III
presque filial que l'ancien système des clans avait établi. A ces heureux rapports, il faut joindre les effets plus récents d*uQ état politique régulier, stable, d'un grand développement dans l'agriculture, et de rimmense débouché offert au travail de la population écossaise par sa complète réunion avec la riche et florissante Angleterre. Mais on ne tarde pas à reconnaître que ces avantages d'administration et de position n'auraient jamais pu devenir aussi fructueux qu'ils le sont pour ce pays, si une éducation plas qu'ordinaire dans son étendue, et surtout une éducation parfaitement appropriée à une existence laborieuse, n'avait donné au peuple d'Ecosse les moyens d'en tirer tout le parti qu'il en tire. Ayant eu, pendant un séjour de plusieurs mois, l'occasion et la facilité d'observer un phénomène moral aussi remarquable, on m'a aisément fait voir qu'il était, au moins en très-grande partie, l'effet d'une institution qu'une longue expérience a consacrée, et portée à un degré de perfection qu'il serait difficile de surpasser. J'ai recueilli avec soin les renseignements qui pouvaient faire connaître et apprécier à fond un instrument si précieux de bonheur public, espérant que quelque jour ces observations pourraient devenir utiles dans ma patrie. Je remplissais d'ailleurs, en le faisant, un devoir qui m'avait été imposé par une personne très-éclairée, qui occupait alors un rang élevé dans l'administration en France. Telle fut l'origine de l'écrit que l'on va lire, et dans lequel l'aridité des détails n'a pour excuse que leur utilité.
Le système entier de l'éducation et de l'instructioD publique en Ecosse se compose de trois sortes d'établissements.
Pour le degré le plus élevé, il existe des universités» composées d'un ou de plusieurs collèges, soutenus en partie par des fondations anciennes, en partie par des rétributions payées par les étudiants. Chacun de ces établissements est indépendant des autres et de la couronne; il se gouverne lui-môme d'après ses propres lois, et n'est soumis à aucune juridiction extérieure pour ce qui concerne son enseignement.
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Âa-des80U8 des universités, il y a des établissements locaux, appelés académies^ et grammarsekools. Les académies sont en général destinées à l'enseignement des sciences, naturelles, physiques, et mathématiques ; les grammar schools^^ à renseignement de la grammaire anglaise, latine, et grecque, toujours dans un degré inférieur à l'université, et préparatoire pour ceux qui veulent poursuivre leurs études, mais suffisant pour la plupart des jeunes gens qui se destinent aux professions moyennes. Ces établissements sont formés volontairement par chaque ville, sous le patronage des magistrats; ils sont entretenus en partie par la Tille, en partie sur des rétributions payées par les élèves, et dont le taux est fixé : ils sont uniquement destinés à des externes.
Enfin, renseignement primaire est donné dans de nombreux établissements qu'il faut distinguer en trois classes : h^les écoles parlictUières, tout à fait entretenues par les rétributions des élèves, prasque toujours externes; S^ les écoles de charité, la plupart conduites suivant les méthodes de Bell et de Lancastre, entretenues par des souscriptions volontaires qui les rendent tout à fait gratuites, ou leur permettent de n'exiger qu'une trèslégère rétribution; 3^ les écoles paroissiales , ainsi appelées parce qu'il doit y en avoir au moins une dans chaque paroisse. Ces dernières sont établies dans toute l'Ecosse par un acte du parlement. On ne s'étendra pas ici sur les deux degrés supérieurs d'instruction : dans ce qui va suivre, il ne sera question que des écoles du troisiètne degré, qui sont destinées à l'enseignement primaire.
Parmi celles-ci, les écoles particulières et les écoles Lancast^ rieDoes sont propres aux villes, pour lesquelles une seule école paroissiale, ou du moins un nombre de ces écoles égal au nombre des paroisses, ne suffirait pas; et dans lesquelles aussi une portion considérable de la population ne veut pas voir ses enfants indistinctement' mêlés avec ceux des pauvres. On reviendra tout à l'heure sur les détails qui s'y rapportent; mais on appellera
d*abord Tattention sur les écoles paroissiales, à cause de leur multiplicité, de leurs effets moraux, et de Tart avec lequel les influences de la propriété et de la religion sont combinées dans le choix des maîtres, pour rendre cette institution respectable. C'est réellement dans ces écoles que le peuple est instruit; et ce sont elles, plus que toute autre chose, qui lui donnent ce caractère penseur, sérieux, réglé, moral et religieux, par lequel les Écossais des rangs moyens et inférieurs se distinguent si éminemment.
