‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 2)Chapitre 21 sur 34 · MISSION · texte numérisé non relu

MISSION

BNVOTÉB

DU PORT DE CAPE-COâST DANS LE PAYS DBS ASRANTÉES

âtac vRt nmc^itnon wtàtmnxnoÈ te ci rotaiwi, tt un naiioitt

GÉOGRAPHIQUES 8UH L'IRTÉRIBDR DB L'APRIQPB

PAR T. EDOUARD BOWDICâ, CONDUCTEUR DE hk MISSION

(Extrait da JonnuU dBi Smmtê, 1810.)

La relatioD d'un nouveau voyage en Afrique, d'un voyage qui réussii et qui semble ouvrir une communication sûre et durable l'intérieur de ce vaste continent, jusqu'ici fermé aux Europfl^^ne peut manquer d'exciter une vive curiosité ; mais un intéreÉ^n autre ordre vient bientôt saisir la réflexion, quand^ au Ueu^ne voir, dans, l'issue de cette entreprise, que le succès isolé d'unlwageur hasardeux, on considère les motifs politiques qui Font déSminée, et qu'on en découvre les rapports avec le système géimil de colonisation et de commerce suivi aujourd'hui avec tant flKleur par l'Angleterre, système que l'état actuel de

la population rend presque également nécessaire à toute TEurope, . mais que, depuis longtemps, FAngleterre seule a su embrasser avec persévérance, et qu'elle a pu étendre sans limites comme sans obstacles, à la faveur de la guerre maritime et pendant les orages du continent. Nous avons pensé que quelques considérations préliminaires sur ce sujet, en faisant mieux sentir le caractère marquant du voyage de M. Bowdich, pourraient ne pas paraître superflues par elles-mêmes, surtout dans notre pays, où le despotisme militaire, et le malheureux état d'isolement causé par la guerre, ont empêché pendant si longtemps la propagation d'un

grand nombre d'idées et de vérités utiles, qui sont devenues générales et familières ailleurs.

La difficulté d'acquérir une existence suffisamment heureuse dans une société déjà complètement arrangée, et Tespérance souvent trompeuse, mais toujours séduisante, d'obtenir une meilleure place dans un monde nouveau, sont deux motifs qui, de tout temps, ont fait nattre le désir de Témigration et de la colonisation chez les nations déjà nombreuses : mais Tétat du commerce, des lumières, et surtout du gouvernement de la mèrepatrie, ont donné à ce penchant naturel des directions diverses et des résultats différents. Lorsque les portions émigrantes de la population se sont séparées librement pour aller porter Tagriculture et les arts utiles dans un sol fertile, auparavant inculte, et qu'un gouvernement doux, ou même une indépendance complète, les ont laissées jouir sans obstacle des avantages de cette nouvelle position , elles ont prospéré d'une manière incroyable, et ont donné naissance à de nombreuses, et, ce qui importe bien davantage, à d'heureuses générations. Telles furent autrefois les colonies grecques qui allèrent s'établir sur les cétes de l'Asie mineure ; telles ont été dans les temps modernes les premiers établissements des Anglais sur le continent d'Amérique. Les colonies romaines, fondées sur d'autres principes, furent, pour l'aristocratie, un moyen d'étendre le pouvoir de la rép"-

blique, en même temps qu'un expédient pour éloigner une population devenue turbulente par la pauvreté dans laquelle elle était tombée. Elles formèrent donc des établissements politiques et militaires toujours dépendants de la mère-patrie. Cette destination même les faisant placer dans des pays déjà habités et cultivés, il y avait, pour ceux qa*on y transportait, peu d'occasions, comme peu de penchant, à développer Tesprit d'économie et d'entreprise qui caractérise une colonie indépendante. Sous ces divers rapports, elles paraissent avoir offert assez d'analogie avec les établissements modernes des Européens dans l'Inde ; de même que les colonies carthaginoises, déterminées, moins par l'excès de la population; que par le désir d'imposer des tributs et de s'approprier le commerce exclusif de certaines contrées, ne sont pas mal représentées par les premières expéditions européennes sur les cêtes d'Afrique et dans le continent américain.

