‹ Mélanges religieux, scientifiques et littérairesChapitre 2 sur 30 · L'Extkème-Onction. — Un fait digne de remarque , c'est · texte numérisé non relu

L'Extkème-Onction. — Un fait digne de remarque , c'est

■ "Cfùe saint Marc , qui passe généralement pour avoir suivi saint

Matthieu de point en point , est le seul parmi les évangélistes

1;U) LKS MIRACLES

(jiii iMnis ciit conservé trois cas de guérisons juconipugnés de nies extérieurs. Deux de ces exein])les sont drjà connus : l'un nous a montré Jésus guérissant un aveugle, l'autre nous l'a fait voir rendant l'ouïe et la parole à un homme sourd et muet ^ 11 nous reste à considérer le troisième trait : pour un catholique , c'est le plus intéressant de tous. Le voici : <( Les apôtres chassaient beaucoup de démons, ils oignaient d'huile plusieurs malades et les guérissaient^. » Ce passage rappelle le texte si connu de saint Jacques : « Quelqu'un parmi vous estil malade? qu'il appelle les ])rètres de l'Eglise et qu'ils prient 5ur lui en l'oignant d'huile au nom du Seigneur. Et la prière de la foi sauvera le malade ; le Seigneur le soulagera , et s'il a commis des péchés ils lui seront remis ^. » L'analogie qui existe entre ce texte et le récit de saint Marc , présente au catholique le type de l'extrême-onction dans ces premiers miracles des apôtres. Il suffira ici de quelques remarques.

1" Nous ne trouvons rapporté nulle part que notre Seigneui* ait ordonné ii ses apôtres d'avoir recours à ce moyen de guérison. Toutefois , bien que trois évangélistes , y compris saint Marc , nous aient conservé en détail les instructions que Jésus donna à ses disciples , et que nul d'entre eux n'ait fait mention de ces onctions , nous n'hésitons pas un moment à croire que cette pratique ait été prescrite par lui. Cet exemple nous montre comment , dans d'autres circonstances , nous devrons considérer, comme des institutions émanant de Jésus- Christ, des pratiques que nous verrons employées par ses disciples, iors mi^me que nous ne trouverions nulle part dans l'Ecriture qu'elles aient été ordonnées. C'est pourquoi, lorsque saint Jacques enjoint , sans hésiter, aux malades de se faire oindre par le prêtre, afin d'obtenir, par là , la rémission de leurs péchés , de môme que nous devons supposer que les guérisons miraculeuses , opérées par l'onction prescrite , sont autant de preuves qu'elle est instituée par D eu ., nous pouvons conclure ici qu'un efTet plus merveilleux encore , tel que

« Saint Matth. vin. 34; Vlll. 23. -^ Saint Marc, Vf. 13. ^ Saint Jacq.V. U.

1)1 NO! m:\i ikmamk.m . I 'J I

ri'hii (Ic hi r»''inissi(ni des |m''cIi('*s , nViil pus rli* allnhué ii cr iiH^rix' ;itl<' , SI les j)i (tincsscs diMiics iic lin ;iv;ii('iil jkmiiI (ioiiiic line siificlKni sii|n (''ini'. ('.elle (Hiclioij ('l.iil (Iniic him iiii ,H'\c siiciiimciili'l t'l coiiiiiic Ici iicrin.incnl .

i" Nous i)()iiV()ns poser en jiriiieipe (jiie loiil ce (jiii él.'iit iiisliliK' poll!- Ic hieii de r;iiiie des lioimnes (lev;iil suhsistor. t;iiidis(|iie loiil ee (|iii ne se r;i|)|i()i l;iil (lu'ii leurs inlén^ts l(Mnpor(»ls n';i\iiil (iiMine disluielion Iransitoiic. Nous trrmvons nil (exemple de etMÏ d;iiis l'(''l;il)lissciuenl des diiieres. Au preiUKM' ;is])eel . l'objet de celle insliliilion él;iil puicinenl iiecidiMiIel i^t séculier , c'él;iit de servir les Ifihlcs ou de distribuer (les iuim(\nes. ^lais. d'jipres la desciiption (|iie saint Paul nous doiHie d(M'e (|ue devaient être les diacres, il est évident qu'ils étaient revêtus d'une dii^nité ecclésiasrujue , et cpio l(*s apAlres les ordonnaient en leui- imposant les mains. L'Eiilisi» aniiiieane a raisonné saizement dans cette cireonstanee : (mi elïel , si les fonetions temporelles des diaci'es ont cessé, il ne s'ensuit ])as que l'institution elle-même se soit éteinte avec elles , bien qu'elles en aient été la cause immédiate. Ce qui était temporel était tiansitoire et a cessé d'exister ; mais les dons et les devoirs spirituels subsisteront jusqu'à la fin. Les mêmes théologiens, par un raisonnement également juste , mais dans l'application duquel ils se sont misérablement trompés , ont reconnu que ce qui était purement miraculeuxdans la mission qu'ils avaient reçue de Jésus-Christ , était un don fait personnellement aux apôtres, tandis que ce qui concernait les intérêts spirituels de l'Eglise , devait être transmis ;i leurs successeurs. Mais ils n'ont pas su faire la même distinction dans le texte de saint Jacques, et séparer la rémission des péchés , laquelle est un bienfait spirituel , de la guérison des malades , ni considérer l'une comme j^iermanente . l'autre comme peiit-étre temporaire. Cependant , c'est à cette conclusion que serait arrivé quiconque se serait laissé guider par la loi de l'analogie et du bon sens , au lieu de suivre l'impulsion aveugle de cette haine que les puritains ressentent poui- ioi:t ce qui tient aux formes.

