Mélanges scientifiques et littéraires
Pour bien comprendre l'enchaînement des circonstances qui ont amené le procès et la condamnation de Galilée en 1633, il faut se représenter la nature des difScultés qui s'élevèrent dans ses rapports avec Rome, par suite des merveilleuses nouveautés que le télescope lui avait fait découvrir dans le ciel pendant les années 1 61 0, 1 61 1 et 1 61 2. Il sentait et signalait avec un sentiment de triomphe tout ce que ces phéaoménes incontestables, la circulation de Vénus autour du soleil prouvée par ses phases, et la rotation de ce grand corps sur lui-même, prouvée par le mouvement, le transport et la périodicité des retours de quelques taches distinctes observées sur son disque, donnaient de force an sysléme de Copernic, et de vraisemblance h la rotation diurne de
la terre. D étalait sans ménagements ces conséquences dans des lettres devenues bienidt publiques, et qui étaient lues avec avidité*. Ainsi, dans le mois de mai 161 S, il écrivait au -prince Cesi à Rome * : < Quant aux taches solaires, je conclus finalement, et je « crois pouvoir démontrer d'une façon péremptoire, qu'elles sont
< contiguës h la superficie du corps du soleil, où elles s'engen-
< drent et se dissolvent continuellement, & peu près comme les
< nuages autour de la terre ; et s'en vont portées circulûrement
< par le môme corps, qui tourne sur lui-même dans l'intervalle
< d'environ un mois lunaire, avec un sens de mouvement révo- « lulif pareil à celui des autres planètes, c'est-à-dire dirigé d'occi- « dent en orient autour des poies de l'éclipliquc *. Je présume que « ces nouveautés seront les funénùlles, ou pluldl la fin etlejuge-
< ment dernier de la pseudo-philosophie, des signes en étant déjà
< Binei apparus dans la lune etie soleil. BIje m'attends & ouïra ce « sujet de grandes choses proclamées par les përipatétiques, pour « mùntenir l'immutabilité des deux, laquelle je ne sais pas com- « ment elle pourra être sauvée et conservée, quand le soleil lui-
< même en montre à nos yeux des effets si manifestes. > C'était ce que les partisans des anciennes doctrines voyaient tout aussi bien que lui, avec plus de frayeur; et, après avoir crié, soutenu autant qu'ils l'avaient pu, que les observations de Galilée étaient fausses, ils s'étaient réfugiés à dire, et à prétendre, que l'idée de supposer la terre en mouvement et le soleil immobile, est contraire ou texte
' )<ea documents but lesquels Je m'appalenû dsns cet écrit, seront tir^ des trois ouvrages suivants i
1° Veoturi ; Kemmrle e Lttltrt iifcdite finm-a o diiperte di Galileo GalilH, 3 TOI. in-4. Modène, 1818 etlSM; V Operi eompleti lil Galileo GaliM. Edition de Florence, dédiâe so grsad-due sctael Léopold II, la id, iQ-8, ISAS-ISSO • 3° Harino-Uarini : Galileo e rin^tiiiont, Honia, 1830.
Je désignerai rcspectiTement ces trois publications par les lettres T. F, M.
' F.,t. VI, p. 181.
* La derniËre appréciation n'est pas tout i fait eiacte. L'aie de rotation des taches n'est pas eiactement perpendiculaire t l'écliptique il forme avec ce plan un angle nu peu nulndre que SS*.
HiLAltQKS SCIKNTtnQUES ET LITTÉRAIRES. 8
de l'Écriture, coDséquemment hérétique, et inadmissible catboliqaement. Par malheur, Galilée eut l'impradence de leur fournir des armes contre lui-même en les suivant sur ce terrain. Dans les années 161 8, 1614 et161S, il écrivit à ses amis de Rome plusieurs lettres, et il adressa à la grande-duchesse de Toscane, Christine de Lorraine, une dissertation en forme, pour établir théologiqu&tnent, par les témoignages des pères, qu'il ne faut pas fure interrenir témérairement les textes de l'Écriture sainte, dans la décision de questions purement naturelles qui peuvent se décider par l'observation et t'crpérience *. En vain le cardinal Haffeo Barberino, qui fut depuis le pape Urbain VIII, et le cardinal Bellarmlno, lui faisaient dire que, s'il voulait se borner & présenter ses doctrines au titre de spéculations maUiémaliques, on avait l'espérance qu'il ne serait pas inquiété'. Il ne put se résoudre & cette prudence, et ses ennemis profitèrent habilement de l'avantage qu'il leur offrait. Dans le cours de l'année 1 61 5, un religieux dominicain, le P. Lorini, dénonga directement au Smnt-OfBce une lettre imprimée, relative au système de Copernic, que Galilée avait adressée en 1613 à l'un de ses amis, le P. Castelli. Mais le plus acharné contre lui, et le plus actif, était un religieux du même ordre, appelé Caccini, le méme'qul, en 1614, dans un ■ermon prêché à Florence sur ce leste tiré des Actes des ap^ttres, tiri GatUai quid ttatit aspicientes in ccelum, était parti de là pour établir que la Mathématique est un art diabolique , et que les mathématiciens, comme auteurs de toutes les hérésies, devraient êtrt bannis de tous les pays chrétiens*. Ce Caccini étant venu & Rome l'année suivante, se ligua avec une multitude d'autres moines de tous les ordres, pour dénoncer k l'inquisition le livre de Copernic de revolutionibus corporum calestium, dont
I F., t n, p. se. Cette lettre à la grvide^ncbesse Cbiiitiiie a été écriia pu Galilée en leiï ou ]Sis. Virg. Ventnri, 1. 1, p. 33a.
• P., t. VI, p. 330.
t IIÉLANOES SCIENTIFIQUES ET LITTERAIRES.
ta publication depuis plus de soixante ans n'aviût causé aucun ombrage, comptant bien, par ce détour, porter un coup mortel à Galilée, dont les découvertes déyeloppaient et fortiflaient si puissamment les mêmes doctrines. Galilée prévoyant la portée et les conséquences de ces cUtaques, se rendit & Rome au mois de décembre 1 61 5 pour t&cber de les détourner, mais il ne put y réussir. Le 4 mars 16t6, la congrégation des livres prohibés, rendit un décret portant ' : c Que la fausse doctrine pythagorique de la « mobilité de la terre et de l'immobilité du soleil est absolument € contraire au leste de l'Écriture. » Elle ordonna de corriger dans te livre de Copernic, certaines expressions et certains passages otl cette doctrine est présentée, non pas à titre d'bypotbèse mathématique, mais comme physiquement véritable; entre autres un où la terre est appelée Sidus. Elle prohiba complètement une dissertation publiée par le père Foscarini, religieux de l'ordre des Carmes, où il prétendait prouver que la doctrine' susdite n'est pas contraire à l'Écriture; et la même proscription fut généralement étendOe à tous les ouvrages qui l'enseigneraient. Galilée ne fut pas nommé. Toutefois, pour le ruiner à la cour de Toscane, ses ennemis ayant répandu le bruit qu'il avait été personnellement assigné, qu'il avait abjuré cette opinion, et que la congrégation de l'index l'avait condamné à une pénitence salutaire, le cardinal Bellarmino, sur sa demande, lui délivra une attestation écrite, en date du 26 murs 161 6*, portantque ces imputations sont fausses ; mais qu'on lui a seulement sigoifté la déclaration faite par le pape, et publiée par la congrégation de l'index, oà il est décidé, que < la « doctrine attribuée à Copernic que la terre se meut autour du t soleil, et que le soleil se maintient immobile au centre du monde
< sans se mouvoir d'orient en occident, est contraire aux saintes
< Écritures, et par conséquent ne peut être professée ni défen-
* Letextedo codécrctsetrouTer«ppar[édanaF.,t TI.p. 130.
« due. > Tel fut, pour Galilée le résultat de son séjour à Rome pendaot les six premiers mois de l'année 1616. On a de lui, dans cet intervalle de temps, une snite de lettres adressées au secrétaire du grand-duc de Toscane, Curzio Picchena, homm% excellent et son intime ami, où il raconte ses tourments d'esprit et ses tristesses, sans oser lui confier par écrit les détails des intrigues qui les râusent, et s'attachent partout à le décrier '.
Les difficultés dont il était alors enveloppé, sont représentées au Tif , avec tous leurs périls, dans une lettre adressée le 4 mars 1 61 6, au grand-duc Ferdinand II, parPietro Guicciardini alors ambassadeur de ce prince prés de la cour pontificale *. Quoiqu'elle ne Tienne pas d'une main amie, je la rapporte ici presque en entier, parce qu'elle fait voir parfaitement quelle était la position de Galilée Jt Rome, dans ce temps-là.
c Galilée a fait ici plus de cas de son opinion, que de celle de « ses amis. Le cardinal del Monte et moi, nous sommes joints k € plusieurs cardinaux du Saint-OfEce pour l'engager à se tran-
< quillîser et à ne pas irriter cette affaire ; lui remontrant que s'il « voulait tenir cette opinion, il fallait qu'il le nt paisiblement, « sans déployer tant d'efforts pour amener, et tirer les autres, à € s'y rendre ; parce que chacun de nous craint que sa présence € ici ne lui soit dangereuse et dommageable ; de sorte qu'au lieu « d'y être venu pour se défendre et triompher de ses ennemis, il
< n'y reçoive quelque affront. Lui, trouvant, i son idée, que l'onse
< montre froid pour son intention et ses désirs, après en avoir « informé et fatigué plusieurs cardinaux, s'est jeté dans la faveur « du cardinal Orsino, pour lequel il s'est procuré de la part de c votre altesse une lettre de recommandation très-vive; par suite « de quoi mercredi dernier, dans le consistoire, ce cardinal ayant
< parié au pape en faveur de Galilée, je ne sais si avec assez d'à-
• F., t. VI, p. »1 i 337.
»F.,t. VI, P.ÏÎ7.
6 MÊLANOES iClEIfTIPIOtlKS ST LITTiRAIRBS.
€ propos et de prudence, Sa Sainteté lui dit : que Galilée ferait blea
< d'abandonner cette opinion. Sur cala, Orsino ayant répondu
< quelque chose de trop pressant, le pape coupa court à ses ref présentations, en lui déclarant avoir renvoyé cette afTaire aux
< cardinaux du Saint-Offlce. Orsino parti, le pape Ht appeler ie c cardinal Bellarmino; et, après en avoir discouru avec lui, tous
< deux s'accordèrent & conclure que cetl« opinion de Galilée est .« fausse et hérétique. J'apprends, qu'avant hier, ils ont assemblé
< à ce sujetune congrégation de cardinaux, pour la déclarer telle; c et Copernic, ainsi que tous leg auteurs qui ont écrit dans son
< sens, seront redressés, corrigés, ou prohibés. Toutefois, je pense f que Galilée n'aura pas k souffrir dans sa personne, parce que, € comme homme prudent, il voudra et croira, ce que veut et croit
< la s^nte Église. Mais il s'échauffe dans ses opinions, et il est posc sédé intérieurement d'une extrême passion, avec peu de force et c de prudence pour la savoir vaincre. Une telle irrilabililé lui
< rend très-périlleux le ciel de Borne, surtout dans ce siècle, où le
< prince de céans (PaulV), abhorre les belles-lettres et les raison*
< nements, ne peut souffrir cette nouveauté, ni ces subtilités poinc tilleuses; et chacun tâche de s'accommoder, corps et &me, aux
< hçons ainsi qu'il l'esprit du maître. De sorte que ceux qui ont . € quelques connaissances, et qui en sont curieux, s'ils ont du bon « sens, se montrent tout autres, pour ne paa se rendre suspects, € et s'éviter à eux-mêmes des désagréments. Galilée a ici conh% € lui des moines, et d'autres personnes, qui lui veulent du mal et
< te persécutent. Il n'est pas du tout dans une disposition d'es- « prit convenable k ce pays-ci, et il pourrait y mettre lui et d'auc très, dans des intrigues dangereuses. > Le reste de la lettre a pour but de représenter la présence de Galilée à Rome comme pouvant compromettre la cour de Toscane, et lui attirer de sé> rieuses difQcultés avec le Saint-Siège. Toutefois cette insistance n'eut pas d'effet ; et Galilée re^ta encore un mois de plus à Rome, sans être personnellement inquiété.
HÉLÂNQEB BGIENTIFIQUBB ET LITtAhAIRES. 7
Pendant les denùera temps de ce séjour à Rome, le B janvier 1616, il avait adressé au cardinal Orsiao, son protecteur, une dissertalioD sur le flux et le reflux de la mer, où il présente ce phénomène comme étant à la fois une oonséquence, et un indice, du mouvement de rotation diurne de la terre, opinion qu'il a depuis reproduite dans la quatrième Journée dé ses dialogues'. C'était une erreur de mécanique excusable alors, surtout pour lui, qui cherchait, de tous côtés, des argumenta pour sa défense. Hais, si l'état imparfait de cette science l'exposait ainsi à donner parfois de mauvaises raisons comme bonnes, il faut pardonner à ses adversaires de n'avoir pas pu toujours distinguer les bonnes des mauvaises. En général, les mouvements des corps terrestres ne présentant à l'observation immédiate que des déplacements relatifs, c'est une recherche très-subtile que d'y reconnaître des traces de mouvements absolus. Au temps de Galilée, et longtemps après encore, le mouvement propre de circulation et de rotation de la teire, n'a pu se conclure que d'inductions, h la vérité trèspuissantes; que le progrès des connaissances astronomiques a multipliées et fortifiées, au point de les rendre presque équivalentes à la certitude, en montrant que les lois de circulation des planètes autour du soleil, leur rotation sur elles-mêmes, leur puissance attractive, s'appliquent numériquement et physiquement à la terre, considérée comme un de ces astres. C'est seulement depuis peu d'années, qu'en étudiant dans leurs plus minutieux détails , les mouvements relatifs des corps autour de sa surface, on est puvenu & y prévoir et à y constater des indices physiques de sa rotation : par exemple leur déviation de la verticale vers t'Est quand ils tombent en chute libre d'une grande hauteur, déviation due à l'excès de leur vitesse de translation au point de départ ; puis, et surtout, la déviation progressive du plan d'oscillation des pendules suspendus à un point fixe, dëvia-
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8 HÉLAHGBS SCIBNTIPIQUBS ET LITTÉRAIRES.
lion ^umise k des lois calculables, qu'un habile physicien de notre temps, H. Foucault, avait théoriquement prévues, avant de l'avoir rendue manifeste par l'expérience. Le premier de ces phènomàues, la déviation vers l'Est, a échappé à Galilée, quoiqu'il en ait été bien près , et que ses raisonnements eussent dA l'y conduire*. Quant à là déviation du plan des pendules, sa dépendance du mouvement rotatoire était trop cachée, pour qu'on pût alors la saisir ; et la preuve c'est que les espérimentîUeurs de l'Académie de] Cimenlo, Viviani lui-môme, l'ont aperçue sans pouvoir l'interpréter'.
Galilée resta dans cet état de suspicion avec Rome, depuis 16t6jusqu'à 16S3, tant que dura le pontificat de Paul V et celui de son successeur Grégoire XV. Après la mort de ce dernier, il retrouva une lueur d'espérance. Le 6 août i623, le cardinal Haffeo Barberino fut élevé au trAne pontifical et prit le nom d'Urbain VIH. Celui-ci s'était montré toujours fort affectionné à Galilée. Il l'avait reçu ii sa table, admis dans sa familiarité; et méme^ le 28 août 1620, il lui avait adressé une lettre trèsflatteuse, accompagnée d'une pièce de vers latins, à la fois astronomique et morale, dont je rapporte ici quelques strophes en note *. Devenu pape, il écrivit au grand-duc, le 8 juillet 1 62i, une lettre de compliment dans laquelle, en énumérant les gloires de l'Étrurie, il y comprenait c^e que lui apportaient les décou-
• F., 1. 1, p. 100 et 191.
1 Comptea rendiu de r&cadémie des sciences, t. XXXII, p. 035 et ese. Séance du 38 avril ISSl.
» V., t. Il, p. 81. ,.
VoD Kiopcr titra qood ndiat Jubar
■lier, Td Jovii Hicclat, » GaltliK Titra.
