LES ASSEMBLÉES DE LA NOBLESSE
EN NORMANDIE (I65a-i6s9)
Il est bien avéré aujourd'hui que la Normandie, en 1658 et en 1659, fut agitée, ainsi que la plupart des provinces voisines, par des assemblées de la noblesse qui ressemblaient fort au début d'un soulèvement général (i). Quelles étaient les causes de ces mauvaises dispositions ? Probablement, il en existait d'assez diverses. En premier lieu il parait bien qu'il Ëiille placer Tirritation, accrue d'indignation, de l'aristocratie territoriale, sommée, à tort ou à raison, d'exhiber sans cesse les titres qui la devaient mettre à l'abri des principales contributions et des exactions habituelles. M. Bouquet, à propos de G^rneille, nous a ouvert de vastes horizons sur le sujet. Or, dès le mois de janvier 1658, le duc de Longueville, gouverneur de la province, qui avait déjà prévenu Mazarin du Ûcheux effet produit par les abus en matière d'im* pots (2), Longueville, dis-je, se mettait personnellement en campagne, à la poursuite des faux nobles, d'après les
(i) V. H. Martin, t XU, pp, 492 et 5)i.
(2) Mazarin à Fouquet, 3o septembre i65j.^ Correspondance de Mas^arin, publiée par M. Chéruel, t. VIII, p. 177.
indications ou les soupçons du fisc. Un vieux fonds de huguenotisme persistant servait aussi, il en existe des preuves, de levain à la fermentation des esprits. Nous nous permettrons de regarder comme une « quantité négligeable », ou peu s'en Ëiut, les prétendues considérations tirées de oc l'intérêt général ». Ce prétexte, même au xvn* siècle, avait déjà vieilli. On doit enfin se demander jusqu'à quel point des étrangers ne se trouvaient pas mêlés à ces intrigues et n'exploitaient pas en vue de leurs intérêts particuliers des ressentiments purenient éjgoïstes, quoique collectif. La réponse ne parait guère douteuse.
Nous n'étions pas en effet encore sortis de cette fimeste période de notre histoire où des Français, et quels Français I guerroyaient contre le royaume et contre le roi. Le prince de Condé, hélas ! assisté du maréchal d'Hocquincourt, dirigeait les Espagnols, au moment même où nous entreprenions le siège de Dunkerque. Or, le beaufirère de Condé se trouvait précisément être le gouverneur de la Normandie. Quels que fiissent ses sentiments personnels, il subissait surtout ceux de sa femme. M""® de Longueville, au dire des contemporains, voire de M. Cousin, était irrésistible. « Son esprit avait tant d'ascendant sur les personnes qu'elle les fidsait marcher du côté où elle avouait bien que son inclination la por* tait^ c'est-à-dire du côté de M. son firère. » C'est ainsi que Turenne, redevenu fidèle à Mazarin, à la France et à lui-même, définissait cette grande dame, qui, si la noblesse d'origine lui avait manqué, n'eût été qu'une simple aventurière. Mais la Normandie ne constituait pas
Tunique enjeu et l'unique espérance des Espagnols et de leurs étranges alliés. Sept ou huit mille paysans étaient sur le point, en 1658, de se rebeller en Sologne. Dans le bas Poitou, le duc de Roannez et M. de Pardaillan avaient à surveiller des menées ostensiblement Ëictieuses. Le gouverneur de la Provence, le duc de Mercœur, se voyait obligé de réprimer dans Marseille une véritable émeute qui inquiétait Mazarin. Un vaste réseau de manœuvres séditieuses enveloppait la monarchie tout entière.
Cet intéressant épisode de notre passé provincial avait déjà été mis en lumière grâce à d'anciens « Mémoires », tels que ceux de Guy Joli, de Guy Patin, de Turenne, etc., grâce aussi à quelques traits satiriques de Saint-Evremond dans sa lettre sur la Paix des Pyrénées. Néanmoins, M. H. Martin, quoique toujours attentif à constater les moindres pulsations de l'instinct révolutionnaire en France, et à saluer le plus tôt possible, fÛt-ce bien avant l'aurore, le grand jour de 1789 (i), M. H. Martin semble n'avoir pas bien entendu ce dernier grondement de tonnerre, qui termine vraiment la Fronde en province. M. Chéruel lui-même, dans le monument définitif qu'il a consacré à Mazarin, n'a pas pu s'attarder à cette crise de notre histoire intérieure, entraîné, comme il l'était, loin de la Normandie, par le courant des grandes afiaires de la politique internationale (2). Cette lacune se trouve toutefois comblée en partie par plusieurs passages de la cor-
(z) M. H. Martin parle déjà des « Girondins » à propos de « l*Ormée », t. XII, p. 448.
(2) Histoire de France sous le ministère de M(V{arin^ t. III, p. 187.
respondanœ gènéfaie de Mazarin, qu'il avait préparée avec tant de sagacité jusqa'aa bout (i). La oMtespondance de Coibeit, publiée autrefois par M. Pierre Qément, est plus riche encore dedétails sur cette tenutive de fédération aristocratique (2). M. Ch. de Beaurepaire en a probablement fixé le point de départ dans le discours de rarchevèque Haria7(3), où^ en décembre 1657, l'orateur revendique si hautement les droits de la noblesse (4). Nous ne songeons pas à retracer l'histoire de cette association clandestine dans ces quelques pages qui suivent. Nous verserons senlement id au dossier un certain nombre de pièces^ les plus importantes parmi celles que nous avons . rencontrées aux Archives des Affidres étrangëits, et qui concemeat ces préparatifs de soulèvement. Il s'agit de pièces envoyées à Mazarin. C'est même pour cette raison que M. Chénid n'avait pas à s'en occuper. Nous commencerons par une des très nombreuses lettres adressées par le duc de Longue* vilk au Cardinal.
(i) T. Vm, fostlm.
(a) Correipwdance 4e Colhert, 1. 1«% passm.
{3) V. Cahiers des Etats de Normandie sous les règnes de Louis XIII et de Louis XIV, t. m, p. 597 et suiy.
^4) « On recKerche encore plue téfèreitteiit q«e |aBMis les titres de cette nobleste^ où P^wMtce feiat detdé&uts pour sodafure tes pr^eotions; on vuide en sa présence les sepulchres de ses devanciers; elle voit avec indignation troubler le sommeil de ses morts; on crible» pour la qptratrième fob, éepais vingt années, les cendres de leurs pères; et, comme si c'était trop peu que de s'attaquer à ceux qui restent, on regraue, pour «insi dire, encore mille fois, les os de ceux qui ne sont plus ».
in
MONSIBDR»
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait Thonneur de m'escrire et y avais faict response, mais J'aprends fort ezaaement (?) que celui des vostres (?) à quy on Pavait donnée Ta perdue, qui est ce quy m^oblige à vous rendre compte des mêmes choses.
Pour le sujet de la noblesse de cette province, j'ay eu les mêmes advis qui vous ont été donnés, et je crois que la crainte qu41s ont eu qu^on les vouUût châtier leur a pu faire faire quelque pas pour essayer de se garantir. Mais, leur ayant fait savoir la grâce qu'il vous a plu de leur procurer, il faut mettre en oubly ce qu'ils ont fait. Je ne doute pas que toutes leurs pensées ne tournent à vous en témoigner leur ressentiment et à satisfaire à Tordre porté par les lettres du Roy d^aller trouver Sa Majesté(i). Jeleuray mandé dese rendre icy près demoy oti je leur donneray lesdites lettres. On m^est venu trouver de leur part pour m'assurer de leur fidélité et obéissance pour le service du Roi* J'ai donné charge à celui qui m'a parlé de leur dire qu'ils ayent à venir icy le plus tôt qu^il se pourrait, selon les lettres que je leur en ai écrites, et qu^ils prissent garde cette fois de n'empêcher pas, par leur mauvaise conduite, ce que vous avez eu. Monsieur, la bonté d^obtenir pour eux à ma très humble supplication. Il m'a assuré quHls useraient (?) de toute diligence à se rendre icy, mais que, y en ayant du G)tentin, il leur fallait du temps pour cela. J^aurai Pœil ouvert à tout ce qui se passera, et, par tout ce que je voy, je suis persuadé qu^il n^y a rien à craindre. Je n^ai pas laissé de donner ordre dans les places dont il a plu au Roy de
(i) 11 est probable que cette convocation est postérieure à celle qui avait amené rarcherêque de Rouen à Paris.
m^honorer, et j'ai mandé à M. de Mattignon de veiller à Granville et Cherbourg, et, de ma part aussi, je prendrai garde ici tous [sic] les endroits de mon gouvernement oti il se pourrait faire quelque chose. Je vous envoyé aussi, Monsieur, des lettres de MM. de Mattignon et de Montpesat qui assurent que tout est calme en basse Normandie et ce ( i) . . . fait voir qu^aussitôt mon arrivée icy. . . de tous côtés pour être informé de ce q. . . je ne manquerai pas de vous rendre un. . . exact de ce que j^apprendrai et notamment... ce qui pourra regarder le service du Roy, etc.