\'.M LES MinACLKs.

'.V' Mais l'Eglise catholique n'a pas besoin de pareilles explications ; elle 'prend le texte tel qu'il est , et elle \ voit l'accomplissement de toutes les jjromesses de Jésus-Christ. Les a])ùties doivent faire ce qu'il a fait et même des prodiges plus grands encore que ces œuvres visibles. C'est ce que nous croyons effectivement réalisé en vertu de la doctrine catholique de l'extréme-onction. Nul prêtre qui a quelque expérience ne saurait douter que ce sacrement ne soit souvent un puissant moyen de rendre la santé au corps ; c'est là un fait que ses propres observations, aussi bien que l'enseignement de l'Eglise, l'ont mis à môme de constater. Une telle œuvre est égale à celle que fit notre Seigneur. Par la vertu du même sacrement, les péchés sont remis; c'est une vérité de foi qu'il n'est permis à aucun catholique de révoquer en doute , et une merveille plus grande que celles que les hommes virent Jésus-Christ 0])érer sur la terre. Ce double prodige existait au temps où saint Jacques écrivait. Un décret de la Providence permettait que l'effet miraculeux et visible , celui qui tombait sous les sens , continuât à se produire avec un éclat plus marqué et plus propre à attirer l'attention. Mais quel homme parmi ceux qui jugent sainement erî comparant les choses spirituelles aux temporelles pourrait s'imaginer un seul instant que , dans l'esprit de saint Jacques , rendre la santé put être considéré comme l'objet principal d'une institution ou d'un rite qui, en même temps, opérait la rémission des péchés? ou que ce dernier bienfait, certain dans ses effets, et, par conséquent, si salutaire ;î l'homme . put être regardé comme secondaire à la guérison du corps? Ceux qui ont été témoins du magnifique spectacle qu'offre Saint-Pierre de Rome , lorsque sa coupole s'allume soudain pour l'illumination de la nuit de Pâques , se rappellent sans doute qu'à chaque lampe est attachée une certaine quantité d'une matière inflammable et légère qui , mise en contact avec une torche ardente, prend aussitôt feu et jette une lueur vive , brillante, mais qui ne tarde pas à s'éteindre. Cette lumière d'un mqment n'est pas la lampe qui doit brûler toute la nuit , elle est seulement destinée à l'allumer. En effet, à peine ce premier jet de flamme a-t-il

clis|><U'iK (|n'il csl iciiiphicr pnr iiik- liiiiiicic iniinohilr . moins rchilimlc, il csl \ liii, iii.iis ((iii, (•(nisliiiiiincnl iiliincnlfc , hrùlr sans inl(M'i'ii|)li()n , en di'pil du \r\\\ o\ i\i' l.i pliiir , jns({iriiii mnlin. C/csl l;i iinc iniii^c (U' v(' (|iii csl ;ii rive pom* l'cxlnhuronclion , coininc j)()iir d'iiiilrcs insliliilions (Micoro. Doux Iiimirros avaiiMil (Mc .illiniiccs en incinc Icnips ; mais Tunc avail é(iips('» l'anlrc ou Tax ail jch'c dans I'ta;.!)!!'. La picnilcro avail un cclal hrillani v\ miiac iilcnx ; c'clail Ic (Ion dcslan.^'ucs dans la conlirmalion , la laciillc (|(> t^uciii" dans rcxlrc^mconclion. (a^s dons nc dovaieni avoii' (jn'un lcmj)s : ils cl.iicMil deslinés à piouviM' la rcjilito do cello gnke, conslanlc ct pcrpôluolle, (jui clail momontanémonl éclipséo pai* eux. Puis, lorsiju'ils cosscrcMit d'exislcr, l'auli'c llamme continu;! ;i brûler avec le même éclat (ju'à son début , flamme immortelle dont l'huile invisible et inépuisabk* est l'onction de celui (|ui est l'oint du Seigneur.

ï. La Sainte Eucuaiustie. — 11 eût été étrange, en véiité , qucTes miracles eussent fait défaut pour annoncer ce miracle des miracles s[)irituels. Aussi en cxiste-t-il plusieurs dont on admire la splendeur et la perfection, et qui sont un magnifique commentaire de la doctrine catholique. Nous allons nous arrêter quelques instants à les étudier , bien que nous ne puissions pas leur consacrer l'espace que leur importance exigerait.

I" Notre Seigneur a daigné nous fournir lui-même les moyens de reconnaître l'analogie qui existe entre ces miracles et sa propre institution. Lui qui ne fit jamais rien sans dessein arrêté , résolut de nous communiquer sa doctrine touchant cette nourriture de vie et, en guise de préliminaire , il conduisit le peuple dans le désert à l'instar de Moïse , et là il le nourrit miraculeusement. Avec cinq pains et deux poissons, il rassasia cinq mille hommes , sans compter les femmes et les enfants. Mais le festin n'avait point épuisé cette nourriture miraculeuse. On en recueillit les débris et l'on en remplit douze corbeilles. Or, qui oserait douter que ces restes n'eussent suffi , comme les cinq pains primitifs , pour nourrir un

13 4 l.hS MlHACl.ES

nuMibie d'hommes aussi considerable (jue le |)iemier? Lc peuple vil l'analogie qui existait entre ee prodige et celui de la manne dans le désert , et , se servant de cette comparaison , notre Seigneur amena son céleste discours sur la sainte eucharistie. Trois des évangélisles rapportent ce miracle , mais ils passent sous silence l'enseignement qui en résultait. Deux d'enire eux font mention d'une autre occasion dans laquelle (juatre mille individus furent rassasiés par un prodige semblable ^ La répétition d'un miracle de cette importance semble avoir été faite à dessein pour attirer notre attention et la concentrer sur ce point.