HÉLANOBS SCIENTIPIOOES ET LITTÉRAinES. 9
rertes astronomiques de Galilto*. Celui-ci, comptant sur ces bonnes dispositions, s'était transporté à Rome, pour offrir ses félicitations au nouveau pontife, espérant s'en prévaloir pour obtenir la révocation de la sentence qui condamnait la doctrine de Copernic. Mais il s'aperçut que, dans celle cour, on n'aime pas & se dédire. Personnellement, Urbain VKI inclinât pour les péripatéticiens. < J'ai reçu ici, dit Galilée, dans une de ses lettres*, toute
< sorte d'accueils et de foveurs. J'ai eu jusqu'à six audiences du
< pape, où je suis entré chaque fois avec lui daus de longs raison- « uemeots... On m'a gratifié d'un beau tableau, de deux médailles, « une d'argent, une d'or, avec torceagnus Dei...* Quanta ta prohibition qui lui tenait au cœur, il vit clairement qu'elle était considérée comme une mesura de prudence ecclé^astique, sur laquelle on n'était pas disposé & revenir. Les plus modérés lui accorduent que ces spéculations scientifiques ne doivent pas être mises en opposition avec l'Écriture; et, ifjoute-t-il, cquantàcher- € cher de quel côté est le vrai, et le non vrai, le P. Mostro [le « P. Prodige] * n'adhère ni au système de Copernic, ni à celui, de « Plolémée; mais il se tranquillise par un procédé à lui, qui est « tout à fait commode: c'est de mettre des anges, qui sans au-
> Ventiui, t. II, p. 89. Naper Rutem dllectm flliui Galilnus ncherau pligas iugmaiu, IguoU siden illuminarlt, et planetarum penetralii recluslt. Quare, dam benefieuin loyia astrum mlcsbit in catlo quatuor nOTls mmcII* comitabun, comltem œv! buI laudem Galilni tr&hst. Nos tunen Untum virum, cujuH fama in coda lucet, et terrts peragrat, Jamdiu patenia charltate conplectjmur,
> Ëcrjtede RomB le B Juin 1634. F., t. VI, p.aOB-aSe.
' On appelait ainsi, conunnnémeat, Nicolo RicanJi, dominicain. Ce Buroomde Mcutv lui avait été donné par le roi d'Eepagne k cause de la prodlgleuM &itqnence. V., t. VJ, p. 3M, note. Plus tard, il devint matirt du tfuri palaU, et à ce titre réviseur des imprimés. Ce fut pendant qu'il occupait cb poslo que Galilée eut l'adresse de M faire délivrer, par lui, la permission d'imprimer les Dlalogtut; pertaission dont U se prévalut pour les faire imprimer i, Florence, quotqn'ellB ne ttx légalement valable que pour Rome, AuasI, après le ptocta et la condamnation de Galilée en 1033, le bon p. uoitro fut-il rudement disgracié par Urbain Vm, poar s'être laissa ainsi surprendre.
tO HiLANQBS BCIENTIFIQUBB KT tlTTiilAIHia.
c cuoe diffîcullé ni embarras quelconque, font mouvoir les astres € comme iU vont, et nous n'avons rien de plu» k y voir. >
On maintint doue en vigueur le décret de 1 61 6, par lequel il était défendu de soutenir que le soleil est fixe au centra du monde et que la terre tourne sur elle-même, en circulant autour de lui : un siècle plus lard, le progrès de la science astronomique l'avait fait tomber dans l'oubli et mis hors d'usage. Sans avoir été ostensiblement révoqué, il fut annulé virtuellement par te sage Benoit XIV, qui le raya des registres de la congrégation de l'index*.
Hais la conviction de Galilée était trop profonde, et son génie trop impatient de la vérité, pour ne pas continuer de défendre l'une et l'autre à ses risques et périls. Croyant s'abriter assez sous le voile d'un zèle religieux, dont le déguisement ne pouvait tromper personne, il composa ses fameux dialogues, où il discute comparativement le système de Ptolémée et celui de Copernic, dans l'ialentlon, dil-il, de montrer aux étrangers que ï'édit galutaire, qui prohibe ce dernier, n'a pas itè rendu, à Rom6, sans une parfaite connaissance du sujet. Le premier paragraphe de su préface, ott il s'attribue oe réle de défenseur, est une mo-> querie fort transparente. J'ai donné, dans sa biographie, une analyse succincte de ce remarquable ouvrage; j'ai raconté par quels détours il s'en procura une approbation de Rome ; de quels prétextes il s'appuya ensuite pour le faire imprimer i. Florence, avec l'autorisation des inquisiteure locaux; les colères que cette publication excita, le procès qu'elle lui attira, et la condamnation qui en fut la dernière conséquence. C'est particulièrement sur ces derniers points que je me propose d'entrer aujourd'hui dans de nouveaux détails. Ils n'offriront pas seulement l'intérêt qui s'attache au malheur d'un grand homme, on y verra aussi un tableau de mœurs bien différentes de celles d'aujourd'hui,
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HÉLAHOEB BQIBNTIFIQDIS KT LITTKBAIRII. H
£a rappelant les circonstuiGes de ce martyre, la science doit on juste hommage de reconnaissance à la mémoire du grandduc Ferdinand U. Ce prince avait un esprit cultivé par l'éducation et par les voyages; il appréciait et aimait Galilée. Sb grande jeunesse, il n'avait que vingt-deux ans en 1633, et une certaine mollesse de caractère qui lui était naturelle, ne lui donnaient pas toute la fermeté dont il aurait eu besoin pour défendre, h une telle époque, les droits de sa puissanoe, même temporelle, contre un pape aussi ardent, et absolu, qu'Urbain VIII. Toutefois, s'il ne put soustraire entièrement Galilée aux poursuites de l'inquisition romaine, sa protection déclarée, constante, activement exercée, lui en épargna du moins les dernières rigueurs.
Les dialogues parurent imprimés à Florence dans les premiers jours de janvier 1639. L'ouvrage était dédié au grand-duc, et revêtu des autorisalious ecclésiastiques prét^ablement accordées tant à Florence qu'à Rome. Galilée s'empressa d'en présenter des exemplaires h Ferdinand II, et aux personnes de sa cour; U en adressa aussi un certain nombre à ses amis particuliers; et, tant en Italie qu'à l'étranger, ob il ne tarda pas h se répandre, il fut accueilli, par les personnes versées dans les sciences astrono- ~ miques et matliématiques, avec un applaudissement universel. Hais à Rome, où Galilée en avait expédié trente exemplaires, il souleva, dans tout le parti ecclésiastique qui lui était hostile, une explosion de colères, facile à concevoir. Ce n'était pas, disait-on, cojQme U le prétendait, une discussion philosophique des systèmes de Ptolémée et de Copernic. C'était le triomphe de cette dernière doctrine, condamnée par l'Église, et qu'un ordre du Sidnt-Siége lui avait personnellement défendu de soutenir. L'autorité supérieure était ainsi méprisée et tournée en ridicule. Provisoirement, leSûnt-Ofïîce enjoignit au libraire de suspendre la distribution du livre : on parla de le prohiber et de censurer l'auteur. Galilée, justement effrayé de ce nouvel orage, réclama la protection du grand-duc, qui, le Si aoftt 163S, fit écrire par la
12 HÊLANasS SCIENTiriQUBS ET LITTÉRAIRES.
secrétaire d'État, Andréa Cioli, à son ambassadeur près la cour de Rome, une dépêche expresse, où il le chargeait d'int^^eoir en son nom, pour calmer l'irritation qui paraissait s'être élevée contre un de'^ serviteurs. Cet ambassadeur, Fraocesco Niccolini , était fort affectionné à Galilée; il s'employa pour sa cause avra beaucoup de zèle, et l'on a de lui une longue suite de lettres, dans lesquelles on peut suivre tous les détails de cette affaire *. Ce sera le document principal sur lequej je vais m'appuyer. On n'en saurait trouver ni désirer un, qui fût plus détaillé, ou plus authentique. D'abord, le 87 août, l'ambassadeur répond à Cioli: « Je n'ai pas manqué d'adresser, comme j'en avais € reçu l'ordre, une note officielle trèsTforte en faveur du signor
< Galilée, pour demander qu'on lui laisse publier son livre,
< déjà imprimé avec l'approbation des autorités ecclésiastiques. « après qu'il a été revu et examiné ici et à Florence... Hais, h
< cela, et k toutes les autres choses que j'ai pu dire au carc dinal Bellarmino (l'un des principaux du Sainl-Office et «neveu du pape], il s'est borné à me répondre qu'il rap- € porterait fidèlement mes représentations au saint père, sans « entrer dans d'autres particularités , parce que les opéra- « lions du Sain t-OfGce sont très-secrètes ; témoignant d'ailleurs
< beaucoup de bonne volonté pour Galilée... > — Continuation le 6 septembre : « Au milieu dQ cette courérence est survenu le pape, c qui était dans une grande colère, et me dit Jt l'improviste : Eh « bien ! voilà que votre Galilée a encore osé entrer où il ne devait
* Cw lettres, tu nombre de trenteM]uatTe, sont rassemblées du» nn appendleo à I» fin du tome IX de l'édition de Florence. Dans les eitrtlta que J'en donnerai dans ce qui va suirre. Je rapporteni loi^onra les propres termes des textes originaui ; mua Je m'attacherai seulement aux passages essentiels pour que l'on puisse bien suivre le SI de l'atTaire, en rapprochant les particularitéft d'an même entretien qui se npportent à une mâme idâe, «Dn d'éviter les râpétlllons et les disjonctions que la conversation entraîne. S! l'on vent recourir aux originaux, coqui ne sera pas sans intérêt, on roconnaltra, Je crois, quoJ'oQ ki fldUemeot reproduit la subsUmce.
HiLANOES SCIERTiriQDES KT LITTÉHAIHE8. 13
c pas, et dans des matières les plus graves, comme les plus péril- « leases, que l'on puisse soulever dans ces temps-ci... Je répUc quai que G^Uée n'avait rien iinprimé qu'avec les approbations c de ses ministres, obtenues pour lui par moi-même, et que je « lui avais transmises en original. Sur cela le pape, avec la même « încaDdescence (iQcaudesceozsj.réponditque Galilée, et son ami « Ciampoli, l'avaient circonvenu ; te Ciampolî en particulier ayant c bien osé lui dire que le signer Galilée voulait se soumettre en
< tout aux ordres de Sa Sainteté, que tout idlait bien ; et, ajouta-
< t-il, voilà tout ce que j'ai su, sans avoir jamais vu ou lu l'ou- « vrage. Il se plaignit du Ciampoli et du maître du sacré palais ';
< disant que celui-ci avait été pareillement circonvenu, pour en
< tirer par de belles paroles l'approbabon du livre, et ensuite lui
< en donner d'autres pour le faire imprimer à Florence, sans c observer nullement la forme sons laquelle il avait été présenté « à l'inquisiteur, et en y mettant te nom de ce même maître du
< sacré palais, lequel n'a que faire dans les livres imprimés hors
< Rome. Alors je m'avançai à dire avoir appris que Sa Sainteté c avait nommé une congrégation spéciale pour examiner cette « affaire; et, pouvant arriver, comme ii est trop véritable, qu'il « s'y trouv&t des personnes mal disposées envers Galilée, je la
< suppliai humblement de se borner à lui donner lieu de se € justifier. La réponse fut que, dans ces matières, le Saint-Office c ne faisait que censurer, et appeler ensuite à se dédire. Ne
< semble-t-il donc pas k votre Sainteté, répliquai-je, qu'il faille
< préalablement lui donner connaissance des difficultés, des obc jections ou des censures que l'on fait sur son ouvrage, et lui
■ Le p. Nkok) Ricardi, le mâm»que l'on appelait AuntliËrement Moitn. Quant A Ciampoli, c'était an Florentin, élève et ami do Galilée, que son intelligence et ses talents, avaient introduit de bonne heure, dans la familiarité d'DrbaIn VID, quand 11 n'était encore qoe cardinal. Les deux prédéceaseurs de ce pontife lai avuent donné le titre et lee ConctionH de secrétaire des brelb, uertlaritu brevlum, qu'Urbain VIO lui conserra. Hais après la condamnaUoa de Gall)£e, il fut ditgradécomnieleP. RlcardU
U h£lANOES SCItNTIFIQtlIS ET LtTîillAIRBS.
< indiquer les points qui déplaisent au Saint-Offioe? Le Saiot-
< Office, répondit-il violemment, je tous l'ai déjà dit, ne procède
< pas ainsi, ni ne donne jamais & personne d'avis préalable. Cela « n'est pas sa coutume; outre que lui, Galilée, sait tj-èt-bien
< en quoi eontùtent les diffleullét, s'il les veut savoir, parce
< que nous en avons discouru avec lui, et il les a entendues € de noire propre boucAe. > Niccolini eesaja de représenter les égards que l'on devait avoir pour un serviteur particulier du grand-duc, auquel même l'ouvrage était dédié; mais le pape ne s'en échautta que plus violemment. < Enfin, ajoute Niccolini, il
< m'a ordonné d'écrire & Son Altesse que U doctrine dont il « s'agît est perverse au dernier degré, qu'on pèsera mûrement « toutes choses, et que Son Altesse ùUe doucement et ne s'en c mêle pas, comme elle l'a fait dans une autre afTaire, parce ■ qu'elle n'en sortirait pas avec honneur [perche non ne usci-
< rebbe cou onorej. Bt non-seulement il m'imposa l'obligation
< de tenir secret ce qu'il m'avait dit, sous peine d'encourir les
< censures du Saint-Office, mais il me chargea encore de mander . < à Votre Altesse qu'il lui impose aussi les mêmes conditions,
< ajoutant qu'il en use mieux envers Galilée que Galilée envers t lui... Je trouve donc ici de mauvais vouloirs, et, quant au
< papo, il ne peut pas être plus mal disposé pour notre pauvre « Galilée. » KiGColini Qnitpar rendre compte d'une entrevue qu'il vient d'avoir avec le maître du sacré palais, qu'il a trouvé personnellement bien intentionné pour Galilée, mais contraint de marcher droit, ayant déjà reçu des bourrasques pour son propre compte. < Je Crois, dit-il, devoir manier cette affaire doucement,
< el la traiter plutôt avec les .ministres et le cardinal Barberino 1 qu'avec le pape lui-même, parce 'qu'il s'obstine à déclarer que
< la chose est sans remède, surtout qutmd on veut contredire ou c menacer, auquel cas il s'emporte à dire des duretés, sans res-
< pect pour personne... >
On voit ici clairement le fond de l'affaire et le caractère de
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M^LÀNOES SCIRNTirlQORS ET LITTiHAtlIBi. 15
l'époque. Urbain VIII se trouTatt doublement blesBé. Il l'état d'abord dans M puissance spirituelle, dont Galilée avait trompé la aunreillance, en surprenant b Rome même, h son insU, et pour ainsi dire BOUS ses ^ux, l'approbation d'un livre dont il n'avait communiqué au censeur que le commencement et la fln; puis, eo s'autorisantde cette approbation surprise, pour imprimer et publier à Florence i sous l'apparente sanction de l'autorité pontificale, le contenu de ce liTre, consacré tout entier & l'apologie d'une doctrine condamnée par l'Église, qu'un décret du Saint- OfBce lui aniit particulièrement défendu d'enseigner et de soutenir. A cela M joignait un artldce systématique de composition, qu'Urbain VIII pouvait difficilement ne pas croire dirigé contre sa paonne même. Dans les nombreux entretiens qu'il avait eus avec Galilée en <6S4, Il avait longuement exposé à celui-ci les arguments qui, à son sens, devaient fsure prévaloir le système de Ptolémée snr celui de Copernic. Ces arguments, il les trouvait reproduits, réfutés, et tournés en risée duis les dialogues, où ils étaient rois eo avant par le personnage ridicule de Simpllcius. A la rigueur, la reproduction, dans son ensemble, aurait pu être interprétée et excusée, comme étant une nécessité du sujet. Hais Galilée avait eo te malheur, ou la malice, d'y attacher un trait qui en décelait trop clairement l'origine. Il se trouve à là tin de la quatrième journée des Dialogues, dans le dernier argument que Simpllcius oppose à ses interlocuteurs pour se dispenser d'accepter leurs conclusions comme vraies, bien qu'elles lui semblent plausibles, t Cet argument, après lequel on peut se tenir « l'esprit en repos, ^'0 l'ai apprU, dil-il, d'une ptrionne trii-
< docte et trii-éminente : c'est que Dieu, dans sa toute-puissance c et SB sagesse infinie, pouvait conférer k l'élément de l'eau le
< moQvement de flux et de reflux que vous lui voyez, d'une infinité c de manières incompréhensibles à notre intelligence, comme € TOUS l'accorderez sans doute. Et cela étant, j'en conclus immé- « dialement que ce serait une souveraine audace à chacun, de
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16 M&LANQES SCtBNTIPIQUES ST LITTÉRAIRES.
