PERMANENTS
QUB L*ON SB PROPOSE D'iTABLiR lÊiH ALGERIE
(Ltt à VAtmUmit des Sciences, le di décembre 1859.)
La circonstance qui a provoqué cet écrit me détermine à le reproduire, parce qu'elle offre un remarquable exemple de la tendd&ce qu*ont aujourd'hui les sciences d'observation, à quitter leurs voies d'investigation silencieuses et patientes, pour se montrer aux regards de la foule, attaquant de front, et comme pouvaut emporter d'assaut, des problèmes de physique générale, qui frappent les imaginations par leur grandeur, mais qu'on ne peut aborder ainsi, directement, avec aucune chance de succès réels. De ce genre sont les mouvements convulsifs qui s'opèrent inopinément dans quelques portions isolées de l'atmosphère terrestre, tandis que le reste de la masse aérienne ne les ressent que plus tard, dans des proportions affaiblies, ou même souvent semble n'en être pas sensiblement atteinte. Les récits de ces phénomènes, les désastres qu'ils ont produits étant presque aussitôt répandus partout, en vertu des communications rapides établies aujiurd'hui entre tous les peuples civilisés, la multitude curieuse a
demandé aux savants de lui en dire les causes, et, dans un sa plément, de lui apprendre comment on pourrait les prévoir, considérer la chose au point de vue scientifique, la satisfaction de ce désir n'était pas en leur puissance, parce que la solution ik ces problèmes, si elle nous devient jamais accessible, ne ponmi s'obtenir qu'après une longue suite d'études expérimentalrs, excessivement difficiles et délicates, destinées à nous fournir uc^ infinité de données préliminaires qui nous manquent encore. Mais, comme le gros du monde ne s'accommode pas de ces lenteurs, on a créé, avec de grands frais, en beaucoup de points de l'Europe, des institutions permanentes, que l'on appelle des observatoires météorologiques, où l'état de l'atmosphère inférieure est constamment noté et consigné dans des registres, ce qui, assure-t-on, devra à la longue fournir des inductions suffisante* pour conclure l'état et les mouvements de la masse entière. Ja^ qu'à ces derniers temps on n'avait pas établi ce genre d'instltc tions sur le territoire français. Mais enfin la proposition semiofficielle en ayant été faite à l'Académie, nous avons cru. M. Regnault et moi, devoir la combattre, non-seulement comm; ne pouvant avoir l'utilité qu'on en espère, mais comme détournant la libéralité du gouvernement de l'application bien pl> fructueuse qu'elle pourrait avoir, en facilitant les travaux <lr recherche, qui seraient le fondement assuré de la jnétéorologit scientifique. C'est par une confiance intime, dans la justesse it ces présages, que je répète ici la protestation rédigée alors e: commun par M. Regnault -et moi. Dans les sciences, comni'' dans la vie privée, quand on croit avoir la raison pour soi, il faut avoir le courage de dire : Si omnes consentiunt... ego non.
La discussion qui a lieu en ce moment dans l'Académie me semble fort importante pour la science, et pour l'Académie elle-
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même. Ayant eu, dans beaucoup d'occasions, à m*occuper théoriquement et pratiquement des diverses questions sur lesquelles elle porte, je crois de mon devoir d*y prendre part.
Je ne la restreindrai pas dans les limites où la placerait la demande officielle qui Ta provoquée. Lorsque le gouvernement nous fait rhonneur de nous consuller sur des projets de recherches qui dépendent de nos études, nous n'avons pas seulement à lui indiquer les moyens d'exécution. Nous devons aussi , et bien plus encore, l'avertir, au besoin, que les résultats qu'il en attend, n'auront pas l'utilité scientiflque ou pratique qu'il en espère. Voilà ce que son intérêt exige de nous. Une parole mémorable dans l'histoire littéraire , autorise et justifie ces rapports. Louis XIV demanda un jour à Boileau quel était l'écrivain le plus remarquable de son temps. Boileau répondit sans hésiter : « Sire, c'est Molière. — Ah ! dit le roi, je ne Taurais pas cru ; mais vous vous y connaissez mieux que moi.)» L'Académie peut légitimement s'attribuer le même droit, je dirais volontiers le même devoir de sincérité, quand l'occasion s'en présente ; et je vais m'en prévaloir pour envisager dans son entier, la question scientiflque sur laquelle le ministre vous consulte.
L'ensemble complexe de connaissances physiques, appelé aujourd'hui la Météorologie^ n'est pas encore constitué à l'état de science. A ce titre, on doit, ou plutôt on devra y comprendre d'abord, la constitution chimique et statique de l'atmosphère; les lois régulières du décroissement des pressions, des densités, des températures, de la tension électrique, à diverses hauteurs. Puis, dans les couches inférieures perpétuellement agitées de mouvements irréguliers, il faudrait connaître, sinon les causes infiniment variées, au moins la nature des accidents locaux qui s'y produisent : la formation et la constitution intime des groupes définis de vapeur aqueuse que Ton appelle des nuages ; les circonstances physiques qui déterminent ces vapeurs à se concentrer sous forme de pluie, de neige, de grêle; pouvant parfois se sou-