Avant tout , nous devons être frappés du motif de ce miracle ; c'était la compassion qui l'inspirait : (( J'ai pitié de cette multitude , )> dit le Sauvem*. Qui , sinon le catholique seul , appelle familièrement l'eucharistie le sacrement de l'amour ? Pour les autres , ce n'est qu'une cérémonie commemorative , destinée à rappeler le souvenir, de la 'passion de Jésus-Christ. Mais à nous seuls, il est donné d'y voir une exubérance de la charité divine , l'amour de Dieu se communiquant h l'homme. Nous aimons à nous persuader que cette institution est l'ouvrage d'un amour tendre et compatissant pour l'humanité souffrante , et nous la regardons comme une médecine salutaire , un trésor , une nourriture fortifiante , un met» délicat destiné à nous donner la force et le courage dont nous avons besoin pour traverser ce désert stérile qu'on appelle la vie.

Ensuite ce miracle n'était point individuel : ce n'était ni une prérogative , ni une faveur. Pour en jouir, il n'était pas nécessaire d'être dans tel ou tel état ])articulier ; il suffisait d'avoir de l'appétit et le désir d'y participer. Le fort et le faible , l'homme bien portant et l'invalide , le jeune et le vieux , le riche et le pauvre , tous , sans distinction , reçurent leur part de nourriture. L'un y trouva une vive jouissance , l'autre ne la prit que pour soutenir ses forces; le palais de

' Saint Matth. XV. 32. — Saint Marc, Vlll. 6.

ni >()! \i; VI IIM \MKNI . I.'l.'i

(•«'lni-( ICI» lui ll.illc , ccliii-lii eu sfiidl .1 peine le i^otil. Il \ eii eiil(|iii e\|)i iinrieiil li.iiilerueiil leur iiinlitii(i(* ; il \ en eul (l'.inli'es (|iii ji.iriiienl l\ peine siilisl'ails. .M. us il y aviiit ii rii;mt<or |K)iif (ous eeii\ (|iii en (leiiKind.iienl , c\ (|ii.'in(l loiil fut (ini , c'é(;iil ;i |)eine une chose (|iii méiiliiiL (|n'()n en p.iil.U : un homme n(^ so SLMait pas vanté d'avoir manjj;(; de co pain , av(M: le m.^me empr(Nsemenl (jiMin aveiii»le ii (jii: .lésnsanrail liiidii la viK* ; (M le peuple ne se serait pas porté en foule ;i de grandes distances, |)()iir voir une personne (jui auraient participé h co festin nn'rvoilleux , comme il s'était rendu l\ BHhanie pour voir Lazan* lessuscité d'enti'e les morts. Pounjuoi cette dilliMiMice? Parce que le miracle de la multiplication des pains n(^ laissait aucune trace a|)rcs lui . [)arce qu'il a\ait été opéré en présiMice d'iun^ iiniiK^nse multitude, ce qui du reste ne faisait qu'en aui;menter la ii;randeur ; cnlin j)arce qu'il aj)paraissait sous une forme ordinaire. Tel est aussi le sentiment général l\ l'endroit de la sainte eucharistie. Ses efï'ets aussi admirables (juo mystérieux ne frappent point et n'excitent malheureusement pas la reconnaissance qu'Us méritent. Mais, comme le pain du désert, l'eucharistie est une nourriture pour tous : Stimil iiniis , siimunt mille ; des gens doués des caractères les plus opposés viennent y participer : l'ame fervente et l'ame tiède , celle qui est confirmée en grace comme celle qui est ferme dans ses désirs , celle enfin qui est riche en vertus et celle qui en est dénuée , toutes sont admises ;i en réclamer leur part.

Puis , dans ce miracle , l'action de notre Seigneur se borne à multiplier le pain qu'il bénit. 11 abandonne à ses apôtres le soin de le distribuer. Ce sont eux qui font asseoir cette multitude , qui lui portent la nourriture , qui donnent à chacun sa part, qui satisfont à toutes les demandes, qui recueillent les débris. 0 merveille des merveilles ! ils en gardent la même quantité que celle qu'ils avaient en commençant : les mêmes aliments attendent de nouveaux arrivants. Qu'ils viennent p.ar miniers , s'ils veulent , ils en trouveront toujours assez.