< TOoloir limiler la toute-puissance et la sagesse divines, à une « particulière fantaisie de son invention. » La personne trësdoçte et très-éminente, de laquelle le bonhomme Simplicins dit avoir appris cet argument décisif, a bien pu ne pas être trop flattée de la citation. Quoique Galilée se soit toujours naturellement défendu d'avoir voulu mettre enjeu le pape dans le personnage de Simplicius, l'évidence frappante de l'application est confirmée par des contemporains, qui étaient en position de bien connaître les choses de leur temps, et nous retrouverons plus loin la preuve manifeste de cette trop directe allusion*.
Pendant le reste du mois de septembre 1 632, Niccolini eut encore» avec les cardinaux du Saint-Office et avec le pape, plusirars entrevues dont il rend compte à sa cour ; mais ses efforts firent impuissants h calmer l'irritation d'Urbain VUI. 11 ne put détoup ner le coup qui se préparait contre Galilée, dans un secret aussi profond que celui du tombeau. Il n'en fut informé que le tS septembre, par un avis officiel, venantdu pape même, qui lui imposait relativement à ce sujet un silence absolu, sous peine d'encourir les censures de l'inquisition : tant le pouvoir spirituel pesait alors sur le pouvoir temporel, des princes italiens. Douze jours après cette communicatioD,rinquisiteurde Florence, par te commandement exprès de la congrégation du Saint-Office de Rome, vint signifier à Galilée, par-devant témoins, l'ordre de se transporter en personne à Rome dans le courant du même mois, et de s'y présenter au P. commissaire du Saint-Office, signiScatton de laquelle II dut délivrer un reçu signé de sa main. Le pauvre Galilée, fort effrayé, mit en œuvre toutes les protections auxquelles il pouvait recourir, et toutes les sollicitations les plus pressantes . qu'il pouvait imaginer, poorétredispensédecevoyage.Ilallégu^t son âge de soixante-dix ans, ses infirmités. Il adressa à l'ambassadeur Niccolini un certificat de médecin qui les attestât. Tout
' V., Il, p. Hd, note.
MiLANGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES. 17
fut inutile. Cepend^t le zèle affectueux de Niceolini n'avait pas fait défaut il sa défense. N'ayant pas réussi à iui éviter l'ordre de venir à Rome, ilfitdes instances réitérées, et les plus actives, près des cardinaux et du pape même, pour qu'on n'en pressât pas trop durement l'exécution. Il obtint ainsi quelques délais ; et, dans une de ses lettres entreautres, adresséeau grand-duc, en datedu 13 novembre 1632, il raconte de la façon la plus touchante ses tentatives diplomatiques pour les obtenir. Il s'est adressé d'abord à divers cardinaux du Saint-Office, principalement au cardinal-neveu Barberioo, qui semblait être aussi bien disposé pour Galilée, qu'il lui était permis de le paraître. « Je leur ai représenté, dit-il, c son Age de soixante-dix ans, son peu de s^té, le risque de la
< vie auquel va l'exposer te voyage bors de sa peUte chambre, et « la pénible quarantaine qu'il devra subir [à cause de la peste qui € venait derégner à Florence). Mais, comme ces personnages eac tendent et ne répondent pas, ayant la langue liée par le Saint- « Office, j'm traité cette question avec le pape même; et, après € lui avoir représenté que Galilée est prêt à obéir, & faire tout
< C8 qui lui sera ordonné, ]e me suis mis à lui exposer aussi fort eau long, toutes ces circonstances, pour tâcher de lui faire « prendre en compassion ce pauvre vieillard auquel je porte tant « d'affection et de respect. J'ai demandé k Sa Sainteté si elle avait
< vu la lettre suppliante, qu'il avait adressée au cardinal-neveu « (Barberiao). Elle me dit qu'elle l'avait lue, mais qu'on ne pou- « vaitledispenserde veniràRome. Je répliquai que, vuV&geoù
< il est, Sa Sainteté courait le risque de ne lui faire son procès ni c à Rome ni à Florence, parce que, h. souffrir tant de fatigues,. « mêlées de tant d'amertumes, je croyais pouvoir l'assurer qu'il
€ naourrait probablement en chemin. Eh bien, me dit-elle, qu'il .
< vienne doucement, pian, piano, en litière, et tout k son aise.
< Hais il faut absolument qu'il soit examiné en personne; et que « Dieu lui pardonne de s'être jeté dans un embarras pareil, après «quenous-même, étant cardinal, nous l'en avions une fois tiré. >
18 H^LANORS BCIRNTIPIODBS ET LITTÊHAIHRS.
Cette entrevue n'eut pas d'autre résallat. NiccoUai continua de mettre tout eu œuvre pour se tenir au courant de l'affaire ; et, un mois après, le H décembre, il écrit : ■ J'ai fait de aouvelles déc marches m faveur du signor Galilée, pour voir si je pourrais obta- « nir quelque nouvelle remise, liais, finalement, je trouve non-seu- « lemeiit que cela est impossible ; et, de plus, je crois nécessaire
< qu'il se décide ï venir comme it pourra, et qu'il aille s'établir f en quelque point du territoire de Siene pour y rester en qua-
< rontaine pendant au moins vingt jours, parce que cette prompf titude à obéir, lui servira beaucoup. Quant k pouvoir lui dire
< où il devra habiter ici, il est impossible d'avoir sur cela aucune « lumière, parce que l'afEtûre se traite dans la congrégation du « SaintOffice, qui procède arec un pjnfond secret, et sous des t peines de censure si sévères que personne n'ose ouvrir la « boache. Il pourra s'en venir direi^ment cboz moi ; mais ce « qui devra se passer ensnite, je ne saurais l'affirmer. » Cependant Galilée tardait toujours. Alors Niocolini écrit de nouveau, le 26 décembre et ie 15 janvier, pour qu'on le presse de partir, et qu'on le décide k se mettre le mieux qu'il pourra en vojage. « Car autrement, ditril, je crains, en vérité, que l'on ne « prenne contre lui quelque résolution de la dernière violence. » Cédant enfin b. ce dernier avis, Galilée quitta sa paisible retraita d'Arcetri, pour se rendre à Rome, où il arriva bien fatigué dans la maison de l'ambassadeur, le 43 février 1«33.
Dès le lendemain U celui-ci écrit : c Le signor Galilée est ar- < rivé hier chez moi. Aujourd'hui il s'est présenté iirasseaaeur ainsi f qu'au P. commissidre du Saint-OlGce, comme il en avait reçu c l'ordre. Demain, dons la ôiatiaëe, je verrai le cardinal Barberino, « afin de solliciter son intervention bienveillante près de Sa Sain- € teté, pour obteairqu'on le laisse demeurer chez moi, sans le cou- € duireauSaint-OlBce, en considération doson ftge, desaréputac tion, et de sa prompte obéissance. » A la suite de cette entrevue, Baiiterino fait dire à Galilée, non pas à titre officiel, mais comme
UtLkttaSa SCIINTIPIQUES ET LITTKKAIRKS. 19
ami, qu'il ait il se tenir retiré dans la maison deTambafisadeur, sans recevoir personne, ni se montrer au dehors, en attendant jiu'on lui fasse donner quelque aTertissement, cette conduite réservée pouvant être très-favorable à sa cause. Les jours«uivants le commissaire du Saint-OfHce lui renouvelle les mêmes recommandations, à simple titre de conseil. Le 19Niccolini écrit ; «L'on n'a
< encore rien fait savoir ii Galilée, et aucune personne apparie- « nant au tribunal n'est venue le voîr,excepté moBsignor Serrisc tori, un des consulteurs, qui est venu deuxfois, en apparence de « lui-même, pour lui faire de simples visites. Hais comme, chaque
< fois, il est entré avec lui dans le fond.de sa cause, et qu'il est « même descendu dans les détails, on peut tenir pour certain « qu'il a été envoyé par ordre exprès, afin de connaîtra ce qu'il
< dit, comment il parle, et quels sont ses moyens de défense,
< pour résoudre ensuite ce qu'il faut faire et de quelle manière il
< convient de procéder envers lui. Je pense avoir rendu du cœur c à ce bon vieillard, et avoir relevé son courage, en lui inspirent « l'espérance que l'on veut hâter l'issue de son affaire ; toutefois, ■« de quelque manière qu'elle doive tourner, cette persécution
< lui semble bien étrange. Je lui ai recommandé .de montrer tou- € jours l'intentiou. d'obéir et de se soumettre à tout ce qu'on lui
< ordonnera, cette voie étant la seule par laquelle il puisse miti-
< ger l'irritation de la personne gui s'est violemment échauffée, € el qui traite cette affaire comme sa cause propre. »
Le 37 février Niccolini annonce officiellement à Urbain VIII l'arrivée de Galilée à Rome, dans sa maison, et fait valoir les sentiments de soumission, et d'entière obéissance aux ordres de l'autorité ecclésiastique, dont il lui a paru pénétré. Le pape répond : « Qu'il l'a traité avec une douceur et une clémence inusitées, en
< lui permettant qu'il demeur&t chez l'ambassadeur au lieu d'être € immédiatement transféré au Saint-Office, comme on n'en a pas
< exempté des princes mêmes, dont un, de la maison de Gonzague, € a été amené à Rome par un officier du Saint-Oilice, conduit im-
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« médiatemeot au ch&teau, où i) a été détenu pendant beaucoup « de temps jusqu'à ce que son procès fût fini. S'il a ùnsi favorisé « Galilée, c'est uniquement par considération pour Son Altesse le € grand-duc, à laquelle il a l'honneur d'appartenir comme un de « ses serviteurs. > Du reste ce -sont toujours les mêmes plaintes de sa témérité, seulement exprimées avec un peu moins de colère. Le temps se passe, et Galilée continue de rester retiré dans la maison de l'ambassadeur, sans recevoir aucune communication officielle de la part du Saint-OQîce. Le 13 mars, Niccolini va rendre visite au pape, sous le prétexte de lui présenter les remerciements du graad-duG pour la faveur qu'il a faite à Galilée de permettre qu'il demeurât chez son ambassadeur, au lieu d'être détenu au Saint-Office ; et il en prend occasion d'adresser h Sa Saiutete les supplications les plus touchantes pour que i'aRiaire de ce pauvre vieillard soit promptement expédiée. Le pape répond < avoir volontiers accordé cette facilité en l'honneur de Son c Altesse; mais qu'il ne faut pas croire pour cela que l'on puisse c faire moins que d'appeler l'inculpé au Saint-Office quand il
< devra être examiné, parce que c'est l'usage et que l'on ne sau~
< rait agir autrement. » Niccolini allègue le grand Age de Galilée, sa mauvaise santé, sa promptitude à venir se soumettre aux censures qui pourraient lui être infligées, circonstances qui le rendent digne de toute faveur. < A cela, répond le pape, je vous c répète encore que l'on ne pourra faire moins; et que Dieu lui € pardonne d'être entré dans ces matières, oti il s'agit de doctrines
< nouvelles, et de la Sainte Écriture; étant toujours mieux de ~ « suivre la doctrine commune. Que Dieu soit aussi en aide au
c Ciampoli ' pour ses nouvelles opinions, parce que lui aussi ;
< prend goût, et se montre enclin à la nouvelle philosophie. Le
* C'éiiit lui surtout qui, Juiqn'& l'appuritioD de* Dialogues, STUt a Galilée en grandu raveur dant l'esprit d'Urbaiu VIII. Voyei ses lettras k Galfli^e, F., IX, et «a Udgraphie, dans Fabroni i ffo lialonm, XVI, page 1.
< sigDor Galilée a é(d mon ami, nous avons plusieurs fois con-
< versé fomiliôrement ensemble, et mangé il la même table. J'ai c regret de l'affliger, mais il s'agit de la foi et de la religion. » NiccoUni proleste que, si Galilée est entendu, il donnera sajis difficulté toute satisfaction, avec le respect qui est dA au Saint- Oi&ce. A quoi le pape répond : < H sera examiné dans son temps. € Hais il y a un argument auquel lui et ses adhérents n'ont ja-
< mais pu, ni ne pourront jamais répondre. C'est que Dieu est c toutpuissant; et s'Uest tout puissant, pourquoi voudrions'
< nout lui imposer des nécessités?* C'est là précisément l'aigament péremptoire, que le Simplicius des Dialogues pré- Imd avoir appris d'une personne tris-docte et très-éminenle. Elle ne pouvait donc être autre qu'Urbain VIII. NiccoUni qui ne faisait pas ce rapprochement, essaye d'excuser Galilée ; mais le pape s'échauiïant, retourne h dire : Il ne faut pas imposer de nécestite's à Dieu. Le voyant s'irriter, NicoUni s'arrête, et craignant de risquer lui-même quelque hérésie qui pourrait le mettre mal avec le Saint-Office, il revient à solliciter sa compassion pour qu'il continue la grâce qu'il a déjà faite à Galilée de pomettre qu'il ne sortit pas de sa maison. A quoi le pape répond « qu'ii lui fera donner certains appartement* particu-
< lier», lesquels soht les meilleurs et les plus commodes du f Saint'Office. > NiccoUni le remercie de cette nouvelle grJkca dont il rendra compte au grand-duc, et se retire. < Revenu chez
< moi, dit-il, en terminant sa lettre, j'ai rapporté au signor Gac lilée une partie de cet entretien; mais je ne lui ai pas dit que
< l'on se propose de l'appeler ^ comparaître au Saint-OITice,
< parce que je suis certain que cette annonce lui donnerait un « grand tourment, et le ferait vivre dans l'inquiétude jusqu'à ce c moment-U, le pape ita'ayant déclaré, relativement à l'expédi- « lion de l'affaire, qu'on ne saurait jusqu'ici prévoir quand elle
< aura lieu, et que l'on fera tout ce qui sera possible pour la t h&(er. »
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29 lltLANOBS SCIENTiriODES ET LITTÉRAIRSE.
En dehors de ces démarches officielles, Nlccolini ne négligeait aucun soin pour se tenir au courant de ce qui se préparait. Déjà, le grand-duc ayant appris que les cardinaux Scaglîa et Bentivoglio feraient partie de la congrégation formée par le pape, leur avait écrit particulièrement pour leur recommander Galilée. Niccolini parrlent à découvrir le nom des huit autres qui seront adjoints à ceux-là; et par une dépêche datée du 9 mars, il demande que Son Altesse leur fasse le même honneur, de peur qu'ils ne s'imaginent qu'elle a pour eux moins d'estime ou leur accorde moins de conflance. Ces lettres furent immédiatement écrites, et ceux k qui elles étaient adressées les reçurent avec une reconnaissance mêlée de beaucoup d'hésitation, en s'excusant de ne pas y répondre de peur de se rendre suspects. Tous se trouvèrent ainsi intérieurement disposés h des sentiments de modération et d'indulgence, quoiqu'ils n'osassent pas les manifester au dehors.