Ces dernières expéditions, entreprises d'abord avec tant d'audace et suivies depuis cinq siècles avec toute l'ardeur que la soif de l'or inspire, ont été loin de réaliser les rêves brillants qu'elles avaient fait naître. L'expérience a montré que les colonies qui fournissent l'or, l'argent, et les pierres précieuses, ne sont pas, à beaucoup près, les plus avantageuses à la mère-patrie, dont elles ruinent l'agriculture en attirant ses capitaux et ses efforts vers le travail incertain des mines, en même temps qu'elles gênent son commerce, ou même le rendent nul, par les entraves que ce genre d*exploilation exige. Les colonies, fondées sur la culture du sol par des esclaves, donnent des profits moins dangereux et plus durables; car^ l'esclave produisant toujours plus qu'il ne consomme, l'excédant devient le bénéfice assuré du mattre. Mais, outre l'immoralité révoltante de fonder ainsi les jouissances habituelles d'une portion du genre humain sur la misère permanente d'une autre partie, ce système a encore contre lui le désir immodéré des richesses, et des richesses rapides, qu'il excite chez les colons. Car ce sentiment, les faisant toujours se regarder comme pas-

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un pilote habile présage la tempête, elle multiplie toutes les r^sources qui peuvent l'aider à la combattre ; elle garde pour ravenir les contrées qui peuvent encore servir à la culture ; et quand, par la force de la nature ou des événements, elle ne peut, ou Dose pas« être agricole, elle est conquérante. C*est ainsi que nous la voyons en même temps pousser ses établissements dans Vintérieur de TÂfrique par le cap de Bonne-Espérance, dont le climat salubre et tempéré lui réserve des champs fertiles qu'elle ne veut pas cultiver encore S tandis que ses armées étendent dans Tlnde un empire dont les dépenses annuelles excèdent pour elle les revenus. C'est que, sans avoir les avantages moraux des colonies agricoles et fixées, sans avoir aussi Tattrait que de semblables colonies présentent comme nouvelle patrie, l'Inde est cependant encore qd moyen puissant d'exportation et de travail pour une portion considérable de la population anglaise, qui trouve à s*y employer activement et utilement dans les armes, la marine, TadroinistratioD, le commerce ; moyen d'autant meilleur qu'il s'étend à toutes les classes de la société, dont il ne dégrade point le caractère individuel, et que, sur un si grand nombre d'émigrants, il ne permet le retour dans la terre natale qu'à ceux dont la fortune est ordinairement le fruit de la bonne conduite et du talent. Il est vrai que ces avantages attachés à l'empire de l'Inde ne peuvent se conserver qu'à l'aide d'un système continuel d'envahissement et de conquête ; qu'étant établis par domination sur une population immense, il faut sans cesse combattre aux frontières de l'empire pour maintenir la paix dans l'intérieur, de sorte que la politique et les armes y sont les deux seuls soutiens du pouvoir : mais ce

A Aujnoment où nous imprimons cet article, nous voyons, par les Joaroiuii que le gouvernement anglais vient de se déterminer à user de cette ressource. Le parlement a accordé une somme destinée à donner aux classes pauvres, que le besoin pousse à Témigration, de modiques secours pour râvoriser lear transport dans TArrique australe, sans toutefois leur offrir des avantages suffisants pour leur inspirer trop d'intérêt à quitter la mère-patne.