130) KKS MIRACLES

2" Enlin, ce miracle va au-devant d'une desobjectionsquon élève le plus généralement contre ce (jiie l'Eglise catholique enseigne louchant ce sacrement , c'est-à-dire que plusieurs ])ersonnes ])arlici|)ent <-> la fois à la même nourriture : «A^ec sumplns consumilur.)) En eiïel , il n'est pas dit, dans l'Evangile, que notre Seigneur créa du pain nouveau, ni qu'il délaya en quelque sorte celui qui existait déj'i. Depuis le commencemenljusqu'à la (in du b^mquet , ce furent les cinq mêmes pains et les deux mêmes poissons que mangea cette foule affamée . et les débris laissés par elle auraient reproduit ces pains et ces poissons. Toute autre théorie change le caractère de ce miracle. En effet , cela reviendrait l\ dire , non pas que notre Seigneur nourrit 5000 personnes avec cinq pains . mais que n'ayant que cinq pains il en créa , soit 4995 autres , pour en donner un l\ chaque personne. Dans ce dernier cas, le fait qu'il existait cinq pains au commencement, n'affecte en aucune façon la nature du miracle : celui-ci consiste dans la création des autres pains. Ainsi donc , d'après le récit évangélique , plus de cinq mille personnes participèrent simultanément à la même nourriture et chacune d'elles fut rassasiée sans que les ahments fussent consommés. Comment cela a-t-il pu se faire ? Le catholique a sa réponse toute prête : de la même manière , dira-t-il , que ce prodige s'opère tous les jours dans la sainte eucharistie. Un miracle sert de pendant à l'autre.

Une autre grave objection parmi celles qu'on élève contre la doctrine catholique de la sainte Eucharistie est dirigée contre la transsubstantiation. Le changement d'une substance en une autre substance semble en opposition avec toutes les notions que nous possédons. Néanmoins , nous sommes convaincus que la chimie moderne marche à grands pas vers des conclusions qui modifieront singulièrement cette prétendue contradiction de la science, dont on se targue depuis si longtemps. Un tel changement est miraculeux sans doute , et c'est contre cette succession perpétuelle de miracles que le protestantisme proteste. Mais cela appartient à son essence. Notre Seigneur a donc daigné faire son premier miracle pour prouver

nil ^<n^l•;Al tkstamkm. ^'M

(usijirii I'cN i(l(Mn-»' ('('lie lr;iiissiil)shmli.ili(iii '. Nous ik* Icrnns (|U0 (jiichjiirs it'iiiiii(|ii('S ;i cv siijcl. D'lihord . c'csl (l;iiis iiii Icslin (jiii' .Icsiis (liiii^Miii sc in.iiiiri'slcl' iiii iiioiidc |t(nir l:i piiîinirrt' fois, i'.c liil \)M im Irslm (pi'i-l Iciiniiin .'i la t'ois son minislritM'l sa (oniric. Dans \v picmicr , <i On]}} , il sortil do sa coiidilion pnmilivo, dc sa mc cachre ; dans Ic sccoruJ , il |)assa à l;i dciiiirro phase dc son cxislcnrc, ct |)ril Ic calice d'anuM'liinic cl dc doiiliMii- (|iii Ini ('«lail reserve. \r prcinicir élait un leslin de noces; (jii'elail-cc (|ne le second? Ah! l'épondiv. , éponsc^s ainianl(\s , sainle (lalherine , sainte Kos(^ , sainlc Julieniu^ réj)ondez? One diil eire cette fôte ou coula poui" la pi-emièrc fois le \in ipii lail i;(Miner les vieri2;os? Quelle ressemblance entre ces deux baïujuets!

Puis, dans \v premier de ct^s festins, le vin vient soudain ;i manquer. Il y a de l'eau en abondance , mais le plus noble breuvage fait défaut. Comment le désir des invités sera-t-il satisfait? Par le changement d'un liquide sans valeur en un liquide précieux, parle changement de l'eau en vin. Voici la ])remière phase de ces mutations, et nous voyons ici le pouvoir qui les opère s'exercer pour la première fois. Que doit être naturellement la seconde ? Le vin est le plus riche , le plus généreux , le plus fortifiant des produits de la nature. La terre ne saurait rien produire de plus excellent que la vigne et son fruit. L'eau qui, en filtrant à travers les pores de la terre , est arrêtée au passage par les racines de cet arbuste , monte en sève, féconde sa tige, puis est distillée en suc dans les différentes grappes , et là , recevant des rayons du soleil un goût et un parfum exquis , elle voit sa nature et ses qualités grandir considérablement dans l'estime des hommes. Notre adorable Sauveur, par un acte simple de sa volonté, réleva à cet état d'existence plus noble que le premier. Il faut qu'elle change encore une fois d'état dans le second festin. Et pour qui? pour nous qui n'avons pas besoin de vin ni d'aucun produit de la terre. L'homme en était fatigué et

* Saint Jean , II. 9.

demtindait un breuvatçe meilleur et plus fortifiant. Si la première transsubstantiation avait été si excellente et si digne de la puissance qui l'avait oj)érée , en quelle liqueur précieuse levin lui-même serait-il chanpjé? Il n'y avait qu'un courant, qu'un breuvage qui put rafraîchir, renouveler et raviver notre race épuisée ; mais qui eut os('^ le demander? — C'était « l'eau qui découle de la citerne de Bethléem (la maison du Pain) » il laquelle David souhaitait ardemment de s'abreuver ; mais il trembla et* n'osa y tremper ses lèvres, en disant : « Que le Seigneur ait pitié de moi, afin que je ne fasse point cela : boirai-je le sang de ces hommes? » Et c'est aussi à la fontaine de Bethléem que nous aussi , nous voulons étancher notre soif, mais il ne faut i)as que nous reculions d'effroi en présence du redoutable breuvage qui nous est présenté : c'est le sanrj précieux de celui qui ouvre la citerne. Oui , il n'y a qu'un seul changement que le vin puisse encore subir : il faut qu'il devienne un courant du sang vivant de Jésus-Christ. Ce n'est qu'il cette condition que le second banquet surpassera le premier.