Le jour de P&ques approchait, 4t il était probable que le procès n'aurait lieu qu'-après les fêtes. Le mercredi 6 avril, le cardinal Bàrberino fait dire à l'ambassadeur qu'il désire le revoir. Celui-ci se rend le lendemain chez le cardinal, et dans une lettre en date du 9 avril il rend compte de cette entrevue. — Le cardinal Beu^ berino me dit < avoir été chargé par Sa SÙnleté et par la cont grégation du Salnl^OfBce, de m'apprendre qu'afin d'expédier
< l'affaire du signer Galilée, on ne pouvait pas se dispenser de
< l'appeler & ao présenter en personne au Saint-Office; et que, ne
< sachant pas si une seule séance de deux heures suffira pour la « terminer, il se pourrait qu'il devint nécessaire de l'y retenir c pour le besoin de la cause; que l'on a voulu me faire connaître
< cette détermination, par égard pour la maison de l'ambassade
< où il habile actuellement, pour mqj-même h litre de ministre, ~ « comme aussi en raison des bons rapports que Son Altesse Séré-
« nissimc entretient avec le Sainl-Siége, particulièrement dans
< les matières qui concernent l'Inquisition ; et enQn par le respect
HÊLANHES BOIENTI PIQUES ET LITTÉKAIttKB. 33
€ dû ft nn prince auut zélé qu'il l'est pour la religion. Après
< avoir beaucoup remercié Son Etninence, de la considértiioo « que le saint pèra et la congrégation montraient envers cette « sérénissime résidence, et envers moi comme amtiassadeur , » j'ajoutai ne pouvoir me dispenser de représenter, la mauvaise c santé de ce bon vieillard, qui depuis deux nuits n'a fait que « gémir et se plaindre de ses douleurs de goutte, son grand ftge, € le tourment d'esprit qu'il va ressentir; et que, par toutes ces
< considérations je croyais pouvoir supplier Sa Sainteté de réflé-
< chlr si elle ne trouverait pas convenable de permettre qu'il rec vint concber chaque soir à l'ambassade, en lui imposant l'obli- « gation de ne rien révéler de ses interrogatoires, sous peine de « censure. Le cardinal me parut ne pouvoir espérer aucune per-
< mission de ce genre, quoique, dans la suite de la conversation, f je le suppliai de faire sur ce sujet quelque réflexion. Hais, en c éebange, il m'offrit pour lui toutes tes commodités désirables ; € qu'il n'y ser^t pas tenu comme en prison, ni mis au secret,
< ainsi que cela est d'usage pour les inculpa ordinaires; mais c qu'on lui donnerait de bons appartements , dont même les « portes poumûent bien être laissées ouvertes. Ce matin j'ai eu
< ansai l'occasion de voir le pape ; et, après que je lui eus fait mes
< remenàements pour la communication anticipée dont il avait « bien voulu me favoriser, il m'a témoigné de nouveau le dé-
< plaisir qu'il ressentait de ce que Galilée fût entré dans ces ma- ( tiëres, qu'il estime être extrêmement graves, et de grande im- * portance pour la religion. Lui, néanmoins, prétend soutenir
, < très-bien ses arguments. Mais je l'ai exhorté, pour en flnir plus
< vile, à ne pas s'inquiéter de les d^endre, et à recevoir avec son- « mission tout ce que l'on voudra qu'il croie, ou qu'il tienne
< pour vrai, quant à la mobilité de la terre. H se montra profonc dém«it afDigé de tout cela, et je l'ai vu si abattu, que je crains f beaucoup pour sa vie. On a obtenu qu'il puisse garder avec lui
< un domestique, et avoir toutes les autres commodités qui lui
2i MÉLANGES SCIENTIFIQUES ET LITTERAIRES.
« sont nécessaires. Nous IraTaillons tous tant que nous somineB c ici & le consoler, et à lui venir en aide par nos amis, près des
< personnes qui prennent part à ces délibérations. Car, vérita- ■ blement, il mérite toutes sortes de bontés; et toute ma maison c qui l'aime extrêmement, ressent une peine indicible de ce qui « lui arrive. >
Trois jours après l'avis donné par le cardinal Barberino, le mardi 13 avril, Galilée fut mandé au SaintrOlIice. Je raconterai pins loin les interrogatoires qu'on lui Qt subir. Mais, pour ne pas perdre de vue l'importante question du traitement qui fut fait à sa personne, je continue d'en suivre les détails dans la correspondance de l'ambassadeur, qui, ainsi qu'on va le voir, ne resta pas un seul jour sans en être directement et minutieusement informa.
Le 16 avril il écrit au secrétaire d'État Cioli... s Conformément
< à la communication que j'avais reçue du cardinal Barberino, le
< sigDor Galilée s'est présenté mardi matin, 1 2 avril, par-devant le
< commissaire du Saint-Office, lequel l'a reçu avec toutes sortes de 4 démonstrations bienveillantes. Il lui a t&H assigner pour loge-
< ment, non pas les chambres ou cabinets secrets, que l'on a couc tume de donner aux inculpés, mais le propre appartement du c Fiscal de ce tribunal ; de façon que, non-seulement il babite
< parmi les ministres (duSaint-OiBcej, mais en outre il y reste à € portes ouvertes, et libre de se promener par tout l'intérieur du pa-
< lais. Néanmoins, il croyait pouvoirrevenir ici le soir, parce qu'il « avait été examiné immédiatement; m^s le même commissaire
< répondit à mon secrétaire qui le lui avait amené, ne pouvoir « faire plus que ce qui lui sera ordonné après avoir rendu compte c de sa comparution, et de ce qu'on aura tiré de lui, dans ce pre- 4 niier examen. On peut présumer toutefois qu'il sera pro'mptef ment expédié, parce que, comme me l'ont représenté les cardi- « oauK Barberino, BentivogUo, et Sa Sainteté elle-même, on a « procédé dans cette affaire par des voies douces et inusitées, en « considération du zèle de Son Altesse pour les intérêts de la
H&LANGES SCIEATIflQUES ET LITTÉRAIKES. iH
« Sainte Inquisition. Car il n'y a pas d'exemple de procès foits
< à ce tribunal sans que les personnes inculpées, aient été mises
< en prison, môme au cachot ; en quoi il lui a été bien utile d'être
< UQ seiriteur de Sod Altesse, et, à ce titre d'avoir été reçu, comme
< hAte, & la résidence de son ambassadeur; chacun sachant que « tous autres, qu'ils soient évdques, prélats, ou personnes titrées, « aussitât qu'ils sont arrivés h, Rome, sont mis au château ou
< dans le palais même de l'Inquisition, et y sont tenus resserrés
< avec la dernière rigueur. En outre, on permet que son domes- . < tique le serve et couche au palais, que lui-même y «lie et vienne
« librement comme ii lui platt; et, ce qui est plus encore, que sa « nourriture lui soit apportée de chez moi, dans son appartement, « par mes propres domestiques, lesquels reviennent ensuite dans t ma roaisoD, le matin et le soir. Comme toutes ces facilités sont
< accordées, en considération de Son Altesse, et des égards qui « sont dus & cette sérénissîme résidence, je croirais à propos d'en
< faire adresser des remerciements particuliers à Sa Sainteté,
< quand notre pauvre Galilée sera sorti de ces tracas. En atten- « dant je remplirai moi-même ce devoir envers Sa Sainteté et le
< cardinal Barberino, lequel, dit le Commissaire, porte beaucoup f d'intérétà l'accusé, qu'il a même puissamment assisté, en adout cissant l'esprit du pape d'une façon peu ordinaire. Lui, cepen- « dant, s'afflige d'être renfermé au Saint-OfBce. Cela lui semble « dur, el je continuerai d'insister pour qu'on l'expédie prompte-
< ment, comme je n'ai cessé de le fure depuis qu'il est sorti de
< chez moi... Ou lui a vraisemblablement défendu, sous peine c d'excommunication, do rien révéler des interrogatoires aux- «quels on le soumet. Car, à mon intendant Tolemeo, il n'a voulu « eu dire chose quelconque, pas même seulement, s'il lui est « permis ou non d'en parler. > Quand nous en viendrons & ces interrogatoires, on verra que Galilée n'avait aucun intérêt, et n'aurait trouvé aucun plaisir, à en révéler les détails.
Le 25 avril Niccolini écrit encore : < Le signor Galilée est lou-
26 lliLANaKS BCIENTIPIQtlES ET LITTÂRAIHEB.
c jours an Saiot-Office, avec les infimes facilités. Il m'écrit tous
< les jours et je lui réponds, en lui exposant mes sentiments avee f une entière liberté, sans que cela donna lieu à aucune remar- « que. Jusqu'ici, on ne s'occupe point de son livre, mais seule-
< ment de rechercher pourquoi le mattre du sacré palais a dODné « la permission de l'imprimer, sans que Sa 'Sainteté dise en avoir ^rien sa... Arant qu'elle partit pour Castel' Gandolfo, j'ai vu le
< cardinal Antonio (Barberino} pour lui recommander de non- € veaii QaUlée ; et comme j'appreods de ce dernier lui-même,
< qu'il a écrit au signor Oeri Boccberini, h Florence, je pense que
< cette démarche que j'ai faite prés de Son Eminence lui aura été « partlcutiërement utile. »
Galilée, écrivit en eCtet alors à son ami Boccberini deux lettres, qui ont été publiées, d'après les autographes, au tome Vn de l'édition de Florence, pages S9 et 30. Dans la première, datée du ^ 6 avril i 633, il dit d'abord : < Par suite d'une requête que j'ai
< adressée à Son Émineoce le cardinal Barberino, je crois que « l'on va commencer ici à traiter de mon affaire, sous l'obligation c habituelle d'un profond secret, ce qui exige que je me tienne ici
< retiré, mais toutefois en jouissant d'une entière liberté de mou-
< vement et de commodités insolites, ayant trois chambres qui € font partie du logement qu'habile le Fiscal du Salnt-OfEce, avec « la libre et ample faculté de nte promener dans toute l'étendue
< de ce palais. Quant à ma santé, je me porte bien, gr&ce h Dieu,
< ainsi qa'k la bonne chère qui m'est envoyée de l'ambassade, « par l'exquise courtoisie du seigneur ambassadeur et de madame « l'ambassadrice, laquelle se montre extrêmement soigneuse de
< pourvoir h tous mes besoins, jusqu'à la profusion... » Le reste de la lettre ne traite que d'affaires de famille.
Dans l'autre lettre, datée du S3 avril, it dit: « Je vous écris de « mon lit, où je suis depuis seize heures reteuu, souffrant dans « une cuisse'd'excessives douleurs, qui d'après la pratique frète quente que j'en ai, devront se dissiper soUs peu, comme les
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M&LANOIS BClENTiriOOKi KT LITTiKAIRIS. ST
c tutttn fois. Le Commissaire, et le Fiscal, qui sont mes examina- « lean, sont Tenus tout à l'betire me visiter, et m'ont donné leur
< parole qu'ils ont la ferme intention de m'expMier aussitôt que € je pourrai me lerer de mon lit; me répétant, à plusieurs repri-
< ses, de ne pas -m'alDlger et d'avoir bon courage. > Le reste de la lettre ne fiUt qu'exprimer sa cooflance dans ces promessM, et charger Boccheriai de faire ses compliments à diverses personnes... On le renvoya effectivementsept jours après ^l'ambassade, pariiEdlement remis de son indisposition, comme on le verra par une dépêche de Niccolini que Je vais rapporter. Mais déjà, de tout ceci, on peut tirer la conséquence certaine, que, pendant cette première détention au Saint-OfSce, qui dura dix- neuf jours, depuis le 12 jusqu'au 30 avril 1653, Galilée ne fut pas tourmenté dans sa personne, ni même mis un seul instant au secret.
Voici maintenant la dépêche de NlccoIinl, qui complète ce premier acte du drame :
< 1" mEû 1633. Hier, quand je m'y attendais le moins du
< monde, le signer Galilée m'a été renvoyé dans celte résidence , « quoiqu'on n'ait pas encore fini de l'examiner. Celte taveur lui « est venue à la suite d'une requête adressée par le P. Commis- « saireau cardinal Barberino. lequel, de lui-même, sans consulter € la congrégation, l'a fait libérer, afin qu'il puisse se remettre de « ses douleurs et de ses indispositions habituelles, qui l'ont ces « jours-ci continuellement tourmenté. Ce même F. Commissaire c montre l'intention de s'employer pour que cette cause soit en-
< terrée, et enveloppée dans le silence. Si cela peut s'obtenir, ce ■ sera pour lui un grand débarras, qui le délivrera de beaucoup
< d'ennuis et de périls. > Deux jours après, ' Niccolini ^oute : « Le signer Galilée, comme je vous l'aiannoncé, aeulapermi»- « sion de revenir dans cette résidence, où 11 me parait être ret- « tourné dans un étal de santé meilleur qu'auparavant. Comme
< il désire beaucoup que son procès se termine, le P. Commis- « saire du Seint-OfBce lui a donné quelque espérance de venir
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< ]e trouver à celte fin, contiouant toujours de lui faire dans sa « positiou tous les pMsirs possibles, et de montrer beaucoup de « considération pour cette sérénissime résidence. >
Ces délais que l'on ne pouvait prévoir ni abréger, amènent, de la part d'Andréa Ctoli, une dépêche conforme au-caraclére insolent, et sans délicatesse, que l'histoire lui reproche. C'étaitlui qui administrait alors les finances du grand-duc. Dans sa réponse à l'ambassadeur, il glisse cette phrase : c Je crois devoir rappeler « à Votre Excellence, qu'en vous écrivant de recevoir & l'ambas- « sade le signor Galilée, j'ai assigné à cette faveur le terme d'un « mois, parce que, au delà de ce temps, il faudra que ses dépenses
< soient à son compte. > Hais en retour, le 1 5 mai, Niccolini lui envoie la noble dépêche que l'on va lire :
Rome, lc^]5 mai 1633. «Le signor Galilée se porte fort bien. « Mais son procès ne vient pas encore ii conclusion ; et en atten- « dant il demeure toujours séquestré dans cette résidence, avec c quelque déplaisir de ne pas pouvoir faire de l'exercice. Quant
< & ce dont Votre Seigneurie m'avise; que Son Altesse n'entend pas
< le défrayer de ses dépenses, passé le premier mois, je puis vous « répliquer qu'il ne me convient nullement d'entrer en explica- « lion avec lui sur un pareil sujet, pendant qu'il est mon hâte.
- c Kt je le prendrai plutdt k ma charge. Car, en fin de compte, cela
< ne passera pas 1 4 ou 15 ëcus par mois, toute déperfte com- « prise; de sorte que, dùt-il demeurer encore six mois ici, à « cause de l'été, cela montera en somme, pour lui et son domes- « tique, à 90 ou 1 00 écus. >
Pendant ce second intervalle de séjour forcé que fit Galilée au palais de l'ambassade, où il resta ainsi relégué durant septsemûnes, depuis le 1" mai jusqu'au 20 juin, Niccolini ne cessa pas de l'entourer des plus tendres soins, et de faire en sa faveur les démarches les plus actives. Le 21 mai, il a une entrevue avec le pape et le cardinal Barberino, qui lui donnent l'assurance d'une conclusion prochaine. Et le lendemain, en rendant compte de
HÉLARfiES SCIENTIFIQUES RT LITTÉBAIKES. 29
celle enirevue à sa cour : € Je me doute bien, écril-il, que le
< livre sera prohibé, et que lui-même sera condamné à quelque
• pénitence salutaire (terme d'oiBce], sur l'imputation d'avoir c désobéi à la défense de soutenir la mobilité de la terre, qui lui ■ avùt été personnellement faite et signifiée, en 1616, par le car-
< dinal Bellarmino. De tout cela je ne lui ai rien dit jusqu'ici, c pour ne pas l'affliger^ et lepréparertout doucement à ces idées.
< Cest pourquoi il sera bien que ces particularités soient tenues € secrètes là-bas (à Florence], pour qu'elles ne lui reviennent € point par ses amis. » Provisoirement , comme Galilée souffrait d'être privé d'exercice, k quoi il était habitué, Niccolini obtient pour lui la permission d'être conduit auxjardins de la villaHédicis, dans une voiture fermée, pour y jouir de quelque promenade. A mesure que la crise approche, ses soins redoublent. Le 18 juin 1633, trois jours avant la clôture définitive du procès, il rend compte d'une importante entrevue qu'il vient d'avoir avec Urbain vm.
4 J'ai de nouveau sollicité l'expédition de la cause du sigoor
< Galilée. Sa Sainteté m'a appris qu'elle est terminée ; et que,
< dans le cours de la semaine prochaine, il seramandé, un matin, c au Saint-Office, pour entendre prononcer ^la décision , ou la
. c sentence. Sur cela , je suppliai Sa Sainteté de vouloir bien, en « considération de Son Altesse Sérénissime notre souverain, mi-
< tiger la rigueur dont la sainte Congrégation aurait cru devoir
< user dans cette affaire, pour laquelle Son Altesse avait déjii reçu
* d'elle tant de faveurs, dont elle lui témoignerait personnelle-
< ment sa reconnaissance. Le pape me répondit que Son Altesse*
< n'avait nul besoin de prendre cette peine, ayant volontiers acf cordé, pour l'amour d'elle, toutes les facilités possibles au signor c Galilée. Uais, ajoula-t-il, quant à la cause, on ne peut faire
< moins que de prohiber celte opinion, parce qu'elle est erronée
■ et contraire aux Saintes Écritures, qui ont été dictées ex ore
■ Dei. Pourcequiconcernesapersonne, d'après l'usage ordinaire.