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soDt là des inconvénieats inévitablement attachés à un système d'établissement purement commercial et militaire ; et Ton est encoFe heureux de reconnaître que, malgré les dures conséquences qu'un tel système entraîne nécessairement pour la population indigène, rétat de cette population, sous le gouvernement actuel de rinde, est moins malheureux qu'il n'était sous ces despotes militaires, sans loi et sans civilisation, qui s'arrachaient continuellement ce beau pays avant que les Anglais s'en fussent emparés. Les mêmes principes qui, aux yeux du gouvernement anglais, ont donné tant d'importance à des populations si éloignées, ont dû naturellementlournerses vues vers la possibilité d'établissements qui seraient bien plus avantageux par leur proximité. Tels . sont ceux que l'on peut former dans la partie australe de TÀfrique, sous le rapport de l'agriculture, et sur ses côtes occidentales, pour le commerce. Aussi, que de tentatives diverses, que d'efforts réitérés les Anglais n'onl-ils pas faits pour lier des relations politiques et commerciales avec ce vaste continent I Tandis que leur gouvernement, mettant à profit ^'abandon où la guerre avait laissé les établissements des autres puissances de l'Europe, s'efforçait d'affermir et d'étendre les siens sur les côtes occidentales, une association de personnes riches et éclairées entreprit ce que l'on pouvait appeler la découverte de l'intérieur de l'Afrique , en y faisant pénétrer, de (i^ivers côtés, des voyageurs instruits et hardis, chargés d'examiner la nature du pays, la situation et la force des peuples qui l'habitent, d'étudier leurs mœurs, leur industrie, leur commerce, et de recueillir toutes les notions qui pouvaient intéresser la géographie, l'histoire, ou servir de base aux spéculations commerciales. A cette époque (1788], la Cafrerie avait déjà été visitée par Sparmann, Paterson, et surtout par Le Vaillant. Ce dernier en avait décrit l'état politique, les mœurs; et, s'avançant avec autant de hardiesse que de bonheur dans ces contrées sauvages, il y avait découvert des peuples dont le nom même était, avant lui, inconnu aux Européens. L'Egypte, la Nubie,

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l'Abyssinie, depuis longtemps accessibles, avaient été amplement décrites par Norden, Bruce et Volney ; mais , de tout le reste de TAfrique, on ne connaissait guère avec certitude que les cétes^ et la petite étendue . de territoire qui avoisinait immédiatement chaque établissement militaire européen. Le premier voyageur envoyé par la Société d'Afrique fut Ledyard, Américain d'un esprit entreprenant et d*un courage à toute épreuve. Il partit en 4788, et essaya de pénétrer par l'Egypte. Ayant pris à Alexandrie Ihabillenient et les manières des naturels du pays, il parcourut heureusement la Basse-Egypte, q| recueillit, dans la conversation des marchands d'esclaves, des idées très-justes sUr le commerce de l'intérieur, la nature du pays et la roule des caravanes ; mais il mourut en se rendant à Sennaar. En même temps que l'Assoda- ^ tion africaine essayait cette tentative, elle envoyait d'un autre côti Lucas, autre voyageur qui, ayant résidé longtemps à la cour de Maroc, connaissait parfaitement les manières et le langage des Arabes. Lucas devait aller de Tripoli au Fezzan par le désert et revenir par la Gambie ou la côte de Guinée ; mais il ne put aller plus loin que de Tripoli à Mesurate. Deux ans après, en 1790, l'Association envoya le major Houghton pour pénétrer par la nvière de Gambie et traverser le pays de l'est à Touest. Houghton remonta en effet cette rivière jusqu'à une grande distance de son embouchure ; mais, après avoir essuyé mille traitements barbare de la part de ces peuples sauvages , il mourut misérablement. Le sort qu'il avait éprouvé, n'empêcha pas le célèbre Mungo-Park de tenter la même entreprise. Ce qu'il éprouva de dangers, de malheurs et de misère , ne peut se concevoir que lorsqu'on a lu sa narration ; mais, plus fortuné que son prédécesseur, il échappa, et rapporta ainsi en Europe les premières notions authentiques sur l'intérieur du continent africain. Mungo-Park s'était avancé jusqu'à près de quatre cents lieues de la côte ; il avait pénétré jusqu'au grand fleuve du Niger, dont il avait trouvé le cours dirigé de l'ouest à l'est ; U avait découvert plusioun des villas

