‹ Mélanges religieux, scientifiques et littérairesChapitre 28 sur 30 · I.KS rilllMlKIirS ACADKMIKS ITAMEN.NKS · texte numérisé non relu

I.KS rilllMlKIirS ACADKMIKS ITAMEN.NKS

f()ii(li('s (Ic riiKjiiisilion, ct sc nMifcriiu' pn'S(jii(î cxclusivomont dans lii jtliilosoplm; (>\|)(''i iiiuMilalc. A I'(''|»()(jU(^ on Ton nous ropri'scnlo la li.iinc dc Ilonu; s'acliarnant conlir des appareils inaninirs, un ji''suilc, le Vcvc KiicluT, s'occupait aclivcnicnt dans celle villo a consliiiire des instruments d(^ nialhcrnati- (jucs. (Vest là encore (ju(^ le télescope, celle précieuse invention de (ialilée , non-seulement re(;ut son nom , mais fut construit avec le plus de perfection par (iiuseppc Campani de Sainl-Fclice , et Euslacliio Divini de Sainl-Scvcrino , dont liN lentilles étaient expédiées à Florence et même à Paris. Avouons que si le sainl-sié£;e voulait poursuivre de sa ven- £;cance la mémoire de Galilée, en détruisant les insiruments inventés par lui , il pouvait s'épari^ner la peine d'aller jusqu'aux bords de l'Arno , i)uisqu'il lui élait si facile de trouver à Rome les moyens d'assouvir sa fureur.

Malheureusement pour l'auteur de cette accusation , elle tombe sur deux papes dont le caractère est trop bien connu pour qu'elle puisse y porter atteinte. Le premier est Alexandre VII sous le règne duquel l'académie fut fondée et devint florissante. Giordani nous le dépeint comme un homme de mœurs fort douces , et qui écrivait le latin et l'italien avec une rare élégance. Botta vante sa prudence et son amour de la science. Mais Targioni nous donne une idée plus complète du caractère de ce pontife , et son témoignage a pour nous un intérêt particulier dans la circonstance actuelle. Il dit , en parlant d'Alexandre VU , que (c c'était un homme de goût , éclairé , ayant une véritable passion pour la mécanique et pour la philosophie expérimentale. » Il nous apprend et prouve , par des documents authentiques , que Leopold lui envoya, h différentes reprises , des appareils de physique en présent. Voyons maintenant quels furent ceux que choisit ce prince pour revoir les essais que publiait son académie? Ce fut d'abord monsignor Michelangelo Ricci, prélat romain, attaché à la personne de ce pape et de ses successeurs, et qui n'en demeura pas moins un des correspondants les plus réguliers de l'académie. Ce fut encore Megalotti qui , né et élevé h

Rome, avîiil fixé sa résidence dans celte ville. Enfin, avant que l'ouvrage fut livré au public , les épreuves [)assaient par les mains du savant Octave Falconieri , qui les transmettait au cardinal Sforza Pallavicino, l'un des amis intimes du pape. Cet eminent prélat nous a appris lui-même qu'il parcourut ces différents ouvrages avec le plus vif intérêt. {Targioni, vol. 2, p. 416-455.)

Des rapports aussi étroits , une correspondance aussi suivie ne semblent-ils pas indiquer un état de bonne intelligence entre Rome et l'académie , plutôt qu'un sentiment de haine implacable de l'une contre l'autre? Le pape qui décora de la pourpre romaine , le prince Leopold , était Clément IX , lequel était Toscan aussi bien que son prédécesseur Alexandre. Or, les accusations de M. Libri ont moins de prise encore sur Clément que sur ce dernier. Avant comme après son élévation au souverain pontificat , il fut toujours l'ami dévoué des Médicis ; on s'expliquerait donc difficilement la haine aveugle qu'on lui impute contre une académie qu'il chérissait tant. D'ailleurs , où aurait-il puisé cette mortelle antipathie contre la mémoire de Galilée? Il avait étudié la philosophie à Pise, sous le célèbre Benedetto CasteUi , l'ami et le disciple chéri de Galilée auquel il succéda dans cette université. Et puis , ce même pape était le protecteur de Cassini et de monsignor Ricci, qui fut depuis cardinal et dont nous avons déjà parlé. Toutefois , nous consentons à ce qu'on ne voie dans ce raisonnement qu'un argument plausible ; nous trouverons facilement une réfutation en règle.