30 MÉt-ANOES SCIENTIFIQDBS BT LITTÉRAIRES.
< il devra domeurer en prison pendant quelque temps, pour avoir c contrevenu aux ordres qui lui avaient été donnés dès 1 6t 6. Hais, c lorsque la sentence sera publiée, je vous reverrai, et nous exa-
< minerons ensemble ce qui pourra se faire de moins mal et de t moins afQîgeant pour lui ; parce qu'il ne peut sor^ de ce pas,
< sans quelque démonstration relative ii sa personne. Je recom-
< mengai alors & supplier humblement Sa Sainteté de prendre t en commisération, avec sa bonté habituelle, ^le grand &ge de c soixante>dix aos de ceboo vieillard, et aussi sa parfaite sincéf rite (à dire vrai, cette d^niëre raison D'ét»t pas bonne). Hais
< elle me témoigna qu'on ne pourrait pas moins faire que de le « religuer pendant un temps dans quelque couvent, parce que,
< sans savoir encore précisément ce que la congrégatioti pourra c décider, elle est uâanime h lui imposer une p.énitence. Tou- 4 tefois, pour éviter les précédents, Sa Sainteté veut que l'on « sache bien, que l'on a mitigé ici toutes les rigueurs de la pro-
< cédure habituelle, en considération de Son Altesse Sérénissime
< le grand-duc, notre souverain. Car, véritablement, pour cela,
< et non pour aucun autre motif, toutes les facilités possibles ont c été, et continueront d'être accordées h son protégé. J'ai seule- € menl annoncé jusqu'ici au sigoor Qalilée, la prochaine expé- « dition de sa cause, et la prohibition de son livre, mais je ne lui t ai rien ditdetapunition personnelle pour ne pas l'affliger, et ne 4 pas lui apprendre le toutà lafois ; d'auLint que le saint përem'a
< ordonné de ne pas lui en parler pour ne pas le tourmenter en* « core davantage ; et parce que, peut-être, en coolinuant de traiter c l'affaire, les choses pourraient s'adoucir. » On voit clairement apparaître dans cette conférence, la ch^eureuse bonté de Niccolini, l'efficacité de la protection du grand-duc; et aussi, le retour d'Urbain VIII & des sentiments de commisération et d'indulgence, envers cet homme illustre, qu'il avait traité autrefois comme un ami, et qui depuis, l'avait publiquement oS«tué.
HKLIKGKS SCIENTIFIQUES BT LITTiRAIRES. SI
Trois jours après cette entrevue, l'orage éclate; et Niccolini eu rend compte k sa cour :
t Rome le (dimaDche} 26 juin 1 633. Lundi soir (ao juin}, le ti-
< guarCralilée a été mandé au Saînt-OfEce. Ils'y est rendu en consé- ■ quence mardi matin (Slj, et on l'y a retenu. Mercredi [ii], on
< l'a mené à l'église de la Minerve, par-devant les cardinaux et les • prélats de la congrégation. Là, non-seulement on lui a lu sa « sentence, mais eocore oo lui a fait abjurer son opinion *. >
Ce dernier acte du drame a été public. Toutes les circonstances en goatconaue3,ayantété immédiatement promulguées, et livrées à l'impressioD par l'ordre du tribunal. Si Galilée a été torturé dans ta personne, comme l'ont prétendu des écrivains très-postérieurs à ce temps, ce n'est pas dans cette séance solennelle du S3, qu'il aurait dû l'être, puisqu'elle avait pour objet la publication du jugement rendu, et l'abjuration qui en était uue des conséquences. Or, nous avons matériellement prouvé que, pendant sa première détention au Sain^OfDce, depuis le 12 jusqu'au 30 avril, Galilée n'avait reçu dans sa personne aucun traitemeut afilicUf. Il nous reste donc uniquement & découvrir ce qui s'est passé dans la séance du mardi H juin, où l'arrêt porté contre lui a été résolu ; et nous le ferons tout à l'heure, d'après le procès-verbal de cette
' Ln indlcUloiis de dstw, on de noms de Joun, qaej'at rsnrermées entre des pârenUitee*, M coodurat do teiis mBine de la ddptebe.
Elk ett datée de Rome le 3S Juin 1033. Cette date est du style (TégorieD.
Or, u appUqaaat ici les rtglta exposées au cbapitre 1" de mon oaTrage, inthoU I àépmi de thnmotegttuitniumfipu, p. U»-U8 ((Bémolres de l'Auddmi« de* idencet, t. XXII), on constate aisément qne l'aonée grégorienne less, qui es commune, commenc&it par un samedi.
Mail, dan* toute aonée commane qui conunencepar un samedi, on peateon». laier, soit par l'inspection des ilmauaâis, aoit par le calcul direct, que la X Jnla est on dimanche. Tel est donc le Jour de la semaine aaquel Niccolini a ton u dépMbe.
Maintenant, dans ton! ce qu'il dit de Galilée il parle au passé. Oa peut donc, pir une compatation rétrograde, connaître les 4lale$ de tous les Jours précé- ■tenu qa'U mentionne par leoM noms; c'est ainsi qne Je les U obtenus, et Mrqoét ealre des parenltièses.
séance même qui est maiotenant coddu en original. Provisoirement, je continue de suivre les détails rapportés dans la dépêche de l'ambassadeur.
< La sentence porte la prohibition de son livre, el sa propre coqc damnation & la prison du Saint-OfBce, pendant un temps limité « par le bon plaisir de Sa Sainteté, pour avoir désobéi à l'injono « tion qui lui avait été faite sur ce sujet il y a seize ans. Sa Sun- « leté a immédiatement (subito) commué cette peine, en une déa tention au jardin de Trinilà del Monte [la villa Médicisj, où je « l'ai conduit vendredi {24 juin) au soir, et où il se trouve ac- « tuellement, attendant les effets de la clémence de Sa Sainteté... ■ Il me parait fort affligé de la punition personnelle qu'on lui a « imposée, laquelle lui a été très-imprévue; parce que, quant au c livre, il punissait se soucier peu qu'il fût prohibé, s'y étant « depuis longtemps attendu. »
Si Galilée, &gé de soixante-dix ans, avait été mis à la torture dans la séance du mardi S4 juin, quelle bonne gr&ce aurait en le pape & lui accorder aussitôt la faveur d'être transféré dans les délicieux jardins de la villa Médicis î Comment, trois jours après, ce malheureux vieillard n'aurail-il pas porté sur sa personne les traces de cette rigueur? Comment les aurait-il cachées ou dissimulées, ^ Niccolini, qui Lui donnait tant de marques de sa vive affectiont II y a là une réunion d'invraisemblances, qui ne permet pas de concevoir raisonnablement un soupçon pareil.
Niccolini ne cessa point d'employer activement et efScacement son inQuence, pour que la détention de Galilée à la villa Hédicis fût abrégée. Après peu de jours, il obtint qu'il s'en atlftt résider à Sienne, dans le palais de l'archevêque Ascanio Piccolomini, dont l'amitié lui étMt depuis longtemps acquise. On en jugera par le billet suivant que ce prélat lui avait adressé à Rome dès le 1S juin.
« L'expérience que j'ai de la lenteur habituelle de cette cour, « me console de la peine que j'éprouve à voir larder l'inslanl où
HiL&NGES SCIENTIFIQUES ET LITTÈRAIKES. 33
< ma maison sera honorée de totre présence. Hais, comme les
< dernières intentions manifestées par Sa Sainteté vous promet-
< lent une prompte et favorable expédition, si, pour une litière, 4 ou quelque autre commodité, vous reconnaissez ma bonne dis-
< position k vous servir, vous pouvez eu user avec toute liberté; f et je n'ambitionne près de vous d'autre titre que celui d'un vrai t et sincère ami, sans cérémonie quelconque.
Par suite de ces heureuses négociations, Galilée put -quitter Ronurle mercredi 6 juillet 1 633 ; et le 1 0, Niccolini écrit à sa cour : ( Lesigoor Galilée est parti mercredi demier.enlrés-ionnesanf^, «pour Sienne; et il me mande deViterbe qu'il a fait quatre
< ttùUu à pied, par un temps très-frais. > Une si longue course à un tel âge, faite volontairement à pied, par pur plaisir, avec une satisfaction de vieillard, ne dénote certes pas un homme qui aurait souflert ia torture corporelle, quinze jours auparavant.
Galilée resta dnq mois chez l'archevêque. Ce fut seulement dans les premiers jours de décembre 1633, que Niccolini obtint pour lui la permission de revenir résider & sa maison de campagne d'Arcetri, près de Florence, sous la condition expresse d'y recevoir peu de monde, et de ne pas y tenir d'assemblées académiques. L'irritation se maintint longtemps très-vive à Rome, et le tourna violemment contre l'ancien maître du sacré palais, le P. Ricardi, qui s'était laissé surprendre l'autorisation d'imprimer les dialogues . Cette irritation était d'autant plus naturelle, que la prohibition qu'on en avait faite était venue trop tard pour les empêcher de se répandre en Italie et à l'étranger. Ricardi fut di^radé; mais le mal qu'il avait causé était sans remède. Alors, ne pouvant plus arrêter l'essor du livre, on se vengea de celle impuissance, en mettant de perpétuelles entraves à la liberté de l'auteur.
Dans ce qui précède, je n'ai fait que recueillir, et présenter par ordre de dates, les documents de détail, fournis par la correspondance de Niccolini avec la cour de Toscane, pendant la durée du
34 HiLANOKS SCIBNTIVlQUBi KT LITTERAIRES.
procia de Galilée. Se De pouvaii puiser h uae meilleure lource. Car tous les embarras, tous les péiils, ausquelt il te trouva alors exposé, se voient, dans celts correspoudance, ofBciellement suivis, et racontés sans réticences, avec le tendre intérêt d'un ami en position de Les bien connaître, qui employait chaleureusement son crédit k les prévenir, les détourner, ou en adoucir les couse' quences. Si, contre toute apparence, Galilée avait été soumis à des tortures corporelles, Nlocolitû s'en serait aperçu; il l'aurait écrit k Florence, et s'en serait hautement plaint au pape, comme d'une inattendue et violents injure faite au grand'duo, dans la personne d'un de ses serviteurs, auquel on le savait parliculièrement affectionné. Ne trouvant donc, dans les faita extérieurs, aucun indice, aucun vestige, de celte inutile cruauté, qui aurait été, en outre, souverainement impolitique, il ne nous reste plus qu'à connaître les scènes intérieures de ce drame, c'estr-bdire, h savoir ce qui s'est passé dans les séances secrètes, où Galilée fut examiné par les commissaii-es du Saint'Ofiîce. Or, les interrogations qu'on lui adressa, les réponses qu'il y fit, se* excuses, ses désaveux, ses soumissions définitives, se voient au- - jourd'hui Imprimés, d'après les registres mêmes da ce tribuna), dans l'ouvrage de Honsigaor HarinoMarin), intitulé : Goliiio e l'Inquisixione, qui a paru à Rome en ISftO. Je n'aurai donc qu'à les en extraire.
Les interrogatoires subis par Galilée sont au nombre de quatre. Les deux premiers eurent lieu le 12 et le 30 avril 1633, peodant sa première détention au palais du Saint-Office, oH II n'éprouva d'autre rigueur que de n'en pouvoir sortir. Le troisième, «a date du 10 mal, ne l'empêcha point de continuer à résider chez l'am" bassadeur. Le quatrième et dernier eut lieu le 31 juin. Ce fut à la suitede celui-ci qu'on lui déclara sa condamnation, et qu'il dut faire le lendemain ii son abjuration publique. Nous.alloni nous transporter successivement à ces quatre séances du tribunal; dont MonsignorHarino-Marini nous rapporta les procès-verbaux.
U&LANGEB SCIBNTiriQUKI BT LITTÉRAIREB. 88
DaoB touB, DOiu dit-il, les interrogalioni faites par les commissaires sont exprimées en latiif, les réponses en langue vulgaire. HonsigDor Harini nous donne les premières, traduites sous la même forme, dette transformation est regrettable. La traduction des pièces d'une procédure, a toujours moins d'aulo-. rité que les originaux. Ici nous serons forcés de nous en contenter.
La première séance, celledu 19 avril, s'ouvre, suivant la forme de jurisprudence particulière h ce redoutable tribunal, qui veut que l'inculpé s'accuse lui-même. Le commissaire demande d'abord fc Galilée i'il tait, pour quelle cause il a été mandé k Rome. A cela il répond : « Se m'imagine que c'est pour rendre compte du m livre que j'ai dernièrement publié. J'en ai jugé ainsi, d'après « ce que, peu de jours avant qu'il me ffit ordonné de venir h « Rome, on enjoignit au libraire ainsi qu'à moi , de ne plus € mettre ce livre k la dispoiition du public, et, qu'en outre, te € libraire reçut l'ordre d'en envoyer l'original h Rome, au Sainl- « Office. > Étant provoqué h dire, quel est le livre, pour lequel il s'imagine lui avoir été enjoint de venir k Rome, il répond : < C'est
< un livre écrit en dialogues qui traite de ta constitution du
< monde, des deux grands systèmes (astronomiques], de l'arran- « gement du ciel, et des éléments, i Lui étant montré un livre intitulé : fDiatngo di Galilêo Galil«i,Lineeo,ele., imprimé èiFlo-
* rence en 1632, il le reconnaît pour sien, et composé par lui
< depuis dix ou douze ans, dont il y en a employé, quoique non
* pascontinuemént, septonhuit.'t 11 parle ensuite de l'intimation qullui avaitété faite par le cardinal Bellarmino, eo 1616, laquelle il n'avait pas cru nécessaire de mentionner au maître du sacré palais, en lui demandant l'autorisation d'imprimer son livre, « N'ajuit, dit-il, dans ce même livre, ni tenu, ni défendu l'opi- « oion de la mobilité de la terre et de la stabilité du soleil;
< ayant même démontré l'opinion contraire, et que les raisonne-
< ments de Copernic sont suis force et non concluants (sono
i:,C00^lc
36 UÉLANOES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIBE 8.
c invalidienoneoneludeati). «Ainsi Sait le premier interrogatoire que Gralilée con&rina de sa signature :
Moi, Galilbo Oalilei, « déposé comme ci-dessus.
J'ai tiré, mot pour mot, ce passage du livre de Hooseigneur Harini, p^es HG, 127. On voit qu'il n'y donne pas le texte même, mais un simple extrait de l'înterro^toire. En cda il a eu, selon moi, un grand tort. Car, non-seulement il manque & la conditioa d'eutière publicité qui avût été acceptée, mais encore il porte préjudice à la vérité que Rome avait tant d'intérêt à mettre au jour. Eln effet, tout son livre est empreint d'un tel sentiment de malveillance si continu et si aigre, contre le malheureux Galilée, qu'il semblerait, en vérité, s'-étre proposé, non pas d'exposer avec sincérité les circonstances de son procès, mais plutdt de le lui refaire, pire qu'il n'avait été alors. De sorte que l'ardeur de sa passion rendant son témoignage justement suspect , on pourrit croire qu'il aurait volontiers dissimulé des violences corporelles, s'il y en avait eu d'exercées. Heureusement, nous arons tiré d'ailleurs, des preuves indubitables, qu'on ne s'est pas porté à de tels excès. Ainsi nous pourrons profiler sans crainte , des détails de ces scènes intérieures, que Monsignor Harini a bien voulu nous laisser voir. •
La deuxième séance tenue par les commissaires instructeurs eut lieu le 30 avril. D'après ce que Monsignor Harini en rapporte k la page 129 de son ouvrage, elle aurait été entièrement ou presque entièrement remplie par un long discours de Galilée, où il confesse humblement ne s'être peut-être pas assez strictement conformé à la défense que le Saint-Office lui avait faite autrefois de soutenir et d'enseigner, quovis modo, l'opinion déjji condamnée de la mobilité de la terre et de la stabilité du soleil; ce qu'il rejette sur le penchant natufd qu'on a, en écrivant des
MELANGI8 aCIENTIPIQUCS BT LITTERAIRES. 37
dialogues, < à âiire parler chaque personnage avec toute la force
< et la subtilité imaginables en faveur de l'opinion qu'on lui atc tribue. Ainsi, dit-il, en revoyant aujourd'hui mon livre, comme
< un ouvrage qui me serait étranger, je reconnais m'étre laissé
< quelqueTois emporter, par un sentiment de vaine gloire, à t mettre dans la bouche de l'adversaire (le partisan de Copernic)
< que je voulais réfuter, des arguments si vifs et vigoureux, qu'un
< lecteur non prévenu, pourrait bien ne pas les tenir pour bibles
< et Vilement récnsables, comme je les croyais, et les crois en- « core... Si j'avais & écrire aujourd'hui les mêmes arguments, je
< suis bien assuré que je les écrirais de telle manière, qu'ils ne
< présenteraient plus cette apparence de force , dont ils sont f essentiellement et réellement dépourvus... > Puis, revenant sur
'ce thème, h la fin de la séance, < si l'on voulait bien, fgoule-t-il, ( me donner l'occasion et le temps de montrer que je n'ai jamais ( tenu, ni ne tiens pour vraie l'opinion condamnée de la mobilité
< de la terre et de l'immobilité du soleil, j'ajouterais aisément àc mes dialogues deux nouvelles journées, où je promets de ref prendre les arguments déjà présentés en faveur de cette opi-
< nion fausse et damnable, pour les réfuter avec toute la force ( que le bon Dieu me pourrait donner... t L'infortuné espérait vain«nent que celle condescendance simulée pourrait le sonstreiie au péril 06 le mettait l'accusation d'avoir désobéi au Saint- Office. La baine de ses ennemis était trop clairvoyante pour se laisser tromper à ces apparences. Hiùs que penser de Honsipor Harint qui, h la suite de ce discours, prend soin de faire remarquer que les'raisons alléguées par Galilée, pour se justifier, sont tout & fait insuffisantes ?
