‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 2)Chapitre 18 sur 34 · L'IRLANDE SOCIALE, POLITIQUE ET RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

L'IRLANDE SOCIALE, POLITIQUE ET RELIGIEUSE

PAR M. GUSTAVE DE BEAUMONT AITTSUR DE MÂBIS OU VSSCLJFJGB jtVX ÈTATS^VNtS, ETC.

(Extrait da Jwamai des Satanis, décembre 1830).

rétude des iDstitutions politiques gui régissent et modifient les sociétés humaines, est une des plus belles, mais des plus difficiles, auxquelles puisse s'appliquer un esprit libre et élevé. H. Gustave de Beaumont a déjà prouvé par d'autres ouvrages qu'il possédait éminemment les qualités que cette étude exige, au premier rang desquelles il faut mettre la patience de s*y préparer consciencieusement, et la droiture de cœur, qui fait qu'on s*y livre sans autre passion que celle d'établir des vérités utiles aux hommes. Après avoir voyagé pendant plusieurs années en Am^ rique, pour ce noble but, avec son ami M. de Tocqueville, H. de Beaumont a publié, conjointement avec lui, les résultats de leurs communes observations sur le • système pénitentiaire des États- Unis, grave sujet de méditations, et de méditations bien urgentes, pour nos sociétés vieillies d'Europe. Puis, tandis que M. de Toc^ queville décrivait, dans un ouvrage remarquable, les institutions politiques de cette grande association humaine, si jeune, si active, et qu'il en développait les effets moraux, M. de Beaumont peignait cette lèpre de Tesclavage de la race noire, qui s'y est

propagée par héritage, et qui en corrompt déjà le présent, comme elle en menace l'avenir. Des esprits sérieux, qui ont pour le roman historique une aversion assez concevable, ont improuvé cette forme donnée par Tauteur aux faits trop réels qu*il avait observés, et dont, au reste, aucun n'a été contesté ni en Amérique, ni en Europe. Sans prétendre inQrmer ce jugement, on pourrait essayer d'en adoucir la sévérité, en disant que les personnes qui le portent n*ont peut-être pas assez réfléchi sur les difficultés qu'il y avait de rassembler dans un autre cadre les tristes détails d'un pareil sujet. II s'agissait en effet d'exposer, de montrer ractioo terrible d'une persécution incessante et implacable, suivant ses victimes dans tous les actes de leur vie intime, jusque devant Dieu même, au pied des autels; et les devinant encore, par Tinstinct de la haine, après que toute trace visible de leur couleur maudite s*est éteinte dans le mélange des générations. Tout cela, au milieu d'une société qui se croit admirablement libre, sage, et se dit chrétienne I Comment montrer les détails d'une pareille situation, mieux, ou même autrement qu'en les appliquant à une famille qui en ressent tous les malheurs? On pourrait, au besoin, citer des exemples d'écrivains très-graves, d'hommes d'Etat chargés de hautes missions politiques près des gouvernements despotiques de l'Orient, qui n'ont pas cru pouvoir exposer les détails de mœurs si différentes des nôtres , autrement qu'en les personnifiant aussi dans une fiction. Au reste, si l'on rappelle ici les opinions diverses auxquelles a donné lieu la forme d'exposition, employée par M. de Beaumont dans son livre sur l'esclavage aux États-Unis, c'est surtout pour foire remarquer qu'ici, dans son ouvrage sur l'Irlande, il s'est efforcé de contenir ses émotions dans le langage et la sévérité de l'histoire, malgré la triste et trop évidente analogie du sujet.

Ce fut cette analogie même de deux conditions sociales nées de circonstances si diverses, qui le conduisit en Irlande à son retour des États-Unis. Après un séjour de plusieurs mois dans

ce pays, en 4 835, il voulut mettre en ordre les matériaux qu*il avait recueillis. Mais il s'aperçut alors que ce premier travail lui avait surtout appris à voir ce qui lui manquait; et après deux années de nouvelles études fixées sur ce même fait social, il re« tourna une seconde fois visiter Tlrlande avec des yeux et un esprit mieux préparés. L'ouvrage que nous annonçons , et dont il a déjà été donné trois éditions en France, une en Angleterre, dès cette année même, est le résultat de cet examen, long, réitéré, consciencieux .