De Rouen, le 24 de janvier i658.
Votre très humble
Henri d^Orléans (2).
Le rapport suivant, du 3 mars 1658, va nous donner un aperçu un peu plus clair de la situation et y introduire quelques personnalités.
Il est certain que le comte de Créquy (3) et Gratot (4), prétendus députés de la noblesse de Normandie, ont été à Rouen inconnus la semaine dernière, et sur la fin du mois passé, que le premier a passé deux nuits chez le sieur de Gouville, gentilhomme de Rouen, frère du sieur
(i) Le feuillet a été coupé à la marge de droite, (a) France f t. CMV, f» 13-14,
(3) Il 8*agit d*Alexandre de Créquy, fils de Jean-Baptiste de Créquy et de Renée de Vieuxpont, héritière pour un tiers du fief de Neubourg. V. O'ReîUy, Claude Pellot, t. II, p. 336.
(4) Le château de Gratot se trouve, en rase campagne» mais entouré de fossés profonds, entre Coutances et la mer. Les ruines en servent auJourd*hui de bâtiments de ferme.
de Motteville^ premier président en la Chambre des G>mptes^ auquel Heu il a été visité d^un gentilhomme nommé La Prée, gentilhomme de M. le maréchal d^Hocquincourt, et qui y a eu quelques conférences secrètes tant de nuit que de jour, où on dit qu'un gentilhomme nommé Jouy, qui est à M. le cardinal de Retz, a eu part, et le sieur de Latréaumont, gentilhomme de Rouen, lequel, avec ledit La Prée, qui n^est point de la province, et qui n^y a nulles affaires, ont fait plusieurs voyages en poste, et notamment, pendant ces conférences de Rouen, à Paris, et en divers endroits de la province.
On a donné avis quHl y avait eu à Rouen, dans ce temps-là, un gentilhomme inconnu de la part de M. le Prince^ et qu^on cherchait à intéresser dans le parti de la noblesse mécontente les principaux de la noblesse, et que le sieur de Gratot prétendait se faire fort des sieurs de Matignon et du sieur évéque de Lisieux, son frère, qui mena ledit Gratot à Rouen la semaine dernière.
Que ces sortes de personnes mal intentionnées prétendaient trouver des chefs pour se mettre à la tête de leur party et se servir du mécontentement de la noblesse, et de celui qu'ils croyent que le Parlement de Rouen avait, pour fortifier leurs desseins, bien que ledit Parlement n^y ait eu nulle part.
On oubliait à dire que ledit La Prée, gentilhomme du maréchal d^Hocquincourt, est depuis plus de six mois en Normandie, et qu^il a fait plusieurs voyages tant à Paris qu'ailleurs, pendant les assemblées de la noblesse (i).
Un deuxième rapport, beaucoup plus détaillé, fut envoyé au Cardinal quelques jours plus tard.
(i) France, t. CMV, fo 28. — Cf. deux lettres de Gomont à Mazarin, du i3 et du 20 mars 1.658, même tome, fo 29-30 et 33-34.
Le vendredi, 29» jour de mars dernier, les gentilshommes de cinq bailliages de Normandie s^assemblèrent au bourg de Trun ( i ), au nombre d^environ 700 chevaux, moitié maistres, moitié valetz, convoqués par le sieur de Boussé, Fun des députés qui avait eu Thonneur de saluer Son EmioenceàParis (2), de laquelle (sic) il avait écrit à très grande quantité de gentilshommes desdits bailliages avoir eu permission de faire ladite assemblée.
M. de Longueville, ayant eu ad vis que ladite assemblée devait être nombreuse et craigfunt que cela déplust à Sa Majesté, avait envoyé un gentilhomme audit sieur de Boussé pour &ire en sorte que ladite assemblée ne fût que de douze à quinze gentilshommes. Mais il les trouva tous presque arrivés le xxvui«. Ainsy rassemblée ne put être empêchée.
Le comte de Créquy et le sieur de Gratot ne manquèrent pas d^y prendre leur advantage, car, non seulement ils s'y trouvèrent, ce qu'ils ne devaient pas falre^ mais ils y amenèrent quantité de leurs amis aussy mal intentionnez qu'eux, lesquels, avec une insolence extraordinaire, parlèrent hautement contre ledit sieur de Boussé» parce qu*il avait obéi aux volontés du Roi, étant allé à Paris trouver Son Excellence, ce qui fit craindre aux gentilshommes dd bailliage d'Alençon que le comte de Créquy lui fit insulte, lorsque! parlerait à ceux du bailliage d'Evreux. Cest pourquoi il fut résolu d'envoyer deux gentilshommes au comte de Créquy pour sonder et sçavoir de lui si ledit sieur de Boussé pouvait venir et parler en sûreté, à quoi il répondit avec mépris et arrogance quMl ne lui voulait point de mal, et, quand il lui en
(i) Sur la Diyes, dans rarrondissement d'Argentan, (a) Le aieur d'AnctoviUe était pnétent à cette entrevue ainsi que le sieur delà Ftfrièrc*- V. Cbéruel, t. VUl, p. 336.
voudrait, qu^il avait trop de respect pour une si notable assemblée, et qu^ainsy il pouvait parler.
Et d^autant que Ton avait cru que ladite assemblée se devait tenir au bourg de Trun, et que ledit comte de Créquy se tenait à la campagne avec cinquante chevaux sur une éminence, sans faire mine d^y vouloir entrer, on lui envoya demander s*il n'y voulait pas venir, et il fit réponse que non, ce qui obligea tous les autres de sortir dudit bourg, et de se mettre en pleine campagne, en laquelle ils se divisèrent en cinq ou six bandes, après quoi ledit sieur de Boussé leur dit le sujet de son voyage de Paris, où il avait cru devoir aller tant pour obéir aux volontés du Roy que, parce qu'ayant reçu les ordres iie Sa Majesté pour cet effet, ib avaient assemblé, lui et le sieur de Gratot, environ quatre-vingts gentilshommes pour leur faire cognaltre la volonié de Sa Majesté, lesquels tous unanimement les avaient chargés d^alkr à Paris pour recevoir les ordres de Sadite Majesté, et que lesdits gentilshommes leur avaient même baillé par écrit, et signé, et protesté que, sUl leur arrivait aucun désordre, qu'ils périraient avec eux ; qu'au reste il avait eu Thonneur de saluer Son Eminence, qui lui avait fait un accueil extraordinaire et au sieur de la Feriere, qui était avec lui, et qui leur dit que, véritablement, le Roy avait trouvé fort étrange toutes les assemblées qui sMtaient faites dans la province de Normandie, et plusieurs autres choses qui semblaient choquer son autorité, dont il avait été fon indigné, mais qu'à présent Sa Majesté voulait bien les oublier, à condition qu'ib demeureraient dans le re&pect et Tobéissanee qu'ils lui devaient, et, pour ce qui était des plaintes qu'ils avaient à faire, ils pourraient s'adresser à M. le duc de Longueville, gouverneur de la province, qui les faisant savoir au Roy, Son Eminence
ferait en sorte que Sa Majesté leur ferait justice sur leurs demandes qui se trouveraient légitimes, et les servirait en son particulier. A quoi ledit sieur de Boussé ajouta qu^il croyait que les grands témoignages que Son Eminence avait rendu de sa bonne volonté pour les gentilshommes méritait (sic) bien un remerciement de leur part ; ensuite de quoy, ledit sieur de Gratot parla, et dit les raisons pour lesquelles il n^avait point été à Paris avec ledit sieur de Bousséy et qu^à la vérité, dans rassemblée qui avait été faite, il avait été résolu qu^ils iraient trouver le Roy, mais que c'était pourvu qu'ils y trouvassent leur sûreté, et qu^ayant appris qu^ils n'étaient mandés que pour leur êti^ fait des réprimandes, et peut-être pour leur être fait pis, il avait cru s^en pouvoir dispenser. Pour le comte de Créquy, ne dit autre chose, sinon qu^encore que les raisons du sieur de Gratot fussent fort bonnes, il pouvait néanmoins en son particulier adjouter que, ne s*étant point trouvé à l'assemblée qui avait été faite, pour savoir s'ils iraient à Paris ou non» il avait cru n^étre pas obligé d'y aller, tous lesquels discours furent tenus dans les cinq ou six bandes dont ladite assemblée était composée, laquelle, après quelques contestations, résolut que Ton irait trouver Monsieur de Longueville, pour lui porter les plaintes de la noblesse. Mais la plus grande contestation fut de savoir si on changerait les députés ou si Ton en augmenterait le nombre. Ce fut alors que les comte de Créquy et sieur de Gratot firent tous leurs efforts, tant par eux-mêmes que leurs amis, de faire déposer honteusement le sieur de Boussé seul, disant quHl était un traître et qu'il ne pouvait plus agir pour la noblesse, jusque là que le comte de Créquy et autres dudit baillage envoyèrent dire au sieur de Boussé qu'il se devait déporter de ladite députation, attendu qu'il était suspect, à quoi fut résisté
fortement de la part des gentilshommes du baillage d*Alençon, et enfin résolu que Ton augmenterait le nombre des députés, et que les trois anciens demeureraient, en sorte quUls seraient deux pour chaque baillage; et, d'autant que les gentilshommes de Mortaing prétendent que c'est un baillage séparé, ils en nommèrent aussi deux qui font en tout douze députés, lesquels s^assemblent tous ces jours avec d'autres gentilshommes pour rédiger leurs plaintes par écrit, et les porter cette semaine à Monsieur de Longueville. Cest ce qu'a produit cette trop grande assemblée, et ne manqueray d'écrire ce que j^apprendray de plus particulier.