Après la séance du 30 avril, Galilée est reconduit chez l'ambassadeur, sous la condition expresse de n'avoir aucun commerce avec des personnes étrangères à l'ambassade {de non tractando eum ttlii^ quam cum familiaribut et domesticis illivs paiatii], et de se représenter en personne au Saint-Office, quand il y serait
38 HiLANOBS SCIBNTiriQUBS BT LITTÉRAIRIS.
mandé * . On l'y appela effectiremeDt le f 0 miù , pour lui sigaifler de se tenir prêt, dans le terme de huit Jour*, à présenter ses défenses, ti quai facere mUt aul intendit; car Honsipor Mariai se montre très-scruputeax à citer le texte latin , pour des choses de nulle importance. A cela Galilée répond : f J'ai entenda ce que
< Votre Rérérence vient de dire ; et en réponse, pour ma dérense,
< c'est-à-dire, pour montrer la sincérité et ta pureté de mes inten- «tlons, sans prétendre m'excuser complètement d'être tombé c dans quelque excès, je lui remets l'écrit ci-joint, accompagné « d'une allestatioa signée du cardinal Bellarroino, m'en rapporc tant d'ailleurs en tout, et pour tout, à la bonté et h la clémence « de ce tribunal. » Alors, après lai avoir fait apposer sa signature an procès-verbal de cette séance, on le renvoya chez l'ambassadeur ; et habita ejvt tuêcriptidn» , fuit remiitut, ad domwn ■ tupradieH oratoris termùtùni magni dueù. Voilb encore une de ces phrases peu compromettantes, pour lesquelles Honsignor Jfarini se ferait scrupule de ne pas citer le texte latin, ce qui, apparemment, a dlspeosé sa coDscience, de nous le donner pour beaucoup d'autres, qui nous auraient paru bien plus importantes. Par les passages de cet écrit de Galilée que Honsignor Harini rapporte, on voit, qu'en substance, il s'y efforce d'atténuer le tort qu'on lui reprochait de n'avoir pas fait connaître an matlre du sacré palais, quand 11 vint lui demander l'autorisation d'imprimer son livre, la signification expresse de ne plus soutenir, ni quomt mcdo docere, le système de Copernic, que le cardinal Bellarmino lui avait adressée par écrit, en 4616. Cette réticence, dit-il, ne doit pas être imputée à mauvaise intention; elle n'a été que l'effet d'une inadvertance, d'un manque de mémoire, d'autres motifs tout aussi plausibles. Mtùs Monsignor Harini ne se laisse pas prendre à ces apparences. Il s'applique à prouver que Galilée avait sciemment désobéi aux ordres du Saint-Office, et
HÉLARGEB SCIENTIFIQUES KT LITTÉRAIIEB. 39
il nftse montre oullemeot disposé à l'absoudre fur l'intention. Ce fat en effet, sur ce cbef pârilteux de l'intention , que porta le quatrième et dernier interrogatoire du H juin ^ 633 , à la suite duquel Galilée fui condamné*. Le pape en avait ordonné Binsi, par UD décret spécial daté du 1 6 juin, que Honsignor Marini a tn)u?é mentionné au procès, dans cea termes : Sanetitsimvs mandant ^eum interrogandutn este super intentions. Vrai- «emblabiement, cette détermination fut le résultat de conférences dans lesquelles la congrégation de cardinau:^, instituée pour juger la caase, eut entendu et discuta les rapports des commissaires instructeurs. Hais, Honsignor Harini* ne nous révèle point ces mystères. H ne donne même qu'un maigre extrait de cet interrogatoire si important. Voici comme il le résume, page 64 : G^ilée étant mis en présence des officiers [officiali} de l'Inquisition, il lui est demandé, s'il tient, ou a tenu, etdeituis quel tempE,il aundt tenu (pour Traie) l'opinion de Copernic? A cela il répond : < Autrefois, « c'est-à-dire, avant la décision portée par la sacrée congrégation c de l'index, et avant qu'il m'eût été fût aucune injonction à ce c sujet, je restais indifférent, et je tenais les deux opinions, de c Ptolémée et de Copernic, pour disputables, parce que, l'une et
< l'autre pouvaient être vraies en fait (in natura)r Mais, depuis
< que la décision susdite, a été établie par la prudence des autoc rites supérieures, toute ambiguïté a cessé dans mon esprit ; et
< j'ai tenu, comme je tiens, pourUès-vraie et indubitable, l'opinion € de Plolémée, c'est-à-dire l'immobilité de la terre et la mobilité
< du soleil. > Alors, lui étant opposé , comme présumable, que, depuis l'époque indiquée, il aurait suivi encore la doctrine condamnée, ayant imprimé le livre des dialogues, sur quoi il ait à dire librement la vérité, s'il la suit encorCi il répond : c Quant ( an livre des dialogues, je ne me suis pas mis à l'écrire, par la
> Pour l'identiflcatioD de cette date, Toyei phu bant la dâpiche de Niccotlnl, du M Jniii 1«S3.
« raison que je tienne pour vraie l'opiDioD copemicienne ; mais « seulement, dans la croyance d'Jtre utile au public, j'ai exposé « les raisons naturelles, et astronomiques, qui peuvent être proc duites pour celle-là ou pour celle de Ptolémée ; m'ingéoiant à
< tnoDtrer comment, ni les unes, ni les autres, pas plus du cAté c de la première* que de la seconde, elles n'ont la force d'argu-
< ments démonstratifs; et conséquemment que, pour procéder c avec sQrelé, il faut recourir à la détermination tirée de doctrines c plus sublimes, ainsi qu'on le voit manifestement dans beaucoup « d'endroits des dialogues. D'où je conclus que depuis ladite dé- « lermination venue des autorités supérieures, je n'ai tenu, ni ne « tiens, l'opinion condamnée. » Hais sur cela, il lui fut dit, que, même d'après le livre précité, et d'après les raisons qu'on y voit apportées en faveur de la partie affirmative, c'est-à-dire que la terre se meut et le soleil reste immobile, il se trouve sous la présomption d'avoir suivi le système de Copernic, ou du moins de l'avoir suivi quand il lui en fut fait la défense : qu'en conséquence, il se résolve & confesser la vérité, parce que faute de le foire, devenietw contra ipsum ad remtdia jnrit et facti opportvna, page 62 ; ou, page 59, suivant une autre veràon plus explicite, alias devmietur ad torturam. Sous i'effroi de cette menace, l'infortuné répond : < Je ne tiens pas , et je n'ai pas « tenu cette opinion de Copernic, depuis que l'on m'a signifié c l'ordre de l'abandonner. Au surplus, je me trouve tet dans « vos mains , faites de itwi ce que vous poudrez. le suis ici
< pour faire ma soumission {per far obedienxia), }e n'ai pas tenu « cette opinion depuis qu'elle a été condamnée. > Là, dit Monsignor Marini, se termine ce quatrième et dernier acte de son procès. Après quoi les' commissaires ajoutent : et cum nihil aiiud posset haberi, remistus fuit ad locum sUum; c'est-à-dire au palais de Vambassadeur de Toscane, suivant l'interprétation de Monseigneur Marini.
J'éloigne, pour un moment, les réflexions que ce document
MiLANGBS SCIENTIFIQUES ET LITTÉHÀIRES. 41
suggère. Je De veux d'a6ord qu'en fixer la valeur. L'interprétation que HonsigDOr Harini donne de la dernière phrase, dit plus que le texte; et ce plus, est Ji la fois sans Traisemblance et sans vérité. Les deux mots, loeum suum, peuvent tout aussi bien désigner le logement qui avait été assigné à Galilée dans les appartements du Saint-Office, qiv le palais de l'ambassadeur, où, après les premiers interrogatoires, il lui avait été permis de se tenir, en attendant qu'il fût appelé de nouveau pour être dëQnitiTement èxa^ miné et jugé. Ce dernier examen eut lieu dans la séance du 91 juin. Le délibéré du jugement dutimmédiatementsuine. Car la sentence de condamnation lui fut signifiée le lendemain 32 ; et il fut oondnit, ce même jour, k l'église de la Minerve, pour y fûre publiquement l'abjuration qui lui éttùt imposée. N'est-il pas bien naturel, qa'enb« ces deux actes consécuUfs, et si proches, on l'ùt gardé au Saint-Office, plutôt que d^ le renvoyer en liberté chez l'ambassadeur, d'où il aurait dû revenir après quelques heures, pour entendre prononcer son jugement, et accomplir la formalité pénale qui en était la conséquence? Mais, qu'est-il besoin d'alléguer des vraisemblances T L'alternative est décidée par ' la dépêche de l'ambassadeur, en date du 26 juin, que j'ai rapportée plus huit. Car il y est formellement dit, qu*après la séance dn SI juin, Galilée retta détenu au Saint-Office, et fut conduit le lendemain k la Hinerva.
Je suis persuadé que Honsigoor Marini a donné cette légère entorse h la vérité, dans la bonne intention de s'en taire un ai^ment décisif, pour démontrer que Galilée n'a pas été mis il la torture. Car, h la page 61 de son livre, il en tire précisément cette conséquence favorable, en présentant d'avance, comme un bit, ce qui, à la fin de la page suivante, se trouvera n'être qu'une affirmation fausse, prêtée par luiau texte, qui ne lacontientpaa*.
' Vtrid les prapree pirolM de Honsignor Harint, pige 61, qu'il fait tenir de. priambule à ce quMrième et dernier Interregatolre du ai Juin, dans l«quel
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42 HÉLANOKS BCIENTIPIQDIB ET LITtArAIRB 8.
La portion de ce dernier interrogatoire, qui a été transcrite par Honsignor Marini , constate positivement que Oalitée a été menacé de la torture. Elle ne dit rien de plus. Heureusement, nous avons démontré, à poateriori, par des preuves, certaines, qu'il n'a pas été matériellement torturé. TeDon&-DOus-en k cette conclusioD, et ne la laissons pas vicier, en y assoi^ant l'argumrat faux de Honsignor Harini. On perd les meilleures causes, quand on altère les faits, ou que l'on corrompt le sens des textes, pour les défendre.
Un autre trait compromettant pour la véracité de Honsignor Marini, ce sont les deux énoncés dissemblables de cette menace, qu'il cite, à trois pages de distance, comme également transcrils du texte original. De ces deux versions, .laquelle est vrûe, laquelle fausseT ou seraient-elles fausses toutes deux? On ne peut le ;savoir. Housignor Harini affecte de citer littéralement le texte latin, pour des pbrases de nulle importance. Comment ce scrupule t'a-t-il exceptionnellement abandonné pour celle-ci, la plus importante de tout le procès?
Non t Galilée ne fut pas alors physiquement torturé dans sa personne. Mais quelle affreuse torture morale ne dut^il pas souffrir, quand,' sous la terrible menace des supplices et des cachots, il se vit misérablement contraint à se parjurer contre luimême ; à renier les immortelles conséquences de ses découvertes,
Galilée fut eismlné ■ tuper imenlione... Un» prora, conviucoatissima, ch'egli
■ » ca^ooe di euo non fu martorlaio, dallo «tesso eianie si rilevs, poiche ana
■ fu coBtrMIc dl altro agglnngere » quelle che spcaunemente area cogfeautci,
■ DM Ub«r»meMa dimtuo » rinamialo ol palazai dell' amèaaciaiore lotctmc.-' Or le fait énoncé daos es dernier membre de phrase , est poslIiTemenl iiment) par l'amboMadeur lai-menie qui, dam sa dépêche da M ]aia IflU, écrit K M cour i « H tignor Galilei fu cblamaio lunedi sera al S. Ufflcio, ots
■ si transferi martedi maltiaa conforme atl' ordine, per sentire quel rhe pol«s-
■ sera dsalderare da loi, ed etteodo stato rilenuto, fa condotto mercoledl alla s Hinerra, avant! alli ligaori cardinall e prelali délia congregazioDS, dore « non solamenle gtl fu letta la eeaienza, ma fatto anche abjursre le sua opt-
■ nione. ■ (F., IX, p. AtA et &&!>.) ftous avons plus.haat retrouTd 1« dates dn trois Jôari, déii^éa id par leurs noms seuls.
hAlANAES BCIIRTIFIQVIS BT LITTiHAIRBS. - 43
à déclarer vrai ce qu'il croyait faux, et à faire lermeot de ne plus sooteair désormais ce qu'il croyait la vérité t Comprend-on bien les angoisses de ce martyre : les amertumes dont cette intelligence d'élile fut abreuvéeT Et l'on ne proscrivit pas seulement ses pensées d'autrefois; on s'efforça de les enchaîner pourtoujours. Depuis cette époque fatale de 4633 jusqu'à sa mort, arrivée le 8 janvier 4649, c'est-£i-dire, pendant les neuf dernières années de sa vie, lem^heureux Oaliléa resta dans on état de suspicion sourde, et de surveillance inquiète, dont la rigueur le poursuivit au delà dn tombeau. Des théologiens fanatiques voulurent contester la validité de soD testament, et lui faire refuser la sépulture ecclésiastique, comme étant décédé soos le coup d'un cli&tiinent infligé parl'iDquisiliou. Hais ces odieuses tentatives furent judiciairement repouasées, et Florence, sa patrie, n'eut point à rougir de s'être montrée infidèle envers la mémoire d'un si grand génie, qni lui avait fait tant d'honneur.
Voilà la vérité sur le procès de Galilée. La postérité, dans son impartiale justice, a interverti les rfiles du persécuté et des persécuteurs. Haie, en honorant le génie et le malheur de l'un, sans absoudre les autres, elle ne doit ni exagérer les violences trop réellement exercées, ni taire ou dissimuler les provocations imprudentes qui les ont bit naître. C'est ce double jeu des passions bumtùnes, que j'ai voulu mettre eu évidence, dans l'événement qne je viens de raconter.