La multitude des documents historiques cités comme autorités, rappelés dans des notes étendues et combinés dans ce travail, est immense ; et ce n'est pas la récolte superficielle d'une érudition de préfaces, comme il arrive trop souvent aujourd'hui, c'est le fruit mûri d'une étude profonde, dirigée longtemps vers un seul but. On avait remarqué le même mérite dans les notes qui accompagnent le livre sur l'esclavage aux États-Unis, et les personnes les plus versées dans la connaissance des deux pays ont surtout apprécié l'utiUté d'une réunion de documents si consciencieuse, comme si complète.

L'ouvrage de H. de Beaumont sur l'Irlande se compose de trois parties distinctes, qui se suivent dans un ordre logique pour former tout l'ensemble du tableau qu'il a voulu tracer. On y trouve d'abord une introduction historique, exposant la succession d'événements qui ont établi l'empire des Anglais sur l'Irlande, depuis leur invasion de ce pays, en 1 1 69, jusqu'à la fin du siècle dernier. Puis, vient la description de l'état actuel, résultant de ces premiers faits combinés avec les événements plus modernes. Enfin, l'auteur expose les modifications sociales et politiques qu'il suppose les plus propres à guérir tous les maux qu'il a décrits. Ces trois divisions de l'ouvrage offraient des difficultés d'ordre différent, mais incomparablement plus graves dans la dernière que dans les deux autres.

L'introduction historique, aux yeux des meilleurs joges,

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D6 laisse rien à désirer. Pour l*adapter spécialement à Tosage qu'elle devait avoir, Fauteur Ta divisée en quatre époques, ayant chacune produit un événement dont Finfluence sur rirlande a été grande, spéciale, et nettement distincte. La première est celle de la conquête : elle commence à Tan 4460, par Tinvasiondes Anglo-Normands de Henri. II, et se continue, pendant quati« siècles, par la seule force des armes, sans pouvoir entièrement 8*accomplir. L*auteur décrit le caractère de cette lutte ; il montre comment elle ne pouvait pas amener la fusion des deux peuples, parce que les chefs vainqueurs n'entendaient nullement s'amalgamer avec leurs vassaux; et comment elle était déjà un embarras pour TAngleterre, parce qu'il « en résultait en Irlande un gou-

< vernement mixte, semi-féodal, semi*colqnial, dent le roi anc glais était trop éloigné pour que ce fût une féodalité bien c réglée, et où il y avait des vassaux trop forts pour que ce fût

< une colonie royale obéissante. » L'auteur arrive ainsi à sa deuxième époque, qu'il ouvre en 1 656. Celle-ci est signalée par le grand événement de la réformation, joint à la concentration successive et presque continue du pouvoir de TÀDRleterre dans les mains énergiques de Henri VUI, Elisabeth, et Cromvrell. Ces trois despotes, devenus protestants, durent être inévitablement poussés à terminer à tout prix la conquête de l'Irlande, poar la soumettre au double joug de leur pouvoir temporel et religieux. Mais, s'ils atteignirent le premier de ces deux résultats, ils ne réussirent point pour le second. Le protestantisme, implanté violemment, sur le sol de l'Irlande, n'y jeta aucune racine dans les cœurs ; les Irlandais lui résistèrent obstinément, avec la double passion de la religion et de la nationalité. La bataille de La Boyne acheva de les soumettre, non de les convertir; de sorte que la disjonction morale des vainqueurs et des vaincus n'en devint que plus profonde et plus irréconciliable.