Il esta remarquer que le sieur de la Feriere, qui avait eu Phonneur de saluer Son Eminence avec le sieur de Boussé, ne se trouva point à ladite assemblée, parce que j^ai appris que, s*étant trouvé le vendredy matin, jour d'icelle, chez le baron de Guepré ( i ), où le comte de Créquy avait couché la nuit, et qui était déjà parti pour aller à ladite assemblée, ledit sieur baron de Guepré dit audit sieur de la Feriere qu'il trouverait un homme à ladite assemblée, qui était ledit comte de Créquy, qui ne lui promettait pas poires molles (2), parce qu'il avait été trouver Son Eminence, ce qui fit qu'on vit seulement à ladite assemblée un gentilhomme qui est audit sieur de la Feriere (3).
On trouve, dans la collection de M. Chéruel, t. VŒ, p. 332-3; 6, une lettre de Mazarin à M. delà Croisette, qui £ût suite à ces deux rapports et qui leur
(1) Près de Tnin.
(2) La même expression figure dans la lettre de Mazarin que nous allons indiquer. V. p. 334.
(3) France, t. CMV, fo 39-41-44.
sert de conclusion. Elle est de Paris, du 5 avril 1658. Mazarin lui recommandait d'insister auprès du duc sur la nécessité de faire respecter l'autorité royale. Longueville, qui avait reçu une lettre en même temps que M. de la Croisette, y répondit en ces termes :
Monsieur, j^ai reçu la lettre qu'il vous a plû de m'écrire par le gentilhomme que je vous avais envoyé, et j^ai vu aussi ce que vous avez mandé au sieur de la Croisette. J'avoue, Monsieur, ingénuement que je pécbe un peu en facilité de ne pouvoir refuser mes of&ces à qui me les demande, ou à ceux qui en ont besoing, et je vous en fais mes très humbles excuses, cela vous causant trop souvent des imponunitez de ma part. Mais je vous supplie très humblement de croire qu'yen cette occasion de la noblesse, ce n^a pas été cela qui m'y a porté, et que je n'y ai considéré que le seul service du Roy. Je sçais, Mon* sieur, tous les manquements qui ont été dans la conduite de M^* de Créquy et de Gratot, les grâces que vous m'avez fait Thonneur de m*accorder pour eux, et dont leur peu de prudence les a empêchés de se prévaloir. Aussy, je n^ai point eu égard à leurs personnes en la très humble supplication que je vous ai faite, mats seulement que, si vous aviez la bonté de me Paccorder, ils auraient fait les choses qui pouvaient témoigner au Roy leur respect et leur obéissance, ou, ne le faisant pas, ils auraient mis toute la noblesse contre eux, et sans pouvoir prendre aucun intérêt à tous les châtiments les plus rudes qu^on leur aurait voulu faire recevoir, au lieu que, voyant qu'ils protestent de se soumettre à tout ce qui leur serait ordonné, il sera bien difficile qu'on les puisse détromper, et empêcher la noblesse d^ prendre intérêt. Je sçais que, par les ordres du Roy que vous avez donnés, vous les
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pousserez hors de cette province. Je ne croy pas même que rien branle présentement, et je suis persuadé qu'ils attendront de revenir que la campagne soit commencée, et essaieront d*émouvoir chacun par les divers sujets qu^ils croiront pouvoir insinuer tant aux autres baillages, qui ne se sont point joints à eux, et qui ont été les plus accablés des gens de guerre, qu^aux autres qui auront quelque mécontentement, leur persuadant que tout ce qu'on fait contre eux n'est que pour l'intérêt de la noblesse et non pour leur manquement particulier. Je croyais, monsieur, que Tobéissance si prompte et si entière de l'assemblée, s'étant séparée tout à Tinstant, vous avait fait voir son respect, et que les assurances qu'ils ont données de leur affection et fidélité vous aurait aussi fait cognaître que leur intention n'était en façon du monde mauvaise, joint que ceux qu^ils ont choisi Pont été principalement pour obliger MM. de Créquy et de Gratot d'obéir aux commandements du Roy, et pour couper chemin à toute nouvelle assemblée, ayant prié ceux qu'ils ont nommés, quand il se présenterait quelque sujet de plainte en leur baillage, de me les venir faire, et sans autre charge ny pouvoir ; la plupart de ces personnes là n'étaient pas dans l'assemblée et sont gens fort sages et affectionnés au service du Roy, et qui ne consentiraient jamais à aucune chose qui y fût tant soit peu contraire. En un mot, Monsieur, je voulais que, si ces Messieurs avaient mauvaise volonté, ils n^eussent personne à les y seconder, en leur ôtant les moyens de pouvoir faire tomber dans leurs intérêts les personnes qu'ils essaieront d'y attirer et peut-être avec succès. D'autres raisons ont été jugées meilleures que les miennes. C'est pourquoi, sans m'arréter à la cognaissance que je puis avoir depuis près de 40 ans que je suis dans cette province, je ne «on-
geray qu'à satisfaire aux ordres du Roy, en faisant sçavoir à ces gentilshommes que Sa Majesté n^a pas agréable quMls viennent icy, la mauvaise satisfaction qu'elle a de la conduite de MM. de Créquy et de Gratot, et ordonnant à Pexempt des gardes et au lieutenant du grand prevost d^exécuter ce qui leur a été commandé, n'ayant de passion plus grande que de pouvoir témoigner au Roy ma parfaite obéissance, et à vous, Monsieur, que personne ne peut être plus véritablement que moi, Monsieur,
Votre très humble serviteur,
Henri d^Orl^ans ( i ).
A Rouen, le 6* avril i658.
Les choses en étaient là, lorsque la duchesse d'Aiguillon, à qui le Havre était confié, reçut de son sousagent Cassagnau la lettre suivante, datée du 1 5 mai :
Madame,
Comme j^ai cru être obligé de vous donner avis pour le service du Roy et du vostre des affaires douteuses, et dont on doit craindre quelque mauvais événement, )'ai vu ce matin trois gentilshommes, avec chacun un valet, qui ont été s^embarquer, avec des bardes et provisions, dans une frégate de quatre qui avait son pavillon hollandais, qui était en cette rade depuis deux jours, et, aussitôt qu'ails y ont été embarqués, elle a levé Tancre et a foit voile. Le vent leur a été un peu propre (sic). L'un est nommé la Tréaumont, que vous connaissez, Madame. J'ai appris qu'il estait en cette ville depuis cinq jours,
(x) France^ t. CMV, f» 46-47. — Cette lettre était accompagnée d'une lettre de M. delà Croisette, du même jour, également à l'adresse de Mazarin. V. fo 44-45.
logé à r Aigle d^Or, sous un autre nom, toujours enfermé dans une chambre sans paraistre, comme on m^a dit. Mais j^en sçaurai la vérité. Les deux autres sont un nommé d'Aussy^ qui a été capitaine dans le régiment de Piémont, et le troisième, un nommé Gouville, frère de M. le président de Motteville, tous trois de Rouen. Et, depuis leur embarquement, j'ai vu un homme qui a été autrefois à moy, et qui est présentement domestique d^un de ces trois, qui m^a dit qu'il n^ avait personne qui sût leur voyage ny oti ils allaient, et qu'il lui avait défendu' de le dire, ni mander à personne, et qu^il espérait être de retour en bref de temps. Toutes ces choses m^ont obligé. Madame, à vous en donner avis, etc. (i).
Ce ne dut pas être la seule communication que reçut la nièce dcKichelieu à l'occasion de cet embarquement. Mazarin répondit le 25 à deux lettres qu'elle lui avait déjà écrites (2). Tout en lui prescrivant la sévérité pour les coupables, il lui conseillait des ménagements, sinon envers les officiers de la garnison, du moins envers celui qui les commandait. Le même jour, il écrivit, de Calais aussi, à Nicolas Fouquet, que, puisqu'il paraissait avoir de Tinfluence sur M"' d'Aiguillon, il devait la presser d'agir avec toute la vigilance et la fermeté désirables. Le ministre adressa encore, à la même date et du même lieu, au duc de Longueville, l'invitation de bien veiller sur les garnisons de Caen, Dieppe et Pont-del'Arche. A défaut des deux premières lettres de M"* d'Ai-
(!) France, t. CMV, fo 7g.