De nos jours, au xix' siècle, la cour pontificale devra profondèmeot r^retter d'avoir confié la publication du procès de Galilée à Honsignor Harini. Son livre est une compilation sans ordre Di méthode, rédigée dans un esprit de polémique ardente, qui, au lieu de persuader et de convaincre, par une exposition fidèle des faits et de leurs causes, s'engage imprudemment dans des récriminations périlleuses, où la partialité de l'écrivain pourrait rendre suspecte la fidélité du récit Combien n'aurait-il pas été préférable pour les intérêts de la vérité, comme pour l'honneur
i4 MÉLANGES SCIENTIFIQUES BT LITTÉRAIRES.
du Saint-Siège , que la confection d'une œuvre si importante eût été remise aux mains d'un personnage aussi savant, judicieux, éclairé, que l'était le commissaire du Saint-Office, avec lequel j'eus l'honneur de m'entretenir, en 183S, dans les salons du Vatican { Sans doute , des esprits de cette distinction sont rares ; mais il n'est pas b croire qu'ils manquent aujourd'hui, à Rome. Celui-là connaissait bien mieux que moi le fond , et les particularités du procès, n était bien mieux instruit des intérêts et des passions qui y concoururent, que je ne l'étais moi-même alors. Tout ce qu'il me dit des torts personnels de Galilée envers Urbain Vm, et de la prise qu'ils donnèrent sur lui à ses ennemis, était parfaitement véritable. C'était réellement le nœud de l'acre, que j'ignorais. En me l'indiquant avec une gracieuse aménité, comme il le fit, il usa envers moi d'une grande indulgence. Je saisis l'occasion de rendre cet hommage à sa mémoire. Il n'est jamais trop tard pour se montrer sincère et reconnaissant. '
Pour compléter cette étude, je joins ici, en note, le texte original de la sentence portée contre Galilée, ainsi que la formule d'abjuration, qu'il prononça en conséquence, le tout ayant été rendu public par le tribunal de l'inquisition. Les considérants résument tous les griefs religieux que le tribunal pouvait ottensiblement alléguer contre Galilée. Il n'y est fait aucune mention des griefs particuliers à Urbain vm, qui eurent cependant le plus d'efficacité pour envenimer sa cause, et le mettre en péril: On a répandu, comme un fait traditionnel, qu'après avoir abjuré, b. genoux, la doctrine de la mobilité de la terre, il aurait impatiemment murmuré, en se relevant, e pur' si muov«, et pourtant elle se roeati Hais, outre qu'aucun des personnages contemporains les mieux informés, ne lui attribuent ces paroles, ce que nous avons rapporté de ses aveux, et des renonciations, en appar rence volontaires, sur lesquelles il fondait sa défense, éloignent toute idée, qu'il eût osé se jeter témérairement dans un pareil péril. Il dev^t se sentir trop heureux d'être sorti, sain et sauf.
MiLANGBS SGIENTIPIQUKS IT LITTÂRAIRES. iS
des mains des loquisileurs» pour s'exposer h irriler de aouveau leur courroux, par une vaine bravade. Ce e pur' n muove, est un de ces mots de circoostance, inventés après coup, que la traditioD adopte et rend célèbres, mais qui n'ont jamais été prononcés.
SENTENTIA CARDINALIUH IN GALIL^UH
ET AUURATIO EJUSDEM , BXCBRPT^ ES J. B. RICnOLÎ ALMAQESTO NOVO.
Nos GoMpar tituU S. Cnieû HieroM>l;mi
FrMer Félix Ctiuiniu tituli S. A
Gaidtu Uluti S. Harie Popoli, 1
FrMer BettdtriMi ScagtiaX\\a\\ S. Caroli, dictas dt Cremona.
Prater AtUOniui Barberiniu, dictus S. Onupluii,
lamdMus Zaeckia titali S. Petii la Vinculii, dictui S. Sixit.
MerlingtrtHi titoU S. AugusUni, Gf/ptiiu.
Fahrieifu S, Lkurenti! In pane, et peraa Verotptmt, dictas Presbfter.
Frtmefuta S. Lam-eatii iu Dimuo Eerbarintu, etc.
Mm-rtmu S. Huis Novs Gfneiliu, Disconî, Par Ulierlcordiuii Dei Sanct» Rom. Bccl. CarcUn»lei In uiiTersa Republica Christiana contr» hnretlcan) preritatem IiiquMtOKB Goierales k S, 3ede AposColîca specialltar depatati.
Com tu GalUne flU qDQndam Vincentîi Galilnl Florentlni, ntMis tue anno mm 7D, denuaciatos fueris anno leis, îa hoc S. Offlcio, quU taneras tanquam veram, falaam doctrinam i maltis tradltam ; Solem TJdelicet esBe In centra . Hondi, et immobilein, et terram moTeri motu etiam diarao : item qaM haberat qnosdam discipoloa, quos docebas eimdani doctrinam: item quAd clrca eamdeiD aerrares comupondeDtiam cum quibuadam Germanin Hatbeinaticia : Item qaàd in Incem dediiaes quaidam Epialolas inicriptas de macnlis Solarlbm. In qnibas eipUcabat eamdem doctrinam, tanqaam veram, et quAd objectkinibas, qme identidem flebant contra te, numptis ex Sacra Scriptata, respon-
i6 MÉLANGES SCItMTiriQCEB ET LITTÉKAIBKS.
dtbu ^oBsudo dietaoi Soriptaram Jaiu tunin Mntum ( cùmqua deioeepi ccrom exhibituiD fuerit eiemplar Scriptiouis in forma Epistoln, qun periiib»batur à te Bcriptï sd quemdam disclpulum olim tuum, et In es secratus Copn<nld bypoltieiei, contineu naDDullH prppotitioaM coDtr» TSrnnt hmiuii, et aDCtoritfttem StcrH Scripluiw.
Volens proiade boc S. Tribunal prospicere incODvenientibnB ac damois, qan bine provenlebant, et Increbrescebant in pernjcicnt Sancts Fidei : De luudato Domini N. Et Emiaentissimorum DD. Cardiualiuia bujua supremœ ac nnirerlalJB InqaUitioni», à Qualiflcatoribas TheologiB qualiflcatK Tuerunt duK propo- BÎtionea de stabilitate Solis, at de motn Terne, ut infrà.
Soltm eue in centra Mvndt, ei lauwbtlewt muu loeati, propoiitio abiurtU, a faÎMa {n Philosophia, et formaUler harettca; quia têt expreui emuraria Sacra Scriplurx,
Terram non eae ceninmi MmtH, née taimobdem, led mmeri mon» ellam dhoTt», ett ilevt prepciliio abmrda, ■( faiui in PUtotophia, ei iheologlcè eontidtralt, ad atnui erronea In Fide.
Sed cùin placeret iaterîoi tùin inobii tecum bénigne procédera, decretum fuit in S. Congrega'ione babita rorkm D. N. die S5 Febru&ril luinf leie, al Eminentis^mi» D. Card. Bellarminus, tibi injungeret, ut omnino recederra 1 pradicta falsa doctrina; et recnsanti tibi, à CommtHario S. OfficJi pnecipeietur, ut desereres dictam doctrinam, neve iUam posaes alios docere, nec defeodere : Dec da illa tractare i cui precepto u non acquiescerM, ConJiceTe'in carcerem : et ad exequntionem rtjusdem Decreti, die lequenti in Palatin coram Bupradiclc Euiineulis. D. Cardin&ll Bellarmiuo, postquam ab eodem D. Cardluali bénigne «dmonitus fueras ; ti{)i * D. Cammiasario S. Officii eo umpoie Tungenle, preraptumfuit, priesentibuB Koturio, et Testibus. Ut omnino deÙBterci ï dicta Titlsa opinione ; et ut In postcium noa lli-eret tibi eam derendere, ant di>cere quOTis modo, neque Toce, neque Bcriptia ; cùmque promûlsset obedientiam, dimlssos ruiati.
Et ul pror«ua tolteretur tam pemlctosa doctrina, neque ulteriùa terperet in grave detrimentum Catbolico veritatÎB, emanavit Decretum k Sacra Congregatione In licis, quo Ciierunt prohibiti libri, qui tractant de huJuBinodi doctrina; et ea declarata fuit falsa, et omnino contraria Sacr» ac Divinn Scriptors. Clinique pustremâ comparuissel bic liber Florentia editus Anno proximi preterito, cujug inscriptio Dttendebat, ta illius autborcm eiae, aiquidein tiiulua erat Diatogo dt Galilto Galitei delli due ttaatimi Sûlemi del Menio, TùUwtaie», i Copenticano, cùm Btmul cognovisset Sacra Cangregatio ei impresMone pivdictl libri convalescere in dies magis, magisque, falsam opinionem de mota Terra, et stabililato SoIIb, fuit pradictuB Jiber diligenter coniideratus, et in ipso depraliania cit apeni tranBcresaio pr«dicti procepti, quod tibi intitn»tam fuerat i eûquèd tu io todem libro di^aadiiseï pn»diciaiii opinionem Jam damnatam, at corani ta pro tali declaratam : Siquidem in dicto libro rariii circmarolutioaibusantagii, utpenuadeaB, eam à lerelLnqaitanquamiDdeciaam, et«ipre«iA probabilem, qui pariter eit grATiagimus error, càm nulto tuodo probabilis esaa posait opinio, quK Jun declarftta, ac definita fuarit contraria ScripturjB divina.
Quaproptar de noatro maudato eyocatiu m ad boc S. Officiiun, in qoo «»■
HÉLANaSi SCIBNTiriQUBS ET LITTÉRAIRES. 47
mlnttiu, cDm Jurunenlo •fTiartiti dlelum librum, twiquain t te conicrlptum, M typh commUaaDi. Ftem confouiu es decflm, mut duodecim cirdtêr ab h<nc ■nnii, poatqu&m UbI factum Tuerat preesptum ut loprl, cceptum II te ■crib) dtUuin librum. Itsm qu6d petlÏEti Itcentlsm lllum ATalgftndE, non sigoISsins tunen ilUi, qui UU talam fscultuem doderunt, tibi prneeptum fulue, ne 1»^ mm, doIbndBraa, docsraiTa quorU modo talem dociriaain.
Con&sias v parlter, Serlpturam prndlctl llbri pluribuB in lodi It* compo- ■ilun eue, ut Leclor eiiitfmare poult «rgumenl* ducte pro p»rt« ftlia, eme iti ennndiu, ut potiàt pra lllopura «fflMcU ponent kdjtrEngera intat- Itctnm, qu«in t»e\\i dlatolvi , eicuMni te, quAd InauFrarls In erroram Mle6 (at diilili) allenura k tna Intentione, e6 quM scripurii iu formam dlalagl, A pfOpMr naturalam eomplMeDllam, quam quillbet habct de pniprlli lublUltuibui, et In Mtendendo u magii ergutumt qukm ilnt oommaalter bomlnw lu invenlendo etiam ad faïOTeai prapoallioaum ralaarum IngenloMB, et »pptrenlli pni babil itatls diicuraaa.
Et cÙDi adsIgnatuB tIbi raleset tennlnua conTenteni nd lui defenilonem fadendam, protalbtl tettlBcaitanem ex autbograpbo BinlnenlÎMlini D. Gard. BeHirmini ï te , ui dicebss, procuralam ut te derenderei à calumuiis inlmlcorTtni.tDaniin, qnt dlelltabuit, te abjurusa, et punltum fuisse ï S. Offlcio: In qui teatiflcatlone dieilur ta non abjuraaae, nwgue puoltum IHilue, aad tantummodo deuuntlaum tlbl fuisse deelaraclonein factam ft Domino nostro, et pmmulgata A B. Congregatlone Indlci*, In qna eontinetur , doctrinani Je motu terne, et stabiUiate Salis cantrariatn ««se Sacrls Scripturis, Ideoque defendl Don posse nec tenerl. Quare cùm Ibl mentio non Hat duarum partlculanim . precepii, Tidelieet Aoeert, «i iptatli mod», eradendum e«t. In deeunu qua- Inordedm aat Mideclm annomm cas tlbl ë memorla excldlsie, et ob huic ipaam eausam te taculsse pmceptum, quando petlisU facultalem librum typia mandaodl, et boe a te dlcl non ad excusandum errorem, sed ut adairiberetur TIRE ambitioni potius, qutm malltia:. Sed hicc iptft testlfleatlo pndueia ad toi deTensionem, tuam causam magis aggrar avii , sif[uidem in ea dicitur pmdictim opinionem esse contrariam Sacrœ Scripturs, et tatnea ausus es de illa tractare, eam dcfendere, et persuadere taaquam prababilem : aeque tibi sufTragatur fsculias à te artiflciosË, et callidË eilorta, cilua non nuinlfestareris pteceptum tibi imposiium.
Ciim Terè nobia Tîderettir non ease A le intesnoi Terltatem pronunciatam dru loMii imentionem: indlCATimus necessèewe venire ad rigoroBum eitamci) tui, in qno (absque prœjudicio aliquo eorum, qus tu confeasua es, et quie centra te deductu sunt suprà, circa dictam tuam intcntionem) respondiMl eillMticfe. QuApropter risis, et maturi consideratia merills islius tue causas, uni cum supradictis tuls coiireislonibiM, et eicuiationlbus, et quibusTia aliis rébus de Jure videndis, et cansideraadis, devenimus cuntra te ad infrascriplAm deSaiiiTam sententism.
Invocato igilur Sanctissima oomine Domini nMtri Jesu Christ), et ipsiua glorioBissimm Hatris semper Virginis Marin, per hanc nostram deflnitiTam Matantiam, quan Mdeoda pro tribunal! de consilio , et Judicio RcTerendorum UiglitrOTum Sacns Theologis, et Juris utriuique Doctorum nostrornm Consullonim prorerimiu in blB scriptis, clrca caumid, et causas coram nobia contiO'
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TSnM, inter Hif^illcum Carolom Sinceram ntriosqae Juria Doctorsm S. fanjai Offldi Flscalem Procnrstorem ei ans parle, et te GatilBum Cilild reinn bic de prewnti procelûootli Kripturl inquiaitam, eiuninUuin, et coDrcwum, ut Bupri, ex altéra, dicimug, Jodicanma, et declanmna te Galilanra nipradictum, ob ea, qa» deducta tant lu proceaiu acriptura, et qa» tn coofesaua ee ut anpti, te iptam reddidlste bcic 3. Officio *diemeoter smpectnm de bnRri, ' hoc eat qu6d ciediderii, et tenoeris docthaam falMun, et coDtnuiui Sacria, ac Diïtaû Scriptoiia, Sotom TÙtelicet gmb ceotrom orbla tems, et eum non moTeri ab Oriente ad Occideat«iii,etTwTainiiM)rari,nece«8eoeiitrDniMundi, etpoaat teneri ac detendi, tanquam probalûleiii opinionem altqnain, postquun declanta ar. defloita ruerit contraria Sacre Sciiptnne ; et coniequenter te Incairiaw omnea censnnw, et pcaiiaa i Sacris CaaonibuB, et aliirCooititDtionJbtu generalibua, et particDlaribna contra hi^Juamodi dalinquentei atatntû, et promolgatia : A quiboa placet Dobla, al abaolvariB, dummodo prida corde aiocero, et flde non flctft coram nobîi abjurée, malcdicai, et deteaterJe aupradiciai errores, et bureaea, et quemciinque alium errorem, et bureaim cmitmiam Cathollcn, et Apoatolice Romans Ecclesic ea formula, qnn tibf à uobii eihibetur.
Ne Bulem tuiu iaie graTÙ, et pemidoana error ac transgrewlo Tonaiiea^omnino impunitiu, et tn Imposterum eantior évadas, et «Ji In exemplnm aliiâ, ut abetineant ab bujnsmodi delictis, deceraimna, ut per puUicum edictum prohibeatur Uber Dialogomm Galilni Galitni, te autem damDamiH ad formatem carceiem hajua S. Officii ad tempui arbitrio noatro limllandnm, et titulo ptonitenlis aalntarii predpiinna , ut tribus annis Aituria récite* aemel in bebdomada ieptem psalmos pcanilentialcs : neerranlee oobis potiMlatem nwderandî, mulandi, aut tollendi omnino, vel ei parte supradictas pœnai, et posoileutiaih
Et lia dicimuB, pranundamaB, ac per eentemlan) declaramus, ttatuimna, damnaiDoB, et reurramoB hoc, et omni alio uteliori modo, et rormula, qua df Jure poMumus ac debemna,
Ita proouadamna Nos Cardinales infraecripli.
F. Cardioalis de Ascnu).
G. Cardioalis Bentivolcs.
P. Cardinalia de CauroKÀ.
Fr, Antonlns CardinoJis S. OmpraiL fi. Cardlaalb Gïniiis.
F. Cardinalia Vaaoant».
M. Cardinalis Guinrus.
ABJURATIO GAULAI.