Monsignor Fabroni, dans sa Vie de Clément IX, nous assure qu'il avait , dans le principe , partagé l'erreur de beaucoup de gens , et cru que le pape avait exigé de Leopold la dissolution de l'académie , avant d'accorder à ce prince le chapeau de cardinal. Toutefois , il déclare qu après avoir pris lecture de la correspondance qui fut échangée à cette occasion entre le saint-siége et le ministre de Toscane , Montanti , il demeura convaincu de la fausseté de cette accusation. En effet, dans tous les documents dont nous venons de parler , il n'est pas

LES IMIKMIKRKS ACADrMIFS IFAMKNÎIES. iiW)

fait une stMilc lois iilliisioii ;i iiiu», cI.hiscî de ce i^cnrr. \/,\ \rnU'', est (jiur I,('m)|»()I(I lie sollicila jjiniuis l.i poiirjjic en vikî (J'iin niolif |)()liti(jii(* , et piir coiisrtiijtînl , lu; so vit jamais dans l'ohlii^Mlioii (l'accrptcîrdt^scoiuiilions, (jucllcs (ih'cIIch fussent, car Clément prit l'initiative, en écrivant au due (ju'il avait réservé un chapeau ;i l'un de ses frères. Ayant appris (juo Lé()j)()l(l et IMallIiias souhaitaient tous deux cetl(^ dii^nilé, il la leur accorda à l'un et l\ l'autre, d'autant f)lus volontiers, (|U(^ l(Mirs vertus et leurs talents les en rendaient également dignes. Aussi Targioni , qui est toujours prêt i\ voir partout surgir des ennemis de l'académie et qui , dans son premier volume , avait laissé s()uj)(;onner qu'il regardait l'élévation de Léo])old à la dignité cardinalice comme la cause de la ruine de cette institution scientifique, se rétracte-t-ii dans la seconde partie , et déclare-t-il expressément qu'il est convaincu du contraire.

Mais , demandera-t-on peut-être , comment une institution aussi utile fut-elle de si courte durée? Des causes aussi naturelles qu'évidentes en amenèrent la fin. Elle ne fut point fermée ni dissoute olîiciellement ; elle s'éteignit d'elle-même. D'abord, ses principaux membres, Borelli, Oliva et Renaldini , dont l'activité soutenait l'académie , quittèrent Florence de leur plein gré et presque simultanément. Leopold , deux mois après sa promotion au cardinalat , assigne ce départ pour cause h la décadence de son académie , dont il parle cependant comme existant encore. (Lettere inédite d' Uomini illustri , I, 462.) Rinaldini avait été ingénieur au service des papes Urbain YIII et Innocent X , puis gouverneur des princes Barberini h la famille desquels appartenait le premier de ces pontifes. Dans la suite, il occupa une chaire à Pise , et devint précepteur de l'héritier apparent. En 1667, il sollicita la permission de quitter la Toscane pour cause de santé , et se retira à Padoue : mais il ne tarda pas à retourner de là h Ancône, sa ville natale où il mourut. Or, Targioni nous informe que ce départ affligea vivement le prince Leopold , parce qu'il y vit un obstacle aux progrès de l'académie.

Ainsi, rien n'était plus loin de sa pensée alors , que de dissoudre cette société savante , et cependant toutes les négociations au sujet du cardinalat devaient être terminées à cette époque. Dans le courant des deux années suivantes , le cardinal luimême fit plusieurs voyages à Rome ; et cette circonstance contribua encore à précipiter la chute de l'académie. A vrai dire , quelque temps avant d'avoir reçu le chapeau , le prince se plaignait déjà , comme Megalotti l'atteste dans sa préface aux « Actes de l'académie, » que ses nombreuses occupations l'empêchaient de prendre autant d'intérêt qu'il l'eût souhaité à ses travaux favoris. {Targ. I, 424.)

Les amis intimes de Leopold eux-mêmes savaient si peu que l'académie allait être dissoute , que Megalotti écrivit d'Anvers au prince pour lui proposer un nouveau membre , un savant converti , destiné à remplir l'une des trois places vacantes. « Vraiment , )) dit-il , « aujourd'hui que les membres de l'académie sont dispersés par suite du départ de Borelh, d'Oliva et de Rinaldini, rien ne saurait être plus désirable; et si les deux autres places pouvaient être suppléées de la sorte , nous pourrions facilement nous consoler des pertes que nous avons faites. » Puis il fait observer que Borelli, bien que doué des talents les plus remarquables , était (( un homme capricieux et presque insupportable. » {Lettere inédite, 1 , 295.) Enfin , en 1 669, c'est-à-dire près de trois ans après la promotion de Leopold à la dignité de cardinal , Borelli parle de l'académie comme subsistant encore. {Historia et Meteorologia Incendii Etnei Prœf.) Ainsi , bien qu'on puisse dire que l'académie avait virtuellement cessé d'exister trois ans auparavant, il est évident qu'on n'a pas le droit d'aflirmer qu'elle ait été supprimée par le pape ou par qui que ce soit.