Le premier établissement d'une instruction publique en Ecosse date de temps très-reculés ; mais la création des écoles paroissiales remonte seulement à deux siècles. Elles doivent leur naissance à un acte du conseil secret de Jacques Y [ , en date du 4 6 décembre 4 61 6, portant : c qu'il est nécessaire et expédient « que, dans chaque paroisse du royaume où l'on pourra trouver « les moyens convenables, il soit établi une école publique, avec € un maître chargé d'enseigner; le tout aux frais des paroissiens, « proportionnellement à leur nombre et à la richesse de la pa- « roisse. » Cet acte fut ratifié par le premier parlement de Charles P' en 4633, et les évéques furent revêtus de pouvoirs pour en surveiller et en effectuer l'exécution. L'Église nationale (presbytérienne) d'Ecosse fit les plus grands efforts pour propager l'institution de ces écoles, qui, dirigées par elle, augmentaient et assuraient son influence, en même temps qu'elles répandaient les lumières et fortifiaient les sentiments religieux. Enfin, en 4693, tout le système de l'instruction primaire fut mis dans sa dépendance par un acte du parlement, portant que tous les maîtres d'école, et toutes les personnes qui enseignent la jeunesse, seraient soumis à la juridiction des presbytères, (]ui sont une assemblée des ecclésiastiques de l'arrondissement, exerçant à peu près le pouvoir d'un évéque. Un autre acte du parlement, de \ 696) compléta ce système d'instruction publique, et en assura le bienfait pour toutes les paroisses de l'Ecosse, en fixant le mode do
payemeDt des maîtres, et désignant les autorités auxquelles ils devraient avoir recours pour le réclamer sans le cas du plus léger retard.
Voici Texposition des motifs et Tabrégé des dispositions prin- ' cipales : c Notre souverain seigneur, considérant combien le « manque d'écoles dans beaucoup d*endroits a été nuisible, et « combien leur établissement dans chaque paroisse serait utile à « la religion et au royaume ; avec Tavis et le consentement des « chambres de son parlement, arrête et ordonne qu'il y aura une
< école établie et un maître d'école appointé dans chaque paroisse «qui n'en est pas déjà pourvue, le tout avec la participation des « propriétaires et des ministres de la paroisse. A cet effet, les pro-
< priétaires de chaque paroisse se rassembleront, et fourniront
< une maison propre pour une école, et régleront l'établissement
< d'un salaire pour le maître ; ce salaire ne sera pas au-dessous « de cent marcs ni au-dessus de deux cents marcs écossais par « année *, et payable en deux termes, à la Saint-Martin et à la
< Pentecôte, par portions égales. Chaque propriétaire y contri- « buera proportionnellement à la rente de sa terre, avec recours,
< pour moitié, sur ses fermiers ; et si les propriétaires, ou la ma-
< jeure partie d'entre eux, ne se réunissent pas pour cet objet, ou
< si, étant réunis, ils ne s'accordent point sur le mode d'exécu- « tion, le presbytère s'adressera aux commissaires chargés de la «répartition des taxes du comté (lesquels sont aussi des pro- « priétaires, mais d'un ordre plus élevé) ; et ces commissaires « réunis, ou seulement cinq d'entre eux, auront le pouvoir d'éta- « blir l'école, de fixer le salaire du maître aux mêmes conditions « que ci-dessus, d'en répartir le payement entre les propriétaires, € proportionnellement au revenu de chacun ; et ces arrangements « auront autant de force et seront aussi obligatoires que s'ils
* On traduira plus loin ce traitement en livres sterling, lorsque nous arriverons k racte qui Ta définitivement fixé.
« étaient pris par les propriétaires eux-mêmes : et comme lapor- « tion ti payer par chaque propriétaire sera très-petite, pour en « mieux assurer la rentrée à terme fixe, il est ordonné que, si « deux termes complets ont été laissés en arrière par quelqu'un
< des contribuables, le troisième ayant commencé de courir, ce « contribuable sera obligé de payer le double de son arriéré, et € aussi le double de chaque autre terme qu'il laissera ainsi écou- « 1er à l'avenir sans payement, jusqu'à ce que le maître d'école « soit complètement payé de tous les termes, sans aucune défal-
< cation quelconque. » Suivent plusieurs dispositions très-sévères pour faciliter la poursuite exercée par le maître d'école et assurer la décision de sa cause par la cour de justice, même sans attendre l'ordre du rôle.
D'un autre côté, nous avons vu qu'en vertu du statut de 1693, les maîtres d'école étaient soumis à la juridiction des presbytères. D'après cela, il fallait qu*avant d'être institués,, ils eussent subi un examen devant cette cour ecclésiastique, non-seulement sur la religion et la morale, mais encore sur la lecture, l'écriture, l'arith* métique, la connaissance de la langue nationale, et même delà langue latine. L'élection faite par les propriétaires devenait nulle, si le presbytère refusait sa sanction ; et toute plainte portée contre le maître, relativement à sa conduite, le rendait susceptible d élre traduit devant le presbytère, qui possédait le pouvoir de le suspendre et même de le déposer.
Telles étaient les dispositions générales de la législation à cet égard jusqu'à Tannée 4803. Les détails du système d'instrucUoD paroissiale s'étaient perfectionnés et fixés graduellement. Le code établi par le nouvel acte ne fit que statuer et généraliser ce qui était déjà en vigueur dans la plupart des paroisses ; aussi ses dispositions ne sont guère que la continuation ou le développement de celles que prescrivaient les statuts déjà rapportés plus haut. Cependant, comme elles forment le système de législation actuel pour les écoles paroissiales, on en donnera ici un abrégé.