Alors commença un système général, autant que continu, de persécution légale, pour opérer graduellement, par une action

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gouvernemenlale constante» la double extinction de la nationalité et du catholicisme, qu'on n*ayait pu réaliser immédiatement par la force : c'est la troisième époque de M. de Beaumont; elle s'étend de 4690 à 4775. M. de Beaumont retrace sans amertome» comme sans indulgence, les détails de cette persécution si horriblement analogue à celle que le peuple libre des États-Unis exerce aujourd'hui contre les malheureux noirs ; et ici, comme là, il montre les cruels retours que de telles injustices préparent. Hais la population irlandaise était trop nombreuse pour être aussi aisément contenue ou anéantie ; elle croissait au contraire dans sa misère, en restant invariablement unie par son ancienne foi. Elle l'était encore par sa haine contre les possesseurs du sol, tous protestants, qui en exigeaient, sans pitié, des fermages intolérables et des dîmes plus odieuses encore. De là les associations secrètes et armées des white boys, oalL boys, steel boys, qui, sans autre connexion qu'une passion commune, couvrirent la surface de l'Irlande de tous les excès, de toutes les cruautés qu'on peut attendre d'une population grossière, ignorante, et misérable. Mais cette communauté de sentiments, et même de crimes, se^ crëtement partagés ou approuvés, tenait la masse des Irlandais toujours prête à recevoir du temps les occasions d'accomplir les longues représailles qu'elle devait à ses oppresseurs.

La première et la plus menaçante leur fut offerte par la déclaration d'indépendance des colonies américaines en 4 776, et par la guerre que l'Angleterre eut alors à soutenir avant de se résoudre à leur séparation. C'est là aussi que commence la quatrième époque de M. de Beaumont, qu'il appelle celle de la renaissance et de Taffrancbissement de l'Irlande. Mais, heureusement pour les deux pays, l'explosion s'opéra tout autrement que Ton n'aurait pu le prévoir, et sans que l'humanité eût rien à déplorer. Quelques réformes, d'abord apportées aux lois pénales et sociales dirigées contre les catholiques, tournèrent les esprits à réclamer d'autres concessions nécessaires au commerce

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ainsi qu'à la liberté du pays. L'Angleterre, embarrassée par la guerre, abandonne aux Irlandais la défense de leurs côtes contre l'invasion étrangère. Aussitôt, par un mouvement universel et spontané, toute l'tle se couvre d'une milice nationale, à laquelle le vice-roi lui-même donne des armes. Alors, quarante mille volontaires, organisés ainsi par la nécessité, discutent et decnaih dent le rétablissement de leurs droits politiques. Ils créent dfê assemblées délibérantes, où les protestants et les catholiques, réunis pour la première fois par un patriotisme commun, réclament hautement du roi d'Angleterre l'indépendance de l'Irlande, comme royaume uni à sa couronne. Ënfln le parlement irlandais, quoique tout composé de protestants, est entraîné par ce mouve ment général ; et, en 1782, il abolit par un acte solennel les lois dans lesquelles l'Angleterre puisait son droit de supréoiatie législative. Beaucoup d'autres lois, particulièrement dirigées contre les catholiques, sont réformées sous la même influence. Ces concessions, imposées par les circonstances, subsistèrent après que le danger fut passé. Toutefois, comme les catholiques n'avaient pas pu avoir accès dans le parlement, le plus grand nombre des protestants qui composaient cette assemblée se rendit iacilemeot aux faveurs de l'Angleterre ; et celle-ci, avec des formes un peu plus douces, reprit sur l'Irlande presque toute la réalité de soo pouvoir absolu. La révolution française acheva cet ouvrage, eo excitant dans une petite partie de la population d'Irlande des sympathies républicaines qui la poussèrent à la révolte appuyée de l'invasion étrangère. Après une guerre courte, mais rendue horrible par les cruautés de tous les partis, l'Angleterre vint aisément à bout d'un mouvement que l'ensemble des masses ne partageait pas. Le fantôme de parlement qui restait à l'Irluïde lui fut ôté le 26 mai 4800, ou plutôt son abolition volontaire fut achetée pour la somme de 31 ,000,000 de francs à ceux qui le composaient. L'acte d'union, comme on l'appelait, laissa d'ailleurs à l'Irlande toutes les institutions qui lui étaient propres;