C'est pourquoi Botta , qui n'est nullement l'ami du saintsiége , attribue la dissolution de cette société à la discorde qui s'était mise parmi ses membres, puis à l'élévation de Leopold. Mais il fait observer, en term.es formels, qu'elle ne fut point inquiétée par la cour de Rome sous le pontificat d'Alexandre. L'histoire 'de la suppression est donc complète-

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ruciil ((Milroiivro, aussi hicn (jiic les motifs (|iii l'auraient proVfKjiHM'. I.oin (jii'il cxislAl ;i lldiiic aiiciiiic ('sjm'CC de haiiuî coiilic l:i iik'iikhic de (ialilr(», nous serions prcsfjiio tentés de (lire (nrcllc y cliiil en vénération. Nous en trouvons une prouve diuis la prennent édition du f^Mand ouvrage posthume do Borelli , De motu auimttliitin, (jue nous avons sous le» yeux (^t (|ui fut imprimé à Home en 1()8() avec toutes les approbations ordinaires de l'autorité ecelésiastif|ue. Le savant éditeur de cv, livre, le Père (Charles do Jésus, général do l'ordre dos Scicolc pie', se glorifie qu'un membre du eorj)S auquel il appartient , ait été « Galilœi clarissimi viri auditor; » certes, une expression (\v ce genre ne trahit aucun sentiment qui ressemble à do la haine ou l\ de l'hostilité.

Va\ voilà assez pour faire voir tout ce qu'il y a d'absurde h vouloir soutenir (juo le chapeau de cardinal fut le prix de la suppression d'une société savante. Nous arrivons à une accusation plus odieuse : il s'agit maintenant de Borelli réduit cl la mendicité, d'Oliva broyé par les tortures. Il n'est pas nécessaire de posséder une sagacité merveilleuse pour demander ce qui pouvait attirer ces deux hommes à Rome, si un pareil sort les y attendait? Admettons que leur académie ait été supprimée sous l'inspiration du fanatisme de la cour do Rome, pouvons-nous supposer que ces hommes, à moins d'avoir perdu le sens commun , aient été livrer leurs personnes à la merci de cette haine implacable qui poursuivait en eux les disciples de Galilée? En effet, on ne prétend pas qu'ils aient été mandés à Rome , à l'instar de leur maître , ou même qu'ils aient reçu l'ordre de. quitter Florence. Il n'y a donc pas un mot de vrai dans toute cette histoire , pas plus que dans ce qui a été dit au sujet' des tortures infligées à cet homme illustré. Du reste , un récit succinct et véridique de leur vie sera la meilleure réfutation des opinions erronées qu'on. a propagées à leur endroit.

Borelli , après avoir étudié les mathématiques à Rome sous le Père Castelli , enseigna les sciences à Messine , d'où il se rendit en Toscane , sur l'invitation du grand duc, en 1656.