Enfin , on pourra faire cette objection : « Dans le premier miracle , le changement était visible et tombait sous les sens : mais dans le second, tel que le croient les catholiques, cette évidence fait défaut. Ici donc s'arrête forcément votre parallèle. » Tout au contraire. C'est en cela qu'apparaît la supériorité du second miracle. En effet, puisqu'il a été jugé digne d'être figuré à l'avance par un autre miracle , c'est là une preuve qu'il était d'une nature supérieure. Si dans l'eucharistie la transsubstantiation pouvait être perçue par les sens , à quoi eùt-il servi qu'elle fût précédée de celle de Cana? Sous ce rapport', cette dernière eût été complètement inutile. Mais assurément le changement qui s'opère et demeure caché est un miracle plus grand et plus sublime que celui qui se fait ostensiblement et que tout le monde peut observer. Celui-ci ne saurait être un objet de foi : les objets qui tombent sous les sens appartiennent à un ordre inférieur. Le changement fut opéré une fois d'une manière visible , afin de manifester la

|)iiiss;iiic(' (le Dieu cl (le h t.iin' rccoiiii.iiin' , Inix jn'il leur ()liùs;nl (II' ri'M'icci' (riiiic iiiiinific iiivisi|)|c. (>ii\ (|iii l.i n'cusciil (liiiis le second c.is , scinhlrnl (liicii Dkmi : « Kiiilcs comme l\ Caii.i cl nous cioirons en \oiis: m;iis , en \'eitii «le notrcî Ihéorio . ceiix-lii seuls soni Ix'niscjui eioienl, |i.irc(' (jn'ils ont vu '. )^

li" l/lMicli;irislie . d'iiiucs l;i (lochinc calli()li(|iie , peipcliic la |)i(''S(Micc (le nolii^ SiMLçneui' .Icsiis-CJiiisl sur la leii'c. il csl il la fois |)i(Mi cl lionnnc dans la plenitude de si;s perfections. Lin des traits les plus i(Mnai(iiial)les de sa personne sacrée, dans le cours de sa vie moilelle, c'est qu'une vertu sortait constamment d(^ lui vl guéiissait tons lesmaiix'^. L'Jiij;lise a réalisé cette émanation incessante d'une énergie miraculeuse , cette atmosphère de vie (|ui enveloppait le Sauveur comme un vêtement majestueux , et on j)eut dire qu'elle en ressent tous les ju..rs les etVets. C'est là sans doute une vérité qu'il est didicile de faire comprendre , parce qu'elle aj)partient à l'influence secrète de la religion, laijuelle se sent plutôt qu'elle ne s'exprime. Mais les âmes pieuses sauront ce que nous voulons dire : leur propre expérience leur aura révélé la ferveur, la paix , la confiance, l'amour que la seule présence du saint sacrement suffit pour inspirer dans la prière et dans la méditation et la douce et calmante influence qu'elle exerce sur leurs esprits troublés , agités ou inquiets. Quelle communauté religieuse pourrait supporter la privation de cette société? De quoi vivrait le chaste amour des épouses de Jésus , si elles ne le possédaient point auprès d'elles , afin qu'après avoir rempli envers les hommes les devoirs de Marthe que la charité leur impose , elles puissent venir souvent prendre la place de

' Pour ce qui est du ynariaye , nous nous contenterons de faiié observer que , dans le rite catholique, l'administration de ce sacrement se trouve admirablement enclavée et comme entrelacée dans la messe ou sacrifice eucharistique , qui n'est interrompu de la sorte que pour la consécration des huiles sacramentelles. Il semble que l'Eglise ail voulu copier lexeniple de notre Seigneur, en combinant la fête du mariage avec la tigure du sacrement de Tautel.

^ Saint Matlh. IX. iO ; XIV. 36. — Saint Marc , III. 10 ; V. 30. — Saint Luc , VIII. 46.

1 iO IKS MIRACLES

Marie à ses pieds et là , dans une contemplation silencieuse de sa miséricorde, de sa bonté et de sa beauté, réjjarer les légères distractions de la journée, et remplir leurs lampes de cet amour de Dieu qui se manifeste au dehors par les flammes d'une ardente charité envers les hommes.

S'il fallait prouver que l'influence que nous attribuons à cet adorable mystère est réelle et non point imaginaire , il sutlirait de citer les effets qu'il produit sur ceux qui ne le connaissent point. Il nous serait facile de nommer de nombreux cas de conversion qui en ont été les résultats : mais nous nous contenterons d'en citer deux, parce que nous tenons les faits de la bouche même des personnes qui en ont été les héros.

Le premier est celui d'un saint et digne prêtre , feu le révérend M. Mason. H avait rempli, pendant j)lusieurs années, les fonctions de pasteur méthodiste , et nous l'avons entendu plus tard déclarer publiquement , dans un sermon , que sa conversion était due principalement à la circonstance suivante : toutes les fois qu'il entrait dans une église ou chapelle catholique , il se sentait rempli d'un religieux effroi , réduit au silence et forcé de se mettre à genoux pour adorer, lors même que l'on n'y célébrait point l'office divin ; tandis que dans le lieu consacré au culte protestant , il n'avait jamais rien éprouvé de semblable. Toutefois, il ignorait complètement la cause de ce qu'il ressentait, aussi , lorsqu'il vint plus tard à connaître ce que croient et ressentent les catholiques à l'égard de la sainte eucharistie , il put expliquer l'émotion qu'il avait éprouvée dans leurs églises , et , se rendant à ce témoignage irrécusable , il devint catholique.