puissantes qui bordent les rives de cet autre Nil, La perfidie soupçonneuse des Maures né lui permit pas de s^avanoer jusqu'à Tom<« buctoo, de toutes ces villes la plus célèbre, et qu'il aurait tant souhaité d'atteindre. Contraint de revenir, il suivit à son retour le cours de ce Niger qu'il avait le premier reconnu ; il chercha à recaeiliir des renseignements- sur la position de sa source, de celle de la rivière du Sénégal, et revint enfin aux établissements anglais, lorsqu'on n'espérait plus le revoir. Néanmoins, ce qui peut donner une idée de son incroyable courage, tant de souffrances l'avaient si peu abattu, qu'il résolut de tenter igie seconde fois ce périlleux voyage ; il partit, mais ne revint plus. M« Bowdich paraît avoir recueilli des renseignements qui rendent sa mort trop certaine. Suivant ces rapports, Mungo-Park s'était avancé sur le Niger jusqu'à la séparation.de ce fleuve en deux branches , dqnt l'une, coulant au nord-ouest, va passer près de Tombuctoo ; il avait même dépassé cet embranchement , et cpntinué sa route en sui* vaut toujours la branche principale, qui dès lors se dirige vers le sud-est : mais , arrivé près de Boussa, le vaisseau qui le portait s'avança vers des écueils cachés ; en vain des naturels, qui avaient vendu précédemment des vivres au voyageur anglais, essayèrent de se précipiter après lui pour l'arrêter; le vaisseau toucha. L'in* fortuné Mungo*Park essaya de se sauver h la nage; mais le cou«î^nt rentratna avec une force irrésistible , et il fut englouti dans 1^ flots. Il est malheureusement bien difficile de douter de la réa* litè de ce désastre, raconté à M. Bowdich par des Maures qui se donnaient pour en avoir été les témoins oculaires.

Tandis que Mungo-Park se dévouait avec tant de courage pour reconnaître la partie occidentale de l'Afrique, un simple particu-* lier, M. W. Browne, excité par la curiosité et par le goût des aventures, entreprenait seul, avec ses propres ressources, de tra* verser ce continent de Test à l'ouest. Parti d'Alexandrie loS4 février < 792, il pénétra Jusqu'à Siwah, que Ton croit être l'ancienne oasis d'Ammon, et y reconnut des ruines que l'on a supposées

être œlles du temple de Jupiter : mais les obstacles que lui opposaient partout les Arabes, et des maladies cruelles, causées par le climat et la fatigue, le forcèrent de revenir en Égypie sans avoir pu s'avancer plus loin de ce côté. L'année suivante, il entreprit sans succès d'aller par la Nubie en Abyssinie ; mais, n*étant pas découragé par ces tentatives infructueuses, il essaya encore de pénétrer dans Tintérieur par la route du Darfour, en se joignant à la caravane du soudan. Il alla en effet jusqu'au Darfour : mais il lui fut impossible de s'avancer davantage ; et ce ne fut même que par une adresse pleine de présence d'esprit et de courage qu'il put persuader aux marchands de la caravane de le ramener en Egypte. A peine avait-il quitté ces entreprises hasardeuses, qu li eut pour successeur un jeune Allemand nommé Horneroan, envoyé par la Société africaine. Horneman, par^i de Londres en 1797, se trouvait à Alexandrie lors de la prise de cette ville par l'expédition française ; le général en chef lui donna la liberté de conti- ' nuer son voyage, et lui procura même tous les secours par lesquels il pouvait en faciliter le succès. Horneman partit du Caire le 6 septembre 4 799 avec la caravane du Fezzan ; il traversa le désert de Libye, parvint b Siwah, déjà visitée par Browne, et, aprb soixante- quatorze jours d'une marche pénible, arriva jusqu'à Mourzouk, capitale du Fezzan. Il fit une courte excursion de Mourzouk à Tripoli, revint à Mourzouk, et, le 26 avril 1800, il écrivit à la Société africaine qu'il allait partir avec la caravane de Bournou. Depuis lors on n'a plus reçu de nouvelles de ce courageux voyageur, et il est devenu de jour en jour plus vraisemblable qu'il a péri comme ceux qui l'avaient précédé. L'Association africaine, affligée, mais non découragée par tant de funestes tentatives, renonça à l'espoir de pénétrer en Afrique par le nord, el ramena ses vues sur ]es côtes occidentales. Le sort de Hougtoo et. de Mungo-Parl^ la détourna des expéditions parle Sénégal et par la Gambie. Une nouvelle route fut suggérée par le Calabar, sur la côte de Guinée ; mais ce nouveau projet servit seulement ï