Deux ans a[)rès , il fit le voyage de Rome dans le dessein d'y apprendre l'arabe , se proposant de traduire de cette langue les livres d'Apollonius sur les sections coniques , dont le texte grec était perdu. A cet effet, il prit des leçons d'un savant Syrien , Abraham Echellcnsis , auteur de plusieurs ouvrages importants. Au mois de mars 1667, lorsque Alexandre Vlï occupait encore le trône pontifical , c'est-à-dire à une époque où nul ne songeait à l'élévation de Leopold à la dignité de cardinal, et bien moins encore aux conditions auxquelles il aurait a souscrire pour y parvenir, Borelli demanda la permission de quitter la Toscane et de retourner à Messine. [Letter, ined. I, 133. Targ. I, 215.) Redi nous apprend dans une de ses lettres , que le prince vit ce départ avec un vif déplaisir ; et Fabroni a publié une lettre du duc h son frère , dans laquelle le premier se plaint de la conduite de Borelli , et dit que c'est à son humeur fantastique et à son instabilité , bien plus qu'à sa santé qu'il faut attribuer son désir de partir, (vol. I, p. 135.) Marini fait mention d'un affront que Borelli et Oliva auraient reçu aux portes du palais de la part de quelques gardes ivres; peut-être cette circonstance a-t-elle contribué à leur détermination de quitter Florence. {Vrelli, saggio letternno, p. 11 6.) Borelli vécut à Messine dans une sorte de splendeur , jusqu'en 1 674 , époque à laquelle il prit une part active dans l'insurrection qui éclata dans cette ville. Obligé de fuir pour se soustraire à la justice , Il arriva à Rome dans la plus grande détresse. Grûce à la protection et à la libéralité de la reine Christine de Suède , il se trouva en état de poursuivre ses études. Mais bientôt la princesse , incapable elle-même de faire face à ses propres dépenses, dut suspendre ses bienfaits , et , presque en même temps , Borelli se vit dépouillé par un serviteur infidèle de tout ce qu'il possédait. Jusqu'à présent, nous n'avons point encore vu de traces d'une persécution provoquée par le pape , et , selon nous, l'esprit le plus ingénieux aurait quelque difficulté à rattacher les malheurs de l'élève de Galilée à la haine dont Rome poursuivait la mémoire de son maître. Mais à cette époque même , Borelli ne fut jamais réduit à la mendicité. Il

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accepta l'olViiî (juc lui liicut les INtch des Sricnh. pic , de (Icinciircr dans leur maison , |)onr y cnscMgncr l(»s niathématiqiics. (l'est la (lu'il vckuil , donnant l'exemple (Je la dévotion la plus édilianle et charmant tout le monde par lu suavité de ses manières et sa belle humeur, juscju'a sa mort (|ui arriva, entre onze heures et minuit, le \\\ décembres 1G7Î). Son ouvratçe De motn anivudhnn parut l'année suivante, tjnlce h la libéralité de la rein(^ Christine.

Voilh le récit pur et simple de l'histoire de Borelli : les aventures d'Oliva ollrent un tableau plus triste de la fragilité et de la misère humaine. 11 fut , dans sa jeunesse , secrétaire du cardinal Barberini , de la maison duquel il fut chassé ; plus tard, on le trouve en Calabre à la tète d'une troupe de bandits ; mis en prison pour ce fait , il en sortit pour venir enseigner la médecine à Pise. En IGG7, il quitta la Toscane avec une réputation médiocre de moralité , comme Targioni le fait observer (227) , et se rendit a Rome , où , loin d'être saisi par les agents de l'Inquisition et étendu sur le chevalet , il fut placé , en qualité de médecin , auprès de don Tommasso Rospighoso , neveu de Clément IX. {Grandi, Risposta apolog. p. 176.) Tiraboschi nous apprend qu'il obtint facilement accès auprès de plusieurs pontifes {Storia Lett. id. Rom. VIIÏ , 21 0) ; et, selon Targioni , il occupa une charge au palais. Dans tout ce qui précède , nous n'avons remarqué aucun signe d'animosité contre lui pour avoir été membre de l'Académie del Cimento et disciple de Gahlée. Après la mort d'Innocent XI, Oliva se trouva gravement compromis par suite de la découverte d'une société secrète et profondément immorale : il fut arrêté et mis en prison. Comme on le menait subir un second interrogatoire , il s'échappa des mains de ses gardes et se précipita par une croisée ouverte. Il mourut au bout de trois heures. Romolini blâme sévèrement la vie licencieuse et la mort coupable d'Oliva : à cet effet , il cite Marini , dont il invoque encore l'autorité pour le récit que nous venons de donner. [Oragionamento suUa satira, dans la satire de Mencini, p. 84.) Quant aux tortures, le mérite de l'inven-

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tion appartient tout entier au libéral Italien , dont nous examinons l'Essai.