Le second exemple que nous citerons est celui de la baronne de K..., aussi connue par ses talents que par sa piété et ses bonnes œuvres. C'était une protestante allemande, fortement imbue de toute sorte de préjugés contre la religion catholique. Se trouvant à Rome , elle entra dans l'éghse de l'Adoration- Perpétuelle , où le saint sacrement demeure exposé toute la journée pour recevoir l'adoration des fidèles. Elle vit une foule

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dc j<ei)s |ii i.iiil (11 silciKT . les mis ((nii bes vers l.i Icnc . I«'s autres, l('s\rii\ lixis (l;iiis i.i (lire<*li()ii dc l'iiiih'!. I^noiatil (|ii('l ohjcl pouviiil ainsi absoiixM' Iciir.allciilioii , el im- n-iiiai (jiiaiit sur I'auli'l (jii iiiii' riHilliliidc i\r Iiiinirrrs , sans sr doulci' de la pi'éscnce de rc/iii (jui niftrcfir dit lïiillcu des scjil f/idtidclicrs (I'or , die s'l'ei'ia : u Dieii de hoiilr ! il n'est pas possible (pie Ions ees gens adoicnl des eieri^es! » Mais, en di'jal d'elle-même, elle senlil nnr luiee invisible (jni I'obli.^eait doucement à se ineKii? îi i^enoux et à adorer — (pioi? I']|le n'en savait rien. Klle reloiniia ;i plusieurs reprises dans cclU; église où la [)oussait un alhail mystérieux, et cliafpie lois elle ressentit les mêmes elléts. Une année s'écoula avant qu'elle connut la vérité et qu'elle eut découvert qui était là. Oli ! avec quelle abondance di^ larmes l'avons-nous entendu déplorer ce qu'elle ai)pelait uik^ année de grûcc méconnue et de temps perdu !

Peut-èti'e quelques-uns , et même un grand nombie de nos lecteurs, traileronl-ils ces choses de folie et de fanatisme? Mais il y a dans l'Ecriture une jilnase qui leur en donnera l'explication. Lorsque Nathaniel se refusait à croire que le Messie put venir de Nazareth, Philip|)e lui dit : (( Viens et Ai vois ^ ; )) à ce texte en correspond un autre de l'Ancien Testa ment : « Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux. » Nous avons connu une personne nouvellement convertie que Dieu ne tarda pas à faire passer d'une vie de souffrances mais de joie ici-bas . à une éternité bienheureuse dans le ciel. Cette personne, qui avaitjadis aimé le monde et recherché ses plaisirs, servait Dieu depuis sa conversion, avec un zèle ardent et joyeux. Lorsqu'elle était privée elle-même du bonheur de s'asseoir à la sainte table , elle s'approchait doucement de ceux qui en revenaient , et elle sentait alors passer dans son cœur comme un mouvement ineffable de consolation et un rayon de bonheur. La vertu sortait de la sainte huma-

* Saint Jenn . II. 40

I 4:^ LKS MIRACLKS

nitr de Jésus, lors in(hne qu'oJle se Irouvait confinée dans un trai<ile tabernacle de boue

Expcrtus poLt'ht. credere Quid sit Jesum diligere !

Mais si ce que l'expérience a fait connaître aux enfants de la maison es! h peine intellii^ible à ceux qui demeurent en dehors. (|ue dirons-nous d'une autre expérience , h laquelle on ne saurait penser sans elFroi , nous voulons parler de la crainte qu'inspire la vertu de cet adorable sacrement? On l'efusera peut-être d'ajouter foi à ce que nous allons dire , mais nous avons appris aux meilleures sources que des personnes , flottant dans l'incertitude entre l'Eglise établie d'Angleterre et le catholicisfne vers lequel elles éprouvaient de fortes tendances , se sont vu interdire, par ceux qu'ils appellent leurs directeurs, l'entrée de toute chapelle où Ton garde le saint sacrement ! En d'autres termes, ces hommes craignent que Jésus-Christ lui-même , dans la présence duquel ils font profession de croire , ne les attire , par l'effet de son ineffable douceur, en dehors d'un système qui ne le possède plus. Ils n'osent point lui confier le soin de guider une seule de leurs ouailles !

En concluant nos observations . nous remarquerons que , dans l'Eglise catholique, tout est vrai , réel , conséquent avec soi-même. Là, aucune des promesses de notre Seigneur ne tombe a faux. S'il a donné à ses apôtres le don des miracles , il y a joint le pouvoir plus noble encore d'opérer des merveilles spirituelles ; et si la première de ces facultés n'a point été retirée à leurs successeurs , si seulement l'exercice en est réservé aux occasions qui l'exigent , l'autre est permanente et d'un usage journalier. L'esprit catholique se familiarise aisément avec toutes ces grandes choses , comme nous nous familiarisons avec les merveilles de la nature. «Mon père agit toujours et moi aussi ^v? dit notre divin Rédempteur. Leur