MKLANOKS SCIBNTiriQUBS ET LITTBaAIRES. 231
Le priocipe est toujours qu*il doit y avoir une école publique et un mattre d*école, dans chaque paroisse. Les propriétaires des terres situées dans la paroisse sont astreints à fournir une maison pour l'école, et une pour la demeure du maître, avec un morceau déterre contigu, d*une éteodue au moins d'un quart d'arpent, ancienne mesure de France, pour un jardin. Si cette dernière clause offre quelque difficulté locale d'exécution, on y supplée en donnant au maître un accroissement de salaire de deux ou trois livres sterling par an«
Le salaire est limité par la loi entre 200 et 300 marcs écossais par année, c'est-à-dire entre seize livres treize shillings quatre soux sterling^ et vingt-deux livres quatre shillings cinq sous sterling. Je dirai tout à l'heure comment chaque paroisse détermine, entre ces limites obligatoires, la valeur particulière qu'elle Teut donner.
Dans les paroisses de grande étendue, ou qui sont coupées par des bras de mer, la loi permet d'établir plus d'une école, avec un salaire total de 600 marcs, c'est-à-dire, 44 K 8 ■^. 1 0 '. divisés entre toutes; dans ce cas, les propriétaires des terres ne sont plus obligés de fournir une maison pour l'école , ni une maison et un jardin pour chaque maître.
Tel est le salaire fixe ; mais, en outre, les maîtres sont autorisés à recevoir de leurs élèves une indemnité, toujours fort petite, et dont la quotité, variable dans les différentes paroisses, est fixée pour chacune, comme je l'expliquerai tout à l'heure. Elle n'est jamais au-dessus de det^ ou trois shillings par trimestre pour chaque élève: la somme totale de ces indemnités peut aller, dans les paroisses de campagne, de 25 à 35 livres sterling. Les seuls enfants dont les familles sont aisées, sont soumis à cette rétribution; et le maître est obligé d'enseigner tout à fait gratuitement les pauvres enfants qui sont recommandés comme tels par les propriétaires, ou par le ministre de la paroisse.
Le maître d'école est encore ordinairement choisi parle presby-
232 BIÉLAN6BS SCIENTIFIQUES ET LITTERAIRES.
tëre, pour tenir les registres de naissances, de morts, et de mariages. Il perçoit sur ces actes un léger droit, qui, dans les petites paroisses de campagne, rapporte seulement quelques livres sterling par année, mais qui, dans les paroisses populeuses, renfermant une ville, peut s^élever jusqu'à 20 livres sterling. En réanissant toutes ces attributions, le salaire moyen d'un maître d*école sera d'environ cinquante livres sterling ou douze cents francs de France par année ; c'est à peu près la cinquième partie du revenu d'un ministre, et le double de ce que gagne un laboureur journalier.
On trouve en général aujourd'hui que la portion fixe du traitement est trop faible, et que, bien qu'elle ait été augmentée par le dernier acte du parlement , elle ne l'a pas été en proportion de la dépréciation de l'argent et du renchérissement de toutes les denrées. De là résulte, dit-on, une diminution sensible dans la capacité des personnes qui se présentent pour cette profession, et dans l'étendue de l'enseignement que l'on peut exiger d'elles. Hais le mal ne saurait être de longue durée : la loi y a pourvu et en a préparé le remède, en ordonnant que te taux du salaire fixe attribué aux maîtres d'école sera discuté et réglé de nouveau tous les vingt-cinq ans, d'après le prix du blé ou plutôt de l'avoine, dont la farine, réduite en gâteaux minces et grillée, forme le pain de la classe inférieure de l'Ecosse et constitue une grande partie de sa nourriture.
Quant à la manière de choisir le maître, d'établir son traita ment, de régler l'instruction qu'il donnera et de surveiller sa conduite, tout cela est à peu près déterminé aujourd'hui comme par l'acte de \ 696.
Les propriétaires des terres de la paroisse, décident premi^r^ment du choix et de la conservation des maisons destinées à l'école et au logement du maître, ainsi que du choix du terrain destiné à former son jardin.
les propriétaires des terres^ avec le pasteur j nomment le
roattre, et, prenant en considération Tétat de la paroisse, ils déter* minent ensemble la nature et retendue de son enseignement. Ils . déterminent aussi la quotité du salaire fixe, entre les limites de minimum et de maximum que la loi assigne, et ils règlent la valeur des indemnités ou rétributions personnelles qu'il pourra exiger des élèves.
Pour avoir un suffrage dans cette assemblée, il faut être propriétaire d'une terre qui, dans une ancienne évaluation servant encore aujourd'hui pour la répartition des taxes publiques, soit estimée au moins à cent livres écossaises de rente ^ Une pareille terre vaut aujourd'hui environ cent livres sterling de revenu. Toute propriété territoriale inférieure à celle-là, n'a pas de suffrage pour le choix du maître. S'il n'y a dans toute la paroisse qu'un seul propriétaire ayant la qualification requise, il a deux suffrages.