Deux accusations subsistent encore , mais nous les examinerons plus rapidement. D'abord est-il vrai que les manuscrits de Galilée aient été détruits? On avait afiirmé autrefois qu'à la mort du père Renieri qui possédait les écrits de Galilée , le cabinet d'étude de ce religieux avait été envahi et tous ses papiers saisis, aussi bien que ceux du philosophe. Monsieur Libri donne à entendre que la rumeur publique désignait l'inquisiteur comme Fauteur de cette saisie. {Lett. ined. I. 74.) Mais en admettant que ces choses soient véritablement arrivées , elles devaient avoir eu lieu en 1 648 , c'est-à-dire près de dix ans avant la fondation de l' Académie ; par conséquent elles ne pouvaient en aucune façon faire partie des conditions stipulées par le pape au sujet de la suppression de cette société savante. D'ailleurs, cette version ne peut être exacte, puisque Targioni a compulsé les papiers de Renieri , pour écrire son histoire , ce qui prouve d'une manière irréfragable qu'ils n'ont pas été détruits : quant à ceux de Galilée , Renieri ne les a jamais possédés. Une grande partie de ces derniers fut, assure-t-on, brûlée par le neveu du grand philosophe, lequel avait été saisi de scrupules alarmants au sujet de l'orthodoxie de son oncle. Mais l'auteur de l'Essai que nous avons sous les yeux nous apprend que le reste des écrits de l'illustre Florentin fut destiné aux usages les plus vils. Il veut sans doute faKre allusion à la circonstance suivante : un grand nombre des manuscrits de Galilée avaient été remis entre les mains de Viviani, qui avait entrepris d'en publier une grande et belle édition. Ce projet avait reçu de grands encouragements de la part du cardinal Leopold. {Grandi, p. 66.) A la mort de Viviani , ces papiers tombèrent en la possession de l'abbé Panzanini qui mourut lui-même en 1 737. A cette époque, ils se trouvaient relégués par suite de la négligence du propriétaire dans quelque coin obscur oià un domestique venait seul leur rendre visite de temps en temps , et chaque fois en emportait une partie :

LES PREMiftnES ACADÉMIES ITALIENNES. 475

« In vicmn vciKlcntcin lliiib cl rxlorcs Kt pipLT, (>l (]ui(i(|ui(l (liurtiH amicilur inoptis. »

Un certain (lioci, marchand de comnslihlcs alors fort on vogue, ayant cté favorise par le sort, devint possesseur d'une certaine quantité de c(»s papiers et s'en servit pour envelo[)|)er ses saucisses (jui jouissaient d'unes i^'rande réputation. ('/(;st ainsi (jU(^ le n^sle des précieux écrits fut découvert et sauvé de la destruction ^ ('ombien d'autres y sont restés ensevelis! Quoi qu'il en soit , il faut (jue l'esprit de M. Libri ait été considérablement inlluencé par ses préjugés , pour qu'il ait vu des rapports entre ce larcin sacrilège commis par im valet et un marchand de comestibles, 70 ans après la dissolution de l'Académie del Cimento, et cette même dissolution : mais sa mauvaise foi va plus loin , et il met cet acte sur le comj)te de papes qui depuis longtemps avaient été réunis à leurs prédécesseurs. Les papiers ayant appartenu à l'académie sont encore sains et saufs entre les mains de la famille Segni, à laquelle ils ont été légués par le sénateur Alexandre Segni , premier secrétaire de la société fondée par Leopold.

En second lieu , pour ce qui est de la destruction des instruments de physique, nous nous permettrons de faire observer que les bruits qui se sont propagés à ce sujet sont aussi mensongers que le reste. Certes, il n'y aurait eu rien de bien étonnant si tous ces instruments eussent été dispersés et h la longue perdus ou détruits , après que la société qui en faisait usage eut été dissoute elle-même ; mais il n'en fut pas ainsi. La collection resta au même endroit où le cardinal Leopold l'avait placée et constamment gardée , jusqu'à ce que Florence tombât sous les lois de l'empereur. A cette époque , les différents appareils furent placés dans la maison du mécanicien impérial Vayringe , à la mort duquel une partie fut transférée h Vienne par ordre de l'empereur François I" ; mais la plupart furent placés dans deux salles attenantes à la bibliothèque

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du palais Pitti, où Targioni les vit. On en conservait encore quelques-uns de son temps dans ce qu'on appelait la salle des mathématiques de la galerie Ducale. Mais ce qui donne un caractère plus odieux encore à l'accusation de M. Libri, c'est qu'en 18:^9 le chevalier Antinori , directeur du Muséum, découvrit une caisse dans laquelle se trouvaient plusieurs instruments , entre autres un certain nombre de ces thermomètres avec des échelles de 50 degrés , dont il est question dans l'Essai que nous réfutons [Antologia d% Firenze, oci. 1830. p. 141.). Il n'y a donc pas plus de vrai dans cette histoire d'instruments brisés, que dans celle des os broyés d'Oliva; dans l'une comme dans l'autre, les faits ont été sciemment et honteusement falsifiés , et cela avec l'intention préméditée de vouer Rome à l'exécration de tous , en montrant en elle l'ennemie des études scientifiques.

