçue d'elle , elle avait des droits sm- lui , nnais la seconde vie que Jésus lui avait communiquée était à celui qui l'avait donnée ; et c'était lii le droit dont le Sauveur se dépouillait en faveur do cette pauvre femme, afm qu'elle fût doublement la mèie de l'enfant qu'il venait de lui donner pour la seconde fois. Dès ce moment , elle devait recevoir tous les hommages de reconnaissance, d'obéissance, d'amour filial que Jésus aurait pu réclamer pour lui-même. Oui , Dieu a véritablement donné les pécheurs repentants à son Eglise, afin qu'ils fussent la partie la plus chère du troupeau confié h ses soins. Oh ! qui pourrait dire tout ce qu'il y a de mystérieux , de consolant dans ces paroles . et comme elles résonnent doucement à l'oreille d'un fils rempli d'amour : (( Et il le donna h sa mère ! » Ne croirait-on pas entendre le prélude de ces ineffables paroles qui furent prononcées sur le calvaire , car de quels autres termes aurait-il pu se servir pour donner un fils à sa mère , sinon de ceux-ci : « Femme , voilà votre fils M »

i. Enfin, Lazare était depuis quatre jours au tombeau : (( Quadriduamis est , jam fœtet , » disent ses |)ropres sœurs , qui certes ne devaient pas être portées à l'exagération sur un tel sujet. Ici les gémissements et les supplications sont nécessaires, il y a d'énormes obstacles à lever, il s'agit, par un commandement suprême, de tirer delà corruption cette chose morte qui était naguère un homme vivant ; puis il faut le débarrasser des bandes qui l'entourent , lorsqu'il revient à la vie. Qui ne voit une allusion patente au pouvoir de lier et de déher dans ces paroles : « Et soudain le mort sortit , ayant les mains, les pieds liés et le visage enveloppé d'un linge. Jésus leur dit : déliez-le et laissez-le aller ^. » 11 ne Je fit pas lui-même , mais il confia à d'autres le soin de le faire. Ce sont eux qu'il a chargés de délier pour lui ceux qui sont retenus

« Saint Jean, XIX. 26. * Saint Jean , XI. 44.

Ul N(HVKAl IKSTAMKNI I 2\i

il.iiis les \\r\\> lit' 1,1 iiKM'l ; k Id'/ui't mortis. )> Kl (jUiilid liniis nous li(tii\()iis (II- ii(iii\(';iii ('II (tirsiMicc (Ic L.iz;ii'(; , Oil Ic rfiVO^oiis-iioiis ' Piccisciiii'iil on nous devions nous «'illcndri; il le I'lMifonlri'i". k On donna ii son|K'f ;i J(''Siis ii IJi'-llumie ; Marllio S(M\inl el Luznvr clul/ un de I'cu.r (jni rlairnf a hih/o aver lui. )^ lùu'orc \r Icslm , encore Ic h.nuiuct pour IV'lcr Ic nMoni" dc l'amc cluM'ic. .Mais ici l(>s di'lailsscjnl plusahondanls : ccini (|iii , (|ncl(|n(*s jonrs aiiparasanl, t'lail morl cl i^isail dans la coirii|>lion, cclni-lii ini^nic est ;i table avec Jésus. 0 sainte, A aiiiial)l(\ A t(Mi(li"(* KixW^^' (K' IVkmi ! (lomme nous vous reconnaissons à cha(|ne pas dans les (rn\res (jnc le divin amour a accomplies parmi li^s liomiin's ! Immuable comme celui (jui (st votre époux et voli-e maili'c , imitatrice fidèle de tous ses exemples , conservatrice attentive de toutes les paroles de bénédiction (pi'il a laissé tomber de sa bouche, chaque jour vous voyez se renouveler, sur votre front, la beauté que son caractère fait rejaillir sur vous, et ses institutions reçoivent entre vos mains un éclat qui ne se ternit ])oint.

Ce serait s'imposer une tache ingrate et désespérée , du moins telle est notre ferme opinion , que d'examiner si les autres religions [leuvent réclamer })our elles-mêmes des coïncidences analogues. Elles diront peut-être que ces minutieux ra|)prochements sont arbitraires et n'ont d'autre fondement que l'imagination. Rien n'est plus facile à vérifier. Qu'ils nous fassent voir que ces comparaisons trouvent également leur application dans un autre système , et nous nous avouerons vaincus. Mais s'ils ne peuvent le prouver, d'où vient que le système catholique seul , oui , ce papisme corrompu , superstitieux , absurde et dénué de spiritualité , offre d'un bout à l'autre , non point une légère ressemblance , mais une analogie complète , distincte et vivante avec ce que fit notre Seigneur dans les plus grandes œuvres qu'il accomplit sur la terre?

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