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joindre un nom de plus, celui de Nichols, à ceux de taot d*infortuDées victimes de leur zèle et de leur courage.

En général, si Ton considère les obstacles physiques qui s'opposent/ en Afrique, aux progrès d'un voyageur européen, et les obstacles moraux bien plus grands encore que font naître, à chaque instant, sous ses pas, la barbarie des habitants, leur féroce avidité, leur jalousie envieuse et leur superstitieuse méfiance, on*s*étonnera peu de voir qu'un si grand nombre de tentatives de ce genre aient eu constamment une issue malheureuse, et Ton sera peu porté à leur en espérer une autre à l'avenir. Même, la réunion de plusieurs hommes courageux ne suffit pas pour sur* monter des dangers pareils. On ne peut malheureusement plus douter du sort funeste qu'ont eu le major Peddie, le capitaine Campbell et le médecin Cowdry, que le gouvernement anglais avait envoyés dans l'intérieur de l'Afrique par le Sénégal ; et l'expédition du capitaine Tuckey pour l'embouchure du Congo, quoique entreprise sur un plan beaucoup plus vaste, et munie de ressources bien plus puissantes, n'a eu non plus pour résultat que ia mort de ce capitaine, des officiers envoyés sous ses ordres et de tous les naturalistes volontaires engagés dans le voyage, sans aucune découverte nouvelle sur la géographie de l'intérieur, ou même sur les moyens d'y pénétrera

En comparant ces résultats constamment funestes avec le succès

* Depois que ceci a été écrit, le nombre de ces entreprises s'est beaucoup iccra. Je me bornerai à mentionner la plus récente, celle du docteur Livingston , qui a été aussi, je croi», la plus instructive, ayant montré, mieux que toute autre, par son succès même, les difficultés spéciales qui s'attachent à ces tentatives, et les moyens les plus efficaces pour les surmonter. Après avoir résidé pendant plusieurs années, comme membre des missions protestantes, chez les peuplades uuvages qui confinent aux établissements anglais du Cap de Bonne-Espérance, M. Uvîngston profita de l'expérience qu'il avait acquise pour s'avancer au nord dans Taxe du continent d'Afrique Jusqu'au 32* parallèle de latitude australe. 1^1 ayant acquis la confiance et l'estime d'un chef puissant, celui de M akololo, qui n'avait pas encore eu de communfoalions directes avec les Européens, il '>biint de lui des recommandations, et des secours de guides, an moyen des-

sot MiLANaSS SCIBlfTiriQUBI BT LITTBHAIRBS.

complet que H. Bowdich vient d^obtenir dans la mission don t nous allons rendre compte, et qu'il a exécutée sans préparatifs, presque sans frais, seulement avec Fassiitance de ûeai, officiers anglais et de deux soldats pris parmi les naturels de CapMIoaat, à la solde de la compagnie anglaise, on pensera sans doute que le plan qu'il a suivi, doit avoir eu des avantages propres, et avoir été fondé sur d'autres principes que ceux des voyageurs qui Font précédé; c'est en effet ce que l'on reconnaîtra facilement par le récit abrégé des aventures mêmes de ce jeune et heureux voyageur. Le voyage de M. Bowdich fut déterminé par une occasion politique. Le principal établissement des Anglais sur la côte d'Or, appelé Cape-Coast-CastUf avait, sous sa protection, une nation voisine, habitante des rives de la mer, appelée les Fantées. Un roi puissant de l'intérieur, le roi des Aihantéeê^ se trouvant offensé par cette nation, ou peut-être secrètement excité par quelque puissance européenne rivale de l'Angleterre sur ces côtes, déclara la guerre aux Fantées, envahit leur territoire, brûla leurs villages, massacra leur peuple et les réduisit aux dernières extrénûtés. L'établissement anglais lui-même fut bloqué et courut les plus grands risques : mais, le même pouvoir étranger, qui avait probablement suscité l'orage, ayant été ouvertement sommé de le conjurer, le roi des Ashantées s'arrêta, cessa ses attaques et consentit à entrer en liaison avec les Anglais. On saisit cette occasion de lui envoyer une ambassade solennelle, et l'on en confia la