Au début de cet article , nous avons parlé de l'Académie romaine des Lincei : nous avons dit qu'elle se proposait un but identique à celui de la société du Cimento; à vrai dire môme , elle lui servit de modèle et a droit à une partie des éloges qui ont été donnés à celle-ci. Cependant, elle demeure comparativement plongée dans l'obscurité. Ce qui attire aujourd'hui notre attention sur ce point , c'est moins la ressemblance que nous avons signalée entre cette société savante et celle qui lui a succédé avec plus d'éclat , que l'occasion qu'elle nous offre de prouver que le saint-siége n'a jamais regardé avec jalousie les institutions de cette nature. En effet , lorsque nous voyons une académie, composée d'un petit nombre de philosophes, se rassembler sous la présidence d'un prince pour se livrer avec ardeur aux mêmes études que celle de Florence , compter Galilée lui-même au nombre de ses membres (honneur que l'autre n'eut jamais) , et cela, non-seulement sans être inquiétée , mais encore sous la protection du pape et de sa famille , nous avons quelque peine à croire que Rome ait jamais ressenti la haine implacable qu'on lui impute contre la science.

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Qii('l(|uc inlcrcH (lui s'iillachi^ aux courtes annales (ii; celle; iK'adéiuie roinaiiu; , (juand on vient à l'envisager sous ce point do vue. , elles en ont ;i nos yeux un autn; plus vif encore. Elles rappellent h chacpie instant avec tant (l<; vivacité le souvenir (le l'all'ahilite , des vertus et de l'héroïsme du jeune fondateur de la société, (pi'elles possèdent tout l'attrait d'un ronuui. Elles révèlent avec j)lus de force (ju'aucune autre circonstance [)résente à notre mémoire , la pureté d'intention, la chasteté d'es})rit , l'élévation de sentiments (|ue peut faire naître dans une ame l'étude passionnée de la nature quand elle est sancliliée par la religion. Elles font ressortir le courai^'o j)lein de douceur des martyrs dans les soullVances plus obscures , mais plus touchantes peut-être de la persécution domestique. Nous le répétons, l'histoire de l'Académie des Lincei fournirait d'abondants matériaux pour un roman plein d'épisodes , de vie , de variété et d'intérêt , dont le prince Federico Cesi serait le héros.

Ce jeune prince, fils du duc d'Acquasparta , naquit en 1585. En 1603 , a l'âge de dix-huit ans, il jeta les fondements de son académie ; à cette époque, il se trouvait déjà en correspondance avec les principaux philosophes de son siècle. Son premier coopérateur fut Francesco Stelluti , animé d'un amour également vif pour la science, et qui se recommandait à lui par des mœurs aussi pures , une piété aussi fervente que la sienne. Ayant entendu parler d'un Hollandais, nommé Jean Eckius , ou Reckius , qui exerçait la médecine dans la petite ville de Scandriglia dans la Sabine , ils invitèrent cet homme profondément versé dans toutes les parties de la philosophie avenir se fixer à Rome, où il fut attaché à la famille Cesi. S'apercevant que leurs études manquaient d'ordre et de méthode , ils tracèrent le plan d'une académie et , pour la compléter , s'adjoignirent Anastasio de Filiis , jeune seigneur de Terni, qui avait un goût particuher pour la mécanique. Celui-ci étant parent de la famille logeait dans le palais. Le 1 7 août 1 603 , l'académie fut solennellement inaugurée par son jeune prince, qui désormais porta ce nom. Les séances se

tenaient l\ huis clos , et les travaux des académiciens devaient embrasser toutes les branches de la physique Gonrtme de la philosophie morale. Le 22 octobre , ils avaient*>chevé de dresser un grand planisphère sur lequel étaieà't^ tracés les différents systèmes d'astronomie, anciens et'mo'dernes. Ils se réunissaient trois fois par semaine, et k chaquCWséance , on lisait cinq mémoires ; la diversité des sujel's qu'ils traitèrent de cette manière fait^voir l'activité que chaque membre devait déployer dans ses ^recherches. Jfïais fa p on devait

bientôt venir troubler la paix d^ni ils-^joiii mœurs

des académiciens étaientirréprô'chablcs . ( l i Is leur

prescrivaient la vertu comme le premier d ^ devoirs.