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mais la sorte de paix qu'elles firent régner n*ëtait que ToppressioD silencieuse des catholiques vaincus. Toutefois, en frappant ce grand coup d*état, rAngleterre avait promis d'en adoucir les rigueurs par Fabolition plus ou moins prochaine des incapacités politiques qui pesaient sur les catholiques irlandais. Ceux-ci la réclamèrent pendant vingt années avec unmsembleet une persévérance infatigables; mais, par la seule voie des procédés légaux que Tassociation et la presse pouvaient leur fournir. Enfin, après tant d'efforts, ils l'obtinrent; et, le 43 avril 4899, le parlement d'Angleterre adopta un bill, en vertu duquel tout catholique peut être admis à y siéger sans être astreint à renier sa foi. Cet acte brisa le dernier chaînon des lois pénales sur lesquelles la persécution protestante s*appuyait, et il fit entrer l'Irlande dans l'association constitutionnelle de l'Angleterre, dont elle n'avait été jusqu'alors que la sujette. Cette ère nouvelle sépare donc nettement sa condition passée de ses destinées futures. Elle termine la quatrième époque de M. de Beau mont.

Les faits généraux que j'ai pu seulement indiquer ici sont développés par H. de Beaumont avec tous les détails historiques qui leur donnent le caractère local, et les marquent, pour ainsi dire, du signe de la vie : mais la courte et sèche analyse, que j'en ai dû faire, suffira du moins pour montrer toute l'utilité d'une introduction, qui établit si nettement, si exactement, les coQ(fitions prédisposantes de l'état social actuel que l'auteur voulait décrire. Elles sont en effet tellement fortes et décisives que cet état s'en peut déduire d'avance comme conséquence nécessaire, dans ses circonstances générales, et qu'il ne reste plus à Tauteur qu'à spécifier les formes particulières sous lesquelles ces conséquences se sont réalisées, ainsi que les limites que l'observation des résultats leur assigne. Voilà ce que fait

H. de Beaumont dans la deuxième partie de son ouvrage, n trace d'abord la géographie physique de l'Irlande et décrit

la distribution générale de la population qui l'habite. Au nord,

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dans la province dTlster, qui touche à TÉcoBse, le peuple offre un mélange, en proportion presque égale, de catholiques indigènes et de presbytériens descendants d'anciens colons écossais. Dans les trois autres provinces, Leinster, Munster, et Connaught, le peuple est entièrement catholique. Partout Taristocratie est protestante et anglicane : c'est une conséquence de son origine étrangère. Par une autre conséquence de la même cause, tout te sol lui appartient, la loi d'aînesse et les substitutions lui ayant intégralement transmis ce que ses ancêtres avaient envahi par ia conquête féodale, ou obtenu par les confiscations religieuses. Le peuple ne possède plus une seule parcelle de cette terre, qai jadis lui appartenait; il faut qu'il loue ses bras pour la cultiver, ou qu'il meure de faim ; car il n'a pas et ne sait pas d'autre industrie. Il y a dans le pays qu'il habite des institutions civiles, politiques, judiciaires ; il y a des universités enseignantes, une religion de l'État ; en un mot, tous les ressorts de l'organisation sociale établis sous les formes légales et constitutionnelles, appropriées à une nation libre. Tout cela est en dehors de lui et contre lui. Il est maîtrisé, non protégé. Le système social dans lequel il vit n'est point à son usage ; ce n'est pour lui qu'une fiction. Singulier spectacle dans le siècle où nous sommes, qu^une population, une nation tout entière si longtemps tenue sous uo .tel joug, au sein de l'Europe, par un autre peuple que le rapprochement de situation, d'intérêts^ de langage, semblerait devoir lui associer ; surtout ce peuple étant lui-même éminemment civilisé, éclairé, libre, et enfin chrétien comme ceux qu'il a traités si cruellement. M. de Beaumont développe tous les détails de ce fait social avec une précision, une netteté et un intérêt extrêmes. Il examine et discute successivement la nature des diverses causes qui y concourent; il explique le caractère et l'action de l'ariâ* tocratie irlandaise, des institutions politiques, de la justice légale, des corporations municipales, paroissiales, des corps enseignants des établissemenls religieux; et, les mettant en parallèle avec