(a) V. Chéruel, t. VUI, p. 371.
guilloD, nous en donnerons ici une troisième, probaUement du i^' juin.
Monsieur»
Dès le moment que j'eus reçu les avis que j^ai mandés à Votre Eminence, je suis venue en ce lieu avec la plus grande diligence qu^il m'a été possible. Monsieur de Bar ( i ) a eu la bonté de s^ rendre comme je Fen avais supplié, et y arriva quelques heures auparavant. Nous n'avons rien oublié, lui et moi, pour découvrir la vérité des choses qu^on m'avait dites, afin de faire châtier ceux qui se trouveraient coupables. Mais, comme jusques ici, quelque peine et quelque adresse que nous ayons employées, nous n'avons rien su apprendre davantage que le passage de la Tréaumont en ce lieu, où il a été six jours, comme Votre Eminence aura vu par la lettre que je lui ai envoyée, et d^oti il s^est embarqué pour Flessingue le 1 7* du passé avec d^Aussy, Gouville et Ruper, tous de Rouen. Je travaillerai encore avec grand soin, afin que, s'il y a quelque intelligence secrète, nous la puissions descouvrir et ensuite punir les coupables, n'y ayant rien de si juste ni rien de si important que d'en faire exemple,...
La ducrbssr d'Aiguillon (2).
Mazarin prit rapidement les mesures complémentaires, non seulement au Havre, mais partout où sa prudence les lui suggéra. Dunkerque, à la suite de la bataille perdue aux Dunes par Condé, le 14 juin, capitula le 23. Malheureusement, la maladie subite de Louis XIV, qui le
(i) Gouverneur de la citadelle.
(2) Sans date, mais datée, postérieurement, du i«r juin i658. — France, t. CMV, fo i3a.
mit en danger de mort, encouragea les mécontents. En Sologne, où il avait d'abord été question d'envoyer le maréchal de Clérembault (i), le Cardinal se contenta des services de l'intendant militaire, M. de Pilois, pour dissiper les bandes de paysans, ou « sabotiers », qui entretenaient l'agitation dans le pays (2). Mais il n'eut pas si bon marché de la noblesse. Vers la mi-juillet, les bailliages de Rouen, de Caux, de Caen, du Cotentin, d'Evreux, d'Alençon, de Mortagne, du Vexin, se trouvèrent représentés dans la forêt de Couches avec des mandataires de la noblesse des deux Généralités d'Orléans et du Berry, comme on va le voir par la pièce suivante :
Résultat de rassembla de la forest de Conches au Perche.
Du vingtième juillet i658 dans la forêt de Conches les députés des bailliages unis furent :
Pour le bailliage de Rouen, M. Qaude de Malorty, sieur de Roche, tant pour lui que pour M. François le Vicomte, sieur de Saint-Hillaire.
Pour Caux et Comté d'Eu, M. Charles Dupuis, sieur de Sandouville (3), M. Charles de Vallès Surville, sieur de
(i) Mazarin à Nicolas Fouquet, i5 juin i658. — Chéruel, t. VIII, p. 427.
(2) Mazarin à M. de Pilois, i5 juin et 10 juillet i658. — Chéruel, t. VllI, Appendice, p. 734 et 736.
(3) Ce Sandouville est très vraisemblablement le même qui, en mars 1^9, et en compagnie d'un sieur de Saint-Valery, était venu prendre possession de Harâeur, au nom du duc de Longueville, afin de faire opposition au pouvoir royal et de tenir le Havre en échec. (V. Borély, Histoire du Havre^ t II, p. 476). Ce rapprochement est
Saint- Valler7(i)> M. Louis de Marguerelle, sieur du Gistelier.
Pour Caen, M. Jean de Turquet, sieur de Tourailles, se faisant fort pour M. le comte de Marantin.
Pour Cotentin^ ledit sieur des Tourailles, se faisant fort pour M. d^Ai^ouge, sieur de Grato et le sieur de Sé^ rities (2) absents.
Pour Evreuz, M. Henri de Pommereuil, sieur de Moulins-Capel (3), et M. Alexandre de Créquy, comte de Créquy.
Pour Alençon, M. Pierre Robiliard, sieur de Juvigny.
Pour Mortagne, M. de Sierville, et autres absents, envoyés ailleurs pourPintérét de la noblesse.
Pour le Vexin, M. Louis Testu, sieur de Balincourt (4), et M. Charles d^Ailly (5), sieur Danery (6), nommé en cette assemblée secrétaire.
Pour la généralité d^Orléans et de Berry, M. Anthoine le Chesne, sieur de la Folie, M. Jean de Mervilliers, sieur de Viabon (7), M. Phelix Hurault de Lospital^ sieur Donauz(8).
M. Jacques de Francés (?), sieur des Mardis, M. Henri
intéressant, parce qu'il rattache les désordres de 164g à ceux de i658. Le haut personnel était en partie le même.
(i) Il s'agit probablement d'un petit fief, dans le voisinage de Breteuil ou deConches, appartenant à un sieur Vallès de Boisnormand.
(a) Cerisy.
(3) Sur la Risle, commune de la Houssaye.
(4) Au nord du Sausseron, petit affluent de la rive droite de l'Oise.
(5) Les documents qui concernent son fief aux Archives de Seineet-Oise portent aussi Daily ou Dailly.
(6) U faut lire « d*Ennery » (canton de Pontoise).
(7) CantoÀ de Voves (Eure-et-Loir).
(8) Peut-ôtre conviendrait-il de lire d'Auneau.
de BrioQ, sieur de Pizieux ( i ), M. Claude Destoré, sieur de Villegoutard, M. Claude Gabriel de Bonnesson, M. Anthoine du Coutel, sieur des Retz (2), conformément à ce quMls ont promis par leur escrispt.
A été arrêté, conformément à Tunion de la noblesse fait à Paris le 4^ juillet i65 1 par la permission du Roi, et sous la protection de Monseigneur le duc d^Orléans que, si quelqu^un desdits gentilshommes était pris, attaqué ou poursuivi, tant en sa personne qu^en ses biens, tous les autres s^obligent par serment, et par leurs seings, sur leur honneur, ou bien à peine d'être déclarés lâches et infâmes, de monter incessamment à cheval et de marcher le plus diligemment que cela se pourra au lieu où sera Tattaque pour lui rendre tous les services nécessaires, entre (?) lesquels, si, par malheur, (ce qui n^est pas à croire) quelqu'un venait à manquer, il serait desclaré deschu de noblesse et indigne d'avoir jamais aucun rang dans le corps, comme en seront [réputés pour exclus] (3) ceux qui refuseront de signer la présente union.
Sur les deux arrêts donnés, l'un, au Parlement de Paris, du i3« juin, Tautre, au Conseil du Roy de la présente année i658, contraire à la permission du Roy que la noblesse avait de s'assembler, et à la promesse particulière de Mgr le duc d^Orléans de nous y maintenir, a été arresté que l'on députera vers Son Altesse royale pour la supplier très humblement de nous faire Phonneur de
(i) Canton de Marnera (Sarthe).
(2) Il faut probablement lire des Rues, commune de Douy (arrondissement de Châteaudun), à moins qu'il ne s'agisse de quelque homonyme ou parent éloigné du cardinal de Retz.
(3) Le copiste a écrit très nettement « rapporter par extrait », ce qui nous oblige à proposer une conjecture.
nous garder la parolle, et interposer son autorité par la cassation de ces arrêts.
Sera aussi suppliée très humblement Sadite Altesse royale de nous continuer son intercession vers le Roy pour la convocation et tenue sans retardement des États- Généraux, comme étant le seul remède à toutes les lésions (i) de nos droits, franchises et immunités. Et, pour cet effet, seront députés quatre gentilshommes de Normandie, et trois de la généralité dX)rléans, et pour leVexin le sieur Dannery, et deux des sieurs des autres provinces unies, lesquels se rendront le i6« de septembre prochain au lieu où sera Sadite Altesse Royale, sur le fait des gens de guerre, pour ce qui regarde le règlement de leur vie et leur armement. M. ledit Valéry est chargé par la compagnie de veoir M. le duc de Longueville pour le fait de la promesse quUl lui a faite d'en donner réponse à la première assemblée.
Il sera dressé un ordre uniforme pour les correspondances réciproques de toutes les provinces et bailliages unis au retour de la députation de Son Altesse Royale. Les députés, avant de se séparer, conviendront de jour et lieu pour rendre compte de leurs députations, et chaque député sera chargé de le faire savoir dans son canton.