Parmi les personnes qui , à différeti^ tîl ' laicnL attachées à la personne du duc , \\ y en avait qtji:^, ai^is ' ^ 'US l'influence d'un sentiment de jMousfe , ou de-motif^pm .-^ encore, s'efforçaient de verser ^ai^s son oreille lejjt)i§on'cfb la calomn^ et de lui inspirer des soupçons contre son fils. En conséquence, le père du jeune Cesi chercha, par tous les moyens possibles, à le séparer de ses^ compagaons , et à le détourner de ses études : mais tout fut i«utile. Auprès de la duchesse, femme d'une piété sincère et qui jusqu'au dernier moment se montra une mère tendre et dévouée , les ennemis du jeune prince employèrent avec succès un autre genre de calomnie. Ils s'efforcèrent de lui persuader que les mœurs de son fils n'étaient plus pures, et la pauvre mère conçut de vives inquiétudes à cet égard. Le jour de Noël , lorsque l'académie semblait menacée dans son existence , le prince convoqua une réunion de ses membres et , après leur avoir adressé un touchant discours , il passa une chaîne d'or au cou de chacun d'eux. Ils firent de nouveaux statuts , dont l'un établissait en règle que chaque séance s!ouvrirait par la prière. Saint Jean l'Evangéliste fut proclamé le patron de l'académie; et les académiciens , se transportant à l'église placée sous son invocation , le prièrent de leur venir en aide au milieu de leurs tribulations.

LES IMIKMI^'.UKS ACADEMIES ITAMFNNKS. i79

Miiis Iculuc ftiiit liii lioiiiinc li:iiil,iiii cl iiifl(>xil)l(' , Irncbiciix dans ses viM>graiiccs ri iinplacal)!!' (Luis s(;s n^ssc'ijliiuoiits. Il s(^ porta hcic tels oxci^s, (|iio son (ils s(^ vit oblif^é de sNîiifuir (k) la maisonlipalciiicllc , poursuivi par raiiliMir (h* ses jours h la l(M(' d'unr baiidc arniro. Slclluli fut contiainl de nîtourncr a Kabriano, et flji; Filiis à Terni; chacun d'eux demeura dans son pays respectif, environné (réniissaires et constamment menacé par les sj)adassins à la soldo du vieux et implacable duc. Néannioins, (jUoi(jue dis|)ersés, ils continuèrent à correspondre entre eux , cl même à se réunir dans la campai^ne au péril de liMWSJuius. KoJsius fut aussi oblii^'é de se caclicr : ses appartements furent forcés et enyahis par les oïdies du duc, ses meubles bri > collections et ses instruments

détruits. Mais le cruoi tyr^in lui. tendait dans l'ombre un piège plus perfide. Il afii^cta dtî lui montrier d& la bonté et des égards ; puis, quand il cul tiré de lui le nom de ses plus mortels ennemis , il suborna ceux-ci et Jeuf persuada d'intenter une infilme accusation à Ttfifortunc docteur devant les tribunaux ecclésiastiques. La vie d'Kdvius fut menacée le jeudi saint par le poignard d'un assassin : après être resté plusieurs jours cache dans l'appartement du jeune Cesi , avec des sentinelles h chaque porte , la faim le força h se rendre à discrétion et il fut renvoyé en Hollande sous l'escorte d'une bande de sicaires. Pendant la route, il écrivit ses observations sur l'histoire naturelle, qu'il accompagna d'admirables dessins. Il envoya le tout à Rome. Ce travail fut conservé, avec les autres documents de l'académie , dans la bibliothèque Albani jusqu'à l'invasion française. Les gardiens d'Eckius le laissèrent sans argent à Turin ; mais il trouva les moyens de continuer sa route jusqu'en Hollande , d'où il se rendit en Angleterre et en Ecosse pour écrire ses observations sur ces deux pays. Cesi se retira à Naples où il poursuivit ses études. Eckius revint à Rome en 1 606 , comme l'atteste une lettre écrite par lui au célèbre Kepler; mais bientôt de nouvelles persécutions l'obligèrent h s'enfuir encore, jusqu'en 1614, époque h laquelle il revint pour la dernière fois dans la ville éternelle.