ËRO GalUEUi Galilnl, fliius qaoadaiD Vincentii Galilni FloreotlmiB niatii tnec AnnoromTO, consUtutuspertonalil^inJudido, et gennfleina cDrua TobH Eminentiaslmig, et Rererendlssimis DoininiB Cordinalibus unÏTenn Cliristianv
Reipoblica contra bKretlcftiu pravitalem geaeralibus Inqulailoribus, hsbens Vite ocolcH meoa «acroMuicU ETUigelia, quK tt-ago praprlis manibua, Juto me Mmper crodidàse, et niuic credere, et Dec a4J°*"itB in posterura creditumm omne îd, qnod tenet, pnedicot, et docet 8. Catholica, et Apottollca Ro- Duna BedeM*. Sed qnii ob boc S. Officio, eb qii6d postquain mihl, cum inncepto foent ab eodem JnridicË injunctum, nt onuiiDo desererem filsam Dtànianem, Qun tenet Solem «sae centram ac mOTeri, Dec poMem tenere, de> leadere aat doceie qamiB modo, Tel Bcripto pnedictam doetrinsm repngnaattai eaw Suns Sciiptone; scripsl, et typiimanâstl librum, in quo eanideoi doctriiuuii Jun dainn&tain tr*cto, et adduco ratloiifB, cum mtgna efficacia ia ftTM«m Iptins, noD afferendo ullam wluCiODeni ; idcirco Judieatus anm vehemaaiersupectm debiereai, fidelicet, quAd tenuvim, et crediderim Solem ease eaitmin Mundl, et immobiiem, et terram non esse centram ac moTeri.
IdciKO TOleiu ego eilmere k msntjbu» Eminentianun Veatranun, et ctOn»canqne Chiiiilaiii Catbolici vehementem bane saspidonein adverMin mejaiè coDceptam, corde ùncero, et Sde non ficta abjura, maledlco, et deleetor tupndictoa errores, et hnreaea, et generaliter qaemeanque alium errorem, et •ectam conlrariam uipradictje S. Eccleain, et Joro me in pceterum nuaqnam aiBpIiiia diciarum, ant aBsertunim voce, eut scriplo quiâqaam, propterqaod poait haberi j)e me stmllU soapicio ; wd û cognoisra aliquem hfBreticum, aut ao^MctoDi de bnresi, deanatiatunun iliitra buic S. Offido, aut Inquintori, et Ordinarlo locl. In quo faero. Jaro ioHuper ac promitto, me Impletarnm, et obBerratuTum istegri omnea pceaiteotlai, qnn mihi imposit» sunt, ant impooentat ab boe S. Offldo. QuM si conttngat me aliqulbua ei dictia meis pnMuieakinibus, protestation i bus, et juramentis (quod Dens avertat) contraire, nbjido me ocnnibas pœnis, ac sappliciis, qoœ A Sacris Canooibus, et allis CoDstîtatioaibas geoeralibuB , et particnlaribus coDlra bnjasnwdi delleqnentea siatiita,etpromulgatarneruii(: SiemeDeu3a4)uTet,etSanctaIpstusEvai)gelia, qns tango prapriis manibas.
Ego GalilBas Galilief aupradlctus at^uravi, Jaravl , promis!, et me obligavi nt loprà, et in borum fldem mea propria manu subecripal pnesenti cbiropapbo mec abjurationis, et rediavi de rerbo ad Terbum. Romn in Conventa HinerTB, bac die 2i Jnidi, Anal 1633.
Eso GU.ii.BDB sAULU ANuaAVi ot BiFU maud paopiu.
LA CONMMINE.
ffittnXt^UBtitnvIiUmtvmeUt, 1813.)
Condaoïine (Charles-Marie La], de l'Acadéniie des Sciences, de l'Académie française, de la Société royale de Londres, et des Aca-demies de Bertin, de Pétersbom^ et de Corlone, naquit à Paris, le 98 janvier noi . On peut dire de lui, avec vérité, que le trait Baillant de son caractère, la cause principale de ses succès dans les Bciences, dans les lettres et dans le monde, fut la curiosité; mais une curiosité active, unie à des qualités solides, telles que l'ardeur, le courage, et la constance dans les eutreprises. En sortant da collège, il alla, comme volontaire, au siège de Roses, ot déjà sa passion domioante manqua de lui devenir fatale. Il était monté sur une hauteur pour eiamtner la place de plus près, et il s'occnpait k regarder avec une lunette le service d'une batterie, dont les boulets tombaient autour de lui sans qu'il s'en aperçât. Il fallut qu'on lui doon&t l'ordre de descendre, et qu'on lui apprit qu'un manteau écarlate qu'il portait l'avait rendu le point de mire des assises. La pais vint, et La Condamine ne pouvant espérer qu'un avancement lent et une vie monotone, qui ne sati»bisaieut point son infatigable activité, quitta la carrière militaire, et entra à l'Académie des Sciences eu qualité d'adjoint chimiste. Sa curiosité, qui s'étendait sur tout et que tout éveillait, l'avait porté & s'occuper également des diverses sciences cultivées à
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m HÉLANOES SCIBNTIPIQOES ET LITTÊHAIRES.
l'Académie; mus l'inquiélude de son esprit lui rendant une longue méditation insupportable, il ne pouvait que les étudier superficiellement et les effleurer toutes, sans en avancer aucune. C'était en lui un goût, plutAt qu'un savoir; mus ce goût suf&sait alors pour entrer àl' Académie, parce que les sciences étaient bien moios généralement cultivées qu'aujourd'hui. Peu de temps après sa réception, il s'embarqua sur l'escadre de Duguay-Trouin, et parcourut, dans la Méditerranée, les cétes de l'Asie et de l'Afrique. Il examina curieusement, et avec une activité égale, les productions de la nature, les monumraits de l'antiquité, les usages des peuples, la fonne des gouvernements, n visita la Troade, et passa cinq mois i. Constantinople.
De retour h Paris, il trouva l'Académie occupée d'un projet de voyage h l'équateur, pour déterminer la grandeur et la flgure de la (erre. Il se proposa aussitôt pour faire partie de l'expédition ; on l'accepta, et l'accès qu'il avait près du ministre, unsi que son amabilité, furent, dit-on, les causes les plus puissantes qui en accélérèrent l'exécution. Il partit avec Bouguer et Godin, deux autres membres de l'Académie. Ce qu'ils eurent de peines, de fatigues, de malheurs à supporter ne saurait se concevoir. Leur voyage dura dix ans, et quand ils revinrent en France, ils rapportèrent, avec leurs résultats, les malheureux germes d'une inimitié réciproque qui St le chagrin de leur vie. Cependant Bouguer et La Condamjne, avec des talents très-divers, avaient concouru, d'une manière également utile, au succès de l'expédition. Le pre* raier. était sans doute bien supérieur k son collègue comme savant. Tout ce qui concernait la construction des instruments, leur disposition, leur usage, tout ce qui tenait h l'art de préparer des observations exactes, doit être accordé à Bouguer; mais, pour développer ces moyens, il fallait se concilier l'esprit des habitants, se faire écouter des autorités, surmonter les obstacles sans cesse renaissants qu'un peuple ignorant et superstitieux oppose toi^oura à des étrangers; il fallait se faire respecter et imposer aux mal-
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MELANGES SCISNTIFIQDES ET LlTTÊRAinES. 53
Tcàllants & force de courage et de persévérance; voilà ce qu'a fait La Condamine. Tant de soins, de démarches, d'inquiétudes auraient épuisé l'activité de tout autre; mais lui, quand il pouvait s'y dérober, c'étfut pour venir aussitdt partager avec ses collègues les travaux astronomiques, dans lesquels il ne leur était pas inférieur soup le rapport de l'exactitude. S'ils ont plus contribué que La Condamine h cette i»rtie du travail, c'est b lui seul qu'ils ont dû la faculté de s'y livrer; et, malgré toute leur habileté, il est très-probable que, sans lui, ils n'eussent point exécuté l'opération.
Ia Condamine, après des fatigues inouïes, revint en Europe, et publia ses observations, qui devinrent un sujet de dispute. Bouguer l'attaqua avec humeur; La Condamine répondit arec gaieté, et le public, incapable de juger le fond de la question, se mit du parti de celui qui l'amusait. A peine I^a Condamine fut-il débarrassé de cette dispute, qu'il se livra à un projet qu'il avait depuis longtemps médité : c'était l'établissement d'une mesure universelle, n proposait de choisir pour unité la longueur du pendule simple à l'équateuf. Il écrivit aussi avec succès en faveur de la pratique naissante de l'inoculation, et il eut te plaisir de voir qu'il avait contribué efficacement à la propager.
En 1737, il fit un nouveau voyage en Italie. Il mesura avec la plus grande exactitude les dimensions des édifices de Rome les mieux conservés; et supposant, ce qui était assez vraisemblable, . qu'elles devaient toujours contenir un nombre entier de pieds romains, il chercha la longueur de ce pied, d'après leur comparaison. Dans ce voyage, son ardente curiosité pensa plus d'itne fois lui devenir funeste. On lui montrait, dans le trésor de Gênes, un grand vase d'une seule êmeraude, qui passait à la fois pour une relique et peur une ressource dans les besoins pressants *. La
■ Ce Tua, connu mqb le nom de 'laero caittut, est aujourd'hui au cabinet deg anUqaes de ta Biblioifabque impériale. Ileit d'an Terre colord.
64 HÊLANaia BCIENTiriQCIS ST LiTTi&AIBR».
Coadamine voulut s'aasurar à le rasa était réeUeiDsnt d'émerande, et it allait essayer de le rayer, pour éprouTer sa dureté, lorsque, beureusemeut pour lui et peut-ôtre pour le vase, on l'en empôdia. Une autre fois, daos un petit village situé sur les bords de la mer, on lui montrait un cierge qne J'en eutretenait toujours allumé, et l'an «joutait que s'il venait à s'éteindre, le village serait englouti par les flote. < JÊtes-vousbiea sûr de ce que vous ditesT > demanda La Condamine au prêtre quiraccompagnait; elcomme celui-ci répondit qu'il n'en doutait point: < Ehl bien, reprit le curieux académicien, nous allons voir; » et aussitAt il souBle le cierge et l'éteint. On n'eut que le twips de le dérober à la fureur du peuple en le faisant écbapper par une issue secrète, et en lui recommandant de quitter le village au plus vite.
n rapporta d'Italie la permission d'épouser sa nièce, qui St le bonheur du reste de sa vie ; mais quoique marié, malade et sourd, car il avait contracté cette dernière inSrmilé dans son voyage au - Pérou, il ne put se fixer encore ; U voulut voir l'Angleterre, ce pays de Newton et de Locke. Sa curiosité, désormais réduite i. un seul sens, celui de la vue, semblait n'en ^tre devenue que plus active. On en cite des traits presqueincroyables. Unjour, passantdans l'appartement de Madame de Cboiseu), tandis qu'elle écrivaitane lettre, il ne put résister h la tentation de s'approcher derrière elle pourUrecequ'elte écrivait UadamedeCboiseul, qui s'en aperçut, continua d'écrire, en joutant : f Je vous en dirais bieu davantage
< si H- de La Condamine n'était pas derrière moi, lisant ce que je
< vous écris. — Abl madame, s'écria La Condamine, rien n'est « plus injuste, et je vous assure que je ne lis pas. > Une autre fois, appelé chez A. de Cboiseul, et se trouvant seul dans son cabinet, il se mit à visiter les papiers du ministre, qui, à son retour, le surprenant dans cette occupation, ne put s'empdcher de rire, en le priant toutefois très-sérieusement de n'y plus revenir.
Enfin, sa mort même fut encore l'effet d'un acte de curiosité. , Peu de temps après son retour d'Angleterre, il avait été attaqué
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UBLAHQKB BCIENTiriQDBB ET LITTBaAIHEe. 85
d'une paralysie preique totale et de diverses autres inânnilés Kraves. Comme il ne pouvait plus aller à l'Acadéioie, il ee faisait apporter les registres des séauces, et se faisait rendre compte des mâmoires les plus intéressants. Il apprit oiosi qu'ua jeune chi-' rnrgien venait de proposer une opération Uès-banUe et nouvelle, pour une des maladies dont il était attaqué. Il le fait aussitôt venir, et lui propose de répéter sur lut-môme son expérience, « Hais, « si j'ai le malheur de ne pay réussir?— Ëb bien I cela ne peut
< avoir aucun inconvëmeot pour vous. Je suis vieux et malade i
< oD dira que la nature vous a mal secondé. Si, au contraire, vous
< me guérissez, je rendrai moi-même un compte exact de votre « procédé A l'Académie, et -c^a vous fera le pUis grand hon- « Deur. > Ce jeune bomme consent, et commence l'opération ; mi^s le curieux malade ne se contentait pas de souffrir, il voulait encore voir comment on l'opérait ; t Allez donc doucement, monc sieur, je vous prie, permettez que je voie. .. Hais, monsieur, si « je ne vois pas votre manière d'opérer, je n'en pourrai jamais c rendre compte à l'Académie I »
Il ne put résister aux suites de cette opération, et mourut le i février 1774. Sa gaieté, son courage, sa philosophie ne l'abandoonërent pas on instant. Depuis longtemps il était habitué ix plaisanter de ses souffrances ; il en faisait même des chansons. Ce fut unsi, dans les derniers temps de sa vie, qu'il composa pour son amusement quelques petites pièces de vers oti l'on trouve du naturel et de la facilité. En général, il écrivut d'une manière simple et négligée, mais claire et quelquefois piquante. L'Académie française le reçut au nombre de ses membres en 1 760. Elle avait alors l'adroite pobtique de vouloir réunir tout ce qui jetait de l'éclat dans les lettres, les sciences, et le monde. La Condamine, spirituel, aimable, célèbre par ses longs voyages, jouissanl dans le monde d'une grande réputation comme savant, écrivant avec correction, souvent même avec une facilité élégante, lui convc- ' nait sous trop de rapports pour qu'elle ne cbercfa&t pas à l'attirer.
S6 HBLANGES 8GIENTIFIQDIS ET LITTÉRAIRES.
Son discours de réception n'a rien de remarquable; il est simple et clair comme ses aub«s écrits. La réponse de Buffon est majestueuse et sublime. Elle n'a que deux pages ; mais ces deux pages, écrites avec génie, porteront plus loin le nom de La Condamine que tous ses ouvrages n'auraient pu le faire*. J. Delille le remplaça à l'Académie, et prononça son éloge, selon l'usée. C'est un des plus beaux morceaux de prose que ce grand poêle ait écrits, et il se trouve iqiprimé iJaos le volume de ses PoétUtfugitives.
* Les oavngeB de La Condamlae, sont : I. Ths Distance 0f the tropicks, 173S, iit-8* (dkutnce obaeirée de Quito) ; U. Estnto de obtenaciiKies en al riige del Ho de AmaiDiiai, n&5, iii-13 ; III. Relation iSbrégâe d'an Toyage ttïl dans l'iD- Urlear del'Amârique mâridionale, Paria, lTli9,in~B*; ti^uite en anglaise! en hoUandaÎE, 17i7, in-8*; IV. Lettre but l'émeute populaire excitée en la TÏNe de Caença, le 39 août 1730, contre lea acadOmicieiu, et sur la mort du sieur Leniergues, ]Ti6, ii>S*; V. La Figure de la Terre, déterminée par lea obeerralions de HH, de La Coadamine et Bouguer, Paris, 17(0, jn-&*; VL Lettre critique fur i'éducaUon, Paris, 1751, in-13; VII. Mesure dee troia premiers degrés dans l'bémisphËie aostral, Paris, 1751, in-ï'; VIII. Histoire des Pyramides de Quito, Paris, 1751, ia-ifi ; IX, Journal dn Toyage fait paar ordre du rai & l'Equateur, Paria, 17S1, in-A* ; ce Jonroal fait aussi partie des Hémoirea de l'Académie des sciences. En 1753, La Coadamine 3 joignit un supplément, dans lequel on trouTe aa réponse à Bouguer, et l'Histoire des Pyramides de Quito, réimprimée ; X. Tfoîs Hâmolres sur l'ioeculation ; le 1", en 17Si, traduit en italien, Locques, 17SSi le l'en 1758, et le 3* en 1765; XI. Lellres 11 Daniel Bernouilli sur l'inoculation, 1760, in-1! ; XII. Lettres au docteur Haty sur l'état présent de l'inoculation en France, Paris, 1704, in-lS ; XIII. Histoire de l'inoculation de U petite vérole, Amsterdam (ATigoon), 1773, 3 toL in-i3j XIV. Le Pain mollet, poSme, 17es, lD-13 ; XV. On a encore de La Condamina plusieurs lettres et iDémoires dans te Recueil de l'Académie, dans leir«rnir#d« ftia>i«<, et l'on cite de lui diverses pièces de vers, teliea que l'ÉplIre d'un Vieillard, la Dispute d'AJax et dlJljrsse pour les armes d'Achille, etc.
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