Sur le rapport faict à rassemblée par le sieur de Bonesson du pillage que le sieur de Pilloy, commandant quelques troupes dans la Souloigne, a fait la nuict dans sa maison et dans celle du sieur de la G)mmune, comme aussi sur le rappon qu^ont fait MM. de Sandou ville, de Sainct-Vallery, et du Câtelier, députés du bailliage de Caux, des désordres et violences commises proche de Longueville envers les personnes de MM. lesChamtlons (?) et de
(i) Il y a réellement « lections ».
Marancourt-Serry (?), Pun desquels a été tué et Tautre, fort blessé, leurs femmes outragées, leurs valetz tuez, et leurs maisons pillées par le régiment de Turenne, du corps commandé par les officiers présents, comme aussi sur le rapport de M. de Balincourt et d^Anery pour un gentilhomme insulté, lui, septième, dans la maison d^un de leurs amis, par vingt officiers à la tête du régiment d'Erboville, lequel était en bataille devant la porte dudit logis, a été arrêté par la Compagnie qu^elIe en ferait son intérêt propre et qu^elle en poursuivrait la réparation par toutes sortes de voyes justes et légitimes.
Messieurs les gouverneurs des provinces seront priés d^agir par leur seule autorité sous (?) ordre du Roy pour le logement des gens de guerre dans Pestendue de leurs provinces, sans y souffrir le mesle d'aucun intendant.* Tout ce que dessus a été arrêté avec la protestation inviolable de ne se départir jamais du véritable' service du Roy sous quelque prétexte que ce puisse être et de mourir dans son obéissance. Fait et signé jour et an que dessus, sans distinction ny rang de personnes, afin qu^on n^y trouve rien à redire.
Depuis le présent escript sont arrivés MM. Louis de Vilerseau, sieur de Neuvy (i), et M. Gabriel de Chartre, sieur de Bessan ville (?), lesquels ont reçu la jonction des bailliages de Blaisois, Vendosmois, Dunois et Boisgency (sic) à cette présente réunion, et ont été reçus par la Compagnie comme députés d'iceux bailliages, pour lesquels ils se sont obligez à Tentretien des ar restez cy-dessuSf les ont approuvés et les ont signés jour et an que dessus. Du Chatelier (2), Créquy, Balincourt, Turquet,
(i) Neuvy en Dunois, canton de Bonneval (Eure-et-Loir), (a) Le scribe a écrit : « du Appelier ».
Pizieuz^ de Malortie, Charles [sic), de Lissy, des Rues, de Bonnechose, Robîlliard, de Viabon, Dupuis, Vilet Surville, Moulin-Capel, Sandouville, de Brault, Le Chesne, Rohan, Villegoutard, de Vilesne, Hurault de l'Ospital, Neuvy, Bonnesson, de Frou ville (i).
Presque simultanément, une assemblée analogue se tenait, à cinq lieues de Laval, au nom de la noblesse bretonne (2). Le Cardinal croyait même, sur de bons indices, retrouver çà et là l'action de Retz, de d'Harcourt et de Condé lui-même (3). Suivant sa très sage habitude, il prit le parti de céder aux circonstances et de reconnaître le bienfondé d'une partie des réclamations présentées. Il conseilla un « tempérament » au profit de « la noblesse plus * aigrie que jamais de la recherche qu'on disait entre les gentilshommes (4). » H est on ne peut plus probable, en effet, que la famille Corneille n'était pas la seule à laquelle le fisc eût suscité une mauvaise chicane. Le 8 août, de Calais, le Cardinal loua les intendants d'avoir sursis contre les prétendus « usurpateurs de noblesse (5) ». En même temps, redevenu décidément le plus fort, au grand avantage de la France, il cessa d'épargner les vrais mutins. Un arrêt du Conseil fiit enfin lancé contre eux. Des lettres de Fouquet à Mazarin achèvent de nous mettre au courant des assemblées tenues et des poursuites ordonnées (6). Mais ce qui nous édifie encore bien mieux sur
(i) France, t. CMV, f» aSi-aSS.
(a) France, t. CMV, fb ^84.
(3) Mazarin à M. de la Croisette, t. YIU, 1 1 août i658, p. 770.
(4) Mazarin à Senrien, t. VIII, 24 juiUet i658, p. 53a-533.
(5) Mazann aux intendants, t. VIII, 8 août i658, p. 767.
(6) Fouquet à Mazarin, 8 et a 5 août x658. — France, t. CMV, f» 349-354 et 379.
la matière, c'est la correspondance d'un antre affidé de Mazarin, Bartet, qui accompagnait un gentilhomme ordinaire de la maison du Roi, Gomont. Analysons cette correspondance très sommairement (i).
Bartet arriva à Rouen tout à &it à la fin de septembre, chargé visiblement de surveiller avec discrétion et habileté le duc de Longueville, qui^ lui, penchait pour une amnistie. D'après l'émissaire de Son Eminence, Gratot avait tout mis en mouvement et devait être réputé l'ouvrier de la première heure. « Quoique Gratot », manda-t-il, soit a moins emporté que M. de Créquy, il est plus opiniâtre et plus ferme dans sa mauvaiselconduite, outre que c'est lui seul qui a commencé toute cette affaire, qu'il regarde comme son ouvrage, car M. de Créquy n'y eût jamais songé sans lui ». Mais Gratot s'était dérobé à temps. Aussi fut-ce sur d'Ennery et sur Créqui que tombèrent les foudres du Cardinal, comme sur les principaux acteurs dans le plus récent épisode de la sédition naissante. Le 13 septembre, les délégués étaient partis pour aller porter à qui de droit leurs revendications et leurs griefs. Avant de partir, ils a avaient fait leur union avec la Touraine». Le duc d'Orléans les arrêta tout net avec la menace de les faire arrêter, s'ils cherchaient à le rejoindre. Sa garantie relativement aux États Généraux lui avait été, prétendait-il, purement et simplement « extorquée », partant n'avait aucune valeur. Le 23 septembre, 200 cavaliers, <K partie des archers du prevost de l'Isle, et le reste,
(t) V. Bartet à Mazarin, 27, 28 et 29 septembre, i*', 4, 5, 9 et 12 octobre i658. — France, t. CMV, fol. 453-455, 457-458, 459- 460, 461-463, 464-465, 468-469, 471-472 et 475-476.
des troupes de Son Eminence», vinrent coucher à Dreux, et, le lendemain, manquèrent d'Ennery à sa maison d'Escorpain. Créqui se réfugia au plus vite chez le baron de Maillot, son beau-frère, dont la gentilhommière était une espèce de place forte. Il avait encore tout récemment fait de son mieux pour soulever le bailliage d'Evreux, a mais il n'avait pas réussi à £ùre monter dix hommes à cheval ». Ce que regretta le plus Bartet fut qu'on n'eût pas pu finalement mettre la main sur les missives échangées avec Retz et les autres rebelles.
Simultanément, M. de Montpezat fut envoyé avec un corps de troupes en Normandie, et il ne quitta Caen que les derniers jours d'octobre, « toute la noblesse », dit la Gaxetie du 2 novembre, « se trouvant dans la soumission et l'obéissance (i) ». Il y eut pourtant un certain nombre de gentilshommes qui ne se désistèrent pas de
(i) Cette nouvelle de la Galette est entièrement confirmée par la chronique rimée et doucement ironique de Loret, qui avait déjà fait plusieurs fois allusion à ces velléités de révolte.
Montpexat, homme de MgeMe, Qpi sait mesiuger U noblesse, Et les gens des grandes maisons.
Avec ses solides ndsons, Etant, par royale ordonnance, Allé par delà Caen en France, Pour assoupir les remuemans Qpe madiinaient qadqaes Normans Y )ona si bien de la langne Par mainte prudente harangue Qp'avec son heur aecovttomé Il a toat le pays calmé.
Hormis quelques gens sans conduite, Qui, bravement, ont pris la fiiite.
Dont Ton peut inférer, êrgô^ Qu'ils craignaient un captU âigo.
leurs revendications, comme le prouve le factutn suivant, probablement lancé en février 1659 et intitulé : Réponse d'un gentilhomme normand à une lettre (Tun gentilhomme de ses amis ffune autre provinu.
Monsieur,
Quoique je n^aye point Thonneur d^étre Tung des députés de ma province, je puis néanmoins^ aussi bien que qui que ce soit, vous rendre compte de l'état oii elle est par le soing que j^ay pris, comme un des mieux intentionnés de tout le corps, de voir souvent ceux qui ont le maniement des affaires, et dont la probité, qui est connue d'ung chacun, leur a acquis le secret et la confiance de ce qui peult servir à nos intérétz.
J^ay esté asses heureux d^avoir leur estime, ce qui m^a donné congnaissance des intrigues les mieux cachées, dont vous me pardonnerez si je ne vous en écritz pas le détail, qui, par malheur, étant sçu de nos ennemjrs, pourrait servir à romprç par ce moyen des mesures que Ton a eu toutes les peines du monde à mesnager et mettre au point que nous avons présentement lieu d^en attendre de grands avantages.