i Les annales de la société gardent le silence jusqu'à l'année 1 C09 , h jamais mémorable dans l'histoire de la science par l'invention du télescope. La nouvelle de la découverte fortuite qui suggéra a Galilée l'idée de ce précieux instrument, se répandit en Italie au printemps de cette année ; et nous possédons une lettre de Delia Porta à Cesi-, datée de Naples le 28 août, dans laquelle il donne le dessin d'un télescope, en se référant , pour l'explication des principes qui ont présidé cl la construction de cet instrument , à son ouvrage sur l'optique, publié en 1589. Lorsque nous venons à considérer que Galilée n'exposa le sien à Rome qu'en 1611, il nous semble très-probable que Delia Porta a été amené par sa propre sagacité à deviner la nature de la nouvelle invention. Il est une chose toutefois que l'historien da l'académie regarde comme suffisamment certaine , c'est que les noms de télescope et de microscope ont été donnés par Federico Cesi. Lorsque Galilée vint à Rome, il devint membre de l'Académie , aux frais lj laquelle plusieurs de ses ouvrages furent imprimés. Cette société savante jouissait dès 1612 d'une renommée presque universelle ; elle avait entrepris la publication de plusieurs ouvrages, entre autres des observations d'Hernandez sur l'histoire naturelle de la nouvelle Espagne , avec des notes de l'Académie ; elle avait aussi formé un plan d'associations correspondantes, avec un collège à Naples. Quoi qu'il en soit, le livre d'Hernandez en deux volumes in-folio ne parut qu'en 1651 ; en tète de l'ouvrage était un bref daté de 1627 et donné par le pape Urbain YIII , sous le pontificat duquel Gahlée fut condamné. Ce document contient l'éloge de TAcademie. Cesi dédia ses observations microscopiques sur les abeilles à ce môme pontife, dont le neveu, le cardinal Barberini , voulut faire partie de l'Académie.

Cependant des troubles de famille avaient peu a peu détourné une partie de l'attention que Cesi concentrait tout entière , dans le principe , sur les intérêts de la société. Il s'était marié , et outre les soins de sa propre maison , il avait été obligé de prendre sur lui l'administration de la fortune de

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son jMMiv \'A\ t'Ilcl , If vii'ii\ (lue, .iiissi cvlriiviif^iiiil (lu'iiiii)»'iKUi\ , s'iMiiil lioiivr ((Mil d'iiii ("(Mil) (l.iiis le plus j^r.'iiid riiil)arras; alors, s(» irsorvant simpliMiuMil une. rcnU; via^rrc^ , il |)ass;\ tous si>s doiuaiucs à son lils , (]ui s'ciii^a^ij;('a à jiaycr S(;k l'ivaiU'itM's. Osi lui ()l)liL;('' vu comsimjuoiico do rrsidrr au cIiAUmu tTActiuaspailu , ;i une dislancc de j)lus decciil nulles de Uoinc^ : on nii^inc temps les bizarreries et la lyrannie de son père lui causaient une prolbndcî tristesse et minaient sa santé. Le due- mourut le ii juin KiiU); et le 2 août son fils le suivit dans la tombe, à l'Aide de 45 ans. Celui-ci semble avoir été l'idole de tous ceux (]ui avaient le bonheur de le connaître. Ses |)ortraits lui donnent un air doux, sérieux et noble;, et les annales de sa famille prouvent i|ue si , dans les moments de \lani;er , il pouvait se monlrcM- plein de courage et de diijnité, il n\)pposa janiiiis à la lyrannie do son père (jue le respect et. l'amour du lils le])lus soumis. Protbnclémcnt versé dans toutes les branches de la littérature classicjue, il semble avoir eu une certaine connaissance de l'arabe ; lorstpie le cardinal Bellarmin le consulta sur divers points d'histoire naturelle, sa réponse , bien qu'écrite à la campagne , contenait une discussion si longue ci si savante sur la doctrine des Pères qu'il citait à ce sujet , que l'éminent théologien le plaisanta doucement sur ce déploiement superflu de savoir. Scheiner nous a conservé celle correspondance dans sa Rosd ursina, Cesi fut le premier qui fît des observations exactes sur les bois fossiles, et qui découvrît le système de reproduction des fougères. Brown a accompli le vœu des Lyncei en donnant à une classe de i)lantes (celle des Cœsiay dans la Flore Australienne) le nom de Cesi , pour le faire vivre à jamais dans les annales de la science.

Après la mort de Cesi, l'académie languit pendant une vingtaine d'années et tinit par s'éteindre. 11 mourut si soudainement, qu'il n'eut pas le temps de faire de testament . c/est ainsi que son nmséuni , avec les collections précieuses et les instruments qu'il avait rassemblés à grands frais, devint la propriété de sa famille. Blanchi , qui écrivit une histoire de

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