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les éléments d'organisation absolument semblables qui existent en Angleterre, il montre avec évidence comment ici , où ils sont iotifflement incorporés à la masse de la population, ils peuvent produire la sécurité , la liberté, fortifier le sentiment religieux, développer les lumières, Tindustrie et la puissance nationale; tandis que là, en Irlande, appropriés à un petit nombre d'individus, et presque seulement à une caste, il en résulte Toppression, la misère et Fabrutissement des masses. J'avais voulu extraire de rourrage quelques-uns des traits les plus saillants de ce tableau remarquable, mais j*ai renoncé à le faire parce qu'ils sont si inti* mement liés et enchaînés les uns aux autres, qu'on les apprécierait mal si on les présentait isolés. Il faut les étudier ensemble dans l'ouvrage de M. de Beaumont; et cette impossibilité où je me suis trouvé, de séparer ce qu'il a joint si étroitement, est peutêtre le meilleur éloge que je puisse faire de son travail.

Mais après qu'il a fait ainsi connattre ce que Ton pourrait appeler le gouvernement fictif et superficiel de l'Irlande, il y montre Texistepce non moins singulière d'une sorte de gouvernement intérieur, indépendant du premier, et, pour ainsi dire, propre aux masses ; né de la communauté des misères, des sentiments, des croyances, des passions, des intérêts ; aussi intimement incorporé à la nation que l'autre lui est étranger ; obtenant une obéissance volontaire aussi générale et absolue que l'autre éprouve de résistance et de haine ; renfermant ainsi, dans son essence, tous les principes d'un état républicain. Les deux ressorts de ce gouvernement réellement national, quoique non reconnu, et tout puissant, quoique sans légalité, sont le clergé catholique et Tasrelation irlandaise; deux pouvoirs qui n'ont d'existence que par l'assentiment universel du peuple : le premier n'ayant d'autres revenus que les dons du pauvre ; le second, de tribut que ses oiîrandes volontaires; tous deux invariablement unis, et marchant ensemble sous le joug de la commune nécessité. Dirigés aujourd'hui l'un et l'autre par un chef habile, auquel ils obéissent

aveuglément, ils ont déjà réussi à obtenir de FAngleterre des concessions immenses pour la liberté et la restauration de leur patrie, sans autres armes que des réclamations constitutionnelles, exprimées au nom de sept millions d'hommes. Le progrès incessant de cette conquête légale, les mouvements réguliers et disciplinés de cette grande stratégie politique, sont décrits dans Toavrage de M. de Beaumont avec une précision et un intérêt proportiopnés à leur importance morale ; mais ils touchent de trop près aux intérêts du moment, pour que nous devions nous en occuper dans un recueil essentiellement étranger à toute politique actuelle. Nous devons, par le même motif, nous imposer une réserve plus grande encore sur la dernière partie de Touvrage de M. de Beaumont, dans laquelle il propose la série des mesures politiques et législatives qu'il croit propres à cicatriser les plaies de l'Irlande, et à détourner les dangers qu'elle lui semble préparer à l'Angleterre dans l'avenir. Les règles qui nous obligent à nous abstenir de traiter de pareils sujets, auraient peutêtre été pour l'auteur lui-même des entraves utiles, si le hasard de sa situation, ou ses réflexions propres les lui eussent imposées. Car, malgré la sincérité et la droiture de cœur qu'il a portées dans la discussion de ces matières délicates, malgré les études consciencieuses et profondes par lesquelles il s'y était préparé, il est infiniment périlleux, sinon tout à fait impossible pouruo étranger, déconseiller les mesures. propres à préparer l'avenir politique d'un pays différent du sien ; surtout lorsque raclion d'une société aussi complexe que la société anglaise intervient dans la production des résultats, comme cela a lieu ici nécessairement. £t, quoique cette dernière partie ait été inspirée à M . de Beaumont par des sentiments aussi purs que difficiles à contraindre, peut-être son ouvrage aurait-il gagné en solidité, même en intérêt, s'il avait eu le courage de ne pas associer des vues, inévitablement problématiques, à tant de' vérités incontestables qu'il avait exposées si parfaitement.

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