4 Saint Jean , V. 17.

1)1 N<M VKM IKSi\MKNT. I iii

UMivic csl mil', m.iis Inns opi'i .ilinns .-oui p; ni <);<('•( 's. (!r<|ijr Ic IVmc lail dims loidir de lii iiiilmc, Ic I'lls J'iiccoiiinlit (Jaiis roidic (Ic li i!;nU'.c. Pour immis, r.iclKin iU' I'lm csl aussi ycvWc (\\\v. ci'lli' dc l'anlic ; Ionics dciix soiiL c^alcnK^nl invisil)lcs. \.v Pci'c parle aux caiix {\(' l'ahinic cl elles s'arjirnont ; h sa vi)ix , l'ail" se pciijilc dOiscaiix cl la Icrrc s(î couvre de ro|»lil(\s: le ImIs sonlllc sur ces mcïncs eaux et elles loiirnisseiil à la i^M'àce im nom cl inslinmcnl pour réii;énérer riininninlc. l/im commande aux \cnlsel ils passent sm- la terre, imjx'iucnx on doux, sni\anl .son hon plaisii'. mais purifiant, renouvelanl cl recreant loni sni- leur |)assai;e; l'anlre fait descendre sui- l'anie son esj)rit (jui , souillant on il vent et eomme il lui jjlait , purine», déi^ugo de toute eonnjtlion l'cMrtî spirituel . et ranime en lui la vie prête à s'éteindr(\ Le Père, d'un rep;ard de sa bonté . illumine les cieux , les fait rayonner de joie et alimente la lumière inaltérable du soleil; le Fils répand son feu sur la terre , et soudain elle s'embrase; ce feu pénètre, avec la foudro\anle rapidité d'un courant électrique, dans l'ame de l'enfant agenouillé pour j-ecevoir le Saint- Esprit : fortement allumé , mais brûlant constamment dans la poitrine du prêtre , il est là, comme un phare placé sur un lieu élevé , pour guider les esquifs fragiles de l'humanité et leur montrer le port où ils seront en sûreté , comme une fournaise ardente dans laquelle toute passion doit être consumée et toute vertu purifiée, comme un foyer domestique auprès duquel les entants et les vieillards viennent chercher une chaleur qui les recrée et les réjouit. L'un fait circuler la vie dans toute la nature , envoie sur la terre les saisons et leurs diverses productions, dispense tour à tour la pluie et la rosée , vivifie le grain de blé qui se corrompt et en fait sortir l'épi d'où l'homme tirera son pain ; enfin , c'est lui qui donne à la plante les sucs nourriciers qui se produiront au dehors, d'abord sous la forme d'une belle fleur , puis sous celle d'un fruit sain et savoureux; l'autre sème sur la terre un froment et un vin qui réjouissent le cœur de l'homme , il distribue les fruits de sa moisson et de sa vendano;e à toute son Edise , et, à l'aide de ces aliments infaillibles, il nourrit, il soutient,

V LES MIHACLKS

il rccrtM' . il rafraîchit le monde invisible de l'esprit . leijuel tonstitiie la partie immoitelle et l'essence de l'homme.

Nous ne voyons rien q .i niiTite moins de créance dans une série de ces oi)érations merveilleuses que dans l'autre : Dieu se trouve également dans toutes les deux ; c'est la même puissance, la même sagesse, le même amour. Telle est la pensée du calholi(}ue ; il croit l'ordre de la grace aussi réel que celui de la nature ; il soutient (jue l'esprit a sa vie comme le corps a la sienne. Il est persuadé que Jésus a promis d'être avec son Eglise tous les jours , jusqu'à la consommation des siècles , et il ne saurait donner à ces paroles un autre sens que celui qui convient h la dignité du Sauveur. Ce fi'est point une surveillance qui ne s'exercerait que de loin , ce n'est point un secours intermittent qu'a promis notre Seigneur, c'est une association intime de sa présence à tous les moments de la vie de son Eglise, c'est une assistance de tous les jours.. (( Ego operor, je suis à l'œuvre , » telle est la parole inefïable dont il daigne se servir, et qui nous explique tout ce qu'il y a de surhumain dans les opérations de l'Eglise. «Pierre baptise , dit saint Augustin , c'est Jésus-Christ qui baptise ; Judas baptise, c'est encore le Christ qui baptise par lui. » Ainsi en est-il de tous les mystères sacramentels. La main ([ui bénit est celle de Jésus-Christ; c'est la main de Jésus- Christ, qui consacre , qui fait les onctions et qui absout : en un mot , c'est la môme main qui jadis touchait les yeux des aveugles et les faisait voir, qui, étant éteçdue sur les malades , les guérissait , qui saisissait les morts et les rendait à la vie. Il est certain que la présence de notre Seigneur dans son Eglise ainsi réalisée , ainsi considérée comme agissant activement tous les jours et à tous les instants , constitue la différence entre la croyance des catholiques et cehe des protestants au sujet de l'Eglise. Par exemple , ces derniers peuvent imaginer une Eglise désunie , c'est-à-dire , manquant de la marque de l'unité : la conséquence évidente , c'est que Jésus n'est pas là. En effet , il ne saurait être désuni. Il faut voir dans sa présence une pure théorie , et non une incorporation de lui-

nr NorvKAi' tkstamkni. 1 i")