Le mattre ainsi nommé est examiné par le presbytère avant d'être institué, et il est rejeté s'il n'a pas les qualités ou Vinstruction requise. Le presbytère possède aussi, en tout temps, le droit de le suspendre de ses fonctions et même de l'en destituer entièrement. Ces importantes prérogatives étaient déjà établies par l'ancienne loi de 1696, comme je l'ai dit plus haut : elles ont été conservées et confirmées en 1803 parla loi nouvelle.
C'est encore un droit et un devoir du presbytère d'en appeler aux commissaires chargés de la répartition des impositions, pour nommer un mattre ^ure devoluto , si les propriétaires et le pasteur, après quatre mois de vacance de la place, négligent ou refusent de présenter un sujet pour la remplir. Ces commissaires, qui deviennent alors juges de l'appel , et auxquels revient par là le droit de nomination, sont bien encore à peu près tous des propriétaires de terres estimées au-dessus de cent livres écossaises
' La livre sterling vaut douze livres écossaises ou dix-huit marcs écossais. Ces déDominations sont aujourd'hui purement légales *, la momiaie écossaise étant tout à fait hors d'usage.
S3i MÉLANGÉS SGIBNTiriQUBS ET LITTiRAIRBS.
de rente ; mais ce sont ceux de tout le comté, et non plus ceui de la paroisse, à peu près comme sont ici nos conseils généraux de département.
Toutes les questions litigieuses qui peuvent survenir relativement à la maison destinée pour Fécole, ou pour le maître, ou pour son salaire , sont jugées par le corps assemblé des magistrats du comté (quarter sessions of the jiistices ofpeace ofthe couniy]^ Ces magistrats appelés justices of peace [juges de paix] sont nommés par la couronne, et sont encore à peu près les mêmes que les commissaires des impositions ; seulement, dans le cas de pareilles discussions , les propriétaires des terres situées dans la paroisse où la question est élevée, sont, par une exclusion particuliëre, privés du droit de suffrage, comme étant parties dans la cause.
L'institution des écoles paroissiales est regardée, par tous les Écossais éclairés, comme la première et la plus puissante cause des vertus morales et religieuses qui distinguent si éminemment le peuple d*Écosse. On ne peut douter qu'une grande partie de cet utile résultat, et tout peut-être, ne soit dû à deux causes : à la sagesse des règlements d'organisation par lesquels toutes les influences de la propriété et de la religion sont employées et combinées pour rendre les choix bons, l'existence des mattres sûre, et leur autorité respectable ; ensuite à la nature des livres élémentaires employés pour l'instruction dans ces écoles , lesquels ne présentent pas seulement une exposition sèche et aride du dogme religieux, qui, après avoir été imparfaitement ou même nullement comprise par les enfants, ne leur offre plus ni attrait , ni utilité quand ils sont sortis de Técole ; mais sont admirablement composés d'une variété de sujets moraux, religieux, de relations de géographie, de commerce, de voyages, de recueils de conseils pour la conduite physique et morale de la vie, lesquels, après avoir présenté aux enfants un sens clair et intelligible dans l'école où ils apprennent à lire, leur offrent encore, dans tout le reste de leur
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rie, une lecture attrayante, instructive, et pure, qui ne peut que leur être utile, soit par les applications continuelles qu'elle leur présente, soit par les sentiments honnêtes et élevés qu'elle conti- Due d'entretenir en eux. Jerapporterai tout à Theure des exemples {ui montrent en grand le bon effet^de ce mode d'instruction sur le peuple d*£cosse : mais auparavant, il me reste à donner quelques détails sur d'autres institutions que l'on trouve seulement dans les villes, et qui complètent le système de l'éducation pri* maire écossais.
DES ÉCOLES PRIMAIRES INSTITUÉES DANS LES VILLES d'ÉGOSSE.
Ces écoles doivent leur existence à l'accumulation de la population dans les villes, et à la diversité des professions auxquelles les enfants sont appelés. Alors les écoles de paroisse ne suffisant plus, il s'est élevé un grand nombre d'établissements entretenus par les rétributions des élèves ou par des souscriptions particu* liéres. Le désir de l'instruction est si général en Ecosse, les avantages qu'elle donne dans cette nation civilisée sont si grands, si indispensables, que les parents, même les plus pauvres, la considèrent comme le premier besoin de leurs enfants ; et ils se priveraient d'une portion de leur nourriture , plutôt que dé consentir à les en voir manquer. A ce sentiment , il s'en joint un autre, qui est la répugnance à envoyer ses enfants comme pauvres ^ des écoles gratuites. Ces circonstances ont fait naître une multitude de petites écoles, conduites, à très-peu de chose près, sur le même plan que les écoles de paroisse, excepté qu'elles sont lout à fait libres et indépendantes, et dans lesquelles la meilleure instruction primaire se donne à si bas prix que l'on aurait peine à l'imaginer.