Je suis néanmoins obligé de vous dire que, quoique j^aye passé jusqu'à présent pour ungdes plus zélés et que j'aye publié qu'il fallait mettre tout en usage pour sortir de la tyrannie que nous font journellement les traitants, mon intention a toujours esté de ne rien entreprendre qui pût chocquer en aucune façon le respect et le service que Ton doibt au Roy.
Je vous advoueray que ce qui m'a le plus obligé à tâcher d'entrer dans la confiance des plus relevez des députés n'a esté que pour descouvrir leur sentiment, et que,
si j'eusse vu ballencer (?) tant soit peu contre le respect de Sa Majesté, je n^aurais rien oublié pour les perdre ; mais il faut publier à leur advantage que, dans toute leur conduite, il ne se peut rien voir de plus respectueux à regard du Roy. Rien n^est plus zélé pour le bien du corps (sic) ni rien de plus désintéressé pour leur particulier. Et, quant à la fermeté, elle a présentement une épreuve qui ne permet plus d'en douter, puisque la proscription de leurs personnes, les garnisons qui vivent dans leurs maisons à leurs dépens depuis trois mois avec des désordres très grands, et d*une manière plus cruelle que celle qu^on exerce sur les paysans, ne les a pu obliger à relascher la moindre chose de notre intérêt.
Cela vous doit encore (?) faire congnaître que nous ne sommes point accommodez comme vous me le mandez, et que le bruit en court dans votre province, et vous jugez bien qu'il faudrait que nous eussions fait bancroutte à Thonneur et que nous tissions doresnavant profession de lâcheté, si, au lieu de la recognoissance que nous sommes obligés d^avoir pour ces messieurs, nous les habandonnions, ce qui ne se peut rien (?) faire autrement (?), puisqu'ils sont encore dans Tétat que je vous mande (i).
11 est, je crois, subtille de vous protester que je remarque dans tous les espritz très paniculiers (?) une résolution pour les taxes (?) de payer telle qu^on peut souhaiter aux gentilshommes qui sont obligés par leur naissance de préférer Phonneur à la vie, et, sUl y en avait quelqu^un qui eût l'âme assez basse de ne pas s'eschauffer pour ce motif, il le ferait par celui de son intérest, étant certain
(i) Ce passage est, comme beaucoup d'autres, copié d'une manière inintelligible dans le texte envoyé à Mazarin. Il doit y avoir eu souvent des mots omis.
que, habandonnant nos députez, il ne se trouverait plus personne qui entreprist nos affaires, et, ainsi^ sans difficulté, on nous pousserait à un point qu'on a eu desseing de Élire, sy nous ne fussions pas unis pour nous y opposer. Ces deux raisons seules vous doibvent persuader qu^ung chacun fera son debvoir.
U ne se peult rien de plus judicieux que ce que vous souhaictez savoir. U serait même nécessaire qu'on eût panout la même curiosité, étant une affaire qui concerne toute la noblesse du royaume, mais il est encore d^une plus notable conséquence pour notre province, qui a commencé la première de faire congnaistre que notre proceddé est dans la soubmission, et que nous n^avons rien faict qui ne doibve estre approuvé des gens de bien, puisqu^il est selon les permissions qui nous ont été données par Sa Majesté.
Pour bien vous en esclaircir, il est nécessaire de vous faire souvenir de l'assemblée de la noblesse qui se fit à Paris Pan mil six cent cinquante ung oti il se trouva la plupart des gens de considération du royaume, au nombre de plus de mil gentilzhommes de toutes les provinces, sept ou huit ducs et pairs, et plusieurs princes. On y fit une union pour demander les Etats-Généraux avecq promesse de ne se point séparer que Ton en vist l'ouverture (i). On ne doubtait point qu^on ne fust en droit de les demander, puisqu^il a toujours été pratiqué de tout temps que, quand on remarque de grands désordres en TEstat, c'est la seulle voye pour y remédier, et laquelle les Roys n^ont jamais fait difficulté d'accorder, à moins que d^étre prévenus par ceux qui ont malversé, et ^ui en appréhendent à leur égard les événements.
(i) V. Chéniel, Histoire de France pendant la minorité de LouUXIV,x,lV,p. 3oo.
ÎÎ4
Ils y furent si fort sollicités que la promesse en fut donnée par Sa Majesté pour le mois d'oaobre i65i, et, comme elle estait mineure, elle fut signée de la Reine et des quatre secrétaires d^ Estât, à la caution de Son Altesse royale, Mgr le duc d'Orléans, alors régent du royaume, qui en fit son escrit particulier, et promit de la faire exécuter. L^une et Tautre promesse portait encore, de surplus, permission de s'assembler, en cas d*inexécution, quelques ordres qui puissent venir lors au contraire; après quoi chacun se sépara.
Depuis sa majorité, les promesses de Touverture des Etats-Généraux ont été réitérées plusieurs fois. Il s'est
trouvé(?) députés à Paris et, puis à la Roche Guyon ( i ) .
Tous ces escriptz sont restés entre les mains de Ganvillier (?), secrétaire de la Chambre (?), qui en garde les originaux et en a donné des copies à ceux qui en ont demandé.
Depuis ce temps, les désordres augmentent de jour à autre. L*on a toujours demandé Texécution desdites promesses, mais ça été si mollement qu^on n^a pu Tobtenir. Enfin, la noblesse, voyant les peuples dans la dernière misère, et qu^on leur ôtait insensiblement le peu de droits qui leur restaient, jusques là même d'attaquer leurs qualités et les faire payer par des voies indirectes comme des roturiers, s^assembla pour y donner ordre.
Notre province, qui est une des plus considérables pour son assiette et la quantité de la noblesse qui la compose, et qui, comme vous savez, paye depuis quelque temps presque autant de deniers que le reste du royaume, se voyant en ung estât déplorable, et dans la dernière extrémité, les gentilzhommes se résolurent de demander
(i) Ce passage est illisible et surtout iniatelligible .
les Estats de la province qui se doivent tenir tous les ans, s^estaient tenus qu^une fois depuis ung fon longtemps, et encore n^avait-on pas voulu voir leurs cahiers et fiaire raison sur leurs plaintes.
Ce fut le prétexte premier pour ne point donner de suspicion à notre gouverneur, qu'on ne doublait point quUl donnerait les mains à souffrir leur assemblée, dans la croyance quHl avait de s^en rendre plus considérable, ne faisant point de difficulté quUl s^y rendrait le maître d^apaîser la chose.
Mais Pintention des plus esclairés a toujours esté de se fortifier des autres provinces et, après avoir vu la nostre, demander leur jonction appuyée sur les permissions dont je vous viens d^entretenir .
Après cela, vous aurez assez de quoy req)ondre à ceux qui blasment le proceddé de nos députez d'avoir envoyé vers Son Altesse royale la sincérité (??) sa parole et lui demander conseil ( i ) (sic) de son escript (?) .
Mais, comme nos ennemys déclarent d^avoir formé [sic] un temps où les armes du Roy prospèrent et quUl fait des conquestes des plus fortes places de ses ennemys, il est à propos de vous justifier leur conduite là-dessus.
Il ont agy comme de vrays gentilzhommes dont la conscience nette ne recherche que le bien de FEstat, et qui, se voyant autorisez par des permissions sy autentiques, ne font nul doubte de Texécution. C'est une marque d'inocence (?) de leur procédé et qui la fait voir hautement (?) dans un temps oti, s'il y avait la moindre apparence de crime, on serait en estât de les punir aussitôt (2).
(0 11 fout probablement lire : compte.
(2) Il doit y avoir encore ici, comme plus haut, un certain nombre de mots passés.
Hz ne pouvaient non plus se dispenser d^envoyer vers Son Altesse royale pour la supplier de faire casser ung arrest du G)nseil qui defifend à la noblesse de s^assembler sur peyne de la vye, puisqu'il était garand des promesses qui avaient été données et qui étaient tout à fait contraires à cedit arrest.
Ce n^est point leur faute que Son Altesse royale n^ait point voullu voir leurs députés, puisquUl n^était pas croyable qu'il les refusât et il ne devait pas juger qu'on surprist son esprit au point de le préoccuper que Ton ne demandait sa protection que pour le mettre mal auprès du Roy. Il ne put néanmoins s^empescher de leur en faire témoigner du déplaisir, et quUl sMtait engagé de parolle à ne les point veoir.