quels il put remonter dans le nord-ouest Jusqu'à rétabUssement portogais d# Loanda, sur la côte occidentale de TAfrique, vers 12» de latitude. Revenu de ce point à sa station centra|9 de Makololo, comme il Tavait promis, U en repartit vers Test avec les mêmes secours, et parvint ainsi à rejoindre la o6te orientAl« vers le 32* de latitude à Temboucbure du Zambesi, proche de Mosamhique, appartenant aussi aux Portugais, ayant eu Thonneur et la bonne fonuue d'avoir le premier traversé le continent d'Afrique dans tonte sa largeur. Ce qu'il lui a fallu^éployer de patience, de modération, et de tranquille courage, pour se tirer sain et sauf des périls semés à chaque pas sur sa route, ne peut s« comprendre qu'en lisant la relation pleine d'intérêt et de simplicité qu'il en a faite. £Ue a été imprimée h Londres en 1857. J. a

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conduite à un membre du conseil de la compagnie, M. James, gouverneur d*Acra, que son &ge mûr et une longue résidence en Afrique semblaient rendre également propre à cet emploi âi£Sôile. M. Bowdich, qu*un ardent désir de se distinguer avait conduit en Afrique, fut attaché k Texpéditlon comme chargé des recherches scientifiques. On y joignit aussi deux autres jeunes gens, comme lui doués .de résolution autant que de prudence : l'un, nommé M. Tedlie, était chirurgien ; Tautre, nommé M. Hutchison, devait être établi comme résident, si Ton réussissait à former une alliance. Une troupe de Fantées les accompagnait, et devait leur servir de guides jusqu'à Coumassie, capitale des Asbantées. L'entreprise était aussi importante que périlleuse; car, jusqu^alors, la méfiance des naturels avait été telle, que jamais un oiBciçr anglais n'avait pu seulement s'avancer dans Tintérieur, hors de la vue du fort Cape-Coast, sans courir le risque d*étre massacré presque infailliblement.

L'expédition quitta Cape-Coast-Castle le 22 avril 4847, et suivit d'abord la côte jusqu'à Annabamoo, où les Anglais ont aussi un établissement militaire. Il faut lire dans la relation même de M. Bowdioh, les étonnants détails qu'il donne sur la beauté du pays, ainsi que sur la force et la richesse de la végétation : un sol fertile, jconyeri d'ignames, d'ananas, d'aloës, nourrit des palmiers, des bananiers d'une proportion gigantesque, entremêlés d'arbres à coton de plus de* cent cinquante pieds de hauteur ; mais, à côté de ces riches présents de la nature, et malgré sa prodigalité, ou plutôt à cause de cette prodigalité même, la pauvre race humaine n'offre aux regards que superstition, paresse et misère. Ce ne fut pas sans une profonde terreur que l'escorte de Fantées se résolut à entrer dans les forêts de l'intérieur, qu'ils essayèrent de se rendre moins redoutables en offrant un sacrifice aux esprits des bois. Leur répugnance était encore fortifiée par un motif d'une nature bien différente : habitant le long des côtes, ils avaient été jusqu'alors en possession de transmettre aux na-