Il y a de ces écoles à Glascow, et dans d'autres villes de l'£cosse, où les enfants apprennent parfaitement à lire, écrire,
et les règles de rarithmétique, pour la modique somme de ,quatorxe shillings (moins de 48 francs} par an. Elles sont fréquen- « tées par des enfants d^ouvriers ou de très-petits boutiquiers. J'en ai vu une tenue par un jeune homme d'un grand mérite» où ron apprenait la lecture, l'écriture, rarithmélique, les changes, la tenue des livres, les opérations de trigonométrie plane, et remploi des logarithmes, pour deux guinées (environ cinquante francs) par an. Celle-ci était fréquentée par des enfants de petits marchands, ou par des fils de planteurs des colonies, qui acquéraient là toutes les connaissances nécessaires à la profession à laquelle ils étaient destinés. Les enfants des deux sexes sont instruits ensemble dans ces écoles, comme dans celles de Hollande, sans inconvénients pour les mœurs.
La méthode pour fixer Tattention des élèves et leur donner de Témulation, soit dans ces écoles, soit dans les écoles de paroisse, a beaucoup de rapport avec celle de Lancastre et de Bell. Par exemple, pour la lecture, les enfants d'une même classe, c'est-àdire, d'une instruction à peu près égale, se rangent debout cir- •culairement devant le maître : le premier lit une phrase ; puis, s'il la lit bien, le second continue. Si celui-ci fait une faute, c'est le devoir du troisième de le reprendre ; ' c'est aussi son avantage, car s'il le reprend, il se place avant lui ; mais, à son défaut, tout autre élève d'un rang inférieur peut faire la même chose à son tour, et il gagne aussitôt le pas sur tous ceux qui sont restés muets ou qui se sont trompés dans leur correction. Cette manière de changer de places est très-ancienne dans les écoles d'Ecosse, où on la regarde avec raison comme un moyen extrêmement puissant d'exciter l'émulation et de tenir l'attention continuellement en haleine. Elle a été adoptée par Bell et par Lancastre pour leurs institutions ; mais elle est due aux Écossais.
Les livres employés dans ces petites écoles, pour apprendre à lire, sont à peu près les mêmes que dans les écoles paroissialeî:,
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c*est-à-<lire, tels que Télève les comprenne dans l'enfance, et trouve du plaisir et du profit à les lire à tout ftge. Je ne puis trop insister sur ce principe, parce que c'est de là que résultent presque tous les bons effets que l'instruction primaire peut avoir sur l'esprit du peuple, etqu*en y manquant ouïe méconnaissant, elle devient dangereuse plutdt qu'utile.
Dans la petite école de Glascow que j'ai citée plus haut, et dans laquelle le prix est de deux guinées par an, les livres mis entre les mains des enfants, pour la lecture, sont : 4^ un abécédaire très-bien fait, contenant un choix judicieux de leçons religieuses et morales ; i? un recueil de pièces morales et religieuses, intitulé Hardie' 8 Extraets, à l'usage des écoles paroissiales ; 3^ enfin un recueil du même genre, mais encore plus élevé, intitulé Lissons in reading and tpeaking^ by WilHam Scott. Tous ces ouvrages sont mêlés de prose et de vers : on y trouve d'abord, par exemple, des morceaux de poésie sacrée, puis des morceaux de morale profane en vers ou en prose, extraits d'Âddison, de Pope, et des autres écrivains anglais les plus estimés ; ensuite viennent quelques beaux traits de l'histoire nationale; puis des notions intéressantes sur les productions naturelles les plus utiles à la vie, au commerce, sur l'ordre de la nature, ses merveilles, eo général sur les objets les plus propres à élever l'esprit vers ridée d'une intelligence suprême. On y donne aussi des instructions sur les procédés les plus prompts, les plus efficaces, pour se préserver des poisons végétaux ou minéraux, dont les familles pauvres sont, par faute de soin, trop souvent victimes; on leur indique les moyens d'en prévenir ou d'en arrêter les effets. Enfin on y trouve encore des conseils très-judicieux et très-bien exposés sur la meilleure manière de tenir une maison et un ménage, dans les <x)nditions les plus ordinaires de la vie. Tels sont ces livres, que le pauvre, après les avoir étudiés sans dégoût dans Tenfance, peut encore relire avec attrait et avec fruit dans un ftge plus mûr; qu'il peut consulter comme guides, reprendre comme
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soutiens et consolateurs. Quelle différence entre eux et nos linei d'enseignement vulgaire, dont la composition est si vulgaire en effet, et qui, après avoir ennuyé, attristé les premiers jours de la vie, n'offrent plus tard rien d'attrayant, rien d'applicable, souvent même rien que l'homme du peuple puisse comprendre, à plus forte raison qu'il puisse désirer de relire ou de oonsulterM Le même bon sens qui a présidé à la rédaction des ouvrages écossais dont je viens de parler, se trouve jusque dans les livras destinés à l'enseignement de l'arithmétique. Ils sont remarquables par une multitude infinie de questions relatives au commerce ou aux applications qsuelles de la vie : il y a jusqu'à des leçons de coupe, pour tailler le plus avantageusement possible les espèces d'étoffes les plus généralement employées aux véteroeot5 du peuple. Chez les Écossais, l'instruction est considérée comme un élément d'utilité et de fortune ; c'est pourquoi elle est toute dirigée vers la pratique. Chez nous, elle est presque toute théorique, c'est une différence capitale, qui doit aussi contribuer à la dissemblance des résultats.