Vous avez su ensuite comme il est donné une déclation contre quelques-uns de nos députés, dont il y en a des vostres qui y sont compris, et le prétexte que Ton prend, quHls ont commerce avec les ennemis de PEstat. Comme Monsieur de Montpezat est venu dans la province pour se saisir de leurs personnes avec un huissier (?) de la maison du Roy, pour laquelle on a eu le dernier respea, et que, ne les ayant pas pu prendre, il mit garnison dans leurs maisons, et puis se retira, sans avoir vu aucun gentilhomme pendant un mois de séjour, etce(?) fut nonobstant qu^il fût la plupart du temps avec notre gouverneur, dont il espérait que la considération les obligerait de le venir voir. Tout cela ne fit aucun effet, et Monsieur de Montpezat, étant obligé de s'^en retourner, et retirant ses garnisons, notre gouverneur en mit d^autresde ses places, ce qui ne se pratique que dans cette province, et fait assez congnaistre que cela ne se fait pas sans quelque intérêt particulier du gouverneur.
Néanmoins la fermeté est toujours grande^ et vous
pouvez sur ma paroUe, appuyée de celle de dix mille autres, dont je suis Forgane, assurer dedans votre province que rien n^est capable de nous faire manquera notre debvoir, et que nous ne ferons jamais aucun pas d'accommodement que d^avis (?) avec vos députés et ceux des autres provinces unies. Je me réjouys de ce que vous me mandez que vous êtes tous dans le même sentiment.
Je suis surpris du peu d^apparence que Ton donne au bruit de notre accommodement. 11 faudrait que nous fussions dans une faiblesse étrange, ou poussés d^une brutalité inouye pour nous être pleintz si hautement, et tout d^un coup paraître satisfaits, sans avoir eu aucun remède aux désordres qui nous ont obligez d'agir.
Il fault advouer que la liberté de M. de Bordeaux comprise dans la même déclaration de nos députez fait assez congnaitre que la fermeté vient toujours à bout de Tinjustice, et il est certain que la vigueur que vous avez témoignée pour le faire sonir de prison est honorable et digne de louange.
Monsieur le lieutenant-général d^Evreux, par ordre de Monsieur l'intendant de justice de notre province, informe pour ces assemblées contre nos mêmes députez compris
dans la déclaration et qui leur sertde justification (i)
n^ont point de commerce avec les ennemys de PEstat, et que ce n^est qu^un prétexte pour les perdre, que chacun congnait présentement fort bien, car, s'ilz estaient coupables du crime qu^on leur impose^ il serait subtille d'informer sur leursassemblées. Cest cequî fait congnaitre que leur crime n^est autre que d^étre trop zélés pour le bien général dont ung chacun est bien résolu d'y prendre intérêt
(i) Un mot illisible, mais ce n*eft pas « ils ».
Faites, s'il vous plaît, pan de tout ce que je vous viens de déclarer (?) à tous ceux que vous croirez y debvoir prendre intérêt et q u 'ils soient (?) persuadez que nous ferons notre debvoir. Je m'assure que vous ne manquerez pas de vostre côté du nombre considérable (sic) et tenez vous certain de même du nostre, comme aussi que je suis... ( i ).
Il paraîtrait qu'en eflfet, postérieurement à l'assemblée de Couches, d'autres réunions du même genre eurent lieu, non seulement à Saint-Elier, tout près encore de ConcheSy mais aussi à Montmirail, dans les environs de Mamers, et ensuite dans plusieurs localités des départements actuels d'Eure-et-Loir et du Loiret. Mais une nouvelle réplique de la Cour ne se fit pas attendre, et c'est M. Pommereu de la Bretèche, maître des requêtes et président du Grand Conseil (2), qui va nous apprendre ce que fut cette réplique.
Du dernier avril lôSg.
Sur les informations faites par le prevostdu Perche des assemblées du Vendosmois et Dunois, il y a eu arrêt du Grand Conseil et décret de prise de corps contre le sieur de Vieni, cadet de la maison d^Oncques, demeurant près de Marchenoir, chargé d'avoir défrayé une partie des gentilshommes d'une assemblée faite dans une de ses paroisses au mois de février. Le sieur de Le Ganville, remarqué pour avoir été toujours député de la province dans toutes les assemblées, et plusieurs avis que j'ai reçus, assurent que, l'été passé, Dannery, Bonnessons, de même Bordeaux, ont très souvent esté dedans sa maison.
(i) France, t. CMVII, f» 37-41-
(2) Pierre Clément, Correspondance de Colbert, t. 1, p. 5 10.
Le sieur de Neuvy, chargé pareillement d^avoir esté des députés.
Les sieurs de Villarmain, Candal-Fontenaille, le petit Montigny^ de Frouville et de Stenay, trois gentilhommes du Vendosmois et Dunois.
Et UQ nommé Austin (?), notaire du village de la G>lombe ( i )| que le sieur de Vieni envoya quérir pour escrire plusieurs dessus de lettres, avec menaces de la mort, sMl en parlait jamais.
J^ay pris quelques mesures avec le prevost du Perche pour arrêter, en exécution du décret, quelqu^un des plus coupables^ et saisir et annoter les biens des autres, et, dans un besoin^ laisser quelques archers en garnison dans leurs maisons, le tout néanmoins soumis aux ordres de Son Eminence.
J^ai reçu un avis du lieutenant-général d^Evreux qu^il avait su par le baron de Guepré, de basse Normandie, beau-père du vicomte de Meaux, second fils du comte d^Orval, que les gentishommes huguenots alentour de lui avaient fait plusieurs assemblées^ que même ils ont souvent fait prêcher en leur prêche à des jours autres que le dimanche et qu^à la sortie on les faisait signer. Il a promis de fournir au lieutenant-général des témoins de conséquence de ce qu'on a ouy dire chez luy aux sieurs de Créqui et Dannery qui y ont plusieurs fois esté dîner. Ma lettre porte que ce sieur baron de Guepré était en chemin pour Paris, en sorte que, s'il est en cette ville, et si Son Eminence le trouve bon, je le chercheray pour découvrir par son moyen toutes les cabales de ses quartiers et particulièrement les desseins de Créqui et Dannery qui en sont les chefs.
(j) Peut-être la Colombe-sur-Rille, canton du Merlerault.
Je suis aussi fort bien adverti que, le samedi de Pasques Fleuries, il y a eu une assemblée de gentilshommes fort considérable vers Brestot (i), en Normandie, dans un lieu appelé la vallée de Valtot, et que deux des députés, Sainct-Mars et Sainct-Hylaire, y eurent ensemble une querelle très grande. J'ai donné ordre aussitôt qu'il en fût informé et que rien ne fût oublié pour en découvrir le particulier et le réduire en preuves judiciaires.
Un gentilhomme, demeurant vers Mortagne, appelé de Saina-Denys, contre lequel il y avait eu arrêt du Grand Conseil et décret d'ajournement personnel, a preste [sic] son interrogatoire, et recognu que Moulin- Chapel Pétait venu prendre chez lui. Pavait mené à Monmirat où était le sieur de Créqui, et qu^il avait couché dans le même lict avec *Dannery, et Créqui et Moulin- Chapel dans un autre.
L*huissier du Grand-Conseil que j^ai envoyé en Normandie a saisi tous les. biens de ces sieurs de Créqui, de Dannery, et même ceux de Moulin-Chapel, parce que, depuis la déclaration, il s^est trouvé à des assemblées.
Je fais tous mes efforts pour découvrir le lieu de retraite de Créqui et Dannery, et ne perd pas un moment pour m'acquitter de ce que je dois aux commandements de Son Eminence (2).
Cinq mois plus tard, les événements avaient Êdt bien des progrès, comme le montre cette sorte de tableau de l'efFectif dispersé du soulèvement, tableau tracé à Paris, le 9« d'août 1659.
(x) Près de Routot.
(3) France, t. CMVII, P> 88. — Cette pièce n'est pas signée, mais la suivante Test, et provient du même copiste.
Il y a décret de prise de corps par arrest du Grand G>nseil contre les sieurs
Dannery. Son procès est prest à juger par contumace, il y a preuve de toutes ses cabales, comme il a été de province en province solliciter Punion qu^il a signé des premiers^ débité des libelles et des résultats des assemblées. Ses biens sont saisis partout, et il y a garnison danâ ses deux maisons : Dannery, près Ponthoise, et d^Escorpin (i), près de Dreux, chacune de dix soldats commandés par un sergent.
Créqui. Son procès pareillement dans peu en état. La preuve est entière contre lui. Il est même marqué qu'il a voulu donner des commissions pour lever des troupes, outre sa signature, que Ton a dans les dernières assemblées. Il y a, dans sa maison du « Champ de bataille », près Neubourg en Normandie, quatre soldats et un sergent du régiment de « Picardie. » On en envoyera encore dix ou douze de « Rambures », qui sont sortis de la maison d^un nommé des Sablonières (2), qui s'est attiré la grâce de la levée de sa garnison en descouvrant toutes les cabales de Dannery, son voisin.
Moulin-Chapel (3). Son procès sera jugé conjointement avec les deux autres, la preuve, en beaucoup de choses, sMtant trouvée complète (?), en sorte qu'il sera difficile de le mesnager, quoique, depuis la déclaration, il ait été assez retenu. Ses biens sont saisis.