iiK^inc (l;iiis ri\L;liS('. lis cioiciil (jiic (cllc-ci |k'iiI sc. Iroiiipcr , iiu^iiK* (laiis les conciles i^(''n('i;iii\. yMois .l(''Siis-(',liiist n'csl point rccllcnu'hl avec die : il n'csl |);is \r;ii (jimI soil [m'csciiI , lorsijuc |i|iis (Ic (iciix on liois soul .issi'iiiblcs en son nom. Ils n'.illi il)iitMil ancnne \i'iln inlicienic ii hi sanilc cnclLitisiic; , ct ne veulent poini (|n'on I'adon^ ; .iloi's Jesus n'esl point iw-ellenienl pii'scnl. Mnlin, ils n'oni point de conliiince dans les I'onclions de Imn" propre sacerdoces : ils n'osent |)oint demander l'absolulion indillérenuiient h tou^ leurs pasteurs, mais seulemeni à certains hommes initiés , comme ceux (jui , dans l'antiiiuité, étaient admis aux myslèrc^s secrets ; ce (jui lait que Jésus-dhrist ne se trouve point dans l'acte sacramentel, mais (ju'il y vicMit en vertu de la sainteté du ministre. Quant au catholique, il est persuadé de la réalité de la présence de notre Seii^neur : pour lui, elle n'est pas une théorie , mais un fait ; il y croit aussi naturellement qu'à la providence de Dieu dont elle n'est qu'une opération spécifique. De là vient que ces merveilleux ellets opérés par le ministère de l'Eglise cessent d'être des miracles à ses yeux : ils ne sont plus pour lui ((ue les fruits ordinaires de la grâce.

Et en vérité, si nous considérons plus attentivement ce que c'est qu'un miracle , nous découvrirons qu'il se présente sous un double aspect : — le juif et le chrétien. La perversité des Juifs consistait à demander des signes qu'ils pussent voir. « Si vous ne voyez des signes et des miracles , vous ne croyez point , )) tel était le reproche que leur adressait notre Sauveur. (( Maître , » lui demandaient-ils encore , « nous voudrions bien que vous nous fissiez voir quelque prodige. » C'était là une foi grossière , et qui ne pouvait conduira qu'à la connaissance de cette classe inférieure de miracles qui tombent sous les sens. Le protestantisme ne saurait s'élever plus haut, et même , lorsqu'il est arrivé à ce point , il se trouve sur une pente si glissante , que souvent le pied lui manque , et qu'il tombe dans le gouffre affreux du rationalisme et de l'incrédulité. Il invoque sans cesse le témoignage de ses yeux, ainsi que faisaient les Juifs. Mais la règle de foi du chrétien est bien

UÉL. iO

(liirérenle. u La foi vient de ce qu'on a entendu et non de ce qu'on a vu : » voilà le témoignage (jU(; demande le catholique. Ce n'est que par \l\ qu'on arrive à connaître les véritables merveilles de Dieu ; ce n'est que i)ar Li qu'on découvre les vrais miracles de la révélation. Le pasteur juif regardait rétable de Bethléem, et contemplait avec un respect mêlé d'ellioi les miracles dont il était témoin. Le ciel s'était ouvert il ses \ eux, le chœur rayonnant des anges avait fait retentir il son oreille un cantique joyeux , et une brillante étoile avait paru dans le ciel du côté de l'Orient, attirant h sa suite les rois de la terre. Mais aux yeux du chrétien , le véritable miracle , c'est que cet enfant, couché dans une crèche, entre un bœuf et un ane , est u vrai Dieu de vrai Dieu , engendré, non fait , ^çonsubstantiel au Père par qui tout a été fait. » En présence de cette connaissance que la vue ne saurait révéler, tous les miracles qui tombent sous les sens deviennent insignifiants. Quand Jésus fut amené devant Hérode , celui-ci aurait voulu lui voir faire un miracle , mais le Sauveur refusa de satisfaire l'insolente curiosité du roi de Galilée. En effet , quel prodige convenait-il qu'il opérât en pareille circonstance ? Certes , s'il eût frappé d'aveuglement ce prince stupide et débauché , ainsi que saint Paul frappa Elymas , nul n'eut pu nier la justice d'un tel .châtiment, ni la réalité d'un tel signe. Toutefois, un prodige eut lieu sous les yeuxd'Hérode , prodige qui fit verser aux anges des larmes d'admiration , prodige que nous voyons, et que cet impie ne vit point. Ce fut lorsque la Sagesse éternelle fut revêtue de la robe des fous , et que le Fils de Dieu servit de risée à un ignoble amas de stupides courtisans, sans que le feu du ciel tombât sur ces misérables.

Enfin , quand la croix est dressée sur le calvaire , que le soleil s'obscurcit , que la terre tremble . que les montagnes s'entr'ouvrent , que le voile du temple est déchiré et que les morts ressuscitent , voilii assurément assez de miracles pour satisfaire même la curiosité avide des juifs. Mais le chrétien les aperçoit ii peine : pour lui , le plus grand des prodiges est sur la croix. Ce soleil de justice éclipsé, ce corps adorable

mi Noivrvii rKsrwi'NT. Vi7

iiKMirtii, (•(' cdMii- hrisr, rimmaiiilr (|ui su(*coiiibe , hi moil tl'mi l)i(Mi ;il)s()il)(Mil louLcs les jiiilrcs itciisrcs , tons les iiiilrcîs scnliiiiciils, I'l font dc la ic'diwnplioii la nicivcillc dos iiKM'Vcil- I(\s , la seule (|iii nuMilc (ju'on s'y air('l(;.

l.e [)oint d(' vue anijiK^l le citholicjiie (Mivisa^'c les miracles du Nouveau Testament, est en parfaites liarmoni(; av(;c ce princip(* : ils correspondent de pomt en point, et d'une manici(; suhlnne , aux merveilles invisibles dc la relii;ion chrétienne.

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