J'ai peu de chose à dire sur les écoles écossaises de Bell et de Lancastre ; elles ont dû faire peu fortune dans un pays où ïinstruction primaire se trouvait déjà partout si aisément, si bonne, et à si bon marché. Cependant elles ont été utiles en Ecosse même, pour les très-pauvres enfants des villes; surtout, à ce qu'il me semble, pour ceux qui, étant employés le lotig du jourdaik< les manufactures, ne pouvaient donner à l'étude que le peu d'instants qui restait entre leur travail et le sommeil. J'ai ?u de ces pauvres enfants, qui, après avoir travaillé toute la journée dan> une filature, allaient aux petites écoles depuis huit heures du soir jusqu'à dix; et si j'ai admiré leur constance et la moralité du
* n est évident que ces remarques ne s'appliquent nullement aux lirr» que Tautorité ecclésiastique a prescrits et consacrés pour renseignement d« la religion. Ceux-ci sont hors de toute discussion littéraire.
principe qui leur eu donne le courage, l'aspect de leur sort, saisi de si bonne heure entre les mains de fer du travail mécanique, n'a pas augmenté mon admiration pour le système manufacturier.
En résumant lès principaux traits de cette exposition simple et fidèle, on voit que, depuis deux siècles, Finstruction primaire a été considérée et employée en Ecosse comme un moyen de don* ner au peuple des principes assurés, et des habitudes durables, de morale et de religion. On voit toutes les influences les plus puissantes, les plus respectables, alliées et combinées pour atteindre ce but. Le plan est disposé avec tout ce que la sagesse humaine peut donner de lumières ; il a été graduellement perfectionné d'après les conseils de Texpérience. — Maintenant quels en ont été les effets T«- Ils ont été tels qu'on n'aurait certainement jamais osé les espérer, et tels qu'ils frappent aujourd'hui d*étonnement quiconque les observe pour la première fois. Un peuple divisé par des guerres civiles furieuses, en proie à une foule de fanatismes religieux divers, imbu de grossières superstitions, a été changé en un peuple, uni, moral, religieux, tolérant, et éclairé. Ce peuple pauvre, er vivant dans une contrée peu fertile, s'est élevé, par son instruction et sa civilisation, au niveau, peut-être au^essus même, si l'on considère les classes inférieures, d'une nation qui passe pojir une des plus éclairées de la terre. Il a pu rivaliser avec elle pour le commerce, l'égaler dans l'industrie manufacturière, la surpasser dans l'agriculture. Partout où un Écossais se trouve placé, l'éducation qu'il a reçue dans les écoles paroissiales donne à son esprit un tour particulier d'observation, et lui permet de s'étendre fort au delà du cercle d'objets qui occupe l'attention des personnes de la même classe qui n'ont point été ainsi élevées. Allez dans une manufacture, et demandez à l'un des ouvriers l'explication de l'opération dont il est chargé : si c'est un Anglais, il la connaît et vous l'expliquera sans s'arrêter ; si c'est un Écossais, il s'arrêtera, même quand il travaillerait à la
Uche; puis, avant de parler de ce qu*il fait, il vous préparera à le comprendre, en tous expliquant ce qui précède; il tous expliquera ensuite son opération, et finira par vous en montrer les conséquences avec ce qui suit. Allez questionner les paysans dans les champs : ils vous donneront toutes les informations que vous pouvez désirer, non-seulement sur Tagriculture, mais sur toutes les particularités de l'administration de leur paroisse. Us savent parfaitement quel est le but d'une friendly socteit/f d'une saving bank; ils connaissent très-bien les règles qu'il faut donner à de pareils établissements pour les rendre stables, et la manière dont il faut en placer les revenus pour qu'ils soient proGtables et assurés. Examinez la marine; vous trouverez que les meilleurs matelots sont Écossais, qu'il n'y en a pas de plus honnêtes, de plus rangés, de plus industrieux. Dans l'armée, ce sont encore des Écossais qui forment la très-grande partie des soasoiBcters ; leur proportion dans ce grade est sans aucune comparaison avec leur population militaire. Partout où ils sont, ils portent un esprit cultivé, qui ne se refuse à aucune amélioration; et le mot, improvement, est celui que l'on entend prononcer le plus souvent en Ecosse. Partout où vous allez, même dans le> plus petites paroisses, tout le monde sait lire, écrire, et compter, et les enfants^ gardent les troupeaux un livre à la main. Que lisent-ils? la Bible, ou quelqu'un de ces recueils qu'ils ont appris à lire dans les écoles. Cette instruction se trouve jusque dans les Iles Shetland mêmes, toutes pauvres qu'elles sont. Pendant mon séjour dans ces lies , l'officier qui m'avait accompagné et qui m'assistait dans mes observations, étant tombé malade, et ayanl été forcé de se séparer de moi pour retourner en Ecosse, je pris un jeune charpentier shetlandais, qui n'avait jusqu'alors su que lire, écrire, compter, et construire des barques ; je l'instruisis pendant huit jours à observer le niveau de mon cercle répétiteur, et il y réussit tellement, qu'avec son secours je pus parfaitement continuer mes observations astronomiques. J'avais un moyen