(i) Escorpain, canton de Brezolles (Eure-et-Loir).
(a) M. P. Clément (de l'Institut) a placé ce hobereau dant le canton de Vernon, à Douainà, où il exit te un hameau des Sablonières. Mais il en existe un autre, dans le canton de Brezolles, commune de Laons, très près par conséquent d'Escorpain, ce qui explique les mots : « son voisin ».
(3) Beau-frère de Boussé.
Boanessons. Sa comumace sera jugée en même temps. Il est prouvé qu'il a été dans des assemblées du Dunois, et qu'il a contribué à la sédition des paysans de Sologne, pendant le siège de Dunkerque. Sa maison n'est pas éloignée de Sully. Tout son bien est saisi.
Gratot. Il n^y a contre lui que des preuves assez Itères d^assemblées faites devant la déclaration. On Ta laissé en repos.
DigoviUe ( i ) . Il n'y a de preuves contre lui que le papier de la dernière assemblée près Vendosme, signé de sa main. Sa maison et son bien sont dans la basse Normandie.
Essarts. Nous avons contre celui-cy sa signature dans la dernière union. Sa maison est près de Pluviers (?).
De Thiene/ Cest un gentilhomme que nous n'avons pu encore découvrir et qui a signé la dernière union.
Des Sablonières. On l'avait accusé d'avoir tenu une assemblée secrète chez lui; il s'est présenté au Grand Conseil et prétend se purger dans les formes. Il demeure près de Dreux et a fort chargé Dannery.
Le Ganviller. Il y a chez celui-cy quatre archers du prevost du Perche en garnison, son bien est saisi. Il est chargé de toutes les assemblées du Danois, où il demeure près Marchenoir, et, de plus, il a tué des archers. Il y a même un décret d'ajournement personnel contre sa femme et sa sœur.
Neuvi. Gentilhomme du Dunois, qui a été toujours député dans les assemblées de sa province. Ses biens saisis. Il y a des archers en garnison chez lui.
Frouville. Il est du Dunois, accusé d'avoir esté en
(x) « DigovUle » se trouve tout près de Tourlaville, et par suite de Cherbourg, à Test. Mais il faut peut-être lire : IngouviUe (Ingulfi^ villa), commune de Moult, canton de Bourguébus (Calvados),
toutes cabales et d'avoir couru sus au prevost du Perche, chargé des ordres du Roi. Son bien est aussi saisi et garnison d'archers.
Le petit Montîgny, qui est dans le même canton, et accusé de la même faction, et traité de la même manière que ses voisins.
[Suit une liste assez longue de gentilshommes des provinces voisines, en tête de laquelle figurent, avec détails pour la plupart, les noms de Viéni, Courbouson, son frère, le fils de Courbouson, Vilarmin, la Graffardière, père et fils, gentilshommes du Duno^s, la Boisse, père et fils, proches parents du lieutenant-général d*Orléans, le Peray, « un des plus considérables du Vendômois », Rochambeau, delà Pagerie, d'Autrivière, etc., etc.]
Je prétends encore faire informer et décréter sur des mémoires considérables que j'ay contre plusieurs gentilshommes de la basse Normandie, savoir contre Bougi ( i), que l'on dit être le correspondant de Dannery, contre Prévois (?), un des plus séditieux, Tourailles, lieutenant des gendarmes du comte d'Harcourt, qui, depuis peu, a reçu dans sa maison Créqui et' plusieurs députés pour conférer ensemble, Fresné-Carpiquet, qui a porté les rôles à signer, et contre les nommés Mésières, Belleau, Vienpont, Juvigny, La Bellière, Escoville, Meslé Saint- Biaise, Vimont, Gablonville, Bardel et plusieurs autres, que je vais poursuivre incessamment.
Je crois que les poursuites continuelles contre tous ces factieux dissiperont assurément leurs assemblées.
La dernière que le baron de Guepré m'a mandé est la conférence chez le sieur Tourailles depuis quinze jours. Il trouve tous ces messieurs plus embarrassés qu'à l'ordinaire et croit qu'il y a de la division.
(i) Il faut lire Baugis. Il demeurait près d*Argentan. Les Bonnechose détenaient bien un fief de Baugis.
Un gentilhomme de leur part est allé dire au lieute* nant-général d'Evreux, qui a l'exécution des ordres du Roi dans la Normandie, que, s'^il n^entreprenait rien contre eux^ ils étaient résolus de s^assembler et de s'opposer vigoureusement à tout. On ne menace pas moins de douze cents chevaux. Mais je ne vois rien qui me confirme dans la pensée que cela puisse s^exécuter. J'entretiens des correspondances de toutes parts^ et, présentement, je donne ordre pour la foire de la [sic] Guibray en Normandie, oti toute la noblesse a coutume de se trouver le 1 5* de ce mois pendant huit jours, afin dMtre instruit de tout ce qui s'y passera.
Monsieur de Longueville a dit au lieutenant-général d^Evreux de ne rien entreprendre sans sa participation.
Il y a présentement, au Grand Conseil, plusieurs enfants et des femmes des gentilshommes qui sont poursuivis, qui demandent distraction de leur bien. Les deux fils de Dannery prétendent que la maison d^Escorpin leur appartient. Cela produit un bon effet pour la terreur partout.
II y a même une infinité de décrets de prise de corps contre les valets de tous ces nobles, contre les hôteliers qui les ont logés en troupe. On a jeté partout des monitoires de censures ecclésiastiques.
Je vais à l'avenir m^attacherparticulièrement à la basse Normandie, qui est le seul endroit ob il y peut avoir encore des restes de cabale, et j'espère que, si je puis faire décréter contre sept ou huit des plus notés, en faire enlever quelqu^un, oti est la difficulté, du moins mettre de bonnes garnisons partout, ce sera le dernier coup contre les factieux, lorsque la contumace contre
Créqui et Dannery aura été jugée au Grand Conseil et ses arrêts exécutés.
Dans toute cette affaire^ je n^ai rien omis afin d^obeyr aux commandements de Son Eminence pour lesquels j^aurai toute ma vie la dernière soumission et respect.
De Pomereu (i).
Nous renverrons pour le dénouement aux cinq lettres adressées par le même magistrat à Le Tellier, et reproduites par M. Pierre Gément dans son Appendice. La première est du 28 septembre, la dernière, du 24 décembre. Après quelques semaines employées à bien ce déchiffrer » l'affaire, il fut reconnu, comme conclusion, que « ces Messieurs n'étaient pas seulement embarqués à procurer des Etats^énéraux, mais résolus entre eux à monter à cheval au premier siège que le Roy ferait et à se faire soutenir par nos ennemis. » L'espoir d'une « abolition » délia un nombre de langues suffisant pour mener rapidement à bonne fin le procès des autres. Créqui, d'Ennery et Moulin-Chapel fiirent condamnés à mort par contumace, le 27 septembre. L'instruction marcha moins vite pour Bonnesson, enfermé à la Bastille, et qui, en qualité de huguenot, déclina la juridiction du Grand Conseil, réclamant oc son renvoi devant la Chambre de l'édit du Parlement de Paris. » Il n'y perdit rien pour attendre. Vainement ses coreligionnaires a firent des jeûnes» en basse Normandie pour le succès de l'entreprise commune. Convaincu d'avoir voulu opérer des levées d'hommes et d'argent, en outre, d'avoir noué
(I) France, t. CMVU, fb 386-287.
des intrigues avec Tennemi, en un mot, d'avoir été l'un des principaux organisateurs du complot, a il fut exécuté le 1 3 décembre à la Croix du Tiroir (sic) avec grande hauteur (i). » Le gouvernement royal se montra plusmiséri* cordieux envers les autres che& de ce mouvement qui, en pleine guerre, s'était étendu à quatorze provinces. La paix des Pyrénées (7 novembre 1659) acheva heureusement de tout Étire rentrer dans l'ordre. Mais, en 1674, oin verra apparaître, outre Rohan, dont la signature se trouvait sur le procès*verbaldeConches, La Tréaumont, qui passe au premier rang, et Créqui, lequel, en qualité de beau-firère du procureur général du Parlement de Normandie, réussit encore une fois à se tirer d'affaire. M. de Pommereu, devenu Conseiller d'Etat, fut également chargé de l'instruction (2). On peut dégager de cette courte esquisse la morale pratique de beaucoup d'insurrections manquées.
ÂKsÈinE Lbgrelle.
(1) M. H. Martin, t. Xli, p. 53i, s'est trompé en aflSimaot qu'il n'y avait eu aucune exécution capitale.
(3) On nous pardonnera d'avoir laissé dans ce procès tant de « figures voilées », en songeant que M. de Pommereu lui-môme, avec ses archers et ses moyens offidela d'information, ne parvint pas à découvrir tous les coupables.