lions de Fintérieur, particulièrement aux Ashantées^ les marchandises européennes. Ils concevaient fort bien qu'une communication immédiate entre les Anglais et les Ashantées détruisait radicalement ce trafic si lucratif pour eux; et ils étaient déterminés à essayer de mettre à cette communication tous les obstacles possibles. Leur opposition, d'abord passive, et bornée à une mauvaise volonté évidente, alla enfin jusqu'à une résistance ouverte. Malheureusement la faiblesse de caractère du commandant anglais, et .le découragement qu'excitaient déjà en lui les difficultés inséparables d'un tel voyage, augmentaient encore le danger de ces dispositions; mais la fermeté inébranlable de M. Bowdich et de ses jeunes compagnons en triomphèrent. Aux yeux de toute cette troupe de sauvages insubordonnés, ils osèrent arracher aux chefs des Fantées leurs baguettes d'or, marque distinctive de leur dignité, et les remirent dans des mains plus fidèles. Une punition sévère, mais non cruelle, exercée sur un des plus mutins, fit rentrer tout le reste dans le devoir, et la caravane continua sa route sans avoir désormais à vaincre d'autres obstacles que ceux que la nature physique présente dans ces contrées sans communication. Cette jalousie des naturels de la cAte pour le trafic des marchandises d'Europe, est le premier danger que doivent rencontrer tous les voyageurs qui veulent pénétrer dans rintérieur du pays, et il ne cesse même jamais pour eux ; il les accompagne dans toute leur route : car des motifs de méfiance pareils existent entre les chefs despotiques des différentes peuplades ; et surtout ils existent au plus haut degré chez les Maures, qui, répandus dans toutes les parties de l'Afrique, sont, de temps immémorial, en possession d'y transporter et d'y vendre tous les objets manufacturés qui se tirent d'Europe ou du nord de l'Afri-

que. En lisant les relations du petit nombre de voyageurs dont nous avons rapporté plus haut les tentatives, on s'aperçoit aisément que ce sentiment de jalousie et d'avarice commerciale a été la cause la plus puissante, comme la plus ordinaire, des difliculté:^

qu'il$ onl éprouvées ; et ce résultat inévitable, qui s*est produit pour l'expédition de M. Bowdich k son entrée en Afrique, s*est encore fait sentir après son arrivée à Coumassie mémev

La caravane arriva à cette capitale des Ashantées après vingthuit journées de marche excessivement pénible. A son entrée, nn flot de plus de cinq mille personnes, la plupart guerriers, l'accueillirent avec les démonstrations les plus tumultueuses et les plus bruyantes, mélantà leurs cris sauvages les sons effrayants de leur musique militaire, et des décharges de mousqueterie, faites de si près, que la fumée enveloppait les voyageurs : tout cela accompagné de gestes et de danses guerrières, dont le mouvement allait jusqu'à la frénésie. Après ayoir été retenus par cette multitude pendant une demi-heure, les voyageurs eurent enfin la liberté d'avancer, entourés par des guerriers dont le nombre, joint à la' foule du peuple, rendait leur marche aussi lente que si elle avait eu lieu dans la rue la plus populeuse de Londres. Sur la route, un spectacle inhumain, contemplé par le peuple avec une attention stupide, arrêta forcément leurs regards pendant quelques instants : c'était un pauvre malheureux que Ton torturait avant de le sacrifier. Il avait les mains liées derrière le dos; un couteau était passé à travers chacune &e ses joues, auxquelles ses lèvres étaient attachées; une de ses oreilles, déjà coupée, était portée devant lui comme en triomphe; l'autre pendait de sa tête, encore attachée par un petit morceau de peau; il avait plusieurs blessures dans le dos, et un couteau était enfoncé dans chacune de ses épaules ; il était conduit par une corde passée à travers de ses narines, et que tenaient les bourreaux ayant la tête enveloppée par d'immenses bonnets noirs à longs poils. Les voyageurs, s'élant promptement arrachés à ce spectacle horrible, obtinrent enfin la liberté d'approcher du lieu où le roi était placé. Quoique ce qu'ils avaient déjà vu de population et d'armes eût fort élevé leur attente, ils n*étaient nullement préparés au spectacle qui se développa tout. à coup à leurs regards. Une élen-

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