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bien sûr de juger de sod exactitude, parce que les nombres mêmes qu'il était chargé d'observer et d'écrire portent en eux une relation qu'il n'était pas assez savant pour découvrir, et qui en fournit une vérification. Or, si j'excepte quelques rares inadvertances qui auraient pu m'arriver à moi-même, et qui étaient par cette règle aisément découvertes et réparées, je n'ai jamais eu Toccasion, non-seulement de lui faire un reproche, mais de désirer un coopérateur plus exact ou plus attentif. Trouverait-on aisément le même secours dans certaines parties de la France T Ce n'était pourtant là que les Iles Shetland I Maïs, si l'on pénètre dans les parties de l'Ecosse plus favorisées de la nature, que ne voit-on pas dans ce genre I Étant à Glascow, à me promener sur les bords de la Clyde, je vis des bateaux à vapeur qui revenaient de Greenock. N'ayant jamais examiné Fintérieur de ces bfttiments, j'entrai dans l'un d'eux pendant que les passagers débarquaient, et j'examinai, avec autant de plaisir que de surprise, combien toutes les dispositions intérieures étaient élégantes et bien entendues : une grande chambre pour les passagers, ornée déglaces et de rideaux de soie décorés de franges; au milieu, une grande table de bois d'acajou, entourée de sièges et de divans de crin bien rembourrés ; et sur la table, pour l'amusement des passagers, des livres sur la couverture desquels était imprimé en grosses lettres steamboat's library^ bibliothèque du bateau à vapeur. Je devins curieux de connaître ce que ces livres pouvaient être, et la chose en valait la peine : en effet, les personnes qui s'en vont de Glascow à Greenock par le bateau à vapeur, ne sont ni Ducs et Pairs, ni même des négociants de haut parage ; ce ne sont pas non plus tout à fait des gens de la dernière classe du peuple, car le prix du passage est de cinq shillings ; ce sont donc des personnes de la classe moyenne, peut-être plutôt un peu au-dessous qu'au-dessus. Les livres placés dans le coche d'eau pour l'amusement de ces personnes, étaient, sans aucun doute, ceux que les entrepreneurs estimaient leur convenir le mieux, et
Sii IlÉliANGBS SGIBNTiriQUBS BT LITTBBAIRB9.
qu'ils supposaient devoir fttre les plus propres à leur plaire, aies intéresser. Maintenant ces livres étaient :
4 ^ V Esprit des moralistes anglais , contenant tous les morceaux les plus intéressants sur les mœurs et les usages de la société» extraits des recueils célèbres connus sous le nom de Tau- 1er, Adventurer^ Spectator, Idler^ Gwirdian^ World^ Rambltr, Connoisseur, Citizm of the World^ etc.
a<* Discours sur différents points du Soeinianisme, par Ralph Wardlaw.
3° Elégant extracts (c'est un recueil de morceaux littéraires en prose et en vers des plus estimés).
i** Contes de la montagne [Taies of the mountain].
50 Voyage du docteur Johnson atix Hébrides.
6^ Discours du docteur Chalmers : Ce sont des discours relh gieux, où les merveilles de l'astronomie sont employées à établir Fexistence de Dieu et la révélation. Cet ouvrage récent jouit d*une immense réputation en Ecosse, et a eu un nombre prodigieux d'éditions en quelques années.
7® Lettres du lord Chesterfield à son fils*
8^" Caractères politique de iS09 à \S\Q.
Ainsi tous ces livres, destinés à l'amusement d'un coche d'eau, étaient tels, quei la meilleure compagnie de France ou d'Allemagne aurait pu en faire sa lecture habituelle, et y trouver autant d'instruction que de plaisir. Il me semble que c'est là use sorte d'expérience publique très-propre à montrer le degré de civilisation auquel ce pays est parvenu ^
J*ai eu Toccasion d'en faire une autre du même genre. Dans chaque paroisse, les fermiers se réunissent en clubst non pas pour boire ou jouer, comme on pourrait le croire, mais pour
* Aujoard'hiu, dans Faonée 1858, nous avons en France une hiblioUiéque des Chemins de fer, destinée aux voyageurs de la classe moyenne. Je souhaiterais que quelque moraliste en fit la comparaison avec le genre de livres 9^ je viens de désigner, J. B.
HÉLANGia SGIBlfTiriQUBS BT LlTTÉBAlRBa. 843
converser sur des sujets de politique ou d'agriculture, et pouvoir obtenir par leur réunion une étendue de connaissances qu'ils n'acquerraient point en restant isolés. Ces clubs ont ordinairement, tous même, je crois, une bibliothèque entretenue par les souscriptions périodiques des membres qui les composent Je me suis procuré Tétat des livres d'une d'entre elles, celle de la paroisse d'Eddlestone, dans le comté de Peebles. La liste en est assez curieuse pour mériter d'être rapportée.
Encyclopédie britanniquef 30 vol. in-^^.-^ Supplément à cette Encyclopédie, 2 vol. — Histoire d'Angleterre^ par Hume, 8 vol. — Le Magasin du fermier (journal périodique de l'agriculture), 47 vol. — Uortimery Art du fermier ^ 2 vol. — Voyage d'un fermier dans Vest de tAngleterret i vol. — Voyage de six mois dans le nord de V Angleterre, i vol. — EUis, Fermier moderne^ 4 vol. «- Ainslie, Tables de mesures, 4 vol. — Bell, Traité des baux à ferme, ^^'Traité de wiccination. — Procès du vicomte de Melville . '^ Géographie de Playfair, 6 vol.-* Discours de lord Grenville sur le bill pour améliorer Fadmini»tratiun de la justice dans les cours d'assises. — Description topographique des comtés de Peebles, Roxburg, et Selkirk. — Le Gentilhomme laboureur, par lord Kames. — Hunter, Essais sur les champs, 4 vol. — - Hunter, Lettres. — Jonhsson, Traité des dessèchements, — Essais divers sur la culture. — Mémoires d*une société d'agrictUture. ^^ Essais qui ont remporté les prix proposés par la société formée pour l* amélioration du sort des montagnards écossais. «— Traité sur la tourbe, par Acton. — Rapports sur légalisation des poids et mesu/res.
En tout quatre-vingt-sept volumes, au nombre desquels est TEncyclopédie d'Edimbourg, qui, par l'étendue et la profondeur des articles qu'elle renferme, est comme une collection complète de traités faits sur toutes les parties des connaissances humaines,
non par d^ compilateurs superficiels, mais par des hommes les plus forts que Ton puisse trouver dans chaque genre, tant en
2ii MÉLANGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES.
Angleterre que sur le continent. C*est dans des réunions de ce genre, par la lecture de livres utiles, et qui partout ailleurs sembleraient exclusivement réservés aux savants de profession, que les fermiers d*Écosse prennent les connaissances et les données nécessaires pour réaliser tous les perfectionnements et toutes les améliorations dont leur agriculture est susceptible. Il faut remarquer que, dans cette tftche délicate, ils sont éclairés et même guidés par les grands propriétaires, qui sont fermiers euxmêmes, au moins pour une portion de leurs terres, et comme tels ne dédaignent pas d'inscrire leur nom au club des fermiers de leur arrondissement, d'y contribuer comme les autres, d*; assister de temps en temps, et de préparer par leurs essais Tintroduction des pratiques nouvelles que leur éducation supérieure les met les premiers en état de connaître, et que leur fortune leur donne aussi plus de moyens d'éprouver. En général, toutes les relations des propriétaires sont arrangées, en Ecosse, de manière à entretenir entre ces deux classes une mutuelle confiance, et même une affection très-vive, fondée, d'un côté, sur la bienveillance, les bienfaits, et une communication continuelle de lumières, et, de l'autre, sur la reconnaissance et le respect. Hais cette connexion est trop importante et a trop d'influence sur le bonheur du pays, pour être ainsi seulement indiquée ; elle mérite d'être exposée à part, et, si on le désire, j'en donnerai les détails ailleurs. Enfin il est reconnu de tout le monde, en Ecosse, que c'est à l'éducation reçue dans la jeunesse, que le peuple écossais doit cette honorable et généreuse fierté qui le distingue dans toutes les circonstances de sa pénible vie, qui le soutient dans le rude et continuel travail par lequel il achète sa subsistance, et qui Ta fait jusqu'ici, malgré sa pauvreté, résister à l'action démoralisante de la taxe des pauvres; l'honneur et la conscience de sa dignité personnelle animant le paysan écossais aux plus grands efforts de l'industrie et du travail, avant qu'il se résolve à perdre ainsi son caractère et son indépendance.
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En achevant ce tableau d'une civilisation si parfaite, je dois faire remarquer que les traits dont il se compose n'ont rien didéal, et ne sont pas mdme embellis par l'imagination. Je les ai tous recueillis sur la nature même, soit dans mes observations personnelles, soit dans la conversation des grands propriétaires, qui sont eux-mêmes un instrument si puissant du bonheur de ce pays. L'un d'eux, H. Colin Hackensie, grand propriétaire, des plus distingués entre les familles qui portent ce nom, et attaché à la cour suprême d'Edimbourg, a bien voulu se complaire à m'expliquer lui-même la plupart de ces utiles détails. Cet homme excellent et plein de lumières m'a remis sur ce sujet, et en général sur l'état moral de l'Ecosse, des renseignements écrits dont j'ai fait ici usage, et dans lesquels j'aurai encore plus d'une occasion de puiser. J'ai aussi profité d'un mémoire manuscrit qui m'a été adressé sur le même sujet par le recteur de FAcadëmie de Dundee. Enfin j'ai trouvé de fort bons ren^eignoments dans un recueil périodique publié tous les trois mois en Ecosse, sous le nom de Litterary and statistical magazine for Scotland. Cet ouvrage, dont il n'avait encore paru que trois numéros en 4817, à l'époque de mon voyage, est. principalement destiné pour les maîtres d'école ; et, ce qui n'est pas moins remarquable que cette destination même, il est rédigé par une association de plusieurs d'entre eux.